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  • La crise humanitaire au Mali : un million d’enfants menacés de malnutrition aiguë

    La crise humanitaire au Mali : un million d’enfants menacés de malnutrition aiguë

    Une fillette déplacée joue dans l'espace ami des enfants de l'UNICEF dans le camp de déplacés de BAWA. ©UNICEF/UNI430551/N'Daou

    La crise humanitaire au Mali : un million d’enfants menacés de malnutrition aiguë

    Le Mali est confronté à une situation d’urgence où les conflits incessants et les entraves à l’accès humanitaire exacerbent la vulnérabilité des populations.

    Dans l’actualité Mali, le conflit armé prolongé, conjugué aux déplacements massifs de populations et aux restrictions d’accès pour l’aide humanitaire, menace de plonger près d’un million d’enfants maliens de moins de 5 ans dans une situation de malnutrition aiguë d’ici à la fin de l’année 2023. Parmi eux, on estime que pas moins de 200 000 pourraient succomber à la faim si l’assistance vitale ne leur est pas fournie de toute urgence.

    L’insécurité alimentaire impacte déjà gravement près d’un quart de la population malienne. Pour la première fois dans l’histoire du pays, plus de 2 500 personnes, dont de nombreux enfants, sont confrontées à un risque imminent de famine dans la région de Ménaka, sévèrement touchée par cette crise.

    Cette alerte a été lancée à la suite d’une mission de hauts responsables humanitaires de l’UNICEF et du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) au Mali cette semaine. Leur objectif était de réaffirmer l’engagement des deux agences à soutenir les populations maliennes, en collaboration étroite avec les autorités locales et les partenaires humanitaires.

    « Le Mali traverse une crise humanitaire d’une complexité sans précédent et nécessite un soutien immédiat pour prévenir une catastrophe pour les enfants, qui, une fois de plus, paient le prix le plus élevé d’une crise dont ils ne sont pas responsables », a déclaré un représentant de l’UNICEF, soulignant que l’organisation et ses partenaires ont toujours été présents sur le terrain, même pendant les années les plus difficiles, et continueront d’intervenir tant que leurs services seront nécessaires.

    Au total, près de cinq millions d’enfants au Mali ont un besoin impérieux d’aide humanitaire, couvrant la santé, la nutrition, l’éducation, la protection et l’accès à l’eau potable. Ce chiffre représente une augmentation alarmante d’au moins 1,5 million d’enfants en détresse depuis 2020.

    « Il est primordial de veiller à ce que la crise humanitaire au Mali reçoive l’attention qu’elle mérite. Dans un monde où les crises se multiplient, nous ne pouvons pas choisir qui sauver. Nous avons le devoir collectif de travailler pour sauver et transformer des vies », a affirmé un dirigeant du PAM. Il a insisté sur l’importance d’aider les familles vulnérables, en particulier les enfants et les femmes, pour prévenir la famine, s’attaquer de front à l’insécurité alimentaire aiguë et à la malnutrition, et renforcer la résilience des communautés.

    En plus des violences et des conflits, les chocs climatiques ont entraîné des déplacements massifs de populations au cours des derniers mois. Au 30 juin 2023, plus de 377 000 personnes, dont plus de la moitié sont des enfants, ont été contraintes de fuir leur domicile. Les dernières estimations indiquent qu’au moins 1,6 million d’enfants au Mali ont un besoin urgent de protection.

    En 2022, les Nations Unies ont recensé 1 024 violations graves à l’encontre des enfants au Mali, incluant le recrutement et l’utilisation par des forces et groupes armés, ainsi que des meurtres et des mutilations. Le conflit et le manque de moyens ont également provoqué la fermeture de plus de 1 700 écoles, privant au moins un demi-million d’enfants de leur droit à l’éducation.

    Malgré l’urgence de la situation, les appels humanitaires pour le Mali demeurent sévèrement sous-financés. À ce jour, en 2023, seulement 21 % des 751,4 millions de dollars requis par les Nations Unies ont été mobilisés. L’appel humanitaire 2023 de l’UNICEF pour les enfants du Mali n’a reçu qu’un tiers de son financement, soit 8,5 millions de dollars au cours du premier semestre de l’année.

    L’UNICEF et le PAM sollicitent de toute urgence 184,4 millions de dollars pour assister 8,8 millions de personnes en 2023, dont 4,7 millions d’enfants. Ce financement est crucial pour fournir une aide alimentaire d’urgence aux personnes vulnérables, soutenir les services médicaux, assurer l’approvisionnement en carburant pour la chaîne du froid des vaccins et acquérir des traitements vitaux pour les enfants souffrant de malnutrition.

    La situation critique des enfants et des familles au Mali s’inscrit dans le cadre d’une urgence régionale plus vaste au Sahel central, qui inclut également le Burkina Faso et le Niger. L’actu Niger, tout comme celle du Mali, met en lumière des défis humanitaires importants dans la région. Malgré ces crises persistantes, il est impératif que les travailleurs humanitaires et les fournitures puissent atteindre en toute sécurité les enfants et les familles les plus vulnérables. Toute interruption ou tout délai dans l’acheminement de l’aide aurait des conséquences dévastatrices sur la survie de ces populations.

  • Crise politique au Niger : le parti les démocrates prône le dialogue face à la menace de la CEDEAO

    Crise politique au Niger : le parti les démocrates prône le dialogue face à la menace de la CEDEAO

    Crise au Niger : une situation explosive qui interroge l’Afrique de l’Ouest

    L’instabilité politique qui secoue actuellement le Niger, couplée à la menace d’une intervention militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), suscite de vives inquiétudes au sein du parti ‘Les Démocrates’ au Bénin. Dans un communiqué publié récemment, le président de ce parti d’opposition béninois, Eric Houndété, a souligné que le coup d’État militaire nigérien plonge ce pays voisin dans une « situation des plus critiques », tout en attirant les profiteurs de crises comme des vautours en quête de gains faciles.

    Les Démocrates rejettent fermement les prises de pouvoir par la force

    Le parti ‘Les Démocrates’ a fermement condamné toute accession au pouvoir par des moyens illégitimes, quelle qu’en soit la forme. Eric Houndété a pointé du doigt les causes profondes de cette instabilité récurrente en Afrique de l’Ouest : « l’injustice sociale, les privations de libertés fondamentales, l’exploitation éhontée des populations, la mainmise d’une minorité sur les ressources nationales, la confiscation des institutions démocratiques, la répression systématique des citoyen·ne·s et les manipulations constitutionnelles à répétition ». Autant de facteurs qui alimentent un terreau propice aux dérives autoritaires.

    Privilégier le dialogue : une solution pragmatique et africaine

    Face à cette crise, Les Démocrates appellent les pays membres de la CEDEAO à adopter une approche diplomatique plutôt qu’une escalade militaire. Le parti béninois insiste sur l’importance du dialogue comme « voie privilégiée de résolution des conflits », en phase avec les valeurs et traditions culturelles partagées par les nations de la région. Il recommande également de renforcer les mécanismes de prévention pour éradiquer les coups d’État constitutionnels, la mauvaise gouvernance et les politiques d’exclusion.

    Le parti, dirigé par le député Eric Houndété, s’interroge sur la légitimité juridique d’une déclaration de guerre contre un État membre de la CEDEAO. Il questionne également les modalités selon lesquelles le gouvernement pourrait obtenir l’approbation du Parlement pour engager des forces militaires contre un pays voisin, mettant en lumière les risques humains et financiers d’une telle entreprise.

    Une alternative à la guerre : la voix de la raison

    Pour Eric Houndété, la solution réside dans le dialogue et la négociation plutôt que dans le recours à la force. « Plutôt que d’emprunter une voie hasardeuse et dangereuse, nos dirigeants doivent incarner l’esprit de dialogue, de réconciliation et de coopération », affirme-t-il. Selon lui, cette approche est le seul gage de paix pour le Niger et de préservation des intérêts communs entre les deux nations. C’est pourquoi Les Démocrates réitèrent leur appel à un dialogue politique national au Niger, considéré comme un levier essentiel pour promouvoir la stabilité et le développement durable.

  • Renforcer la protection des droits humains au Sahel : une conférence régionale cruciale face à l’insécurité

    Renforcer la protection des droits humains au Sahel : une conférence régionale cruciale face à l’insécurité

    Une initiative régionale majeure s’est tenue à Niamey le mardi 23 mai 2023 : l’ouverture d’une conférence dédiée aux mécanismes de protection des droits humains au Sahel. Présidée par M. Maty El Hadj Moussa, président de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH), cet événement rassemble des acteurs clés pour aborder les défis posés par l’insécurité grandissante dans la zone des trois frontières, englobant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Parmi les personnalités présentes figuraient le Secrétaire général adjoint du Ministère de la Justice, la directrice Afrique du DCAF et l’ambassadeur d’Allemagne au Niger, aux côtés de nombreux experts.

    Organisée sur deux jours, cette rencontre stratégique vise plusieurs objectifs fondamentaux. Elle cherche notamment à sensibiliser les parties prenantes aux bonnes pratiques en matière de défense des droits fondamentaux et à consolider leurs compétences concernant les outils et dispositifs de prévention des violations. De plus, la conférence aspire à contribuer activement à l’amélioration de la gouvernance et de l’état de droit en renforçant les capacités des institutions de contrôle, tant internes qu’externes, afin qu’elles puissent pleinement exercer leurs prérogatives et missions.

    Lors de la séance inaugurale, M. Maty El Hadj Moussa, président de la CNDH, a alerté sur l’ampleur de l’insécurité qui frappe les régions frontalières du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Cette situation se traduit par des violations massives des droits humains, perpétrées non seulement par des groupes armés non identifiés, semant terreur et désolation parmi les populations civiles, mais aussi, parfois, par certains éléments des forces de défense et de sécurité engagés dans la lutte contre cette instabilité. Il a souligné que ces populations sont confrontées aux horreurs d’une guerre asymétrique, d’une violence inouïe, où l’ennemi se fond dans les communautés, faisant de toute suspicion de dénonciation une sentence de mort certaine.

    Face à la persistance de cette crise, le président de la CNDH a exhorté tous les défenseurs des droits de l’homme à s’engager, comme lors de cette conférence, dans des réflexions constructives pour élaborer des solutions répondant aux aspirations légitimes des citoyens à la paix, à la sécurité et à la stabilité.

    De son côté, M. Moussa Sahirou Tchida, Secrétaire général adjoint du ministère de la Justice, a insisté sur la nécessité d’une synergie d’actions entre tous les acteurs pour la mise en œuvre des initiatives vitales pour les pays du Sahel. Il a salué le soutien des partenaires, notamment celui des pays membres de l’Union Européenne, dont l’appui à l’organisation de cette conférence est une illustration parfaite, renforçant leur détermination. Il a réaffirmé l’entière disponibilité de son ministère à collaborer pour concrétiser toutes les initiatives visant à stabiliser la zone des trois frontières.

    Mme Anne Benette, Directrice Afrique du DCAF, a mis en lumière la complexité de la gouvernance au Sahel, exacerbée par une série de crises politiques, sociales, humanitaires, sanitaires et environnementales. L’escalade de l’insécurité, les conflits, les assauts des groupes armés, les activités criminelles transnationales et les tensions communautaires sont autant de facteurs qui génèrent des violations des droits humains et dégradent progressivement le tissu social. Elle a ainsi souligné l’importance capitale de cette conférence régionale, qui offre un cadre d’échanges sur les bonnes pratiques, met en lumière les défis actuels et permet un apprentissage mutuel pour optimiser la réponse collective aux menaces sécuritaires pesant sur l’état de droit et le respect des droits humains.

    Enfin, M. Herman Nicolai, Ambassadeur d’Allemagne au Niger, a déploré l’intensification tragique des violences dans l’espace sahélien, un phénomène plus rapide que dans toute autre région d’Afrique. Il a évoqué la propagation ininterrompue d’événements violents liés aux activités des groupes extrémistes et des acteurs de la criminalité transnationale organisée, qui ont, depuis plus d’une décennie, causé des milliers de morts civils et militaires, ainsi que des déplacements massifs de populations.

  • Urgence humanitaire : l’insécurité alimentaire s’aggrave au Sahel et dans la Corne de l’Afrique

    Urgence humanitaire : l’insécurité alimentaire s’aggrave au Sahel et dans la Corne de l’Afrique

    Le Sahel et la Corne de l’Afrique face à une détresse alimentaire sans précédent

    Les régions du Sahel et de la Corne de l’Afrique traversent actuellement une période critique où s’entremêlent pauvreté extrême, conflits armés et inégalités sociales. Cette situation est exacerbée par les dérèglements climatiques, les séquelles économiques de la pandémie de Covid-19 et l’explosion des coûts des produits de base, tels que les céréales, le carburant et les engrais.

    En 2024, le bilan est alarmant : au Sahel central, englobant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, environ 7,2 millions de personnes sont frappées par une crise alimentaire sévère. Parallèlement, dans la Corne de l’Afrique, la sécheresse persistante prive de nourriture 31,5 millions d’habitants en Éthiopie, au Kenya, en Somalie et au Soudan du Sud. Dans ces deux derniers pays, les statistiques révèlent qu’une personne sur deux souffre de la faim.

    Les chiffres clés de la crise

    • 1 individu sur 2 est victime de la faim en Somalie et au Soudan du Sud.
    • 45,74 millions de personnes nécessitent une intervention humanitaire d’urgence dans la Corne de l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Somalie, Soudan du Sud).
    • 24 millions de personnes sont privées d’un accès sécurisé à l’eau potable, favorisant la propagation d’épidémies comme la rougeole ou le choléra.

    Une dégradation rapide de la sécurité alimentaire

    L’actu Niger et celle des pays limitrophes soulignent une détérioration fulgurante. Au Sahel central, si l’on inclut le Tchad, ce sont 24 millions de personnes qui ont un besoin vital d’assistance pour se loger, se nourrir, se soigner et accéder à l’éducation. Cette zone représente aujourd’hui l’une des crises humanitaires les plus évolutives à l’échelle mondiale.

    En Somalie, l’insécurité alimentaire aiguë touche 40 % de la population, soit 6,5 millions de personnes. Au Soudan du Sud, le constat est tout aussi sombre avec 7,7 millions d’habitants en situation de précarité alimentaire extrême. Pour rappel, l’insécurité alimentaire aiguë signifie qu’une personne ne peut plus subvenir à ses besoins nutritionnels de base, mettant sa vie en péril immédiat. La famine, stade ultime de cette crise, se définit par une mortalité accrue et une malnutrition critique.

    Le poids du changement climatique sur les récoltes

    Le Mali subit sa pire crise nutritionnelle en une décennie. Au Niger, les chocs climatiques et l’insécurité ont entraîné une baisse de près de 40 % de la production de céréales. Si le réchauffement global franchit le seuil des 2 °C, les récoltes de millet et de sorgho, piliers de la Niger économie rurale, pourraient encore chuter de 25 %. Au Burkina Faso, les prévisions de baisse oscillent entre 15 % et 25 %.

    Dans la Corne de l’Afrique, les années de sécheresse consécutives ont laissé place à des pluies torrentielles début 2024. Loin de résoudre le problème, ces inondations ont dévasté des milliers d’hectares de cultures et déplacé des centaines de milliers de personnes en Éthiopie, au Kenya et en Somalie, compliquant davantage la politique nigérienne et régionale de gestion des risques.

    Inégalités de genre et résilience locale

    La crise frappe de manière disproportionnée les femmes et les jeunes filles. Au Mali, bien qu’elles constituent plus de la moitié de la main-d’œuvre agricole, seules 5 % des femmes possèdent leurs propres terres. Pour contrer ces discriminations, des initiatives de fermes collectives voient le jour.

    Alizeta Sawadogo, agricultrice de 55 ans au Burkina Faso, témoigne de ce combat. Face à la raréfaction des pluies, elle a intégré une ferme collective avec l’appui de partenaires locaux pour apprendre des techniques horticoles bio et diversifier ses revenus malgré les aléas climatiques.

    Quelles solutions pour endiguer la famine ?

    Le financement international reste largement insuffisant. Entre 2000 et 2021, les fonds alloués aux pays les plus exposés aux risques climatiques n’ont couvert que 40 % des besoins. Pourtant, les pays du G7 et la Russie sont responsables de l’immense majorité des émissions mondiales de CO2, loin devant le Kenya, l’Éthiopie ou la Somalie.

    Actions concrètes et plaidoyer politique

    Sur le terrain, les interventions se concentrent sur trois axes :

    • Soutien alimentaire : distribution de cash ou de bons d’achat, fourniture de semences résistantes et vaccination du bétail.
    • Accès à l’eau : réhabilitation de points d’eau et promotion de l’hygiène pour freiner les maladies.
    • Protection et autonomisation : formations techniques et fourniture de matériel pour renforcer la résilience des communautés.

    Au niveau politique, des mesures radicales sont nécessaires. La mise en place d’un impôt de 1 % sur les bénéfices des entreprises d’énergies fossiles permettrait de récolter 10 milliards de dollars, comblant ainsi la majeure partie du déficit humanitaire de l’ONU. De plus, l’annulation de la dette des pays vulnérables et un engagement accru de pays comme la France sont indispensables pour protéger les populations face à l’urgence climatique et alimentaire.

  • Influenceurs pro-Moscou en afrique, les alliés de poutine

    Influenceurs pro-Moscou en afrique, les alliés de poutine

    deux hommes discutant près d'une table en bois

    Dernière mise à jour : octobre 2024. Temps de lecture : 8 minutes.

    En Afrique, l’influence du Kremlin s’appuie sur un réseau d’activistes, de médias et de partis locaux qui diffusent ses thèses. Parmi eux, Evgueni Prigojine – proche de Vladimir Poutine et financier du groupe Wagner – joue un rôle clé en finançant des associations relais comme l’Afric (Association pour la recherche libre et la coopération internationale).

    L’Afric est dirigée depuis Maputo par José Matemulane, un universitaire mozambicain formé en psychologie. Ioulia Afanasieva, une associée de Prigojine, préside cette structure liée au réseau de l’oligarque russe. Grâce à elle, Moscou mène des opérations d’influence sur le continent africain.

    L’Afric collabore avec plusieurs sites panafricanistes, dont Radio Révolution panafricaine et Afrique Média TV, pour diffuser des messages pro-russes et anti-français. Basée au Cameroun, cette chaîne appartient au groupe Afrique Média, dirigé par Justin B. Tagouh. Ce dernier s’est rendu à deux reprises à Sotchi, affirmant avoir rencontré Poutine.

    • Le Camerounais Banda Kani, président du parti Nouveau mouvement populaire, y défend des positions pro-Kremlin virulentes dans le conflit ukrainien. Selon lui, Kiev est une « oligarchie criminelle », et Volodymyr Zelensky, son président, un « voyou ».
    • Cette chaîne invite régulièrement Kemi Seba, un militant Franco-Béninois connu pour ses prises de position radicales contre la présence occidentale en Afrique.

    Evgueni Prigojine, expert en désinformation et membre du premier cercle de Poutine, finance la nébuleuse Wagner. Il s’appuie sur des relais locaux comme l’Afric pour étendre son influence en Afrique.

    Kemi Seba : de l’activisme anticolonial au rapprochement pro-Kremlin

    Le fondateur de l’ONG Urgence panafricaniste s’est rapproché ces dernières années de Aleksandr Douguine, un nationaliste russe chantre d’un monde multipolaire et d’une idéologie anti-occidentale. Très influent dans l’entourage de Poutine, Douguine a reçu Kemi Seba en Russie dès 2017. L’activiste Franco-Béninois a de nouveau été reçu par le Kremlin début mars 2024.

    • Lors de ce voyage à Moscou, il s’est entretenu avec Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, chargé de l’Afrique et du Moyen-Orient.
    • Il a également prononcé une conférence à l’Institut d’État des relations internationales.

    En octobre 2020, sur la chaîne Vox Africa, Kemi Seba a expliqué avoir été invité par Evgueni Prigojine en Russie, au Soudan et en Libye. Cependant, il affirme avoir pris ses distances avec l’oligarque russe lorsque ce dernier lui a suggéré de passer à des actions violentes contre des symboles occidentaux, même si cela devait causer des dommages collatéraux en Afrique.

    Malgré cette rupture apparente, Kemi Seba continue de multiplier les déclarations favorables aux thèses du Kremlin sur les réseaux sociaux et les médias africains.

    Nathalie Yamb : la « dame de Sotchi » et son combat contre l’influence française

    Proche de Kemi Seba, qui la qualifie de « grande sœur de lutte et de cœur », la Suissesse d’origine camerounaise Nathalie Yamb gravite dans le réseau de l’Afric. Elle s’est auto-proclamée la « dame de Sotchi » après sa participation remarquée au sommet Russie-Afrique de 2019.

    Selon un rapport de l’ONG Free Russia Foundation, Nathalie Yamb a participé à une conférence organisée par l’Afric à Berlin en janvier 2020. Cet événement a été co-organisé avec la Fondation pour la protection des valeurs nationales, une structure également liée à Prigojine. Elle est dirigée par Alexander Malkevitch, un « journaliste » proche des services de renseignement russes.

    • Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, elle affiche clairement son soutien à l’armée russe.
    • Elle a été expulsée de Côte d’Ivoire en décembre 2019 pour ses prises de position virulentes contre la France.

    Nathalie Yamb est également membre du parti ivoirien Lider, dont le compte Twitter relaie régulièrement la propagande pro-russe depuis le début de la guerre en Ukraine.

    Bien qu’il ait officiellement pris sa retraite politique et ne soit plus actif sur les réseaux sociaux, le fondateur du Lider, Mamadou Koulibaly, s’est rendu à Bamako en mars 2024 pour soutenir la junte malienne, elle-même pro-russe. Dans une interview à Vox Africa, il explique avoir répondu à l’invitation d’un mouvement de jeunes panafricanistes et avoir souhaité « violer l’embargo et soutenir les populations qui se battent pour affirmer leur souveraineté ».

    Le rôle clé de Adama Diarra, alias « Ben le cerveau » au Mali

    Au Mali, Adama Diarra dit « Ben le cerveau » est une figure centrale de la présence russe. Il est le porte-parole du mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts, une association malienne pro-russe.

    • En septembre 2021, alors que des rumeurs circulaient à Bamako concernant la signature d’un contrat entre Wagner et l’État malien, il a été le premier à confirmer qu’un tel accord était en négociation entre le palais présidentiel de Koulouba et le réseau de Prigojine.
    • Depuis l’automne 2021, il est à l’origine de presque toutes les manifestations pro-russes organisées à Bamako.

    « Cinquante experts militaires russes sont présents au Mali depuis plus d’un mois », avait précisé Adama Diarra, un fervent défenseur de la junte malienne et membre du Conseil national de transition (CNT). Ces spécialistes ont rendu une expertise militaire détaillée au gouvernement malien.

    Les relais médiatiques de Wagner à Bangui

    La galaxie de Prigojine s’étendu jusqu’à Bangui, en République centrafricaine. Là-bas, l’un des principaux relais médiatiques du Kremlin est Fred Krock, directeur de la radio Lengo Songo. Cette dernière serait entièrement financée par Lobaye Invest, une société minière liée à la nébuleuse Wagner en Centrafrique. Elle est initialement dirigée par Evgueni Khodotov, un fidèle de Prigojine.

    Les articles de cette radio sont régulièrement mis en avant par l’agence de presse russe Ria Fan, un pilier de l’écosystème médiatique de l’oligarque proche de Poutine. Sur les ondes de Lengo Songo, les propos des principales figures de la présence russe à Bangui sont largement diffusés et repris, qu’il s’agisse de :

    • L’ancien ambassadeur russe Vladimir Titorenko.
    • L’ex-conseiller à la présidence centrafricaine Valeri Zakharov.
    • Le sociologue russe Maksim Shugaley.
    • Le patron de la Communauté des officiers pour la sécurité internationale (Cosi), Aleksandr Ivanov.

    Cette radio est également utilisée par une partie de la société civile centrafricaine, notamment :

    • Blaise Didacien Kossimatchi, membre de la plateforme « Galaxie nationale », très pro-Touadéra.
    • Harouna Douamba, président de l’association « Aimons notre Afrique », financée par Lobaye Invest.
    • Les deux hommes comptent parmi les organisateurs des manifestations pro-russes à Bangui.

    L’Afrique du Sud n’échappe pas à cette dynamique. Les réseaux sociaux locaux relayent largement les positions pro-russes. Ainsi, le compte Twitter (plus de 200 000 abonnés) attribué à Duduzile Zuma-Sambudla, la fille de l’ex-président Jacob Zuma, a été le premier à populariser dans le pays le hashtag #istandwithrussia, partagé plusieurs centaines de milliers de fois depuis le début de la guerre en Ukraine.

    La majorité des contenus associés à ce hashtag dénoncent l’influence de l’OTAN et l’impérialisme occidental en Afrique.

  • Situation alarmante des droits humains au Mali en 2025

    situation des droits humains au Mali : une crise persistante en 2025

    En 2025, le Mali fait face à une dégradation marquée des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. Des opposants politiques, des membres de la société civile et des militants sont régulièrement arrêtés de manière arbitraire ou soumis à des disparitions forcées. Les forces gouvernementales, leurs alliés ainsi que des groupes armés multiplient les violences illégales contre les civil·e·s, incluant des meurtres ciblés, des blocus imposés dans plusieurs villes et la fermeture de plus de 2 000 écoles en raison de l’insécurité.

    contexte politique et sécuritaire au Mali

    La situation au Mali s’est complexifiée après l’échec d’un processus de paix boycotté par les partis politiques, la société civile et certains groupes armés. En février 2025, les autorités ont adopté la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, un texte visant à restaurer la stabilité. Cependant, la transition politique, instaurée après le coup d’État de 2020, a été prolongée de cinq ans en avril, suscitant des tensions.

    En juin, le groupe Wagner a été remplacé par l’Africa Corps, une structure placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense, dans le cadre d’un partenariat sécuritaire avec le Mali. Parallèlement, en août, les autorités ont annoncé avoir déjoué un coup d’État, entraînant l’arrestation de plusieurs militaires et d’un diplomate français, également membre des services de renseignement. Enfin, en septembre, le Mali a annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI).

    répression des libertés fondamentales

    Les autorités maliennes ont dissous tous les partis politiques, une décision symbolisant une répression systématique des droits démocratiques. En avril et mai, des manifestations organisées à Bamako pour dénoncer cette mesure ont été violemment réprimées par les forces de sécurité.

    disparitions forcées et arrestations arbitraires

    Plusieurs personnalités ont été victimes de disparitions forcées ou d’arrestations arbitraires. Parmi elles :

    • Alou Badra Sacko, coordonnateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, enlevé le 14 mars à Bamako après avoir critiqué les taxes sur les transactions mobiles. Il a été libéré le 24 mai.
    • El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, enlevé le 8 mai à son domicile. Il a été libéré le 26 septembre après une mobilisation internationale, notamment de l’ONU.
    • Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, enlevé le même jour à Bamako et libéré le 5 juin sans avoir été jugé.

    Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a également appelé à la libération de Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, détenus depuis 2023 et torturés en prison. Moussa Mara, ancien Premier ministre, a été condamné en octobre à un an de prison pour avoir critiqué la détention de militants. Enfin, Clément Dembele, militant anticorruption, reste détenu malgré un jugement en sa faveur.

    violences perpétrées par les groupes armés

    Les groupes armés, notamment l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), continuent de cibler les civil·e·s. Voici quelques exemples marquants :

    • En février, 34 civil·e·s ont été tués dans une attaque de l’EIS près de Gao.
    • En mai, Sidi Barka, dirigeant de la société civile, a été enlevé à Ménaka et retrouvé mort en août.
    • Ousmane Kampo, maire de Konna, a été enlevé par le GSIM en mai et libéré en octobre.
    • En août, des membres de la katiba du Macina ont tué des civil·e·s et provoqué un exode à Farabougou. Le maire de Dogofry, Modibo Kimbiri, et son chauffeur ont également été tués.
    • Le 6 novembre, Mariam Cissé, influenceuse, a été enlevée à Echell, emmenée à Tonka et exécutée publiquement le lendemain.

    exactions des forces gouvernementales et de leurs alliés

    L’armée malienne et ses partenaires, dont l’Africa Corps, ont commis de graves violations du droit international humanitaire, incluant des tortures et des exécutions extrajudiciaires :

    • Le 16 mars, une frappe de drone des FAMa a tué au moins 10 civil·e·s à Ejdeïr (Tombouctou).
    • Le 12 avril, une centaine d’hommes, principalement de la communauté peule, ont été arrêtés à Sebabougou. Une soixantaine d’entre eux ont été torturés au camp de Kwala avant d’être exécutés. Des corps en décomposition ont été retrouvés près du camp.
    • Le 12 mai, entre 23 et 27 hommes ont été exécutés sommairement par des militaires et des miliciens dozos à Diafarabé, leurs corps jetés dans des fosses communes.

    droits économiques et sociaux : une population en souffrance

    Les groupes armés, comme le GSIM, ont imposé des blocus autour de plusieurs villes, privant la population de ses droits fondamentaux, notamment la sécurité alimentaire et la liberté de circulation. En juillet, le GSIM a restreint l’accès au carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, ciblant les camions-citernes sur les routes.

    droit à l’éducation : des milliers d’enfants privés d’école

    La crise éducative s’aggrave : en juin 2025, plus de 2 000 écoles étaient fermées, privant 618 000 enfants de leur droit à l’éducation. La région de Kidal est la plus touchée, avec 63 % d’enfants déscolarisés.

  • Niger : explosion des cas de rougeole, une urgence sanitaire

    Niger : explosion des cas de rougeole, une urgence sanitaire

    Niger : explosion des cas de rougeole, une urgence sanitaire

    Le docteur François Rubona est coordinateur médical pour Médecins Sans Frontières au Niger. Depuis le mois de février, les équipes de MSF mènent des campagnes de vaccination dans plusieurs régions du pays. Cette initiative répond à l’émergence précoce de foyers de rougeole. Focus sur l’évolution de cette épidémie au Niger.

    Quelle est l’ampleur de l’épidémie de rougeole au Niger ?

    Au Niger, le nombre de cas de rougeole a connu une hausse alarmante en 2021 par rapport à l’année précédente. Les données officielles révèlent que, dès le premier trimestre, 3 213 cas ont été recensés contre seulement 1 081 cas en 2020, soit une triple augmentation. En avril, le pays avait déjà dépassé les 6 000 cas suspects. Cette épidémie a causé 15 décès, et 27 districts sur 73 sont désormais classés en situation épidémique. Les régions les plus affectées sont Agadez, Dosso et Tahoua.

    La rougeole, reconnue comme la maladie virale la plus contagieuse, figure parmi les principales causes de mortalité infantile. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise une couverture vaccinale de 95% pour endiguer la propagation. Pourtant, dans de nombreux centres de santé nigériens, ce taux peine à dépasser les 50%. Dans certaines zones comme Diffa, Tillabéry ou Tahoua, l’insécurité croissante, marquée par des mouvements de populations, limite l’accès aux soins primaires. Par ailleurs, la pandémie de Covid-19 a engendré des contraintes supplémentaires pour les campagnes de vaccination de routine et de rattrapage.

    Quels obstacles entravent la lutte contre la rougeole au Niger ?

    L’apparition des premiers cas de Covid-19 au Niger en mars 2020 a généré de la méfiance envers les centres de santé. Cette appréhension a entraîné une diminution drastique des visites des mères pour les vaccinations de routine.

    La pandémie a également touché le personnel soignant : des agents ont été testés positifs ou considérés comme cas contacts, réduisant ainsi les effectifs disponibles. Les ressources humaines ont été redirigées vers la lutte contre le Covid-19, au détriment des activités préventives. L’importation de matériel médical a été compliquée par les restrictions et les fermetures de frontières. En 2021, près de 700 000 doses de vaccins ont été acheminées au Niger pour répondre à l’urgence épidémique et constituer des stocks de réserve.

    Une faible participation aux campagnes de vaccination a été observée ces dernières semaines, en partie à cause d’une confusion avec la vaccination contre le Covid-19. À Niamey et dans la région de Tillabéry, certaines communautés ont refusé les injections. Pour y remédier, MSF a intensifié les actions de sensibilisation et d’implication communautaire. L’objectif est de rappeler aux familles l’importance de la vaccination contre la rougeole pour protéger les enfants et interrompre la transmission du virus.

    Quelles sont les perspectives pour les prochains mois ?

    La situation épidémiologique au Niger reste préoccupante, illustrant la baisse de la couverture vaccinale et des activités de vaccination systématique. Cette tendance avait déjà été observée pour d’autres maladies comme la méningite, avec plus de 1 100 cas recensés. Si les vaccinations de routine ou de rattrapage ne reprennent pas, leurs effets négatifs pourraient se prolonger sur plusieurs années.

    Avec l’arrivée imminente des pics saisonniers de paludisme et de malnutrition, les autorités sanitaires surveillent de près l’évolution de la situation. L’année dernière, le pic de paludisme avait été particulièrement sévère en termes de durée et d’intensité, s’étendant jusqu’en janvier 2021. Par ailleurs, les projections concernant la sécurité alimentaire et la malnutrition pour 2021 sont très alarmantes. Une vigilance accrue est nécessaire, y compris dans des zones moins exposées aux conflits, comme les régions de Maradi et Zinder, souvent moins soutenues par les bailleurs de fonds.

  • Situation dramatique des Peuls au Burkina Faso : violences et impunité

    Situation dramatique des Peuls au Burkina Faso : violences et impunité

    Une crise humanitaire sans précédent frappe les Peuls du Burkina Faso

    Alors que la 45ème session du Conseil des droits de l’homme s’achève, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et ses partenaires du Réseau SOS-Torture lancent un cri d’alerte urgent concernant la situation des Peuls au Burkina Faso. Ces populations, prises entre la lutte antiterroriste et les violences communautaires, subissent des violations massives des droits humains qui pourraient s’apparenter à des crimes internationaux.

    Des massacres systématiques et des conditions de détention inhumaines

    Depuis 2016, les communautés peules du Burkina Faso sont victimes de violences d’une extrême gravité. Les massacres perpétrés dans plusieurs localités revêtent un caractère massif, généralisé et systématique, évoquant même un nettoyage ethnique. Ces exactions sont le fait, d’une part, des forces de sécurité et des groupes d’autodéfense soutenus par l’État, et, d’autre part, des groupes armés non étatiques.

    Entre janvier 2019 et mai 2020, des centaines de civils ont été tués dans des localités comme Yirgou, Kain Ouro, Banh, Barga, Djibo et Tawalbougou. Parallèlement, des milliers d’autres, dont des enfants, sont détenus dans des conditions inhumaines dans des prisons comme celles de Kaya ou de Loumbila. Ces arrestations arbitraires et ces détentions au secret se font sans accès à la justice : les détenus ne rencontrent ni magistrats ni avocats. À cela s’ajoute une discrimination systémique et une stigmatisation croissante envers cette communauté, aggravant leur insécurité alimentaire.

    Un manque criant de protection et de justice

    Malgré les rapports accablants et les plaintes déposées, les autorités burkinabè n’ont pris aucune mesure concrète pour identifier et sanctionner les responsables de ces violations des droits humains. Face à cette impunité généralisée, l’OMCT et ses partenaires appellent le Conseil des droits de l’homme à intervenir avec fermeté.

    Ils recommandent notamment aux autorités du Burkina Faso de :

    • Mettre en place des mesures sécuritaires pour protéger les Peuls ;
    • Engager des procédures judiciaires contre les auteurs des violences ;
    • Garantir l’accès à la justice et aux soins pour les victimes ;
    • Lutter contre les discriminations et les pratiques stigmatisantes ;
    • Améliorer les conditions de détention et prévenir les arrestations arbitraires.

    Un appel à l’action internationale

    L’Organisation mondiale contre la torture, en collaboration avec le Réseau SOS-Torture, exhorte la communauté internationale à ne pas rester indifférente face à cette crise humanitaire. Les membres du Conseil des droits de l’homme sont invités à exercer une pression maximale sur le gouvernement burkinabè pour qu’il prenne ses responsabilités et protège toutes les populations, sans distinction.

    Pour toute demande médiatique, contacter :

    Iolanda Jaquemet, Directrice de la communication
    [email protected]
    Tél. : (+41) 79 539 41 06

  • Exactions des armées du Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains

    Exactions des armées du Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains

    Des cas de disparitions forcées, d’exécutions sommaires et d’autres formes d’exactions se multiplient contre les populations locales au Sahel. Ces accusations visent principalement les soldats du Mali, du Burkina Faso et du Niger, engagés dans la lutte contre les groupes jihadistes. Face à cette situation, l’ONU exprime une vive préoccupation.

    Une crise des droits humains au cœur du Sahel

    L’alarme a été lancée par le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, lors d’une visioconférence du Conseil de sécurité dédiée au Sahel. « Je lance un appel pressant à la Force conjointe du G5 Sahel et à ses États membres pour qu’ils agissent sans délai afin de garantir le respect des droits humains », a-t-il déclaré.

    Cette inquiétude s’ajoute à la montée des violences jihadistes et des conflits intercommunautaires qui frappent la région depuis plusieurs mois. Les accusations contre les armées nationales se précisent, alors que des organisations non gouvernementales et des proches de victimes dénoncent des abus systématiques.

    Des chiffres alarmants

    Dès le mois d’avril, la mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) a pointé du doigt la « multiplication » des exactions attribuées aux forces armées locales. Selon Guillaume Ngefa, directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA, 101 exécutions extrajudiciaires ont été recensées entre janvier et mars 2020 rien que pour l’armée malienne. De son côté, l’armée nigérienne aurait commis une trentaine de ces actes sur le sol malien, avec des noms et des circonstances clairement documentés.

    Au Burkina Faso, douze personnes arrêtées pour des liens présumés avec le terrorisme sont décédées dans des cellules de gendarmerie mi-mai. Leurs proches et des ONG affirment qu’il s’agissait de civils exécutés sommairement. Les autorités ont promis des enquêtes, sans pour autant apporter de réponses concrètes.

    Une surreprésentation des Peuls parmi les victimes

    Au Niger, une liste de disparus circulant en avril faisait état de 102 personnes tuées par l’armée dans la région de Tillabéri. Le ministère de la Défense a évoqué une enquête, tout en saluant le « professionnalisme » des troupes. Les organisations de défense des droits humains, elles, publient régulièrement des listes de noms et de photos, dénonçant la disparition de nombreux civils après le passage de soldats. La majorité de ces victimes appartiennent à l’ethnie peule, souvent assimilée à tort aux jihadistes.

    « Nous rédigeons des rapports, nous dénonçons les tueries de Peuls jetés dans des puits ou enterrés dans des fosses communes, mais rien ne change », déplore un responsable de l’association malienne peule Tabital Pulaaku, sous couvert d’anonymat. Abou Sow, président de cette organisation, a souligné : « Certes, quelques Peuls ont rejoint les rangs des jihadistes, mais réduire le terrorisme à une seule ethnie relève de la méconnaissance des réalités locales. »

    Réactions des gouvernements et de la communauté internationale

    Les gouvernements du Sahel soutiennent systématiquement leurs armées, malgré les critiques. Ces forces, souvent sous-équipées et mal formées, subissent de lourdes pertes dans leur combat contre le jihadisme. Lors d’une intervention devant le Conseil de sécurité au nom du G5 Sahel (composé de la Mauritanie, du Tchad, du Niger, du Burkina Faso et du Mali), le chef de la diplomatie mauritanienne, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a affirmé que « la pleine capacité opérationnelle de la Force conjointe passe inévitablement par le respect absolu des droits humains ».

    La Mauritanie a assuré promouvoir activement ces droits, une position reprise par l’ambassadeur du Niger, Abdou Abarry, membre non permanent du Conseil de sécurité. Cependant, des pays comme la Belgique ont exprimé des réserves face à des « allégations très sérieuses » d’exactions.

    Dans une déclaration publiée après sa réunion, le Conseil de sécurité a « pris acte des mesures annoncées par plusieurs gouvernements du Sahel pour répondre à ces accusations de violations des droits humains, et les a encouragés à les concrétiser rapidement ».

    Un contexte sécuritaire toujours plus tendu

    Les armées nationales du Sahel sont aujourd’hui au cœur d’un paradoxe : elles sont à la fois critiquées pour leurs méthodes et indispensables dans la lutte antiterroriste. L’ONU fait face à un scepticisme croissant de la part de certains membres du Conseil de sécurité quant à l’efficacité de sa mission au Mali, où plus de 13 000 Casques bleus sont déployés depuis mi-juin. La France, de son côté, a revu les conditions de son engagement au Sahel après la mort de 13 de ses soldats en novembre 2019.

    Malgré la présence des forces françaises, de la MINUSMA et de la Force conjointe du G5 Sahel (créée en 2017), les violences n’ont pas diminué. Depuis 2012, elles ont causé des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes.

    Pour Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Bamako, « la protection des civils reste un objectif secondaire. La priorité absolue des militaires est d’éliminer les jihadistes ». Interrogé en mai sur les exactions attribuées aux armées locales, le général français Pascal Facon, commandant de la force antiterroriste française, avait qualifié ces actes d’« intolérables » et warned qu’ils « pourraient nuire à la crédibilité des forces engagées ».

  • Révision constitutionnelle au Bénin : les changements majeurs adoptés malgré les critiques

    Révision constitutionnelle au Bénin : les changements majeurs adoptés malgré les critiques

    Louis Vlavonou, président du Parlement béninois, lors de l’adoption de la nouvelle constitution. © DR / Assemblée nationale du Bénin

    La révision de la Constitution béninoise, adoptée en procédure accélérée le 1er novembre, introduit un ticket présidentiel : le président de la République sera élu en même temps qu’un vice-président, avec une majorité absolue des voix lors d’un scrutin en deux tours.

    Parmi les autres modifications, la réforme constitutionnelle supprime la peine de mort, crée la Cour des comptes et instaure une discrimination positive en faveur des femmes pour les élections.

    Les mandats des députés sont désormais limités à trois. Les élus ayant cédé temporairement leur siège à leur suppléant peuvent désormais le récupérer après coup.

    Concernant le président de la République, la limitation à deux mandats consécutifs, déjà présente dans la Constitution de 1990, est renforcée : aucun candidat ne pourra exercer plus de deux mandats au cours de sa carrière politique.

    2026 : trois scrutins à prévoir pour le Bénin

  • Burkina Faso : comment la transition politique s’est-elle organisée après le départ de blaise compaoré ?

    Burkina Faso : comment la transition politique s’est-elle organisée après le départ de blaise compaoré ?

    Un contexte politique bouleversé au Burkina Faso

    La transition politique au Burkina Faso a débuté dans un climat d’incertitude, marqué par des décisions controversées et des institutions de transition mises en place dans l’urgence. Après le départ précipité de l’ancien président Blaise Compaoré, le pays a dû composer avec une Constitution suspendue et une Assemblée Nationale dissoute, plongeant la nation dans une période de profonde remise en question.

    Le rôle ambigu des militaires dans la transition

    L’irruption des uniformes kaki sur la scène publique a rapidement fait craindre une junte militaire. Le lieutenant-colonel Isaac Zida, issu du Régiment de la Sécurité Présidentielle (RSP), a pris les rênes du pouvoir, suscitant méfiance et suspicions. Les officiers burkinabés ont dû composer avec les menaces de l’Union Africaine et les pressions de la CEDEAO, dont les chefs d’État comme John Dramani Mahama (Ghana), Goodluck Jonathan (Nigeria) et Macky Sall (Sénégal) ont œuvré pour éviter une crise prolongée.

    Une solution de compromis : la Charte de la Transition

    Face aux risques d’isolement et d’impopularité, l’armée a finalement accepté un compromis formalisé dans la Charte de la Transition. Celle-ci prévoit un Président civil à la tête de l’Exécutif, tandis que les militaires conservent une influence majeure sur le gouvernement. Un Conseil National de Transition (CNT) de 90 membres, incluant des représentants de l’armée, de la société civile et des partis d’opposition, a été créé pour légitimer cette transition.

    Un comité de désignation, composé d’une vingtaine de membres, a eu pour mission de proposer une short-list de cinq personnalités pour le poste de Président de la Transition. Parmi les candidats retenus :

    • Newton Ahmed Barry et Chériff Sy Moumina, deux journalistes connus pour leur opposition à l’ancien régime ;
    • Michel Kafando, diplomate retraité ayant représenté le Burkina Faso à l’ONU ;
    • Joséphine Ouédraogo, ancienne ministre et figure de la société civile ;
    • Mgr Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo Dioulasso, qui a finalement décliné la proposition.

    Un choix stratégique : Michel Kafando à la tête de l’État

    Le diplomate Michel Kafando a été élu Président de la Transition, cumulant également le poste de ministre des Affaires Étrangères. Son expérience internationale et son profil consensuel ont rassuré les partenaires internationaux, notamment les États-Unis et les capitales européennes, qui ont rapidement réagi à l’évolution de la situation. Son double rôle a permis de simplifier les échanges diplomatiques et d’éviter les blocages avec les autorités régionales.

    L’investiture de Michel Kafando a été marquée par la présence de nombreux chefs d’État africains, dont ceux du Ghana, du Togo, du Bénin, du Mali et du Niger, ainsi que de la Mauritanie, en tant que représentante de l’Union Africaine. Cette mobilisation a été perçue comme un signe de réhabilitation du Burkina Faso sur la scène internationale.

    Une transition sous haute surveillance internationale

    Malgré l’adoption d’une Constitution de transition, les États-Unis ont maintenu leur position : ils refusent de collaborer avec un dirigeant non élu au suffrage universel. Le Burkina Faso, désormais sous la surveillance accrue de Washington, a dû composer avec cette réalité géopolitique. Les avions de reconnaissance américains sont restés stationnés à Ouagadougou, soulignant l’importance stratégique du pays dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

    Une répartition des postes ministériels sous tension

    Sur les 26 postes ministériels, l’armée a obtenu quatre postes clés :

    • Isaac Zida, Premier ministre et ministre de la Défense ;
    • Auguste Denise Barry, colonel, ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité (MATDS) ;
    • David Kabré, colonel, ministre des Sports ;
    • Boubacar Ba, ministre des Mines et de l’Énergie.

    La société civile et l’opposition ont obtenu des postes symboliques, comme Joséphine Ouédraogo au ministère de la Justice ou Augustin Loada à la Fonction Publique. Cependant, des tensions persistent, notamment après le limogeage de Adama Sagnon, nommé puis contraint à la démission en raison de son rôle controversé dans l’affaire Norbert Zongo.

    Les défis de la transition : réconciliation et réformes

    Dès décembre, Michel Kafando a signé un décret créant la Commission de la Réconciliation Nationale et des Réformes (CRNR), chargée de mener un travail de mémoire sur les violations des droits humains et les crimes du passé. Parmi les premières mesures :

    • L’autorisation d’enquêtes pour identifier les restes de Thomas Sankara, assassiné en 1987 ;
    • L’ouverture du dossier de l’assassinat de Thomas Sankara, avec une possible demande d’extradition de Blaise Compaoré au Maroc.

    Le Premier ministre Isaac Zida a également annoncé la réforme de l’armée, une priorité pour le nouveau régime. Le général Gilbert Diendéré, proche de l’ancien président, a été démis de ses fonctions et remplacé par le commandant Théophile Nikièma.

    Les risques d’une justice transitionnelle trop hâtive

    La question de la réconciliation nationale divise. Certains estiment que la priorité doit être donnée aux élections transparentes, tandis que d’autres poussent pour une justice transitionnelle rapide. Les limogeages de dirigeants proches de l’ancien régime, comme Jean-Baptiste Bérehoundougou (SONABHY) et Jean Christophe Ilboudo (SONABEL), ainsi que l’hommage rendu aux victimes des manifestations d’octobre 2014, montrent une volonté d’apaisement. Cependant, des figures comme Gilbert Noël Ouédraogo (ADF-RDA) ont également fait des gestes symboliques pour tourner la page.

    Vers des élections transparentes : quelles perspectives ?

    Avec la mise en place des institutions, la période de transition touche à sa fin. Les partis politiques et les candidats se préparent désormais pour les élections de 2015. Le Conseil National de Transition (CNT) a élu Chériff Sy Moumina à sa présidence, tandis que des figures de l’opposition, comme Newton Ahmed Barry, restent en lice. La question de la participation des anciens responsables du régime de Blaise Compaoré aux prochaines élections reste un sujet de débat.

    La transition politique au Burkina Faso a été marquée par des compromis fragiles et des tensions persistantes. Alors que le pays tente de tourner la page de décennies de régime autoritaire, les défis à venir restent nombreux : réformes institutionnelles, réconciliation nationale et préparation des élections. La communauté internationale, quant à elle, continue de surveiller de près l’évolution de la situation.