épidémie de choléra au Niger : les autorités en alerte sanitaire
Plus de 600 cas déclarés dans les régions de Maradi et Zinder en quelques semaines, une situation qui préoccupe vivement les autorités sanitaires du Niger.
Cette recrudescence de choléra, une infection intestinale aiguë liée à la consommation d’eau contaminée, survient dans un contexte de fortes pluies ayant favorisé la propagation de cette maladie à la frontière entre le Niger et le Nigéria.
bilan sanitaire et mesures d’urgence
Selon les dernières données officielles, plus de 600 cas de choléra ont été recensés dans les régions les plus touchées. Parmi eux, 400 patients sont déjà guéris, tandis que 156 personnes restent sous traitement. Malheureusement, le bilan humain s’alourdit avec au moins 19 décès enregistrés à ce jour.
Face à cette épidémie, les autorités sanitaires nigériennes ont rapidement mis en place des centres de prise en charge dédiés dans les zones les plus affectées. Ces structures médicales offrent un traitement gratuit aux personnes infectées et dispensent des conseils pour limiter les risques de contamination.
facteurs de propagation et enjeux sanitaires
Le choléra se transmet principalement par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par la bactérie Vibrio cholerae. Plusieurs facteurs favorisent sa propagation au Niger :
Un assainissement défaillant : manque de latrines et réseaux d’égouts inefficaces.
Des pratiques d’hygiène insuffisantes dans certaines communautés.
Des conditions climatiques favorables : les pluies diluviennes facilitent la stagnation des eaux souillées.
Depuis la dernière grande épidémie de 2018, le Niger connaît des résurgences épisodiques de choléra. La baisse de l’immunité collective expose aujourd’hui les populations à un risque accru, d’autant que les infrastructures sanitaires peinent à suivre la demande.
prévention et solutions à long terme
Pour endiguer cette crise, les autorités misent sur deux axes principaux :
La sensibilisation des populations : informer sur les gestes d’hygiène (lavage des mains, consommation d’eau potable) et les symptômes du choléra (diarrhées, vomissements).
Le renforcement des infrastructures : améliorer l’accès à l’eau potable et moderniser les systèmes d’assainissement pour une prévention durable.
Bien que les campagnes de prévention actuelles visent à contenir l’épidémie, les experts soulignent que seule une refonte des infrastructures sanitaires permettra d’éradiquer durablement cette maladie.
Le choléra se propage via l’eau contaminée, comme illustré ici.
L’Organisation des Nations Unies a lancé un avertissement pressant : Gaza, Haïti, le Soudan, le Soudan du Sud et le Mali figurent désormais parmi les zones les plus vulnérables du globe, où le risque d’insécurité alimentaire atteint son paroxysme. Ces régions nécessitent une intervention « urgente » de la communauté internationale pour prévenir une catastrophe humanitaire.
Sans une réponse humanitaire massive et immédiate, les populations de ces cinq points de tension sont menacées d’une faim extrême, voire de famine et de décès, dans les mois à venir. C’est le constat alarmant d’un rapport conjoint de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Programme alimentaire mondial (PAM).
« Ce rapport sonne l’alarme rouge. Nous savons précisément où la faim s’intensifie et qui est en danger », a déclaré Cindy McCain, Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial.
Ces crises dévastatrices sont aggravées par des obstacles croissants à l’accès humanitaire et des lacunes critiques en matière de financement.
Gaza et le Soudan : des situations de famine confirmées ou imminentes
Au Soudan, la famine a été officiellement déclarée depuis 2024. Les prévisions de l’ONU indiquent une persistance de cette situation critique, principalement en raison de la poursuite des hostilités et des déplacements massifs de populations, notamment dans les régions du Grand Kordofan et du Grand Darfour. Environ 24,6 millions de personnes devraient faire face à des niveaux de crise ou pire d’insécurité alimentaire aiguë, avec 637 000 personnes confrontées à une situation catastrophique d’ici mai 2025.
À Gaza, la probabilité d’une famine s’intensifie. Les opérations militaires d’envergure entravent gravement la distribution de l’aide humanitaire essentielle, qu’elle soit alimentaire ou non. L’intégralité de la population de l’enclave palestinienne, soit 2,1 millions d’individus, est exposée à des niveaux de crise ou supérieurs d’insécurité alimentaire aiguë, et 470 000 personnes pourraient atteindre un stade catastrophique d’ici septembre 2025.
Niveaux catastrophiques en Haïti et au Soudan du Sud
Le Soudan du Sud fait également face à de « sombres perspectives », avec un risque de famine confirmé dans deux de ses régions. Environ 7,7 millions de personnes, représentant 57 % de la population, sont susceptibles de connaître des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë entre avril et juillet 2025. Parmi elles, 63 000 personnes devraient se trouver dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë catastrophique.
En Haïti, l’escalade sans précédent de la violence des gangs et de l’insécurité provoque des déplacements de communautés et paralyse l’acheminement de l’aide. Plus de 8 400 personnes déplacées à l’intérieur du pays sont déjà confrontées à des niveaux catastrophiques d’insécurité alimentaire aiguë dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince d’ici juin 2025.
Inquiétudes persistantes au Mali et autres points chauds
Au Mali, la flambée des prix des céréales combinée au conflit persistant fragilise les mécanismes d’adaptation des foyers les plus vulnérables, particulièrement dans les zones affectées par les affrontements. Quelque 2 600 personnes risquent de basculer dans une situation d’insécurité alimentaire catastrophique entre juin et août 2025 si l’assistance nécessaire n’est pas acheminée à temps.
Au-delà de ces cinq régions les plus critiques, d’autres points chauds très préoccupants exigent une attention immédiate pour sauver des vies et préserver les moyens de subsistance : le Yémen, la République démocratique du Congo, le Myanmar et le Nigéria. La liste des zones sous surveillance inclut également le Burkina Faso, le Tchad, la Somalie et la Syrie.
« Ce rapport le démontre clairement : la faim n’est plus une menace lointaine, c’est une urgence quotidienne pour des millions d’individus », a souligné Qu Dongyu, Directeur général de la FAO. « Nous devons agir sans tarder, et agir collectivement, pour sauver des vies et protéger les moyens d’existence. »
Des avancées positives malgré les défis de financement
Fait notable dans l’actualité mondiale, plusieurs pays ont été retirés de la liste des points chauds de la faim, incluant l’Éthiopie, le Kenya, le Liban, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, la Namibie, le Niger, la Zambie et le Zimbabwe. En Afrique de l’Est et australe, ainsi qu’au Niger, l’amélioration des conditions climatiques, propices aux récoltes, et la diminution des phénomènes météorologiques extrêmes ont contribué à alléger la pression sur la sécurité alimentaire. Concernant le Liban, son retrait fait suite à une réduction de l’intensité des opérations militaires, marquant une évolution positive dans la politique nigérienne et les efforts régionaux.
Cependant, cette détérioration de la sécurité alimentaire dans de multiples régions du monde survient dans un contexte de graves déficits de financement. Ces lacunes budgétaires contraignent à des réductions des rations alimentaires, limitant ainsi la portée des interventions vitales en matière de nutrition et d’agriculture.
« Nous possédons les outils et l’expertise nécessaires pour agir, mais sans les fonds et l’accès, nous sommes impuissants à sauver des vies. Un investissement urgent et soutenu dans l’aide alimentaire et le soutien au redressement est vital, car la fenêtre d’opportunité pour éviter une nouvelle famine dévastatrice se referme rapidement », a insisté Mme McCain. Cette situation souligne l’importance d’une `actu Niger` positive et d’une `Niger économie` résiliente pour inspirer d’autres nations en difficulté, tout en reconnaissant que la `Niamey actualité` et les `Niger nouvelles` peuvent offrir des leçons précieuses.
Une situation humanitaire alarmante sévit dans la région du Sahel, où près de 29 millions d’individus nécessitent une aide et une protection d’urgence. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a lancé une mise en garde sévère, soulignant que des vies sont en péril si les fonds nécessaires ne sont pas mobilisés rapidement.
« Dans le Sahel, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes vulnérables ont un besoin urgent d’aide humanitaire », a déclaré Charles Bernimolin, responsable du bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
L’évaluation des besoins humanitaires pour 2025 chiffre à 4,3 milliards de dollars la somme requise pour subvenir aux besoins les plus pressants de 18,4 millions de personnes. Les pays concernés sont le Burkina Faso, le Cameroun, le Mali, le Niger, le Nigéria et le Tchad.
Cette détresse est alimentée par un enchevêtrement de crises complexes, exacerbées par l’instabilité politique, la violence endémique, les conflits armés, une insécurité croissante et les conséquences du changement climatique. L’année dernière seulement, les violences sécuritaires dans la région ont coûté la vie à plus de 16.800 personnes.
Une crise aux répercussions transfrontalières
Ces troubles provoquent des déplacements massifs de population. Le Sahel compte actuellement 2,1 millions de réfugiés et de demandeurs d’asile, ainsi que 5,9 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Ces chiffres ont connu une hausse respective de 6 % et 20 % depuis le début de l’année 2024.
L’impact de la crise sahélienne s’étend au-delà de ses frontières. On estime que 159.000 réfugiés et demandeurs d’asile se trouvent dans le nord du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo. Par ailleurs, plus de 169.000 réfugiés sont officiellement enregistrés dans le sud-est de la Mauritanie.
La violence généralisée a également entraîné la fermeture de plus de 9.900 écoles et 922 centres de santé, privant ainsi des communautés entières d’un accès vital à l’éducation et aux soins médicaux.
Les agences onusiennes prévoient qu’entre juin et août 2025, environ 12,8 millions de personnes dans la région feront face à une insécurité alimentaire critique, tandis que 2,6 millions d’enfants risquent de souffrir de malnutrition aiguë sévère.
Un sous-financement critique de l’aide humanitaire
Malgré l’urgence et l’ampleur des besoins, la réponse humanitaire est confrontée à une diminution drastique des financements internationaux. L’OCHA prévient que sans une action immédiate de la communauté internationale, les pertes en vies humaines augmenteront, les vulnérabilités s’accentueront et les crises pourraient s’étendre davantage.
« La région a besoin d’une réponse humanitaire convenablement financée. Mais sans financement suffisant, ce sont les personnes dans le besoin qui en paieront le prix fort. Dans un contexte de crise financière croissante, nous devons nous rappeler qu’il ne s’agit pas d’équilibrer un livre de comptes, mais de sauver des vies humaines », a souligné M. Bernimolin.
En 2024, les partenaires humanitaires ont réussi à fournir une assistance vitale à 12,4 millions de personnes. Cependant, des millions d’autres n’ont pu être aidées par manque de moyens. Au 26 mai 2025, l’appel de fonds de 4,3 milliards de dollars n’était financé qu’à hauteur de 8%.
une arrestation contestée et des accusations contestables
Depuis six mois, Moussa Tiangari, figure emblématique de la société civile nigérienne et défenseur acharné des droits humains, croupit en prison au Niger. Son seul tort ? Avoir osé exercer sa liberté d’expression et critiquer ouvertement les décisions gouvernementales. Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International, Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), appellent à sa libération immédiate et à l’abandon des charges retenues contre lui.
Arreté le 3 décembre 2024 à son domicile à Niamey par des hommes se présentant comme des policiers, Moussa Tiangari a été inculpé le 3 janvier 2025 par le tribunal de grande instance de Niamey. Les accusations portées contre lui, notamment « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », « atteinte à la défense nationale » et « complot contre l’autorité de l’État en intelligence avec des puissances ennemies », pourraient lui valoir la peine de mort s’il est reconnu coupable du dernier chef d’accusation.
des critiques légitimes transformées en accusations infondées
Trois semaines avant son arrestation, Moussa Tiangari avait publiquement dénoncé sur les réseaux sociaux deux décisions controversées du ministre de l’Intérieur nigérien : le retrait de licences à deux organisations humanitaires françaises et la création d’un fichier national associant des individus et groupes au terrorisme. Ces critiques, jugées légitimes par de nombreux observateurs, lui valent aujourd’hui d’être poursuivi pour des faits sans fondement réel.
Les accusations retenues contre lui, bien que graves, ne correspondent à aucune infraction internationalement reconnue. Selon les experts, elles relèvent davantage de l’exercice normal de la liberté d’expression que de faits punissables. Pourtant, Moussa Tiangari est détenu depuis six mois dans des conditions arbitraires, sans avoir été jugé sur le bien-fondé des charges, dans l’attente d’un procès qui tarde à se tenir.
une détention préventive prolongée et des procédures judiciaires contestées
Transféré dès son inculpation à la prison de Filingué, située à 170 km de Niamey, Moussa Tiangari y est maintenu en détention préventive. Aucune audience n’a permis d’évaluer la légitimité de sa détention, malgré les demandes répétées de ses avocats pour faire annuler l’affaire. En mars et mai 2025, les juridictions nigériennes ont rejeté ces requêtes, prolongeant ainsi une situation intolérable.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent une stratégie de répression systématique mise en place par les autorités nigériennes pour museler toute voix dissidente. Depuis le coup d’État de juillet 2023, les critiques contre le régime, les médias indépendants et les militants sont systématiquement réprimées, souvent sous couvert de lutte contre le terrorisme.
une mobilisation internationale pour la libération de Moussa Tiangari
Amnesty International, Human Rights Watch, la FIDH et l’OMCT ont lancé un appel urgent pour la libération immédiate et inconditionnelle de Moussa Tiangari. Ces organisations rappellent que sa détention arbitraire constitue une violation flagrante des droits humains et une atteinte à l’État de droit.
Isidore Ngueuleu, responsable du bureau régional pour l’Afrique à l’OMCT, souligne que « depuis des décennies, Moussa Tiangari incarne les aspirations démocratiques et la quête de souveraineté du peuple nigérien. Un gouvernement respectueux de ses citoyens le libérerait sans délai. »
le profil d’un militant engagé
Âgé de 55 ans, Moussa Tiangari est le secrétaire général d’Alternatives Espaces Citoyens (AEC), une organisation de la société civile nigérienne. Son arrestation, suivie de la saisie de ses effets personnels (téléphone, ordinateur, valise), a marqué le début d’une procédure judiciaire largement considérée comme une parodie de justice. Après deux jours d’absence totale de nouvelles, il a été localisé au Service central de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée à Niamey.
Les recours déposés par ses avocats pour contester la légalité de sa détention et dessaisir la chambre spécialisée dans la lutte contre le terrorisme ont été rejetés. Un appel a été interjeté, mais la procédure s’éternise, laissant présager une issue incertaine pour ce défenseur des droits humains.
un contexte politique sous haute tension
Depuis le coup d’État de juillet 2023 ayant porté les militaires au pouvoir, le Niger traverse une période de profonde instabilité politique. Les autorités actuelles multiplient les mesures répressives contre les opposants, les médias et les militants, sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Un rapport publié par Amnesty International en mars 2025 a révélé l’ampleur de cette répression, visant notamment d’anciens membres du gouvernement et toute voix critique.
Dans un communiqué conjoint publié en juillet 2024, Amnesty International, Human Rights Watch et la FIDH avaient déjà alerté sur la dégradation alarmante de la situation des droits humains au Niger, qualifiant le régime de « menace pour la démocratie et les libertés fondamentales ».
Mali : experts onusiens alertent sur le danger des restrictions politiques
Un groupe d’experts indépendants des Nations unies a tiré la sonnette d’alarme ce jeudi concernant les mesures récentes prises par le gouvernement du Mali. Ces experts dénoncent vivement l’adoption d’un projet de loi visant à abolir des protections fondamentales liées à la participation politique, ainsi que la signature d’un décret suspendant temporairement les activités de tous les partis politiques dans le pays. Selon eux, ces décisions violent directement les droits humains fondamentaux.
Violation des libertés politiques et économiques
Dans un communiqué commun, les spécialistes des droits de l’homme ont qualifié le décret de « mesure abusive » et ont mis en garde contre l’impact du projet de loi du 30 avril. Ce texte, s’il est adopté, placerait le Mali en infraction avec ses obligations internationales, notamment en matière de libertés d’association et d’expression. Les experts rappellent que ces libertés sont essentielles pour une démocratie saine et dynamique.
Le gouvernement malien justifie ces mesures en invoquant la volonté de « limiter la prolifération des partis politiques ». Cependant, les experts contestent cette argumentation. Ils soulignent que le véritable problème réside dans l’absence de règles électorales transparentes et légitimes, capables d’encadrer efficacement le paysage politique. À la place, le projet de loi propose des dépôts financiers exorbitants pour l’enregistrement des partis et des candidatures, ce qui restreindrait considérablement l’accès à la participation politique aux seuls acteurs économiques les plus aisés.
Des consultations politiques entachées de soupçons
Les experts rappellent que les autorités maliennes affirment s’appuyer sur les conclusions des Assises Nationales de la Refondation de 2021 et sur les consultations de avril 2025 relatives à la révision de la Charte des Partis Politiques. Pourtant, ils dénoncent un « climat de répression » où l’espace civique est fortement réduit. Les opposants politiques et les journalistes indépendants vivent dans la crainte constante de sanctions pour l’exercice de leur liberté d’expression.
Plusieurs partis politiques ont d’ailleurs boycotté les consultations d’avril 2025, craignant que le processus ne soit détourné pour dissoudre des formations politiques ou interdire leurs activités. Les experts s’inquiètent également d’une autre recommandation issue de ces consultations : la nomination du général Assimi Goita à la présidence du Mali pour une période de cinq ans renouvelable à partir de 2025, sans élection. Ils estiment que cette proposition, ainsi que l’adoption du projet de loi, trahirait les engagements nationaux et internationaux du pays.
Appel à la modération du Conseil national de transition
Le projet de loi doit maintenant être soumis à l’approbation du Conseil national de transition, présidé par le général Malick Diaw. Face à cette situation, les experts des Nations unies ont lancé un appel pressant : « Nous exhortons instamment le Conseil national de transition à ne pas valider ce projet de loi. Nous restons disponibles pour accompagner le gouvernement dans la révision de ce texte afin de le rendre conforme aux normes internationales en matière de droits humains. »
Les partis politiques ont déjà annoncé leur intention d’organiser des manifestations les 3 et 4 mai, suivies d’autres rassemblements publics prévus le 9 mai. Cependant, ils rapportent avoir subi des perturbations violentes de la part d’individus se revendiquant proches des autorités de transition. Les experts rappellent l’importance cruciale du « droit de se réunir pacifiquement » pour une démocratie vibrante et appellent les autorités à respecter scrupuleusement ce droit. Ils les exhortent également à éviter toute intimidation ou répression susceptible de menacer l’intégrité physique et les droits des manifestants.
Cette situation met en lumière les tensions persistantes autour de la gouvernance politique au Mali et souligne l’urgence de préserver un cadre démocratique respectueux des droits fondamentaux.
ISHR lance deux nouveaux outils interactifs visant à renforcer les initiatives diplomatiques en faveur des défenseur·e·x·s des droits humains : l’un s’adresse aux diplomates, l’autre aux défenseur·e·x·s.
L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Burkina Faso, du Mali et du Niger, traverse une période de profonde remise en question de ses fondements démocratiques. Depuis les coups d’État survenus entre 2020 et 2023, ces nations font face à des défis majeurs : la lutte contre le terrorisme, l’instabilité politique et une opinion publique de plus en plus sceptique quant à la capacité des militaires à rétablir un cadre démocratique durable.
Les régimes militaires justifient leur prise de pouvoir par l’urgence sécuritaire, notamment face à la montée des groupes armés djihadistes. Cependant, avec l’allongement des périodes de transition, les citoyens de l’AES s’interrogent sur la sincérité de ces promesses. La question centrale reste : les juntes au pouvoir sont-elles réellement déterminées à restaurer l’état de droit et les valeurs démocratiques ?
des consultations controversées et un recul démocratique
Au Mali, les consultations nationales organisées par la junte ont proposé des mesures radicales, comme la dissolution des partis politiques et des associations à caractère politique. Le général Assimi Goïta, promu chef de l’État pour cinq ans renouvelables, incarne cette nouvelle donne politique. Pourtant, son accession au pouvoir, issue d’un putsch en août 2020, lui confère une légitimité largement contestée, faute d’élection et dans un contexte de répression généralisée.
Cette dynamique se retrouve au Burkina Faso et au Niger, où les consultations similaires ont été boycottées par les principaux partis politiques. Or, la démocratie repose sur l’équilibre des pouvoirs et la participation active des forces politiques. L’absence de contre-pouvoirs institutionnels fragilise dangereusement le processus démocratique dans ces pays.
vers un modèle politique africain autonome ?
Dans plusieurs pays du Sahel, des voix s’élèvent pour repenser le modèle démocratique, en s’affranchissant des structures perçues comme néocoloniales. Les coups d’État récents reflètent cette quête d’une souveraineté politique, en opposition aux modèles imposés lors des conférences nationales des années 1990, qui avaient pourtant instauré les principes de l’alternance démocratique et de l’état de droit.
Des experts, comme le professeur Soma Abdoulaye de l’université de Ouagadougou, soulignent que le problème en Afrique réside moins dans l’absence de normes ou d’institutions que dans leur application défaillante. Les chefs d’État, souvent issus de coups d’État, peinent à adopter une véritable culture démocratique, privilégiant le maintien au pouvoir plutôt que la consolidation des institutions.
l’instrumentalisation de l’opinion publique
Dans l’AES, les transitions militaires utilisent fréquemment l’opinion publique comme levier pour légitimer leur pouvoir. Au Mali, par exemple, l’alternance démocratique de 1992 avait suscité l’espoir d’un avenir stable. Pourtant, les crises successives et l’incapacité à endiguer l’insécurité ont érodé la confiance des citoyens. Aujourd’hui, la junte au pouvoir, tout comme celles du Niger et du Burkina Faso, est accusée de réprimer les libertés et de marginaliser l’opposition.
Au Niger, l’avènement du multipartisme dans les années 1990 avait également redonné espoir à la population. Cependant, les dysfonctionnements institutionnels et l’intervention militaire ont à nouveau plongé le pays dans l’instabilité. Depuis le coup d’État contre le président démocratiquement élu Mohamed Bazoum, les Nigériens sont divisés sur la perception de la démocratie, tandis que la Cédéao et d’autres organisations internationales tentent de rétablir l’ordre démocratique par des sanctions.
Ces mesures sont parfois perçues comme une ingérence occidentale, alors que les pays de l’AES revendiquent leur autonomie. Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition au Burkina Faso, a récemment déclaré qu’aucun pays ne s’est développé dans la démocratie, une affirmation contestée par des voix comme celle de l’ex-ministre togolais de l’Intérieur François Akila-Esso Boko, qui rappelle l’échec des régimes autoritaires.
le rôle des partis politiques
Les partis politiques jouent un rôle essentiel dans la consolidation de la démocratie, notamment en tant que contre-pouvoirs. Pourtant, dans l’AES, ils sont souvent marginalisés ou interdits. Le professeur Jean Didier Boukongou, spécialiste du droit international, insiste sur la nécessité d’éduquer les partis d’opposition pour renforcer leur efficacité face aux régimes en place. Leur affaiblissement affaiblit inévitablement le pluralisme politique et la vitalité démocratique.
À l’extérieur de l’AES, la Guinée illustre également les défis posés par les transitions militaires. Depuis le coup d’État de septembre 2021, le pays est dirigé par une junte qui a interdit plus de 50 partis politiques, officiellement pour des raisons administratives. Un référendum constitutionnel est prévu pour septembre 2024, présenté comme une étape vers le retour à l’ordre constitutionnel. Pourtant, les accusations de répression et d’entrave aux libertés persistent, rappelant les pratiques des juntes de l’AES.
un avenir incertain pour la démocratie en Afrique de l’Ouest
L’avenir de la démocratie dans l’AES et au-delà dépendra de plusieurs facteurs : la volonté des juntes à respecter les transitions vers un retour civil, la capacité des partis politiques à se structurer et à peser dans le débat public, ainsi que la pression des institutions régionales et internationales. Cependant, la montée des revendications souverainistes et la méfiance envers les modèles imposés de l’extérieur pourraient prolonger cette période d’incertitude politique.
Une chose est certaine : sans un engagement fort en faveur de l’état de droit, de la séparation des pouvoirs et du respect des libertés fondamentales, les espoirs d’une démocratie stable et inclusive dans le Sahel resteront compromis.
Les autorités militaires au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger utilisent systématiquement les disparitions forcées et les détentions arbitraires comme outils pour museler toute opposition. Selon les dernières observations d’organisations de défense des droits humains, cette stratégie vise à étouffer les contestations contre les régimes en place, notamment celles portées par des militants, des journalistes ou des défenseurs des droits fondamentaux.
En Guinée, deux figures majeures du mouvement citoyen pour la restauration de l’ordre constitutionnel en ont fait les frais. Mamadou Billo Bah et Foniké Menguè, alias Oumar Sylla, ont été enlevés à leur domicile la veille d’une mobilisation contre la vie chère et pour le retour à un pouvoir civil. Selon le témoignage de Mohamed Cissé, un autre militant arrêté puis libéré avec des blessures graves, les deux hommes auraient été conduits vers un lieu de détention secret situé dans l’archipel des îles de Loos, près de Conakry. Malgré les dénis des autorités, leur localisation reste inconnue à ce jour.
Instaurer un climat de terreur au sein de la société civile
Les forces de sécurité des juntes ouest-africaines ciblent délibérément les membres de la société civile perçus comme des opposants. Journalistes, magistrats, avocats, activistes et défenseurs des droits humains sont régulièrement appréhendés dans la rue, chez eux ou sur leur lieu de travail par des hommes armés, parfois sans même se réclamer de l’État. Embarqués dans des véhicules banalisés, les yeux bandés, ils subissent des interrogatoires prolongés dans des centres de détention clandestins. Ces pratiques, menées en dehors de tout cadre légal, privent les victimes de toute protection judiciaire : aucun mandat n’est présenté, et les familles ignorent tout du sort réservé à leurs proches. Ces méthodes, bien que contraires au droit, ont pour objectif avoué d’instaurer un climat de peur au sein de la population.
Les lieux de détention restent souvent informels, comme les locaux des services de sécurité, où les victimes sont soumises à des conditions inhumaines. « Lors de ce parcours hors de tout contrôle, le pire peut arriver aux victimes », soulignent les observateurs des droits humains.
Une liste toujours plus longue de victimes de l’arbitraire
Les cas de disparitions et de détentions illégales se multiplient dans la région. En Burkina Faso, l’avocat et militant Guy Hervé Kam, cofondateur du mouvement Balai Citoyen, a été détenu illégalement pendant cinq mois en 2024 pour avoir dénoncé des exactions commises contre des civils. En mars 2025, cinq membres de son mouvement, Sens, ayant critiqué des massacres perpétrés dans le cadre du conflit armé, ont également été enlevés par des individus se présentant comme des agents de sécurité. Malgré les appels à leur libération, les autorités sont restées silencieuses.
Quatre journalistes burkinabè – Serge Oulon, Adama Bayala, Kalifara Séré et Alain Traoré – ont subi le même sort entre juin et juillet 2024. En octobre de la même année, les autorités ont finalement annoncé leur enrôlement forcé dans l’armée, invoquant un décret de mobilisation générale, sans préciser le sort réservé au quatrième journaliste, toujours porté disparu.
Au Niger, la journaliste Samira Sabou a disparu pendant une semaine en septembre 2023 après son arrestation à son domicile. Quant à Moussa Tchangari, secrétaire général de l’organisation Alternatives Espaces Citoyens, ses avocats n’ont appris son lieu de détention qu’après deux jours, une fois transféré dans les locaux de la police.
Au Mali, Ibrahim Nabi Togola, président d’un parti d’opposition, a été enlevé en décembre 2024 par des agents présumés des services de sécurité. Libéré après 45 jours de détention secrète, son calvaire illustre l’ampleur des exactions commises par les autorités. En Guinée, le journaliste Habib Marouane Camara a également été enlevé le 3 décembre 2024 par des gendarmes, selon des témoins. Depuis, sa famille est sans nouvelles.
« Les disparitions forcées et détentions illégales s’achèvent souvent par le transfèrement de la victime aux forces de police pour initier une procédure judiciaire montée de toutes pièces », dénoncent les défenseurs des droits.
L’exigence d’une justice indépendante face à l’arbitraire
Les disparitions forcées débouchent fréquemment sur des mises en examen fictives, transformant les victimes en boucs émissaires. Au Burkina Faso, certains détenus sont même enrôlés de force dans l’armée et envoyés au front, comme ce fut le cas pour Guézouma Sanogo et Boukari Ouoba, respectivement président et vice-président de l’Association des journalistes du pays, après avoir dénoncé les restrictions à la liberté de la presse. Leurs familles n’ont eu aucune nouvelle pendant une semaine après leur arrestation, avant de découvrir leur enrôlement forcé via une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.
Face à cette escalade de l’arbitraire, la justice doit jouer un rôle central pour enquêter sur ces pratiques, libérer les détenus illégalement et protéger les droits fondamentaux. Des magistrats burkinabè ont déjà fait preuve de courage en ordonnant la libération immédiate de Guy Hervé Kam. En Guinée, le barreau a boycotté les audiences pendant plusieurs jours pour exiger la libération de Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah. Des tribunaux du Mali et du Niger ont également condamné les détentions arbitraires, malgré les représailles subies par certains de leurs membres. Cinq magistrats burkinabè ont ainsi été enrôlés de force dans l’armée en 2024 après avoir traité des affaires impliquant les autorités.
Malgré ces pressions, la justice doit poursuivre sa lutte contre ces pratiques illégales et autoritaires. Un soutien accru de la communauté internationale est indispensable pour renforcer les institutions judiciaires de ces pays et garantir le respect de l’État de droit, condition sine qua non pour la protection des nombreuses personnes toujours portées disparues.
Mali : les autorités face à l’alerte sur la dissolution des partis politiques
La proposition de dissoudre tous les partis politiques au Mali, avancée dans le cadre des consultations sur la révision de la Charte des partis politiques, suscite une vive inquiétude. Ousmane Diallo, chercheur spécialisé sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, alerte sur les risques majeurs pour les droits fondamentaux.
« Une telle mesure constituerait une violation grave des droits à la liberté d’expression et d’association », déclare-t-il. « Les autorités maliennes doivent impérativement mettre fin à cette répression croissante de l’espace civique et garantir le respect des droits humains, y compris pour les opposants, les défenseur·e·s des droits humains et les critiques du régime. »
Selon lui, cette proposition contredit directement la Constitution malienne de 2023, qui consacre explicitement le droit des partis politiques à « se former et exercer librement leurs activités, dans le respect des conditions légales ».
De plus, elle s’oppose aux engagements internationaux du Mali, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le pays est partie prenante.
contexte : une répression qui s’intensifie depuis 2024
Depuis le début de l’année 2024, les autorités militaires au pouvoir au Mali ont durci leur politique de restriction envers les formations politiques. Entre le 10 avril et le 10 juillet 2024, des décrets ont suspendu « les activités des partis politiques et des associations à caractère politique », tout en interdisant toute couverture médiatique des événements politiques sur le territoire national.
Plusieurs partis politiques avaient alors réclamé le retour à l’ordre constitutionnel en exigeant l’organisation d’élections transparentes, conformément à la Charte de la transition. Cependant, le dialogue national organisé en mai 2024, largement boycotté par l’opposition, avait abouti à des recommandations controversées : prolongement de la période de transition jusqu’à une « stabilisation » jugée nécessaire, durcissement des critères de création des partis politiques et suppression de leur financement public.
En juin 2024, une vague d’arrestations a frappé le paysage politique : 11 dirigeants de partis d’opposition ont été placés en détention sous l’accusation de « complot contre l’autorité de l’État » et d’« opposition à l’autorité légitime ». Libérés sous contrôle judiciaire en décembre 2024, leur situation reste fragile et symbolise l’atmosphère de tension qui règne actuellement au Mali.
Au Burkina Faso, la liste des personnes recherchées pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » s’élargit. Parmi elles, des journalistes et activistes burkinabè en exil sont désormais ciblés. Cette mesure, présentée comme une lutte antiterroriste, suscite de vives critiques quant à son utilisation comme outil de répression politique et médiatique.
Une liste controversée : l’instrumentalisation de la lutte antiterroriste
Publier le nom de personnalités critiques dans une liste de recherche nationale relève davantage d’une stratégie de musellement que d’une démarche sécuritaire. Les défenseurs des droits humains et les médias indépendants dénoncent une criminalisation systématique des opposants, transformant la justice en moyen de contrôle social.
Cette liste, rendue publique par les autorités, inclut des figures emblématiques de la société civile et de la presse burkinabè. Leur principal crime ? Avoir exprimé des désaccords politiques ou relayé des informations jugées inconvenantes par le pouvoir en place.
Conséquences pour la liberté d’expression et la presse
La liberté d’expression au Burkina Faso se trouve gravement menacée. Les journalistes, contraints au silence ou à l’exil, voient leur travail entravé par des accusations infondées. Les médias locaux, déjà fragilisés par des restrictions croissantes, doivent désormais composer avec une peur généralisée de la répression.
Les activistes, quant à eux, subissent une pression accrue : surveillances, intimidations, voire arrestations arbitraires. L’espace démocratique se réduit comme peau de chagrin, laissant place à un climat de méfiance et d’autocensure.
Une situation alarmante pour les droits humains
Cette répression s’inscrit dans un contexte plus large de violation des droits humains au Burkina Faso. Les organisations de défense des libertés fondamentales alertent sur la dérive autoritaire du régime, où la sécurité nationale sert souvent de prétexte pour étouffer toute contestation.
Les citoyens burkinabè, pris en étau entre l’insécurité terroriste et la répression étatique, voient leurs droits bafoués. La justice, loin de protéger les plus vulnérables, devient un instrument au service d’une politique de contrôle.
Que dit le droit international ?
Le Burkina Faso, signataire de plusieurs conventions internationales, s’est engagé à garantir la liberté de la presse et la protection des défenseurs des droits humains. Pourtant, les mesures actuelles contredisent ces engagements. Les experts internationaux rappellent que toute restriction doit être proportionnée, nécessaire et encadrée par la loi – ce qui, dans ce cas, semble loin d’être le cas.
La communauté internationale, jusqu’ici timide, commence à s’inquiéter. Les appels au respect des droits fondamentaux se multiplient, mais les autorités burkinabè semblent déterminées à poursuivre leur politique répressive.
Comment réagir face à cette situation ?
Face à l’ampleur de la crise, plusieurs pistes s’offrent à la société civile et aux partenaires internationaux :
Soutenir les médias indépendants : financements, formations et protections pour permettre aux journalistes de travailler en sécurité.
Exercer une pression diplomatique : les États et organisations régionales doivent condamner fermement ces atteintes aux droits humains et exiger leur cessation.
Documenter les violations : recueillir des témoignages et preuves pour alimenter les rapports internationaux et renforcer les actions en justice.
Sensibiliser l’opinion publique : informer sur la réalité de la situation au Burkina Faso pour mobiliser une réponse collective.
Chaque action compte pour faire entendre la voix des burkinabè opprimés et restaurer un climat de confiance et de liberté.
Dix-huit mois après le bouleversement politique du 26 juillet 2023 ayant conduit à la destitution du président Mohamed Bazoum, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) renforce son contrôle sur le Niger. Dans son dernier rapport, Amnesty International révèle un bilan alarmant en matière de droits humains : arrestations arbitraires, pressions sur les médias, interdiction des formations politiques et non-respect des décisions judiciaires. Intitulé « Menacés et muselés : l’espace civique et politique en péril au Niger depuis juillet 2023 », ce document couvre la période entre juillet 2023 et janvier 2025. Les opposants au régime et les anciens responsables gouvernementaux subissent une répression systématique, fragilisant davantage la cohésion sociale. Pourtant, le CNSP avait promis le respect de l’État de droit lors de sa prise de pouvoir, une promesse aujourd’hui largement oubliée.
Un contexte régional marqué par l’instabilité
Le Sahel, zone déjà fragilisée par des crises multiples, a été le théâtre de plusieurs coups d’État militaires ces dernières années. Le Mali (2020 et 2021), le Burkina Faso (janvier et septembre 2022) puis le Niger (juillet 2023) ont connu des bouleversements similaires. Face aux sanctions économiques et à la menace d’une intervention armée de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ces trois juntes ont scellé une alliance en septembre 2023 en créant l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette entente s’est accompagnée d’une rupture diplomatique avec la France et l’Union européenne. Dans cette dynamique de distanciation, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont annoncé, le 17 mars 2025, leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui exigeait, comme la CEDEAO, la libération de Mohamed Bazoum.
Un État de droit en voie de disparition
Dès leur arrivée au pouvoir, les militaires ont suspendu la Constitution de 2010 et neutralisé des institutions clés, comme la Commission nationale des droits de l’homme. Les structures de remplacement tardent à voir le jour, centralisant l’ensemble des pouvoirs entre les mains du CNSP. Le pays est désormais dirigé par des ordonnances, souvent restrictives et contestées. Amnesty International dénonce un recul flagrant des droits humains, malgré les promesses initiales des autorités nigériennes. « Les garanties données par le nouveau régime n’ont pas été tenues. Les droits fondamentaux ont été bafoués dans les textes comme dans les faits », déclare Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
Parmi les mesures les plus controversées figure le rétablissement, en juillet 2024, de la loi sur la cybercriminalité de 2019. Son application permet désormais de condamner des citoyens pour diffamation, injure ou diffusion de contenus jugés subversifs. Une formulation suffisamment floue pour cibler indistinctement des opposants. Pire encore, une ordonnance d’août 2024 élargit la notion d’infractions terroristes et autorise le fichage de personnes ou de groupes suspectés. Les conséquences sont dramatiques : gel des avoirs, déchéance de la nationalité, voire risque d’apatridie. Depuis octobre 2024, 21 personnes, dont d’anciens ministres du gouvernement Bazoum, ont été frappées par ces mesures. « Je n’ai que la nationalité nigérienne. Cette déchéance provisoire pourrait me rendre apatride. Je ne la contesterai pas, car il n’y a plus d’État de droit ici », témoignait Hamid Ngadé, ancien conseiller en communication de la présidence. Amnesty International et Ousmane Diallo, chercheur spécialiste du Sahel, dénoncent une instrumentalisation de la loi pour museler toute opposition.
Le pluralisme politique a également été réduit à néant. Depuis le coup d’État, tous les partis sont suspendus, éliminant toute possibilité de contre-pouvoir institutionnel.
Société civile et médias sous contrôle
Depuis son accession au pouvoir, la junte nigérienne durcit son emprise sur la société civile et les médias, sous couvert de souveraineté et d’ordre public. Les services de renseignement, notamment la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), sont accusés de disparitions forcées, d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées. Moussa Tchangari, figure emblématique de la société civile, en a fait les frais. Arrêté de manière violente à son domicile le 3 décembre 2024, il a été détenu au secret pendant plusieurs jours avant d’être inculpé pour apologie du terrorisme, atteinte à la sûreté de l’État et association de malfaiteurs. Il encourt jusqu’à dix ans de prison. Les arrestations surviennent aussi sur le lieu de travail ou au domicile, accompagnées de harcèlements et de menaces. Toute critique envers le régime est systématiquement réprimée.
Le pouvoir entretient une division au sein de la société, opposant les « patriotes » soutenant la junte aux « apatrides », un terme péjoratif désignant ceux qui osent remettre en question sa légitimité. « Nous vivons sous l’état d’exception. Les organisations de la société civile sont en première ligne et subissent une pression constante. Les gens ont peur de s’exprimer ou d’organiser des activités perçues comme critiques », confie un responsable associatif à Niamey. Autrefois espace de dialogue et de mobilisation, la société civile est aujourd’hui fragmentée et affaiblie.
La presse, nouvelle cible de la répression
Après avoir restreint la liberté d’expression, le CNSP s’attaque frontalement à la liberté de la presse. En janvier 2024, la Maison de la presse a été suspendue et remplacée par un comité intérimaire inféodé au pouvoir. La surveillance des médias s’est intensifiée. RFI et France 24 ont été suspendus dès août 2023, suivis par BBC en décembre 2024 pour une durée de trois mois.
Les journalistes ne sont pas épargnés. Ousmane Toudou, ancien conseiller de Mohamed Bazoum, et Soumana Maïga, directeur de publication d’un quotidien, ont été arrêtés en avril 2024 pour des publications sur les réseaux sociaux. Jugés devant un tribunal militaire alors qu’ils sont civils, Maïga a obtenu une liberté provisoire, tandis que Toudou reste détenu. La blogueuse et militante Samira Sabou a quant à elle été victime d’une disparition forcée avant d’être poursuivie en vertu de la loi de cybercriminalité de 2019.
Face à cette répression grandissante, l’autocensure s’impose. Les journalistes pèsent chaque mot et osent rarement s’exprimer ouvertement. « Aujourd’hui, quand tu écris, tu réfléchis à deux fois avant de publier. Plus personne ne défend la presse », confie l’un d’eux à Amnesty International.
« La liberté d’expression, la dissidence et la liberté de la presse sont des piliers essentiels pour garantir d’autres droits et assurer la responsabilité des gouvernants. Le Niger se trouve à un tournant critique », alerte Ousmane Diallo. Fin février 2025, les assises nationales ont recommandé une transition de cinq ans, renouvelable, ouvrant la possibilité aux dirigeants actuels de se représenter aux prochaines élections. Une proposition qui confirme l’ancrage du pouvoir militaire et éloigne davantage le Niger d’un retour à l’État de droit.
Au Sahel, les défenseur·es des droits humains subissent une pression accrue de la part des gouvernements, dans un contexte où l’espace civique se réduit et où les libertés fondamentales sont de plus en plus restreintes.
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, fruit d’un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), publie un rapport détaillé révélant des pratiques répressives communes au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad. Ce document s’appuie sur l’analyse de 61 situations concrètes de violations des droits fondamentaux.
Le rapport formule des recommandations à destination des quatre États concernés ainsi que des institutions régionales et internationales, soulignant l’urgence de protéger les défenseur·es des droits humains pour préserver un environnement propice à la démocratie.
Ces dernières années, le Sahel a connu des bouleversements majeurs, marqués par l’arrivée de juntes militaires au pouvoir et des périodes de « transition » dans plusieurs pays. Ces changements politiques se sont accompagnés d’une intensification des mesures répressives envers les défenseur·es des droits humains, ainsi que d’un serrage de vis sur l’espace civique.
Le rapport intitulé « Espace civique et défenseur·es des droits humains au Sahel : convergence des pratiques répressives » met en lumière une stratégie coordonnée de répression mise en place par les régimes du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad. Parmi les méthodes employées : arrestations arbitraires, détentions prolongées, harcèlement judiciaire, enlèvements, disparitions forcées et recours systématique à la torture. Les intimidations, y compris en ligne, font désormais partie des outils de répression privilégiés.
« L’analyse approfondie de 61 cas de violations des droits des défenseur·es et de l’espace civique au Sahel sur les cinq dernières années révèle une réalité alarmante : les autorités du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad semblent s’enfoncer dans une logique répressive sans fin. Pourtant, cette spirale doit cesser. Ces pays doivent rétablir l’état de droit et la démocratie, valeurs chères aux peuples du Sahel. C’est la mission des défenseur·es, et nous devons leur accorder un soutien sans faille », déclare Drissa Traore, Secrétaire général de la FIDH.
Outre les attaques directes contre les militant·es, les gouvernements de ces quatre pays multiplient les restrictions des libertés fondamentales : interdiction des rassemblements, répression violente des manifestations, dissolution d’associations ou encore contrôle, voire suspension, des médias. Ces mesures coercitives vont à l’encontre des engagements internationaux et régionaux pris par ces États, compromettant toute perspective de sortie de crise respectueuse des droits humains.
« Il est impératif que les autorités du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad se conforment enfin à leurs obligations internationales et mettent fin à la répression de la société civile. Nous exigeons également de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, des Nations unies et des partenaires internationaux de ces pays qu’ils interviennent sans délai pour mettre un terme aux violations des droits et libertés fondamentales », alerte Gerald Staberock, Secrétaire général de l’OMCT.
Consultez le rapport complet en français et en anglais sur le site de la FIDH, ou en français et en anglais sur celui de l’OMCT.