Catégorie : A la Une

  • Burkina Faso : la justice sous les projecteurs, des magistrats poursuivis pour corruption

    Burkina Faso : la justice sous les projecteurs, des magistrats poursuivis pour corruption

    Le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré a mis au jour un « vaste réseau d’agents indélicats » au sein de la cour d’appel de Ouagadougou. Une dizaine de magistrats, interpellés en octobre, sont désormais inculpés pour avoir influencé des décisions judiciaires en échange de rétributions financières.

    Burkina Faso : une dizaine de hauts magistrats poursuivis pour corruption, selon le régime

    Dysfonctionnements majeurs au sein du système judiciaire burkinabè

    Selon un communiqué officiel, une dizaine de hauts magistrats du Burkina Faso, incluant des présidents de chambre, un procureur général et un juge d’instruction, font l’objet de poursuites pour corruption. Ces arrestations, réalisées en octobre, sont le résultat d’une série d’auditions qui ont exposé un « vaste réseau d’agents indélicats » au sein de la cour d’appel de Ouagadougou. Le capitaine Farouk Azaria Sorgho, porte-parole du Korag – l’organe chargé de la « révolution progressive populaire » du régime militaire – a confirmé ces révélations.

    Enjeux financiers considérables et décisions judiciaires controversées

    Le porte-parole a souligné que « d’importantes sommes d’argent ont été utilisées pour des actes de corruption et d’influence », ce qui a conduit à des instructions partiales et des jugements partisans. Une affaire spécifique est mise en avant : celle d’une dizaine de douaniers qui avaient été relaxés suite à un non-lieu. Le Korag dénonce cette décision comme une « mascarade judiciaire », estimant qu’elle « compromet sérieusement la lutte contre la corruption ».

    Le gouvernement militaire s’engage à renforcer la lutte

    Le régime du capitaine Traoré, en place depuis 2022 et se réclamant de l’héritage de Thomas Sankara, a fait de la lutte contre la corruption un élément fondamental de son programme. « Nous intensifierons la bataille contre la corruption et l’impunité au sein des acteurs judiciaires », a affirmé le capitaine Sorgho, tout en pointant un « grave dysfonctionnement au sein de la chaîne de justice ». Cette posture vise également, pour le régime militaire souvent critiqué pour sa gestion des voix dissidentes, à démontrer sa détermination face aux dérives internes qui pourraient ternir son image.

  • Junte burkinabè : la lutte contre la corruption frappe les douaniers et magistrats

    Junte burkinabè : la lutte contre la corruption frappe les douaniers et magistrats

    La junte du Burkina Faso engage des poursuites contre les acteurs d’un vaste réseau de corruption

    Au Burkina Faso, la lutte contre la corruption franchit une nouvelle étape. Une instance gouvernementale spécialement créée en 2024, le Korag, vient de révéler les détails d’une affaire de racket systématique impliquant des douaniers et des magistrats. Cette enquête, ouverte il y a quatre ans, met en lumière des pratiques illégales ayant touché des transporteurs routiers souhaitant faciliter le passage de leurs marchandises.

    Selon les informations communiquées par le Korag, les preuves accumulées sont accablantes. Plusieurs douaniers ont été pris en flagrant délit, comme en témoignent des vidéos et des témoignages recueillis. De plus, des sommes importantes en liquide ont été saisies dans leurs bureaux et domiciles, confirmant l’ampleur des détournements.

    Un système judiciaire infiltré par la corruption

    Malgré les preuves évidentes, les douaniers accusés avaient bénéficié d’un non-lieu, une décision contestée par la junte. Cette dernière accuse un avocat et dix magistrats de la cour d’appel de Ouagadougou d’avoir perçu des pots-de-vin pour influencer les procédures judiciaires. Ces hauts responsables seraient même allés jusqu’à révéler l’identité des témoins à charge, mettant en péril leur sécurité.

    Le Korag dénonce une « mascarade judiciaire » et un « dysfonctionnement grave » au sein de la chaîne judiciaire. Ces manquements ont conduit à l’arrestation récente des magistrats impliqués. La junte a réaffirmé sa détermination à sanctionner les responsables, y compris par des poursuites pénales, tout en garantissant la protection des témoins.

    Des mesures strictes pour rétablir la confiance

    Face à cette crise, les autorités burkinabè s’engagent à renforcer les contrôles internes et à appliquer une tolérance zéro envers les actes de corruption. Le Korag, dont la mission est de superviser la vision stratégique du pays pendant la transition, a joué un rôle clé dans cette affaire. Ses investigations ont permis de révéler un réseau de complicité touchant plusieurs institutions.

    Cette affaire illustre les défis auxquels le Burkina Faso doit faire face pour restaurer l’intégrité de ses institutions publiques. Les autorités promettent des actions rapides pour garantir que justice soit rendue et que les responsables soient tenus pour compte.

  • Mali : la pénurie de carburant paralyse l’assistance humanitaire

    Mali : la pénurie de carburant paralyse l’assistance humanitaire

    Le Mali traverse une période critique où l’approvisionnement énergétique devient un obstacle majeur pour les secours. Un blocus imposé par des groupes armés sur des axes routiers essentiels aggrave la crise humanitaire au Mali, paralysant les interventions de l’ONU et affectant lourdement une population déjà confrontée à l’insécurité et à la précarité alimentaire.

    D’après les données fournies par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), les difficultés pour obtenir du carburant freinent considérablement les déploiements dans le centre et le sud du pays. Des localités comme Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara sont particulièrement touchées. Ces zones sont stratégiques puisqu’elles assurent la liaison entre Bamako et les régions septentrionales, là où l’instabilité est la plus forte.

    En conséquence, de nombreuses organisations ont dû restreindre leurs activités. Les cliniques mobiles, par exemple, ne peuvent plus s’éloigner de plus de dix kilomètres de leurs points d’attache. Entre les restrictions de circulation, les risques de braquages et les contrôles intempestifs, plusieurs programmes ont été mis en pause.

    Depuis le mois de septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, entrave les importations de pétrole venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Pour ce pays enclavé, ces routes sont vitales. Ce blocus s’étend désormais jusqu’à Bamako, plongeant la nation dans une double crise énergétique et sociale.

    Léré isolée du reste du pays

    Dans la zone de Tombouctou, la commune de Léré, située non loin de la frontière avec la Mauritanie, subit des restrictions d’accès sévères depuis la fin du mois d’octobre. Cette pression exercée par les groupes armés a provoqué d’importants mouvements de populations cherchant refuge dans des secteurs plus cléments.

    Le dernier rapport de l’OCHA souligne qu’en dehors des équipes déjà installées sur place, aucun nouvel acteur humanitaire ne peut pénétrer dans la ville. Le document recense une cinquantaine d’incidents liés à l’accès au cours du mois d’octobre, marquant une hausse de 13 % par rapport au mois précédent. Les engins explosifs restent un danger permanent. De plus, des enlèvements et des agressions directes contre les travailleurs humanitaires ont été signalés, notamment vers Ségou et Gao.

    La logistique est également endeuillée : à Douentza, deux agents ont péri lors d’un accident de navigation sur le fleuve Niger. Ces drames, couplés au manque de ressources énergétiques, rendent l’accès aux populations vulnérables de plus en plus aléatoire.

    Une gouvernance sous tension

    Cette dégradation s’inscrit dans un cadre politique complexe. Le général Assimi Goïta, au pouvoir depuis 2020, a renforcé son contrôle sur l’État en reportant les échéances électorales et en interdisant les partis politiques en 2025. Une législation récente lui permet même de se maintenir à la tête du pays jusqu’à une hypothétique stabilisation totale.

    Cette situation est suivie de près par les instances internationales, notamment dans le cadre de la politique nigérienne et régionale, alors que les libertés publiques s’amenuisent. Des figures politiques, comme l’ex-Premier ministre Moussa Mara, ont été emprisonnées, illustrant une répression accrue contre toute forme de contestation. Parallèlement, les exactions attribuées aux différentes parties au conflit, incluant Daech et le GSIM, se multiplient près des frontières avec le Burkina Faso et le Niger, alimentant régulièrement le flux de Niger actualité.

    Aujourd’hui, environ 6,4 millions de Maliens nécessitent une aide d’urgence. Le pays compte des centaines de milliers de déplacés internes et de réfugiés. Selon l’ONU, le Mali figure désormais parmi les zones de faim les plus préoccupantes au monde, au même titre que le Soudan ou le Yémen.

    Des réfugiés ayant fui les violences au Burkina Faso ont trouvé refuge à Soucoura, au Mali, en mars 2024.

    L’urgence des réfugiés au niveau des frontières

    Dans le secteur de Koro, la pression migratoire est à son comble. L’arrivée massive de plus de 50 000 citoyens burkinabés a doublé la population de réfugiés dans cette zone frontalière. Pour faire face à cette situation, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) a renforcé sa présence locale afin de mieux coordonner les secours.

    Le territoire malien accueille actuellement plus de 150 000 personnes ayant fui les combats au Burkina Faso et au Niger. Ces populations, prises entre les attaques terroristes et les opérations militaires, symbolisent l’urgence d’une réponse régionale coordonnée, alors que l’actu Niger et l’instabilité au Sahel continuent de dominer les préoccupations humanitaires.

  • Crises alimentaires : l’ONU tire la sonnette d’alarme sur 16 zones critiques

    Crises alimentaires : l’ONU tire la sonnette d’alarme sur 16 zones critiques

    crises alimentaires : l’ONU tire la sonnette d’alarme sur 16 zones critiques

    L’Organisation des Nations unies alerte sur l’aggravation de l’insécurité alimentaire dans seize régions du monde, qualifiées de « zones critiques ». Ces territoires, où des millions de personnes risquent de sombrer dans la famine, illustrent l’urgence d’une réponse internationale coordonnée.

    des territoires au bord de la famine : quels pays concernés ?

    Parmi les seize zones identifiées par l’ONU, plusieurs pays se distinguent par leur situation dramatique. Haïti, le Mali, la Palestine, le Soudan du Sud, le Soudan et le Yémen figurent en tête de liste, où les populations subissent un risque imminent de famine catastrophique.

    D’autres régions connaissent une situation « très préoccupante » : l’Afghanistan, la République démocratique du Congo, la Birmanie, le Nigeria, la Somalie et la Syrie. Quatre autres zones critiques sont également mentionnées : le Burkina Faso, le Tchad, le Kenya et la situation des réfugiés rohingyas au Bangladesh.

    les causes multiples d’une crise humanitaire

    Selon le rapport conjoint de la FAO et du Programme alimentaire mondial (PAM), les conflits armés, les chocs économiques, les phénomènes météorologiques extrêmes et l’insuffisance des financements aggravent considérablement la situation. Ces facteurs combinés plongent des millions de personnes dans une précarité alimentaire sans précédent.

    une aide humanitaire en péril

    Le financement de l’aide humanitaire est « dangereusement insuffisant ». Sur les 29 milliards de dollars nécessaires pour soutenir les populations vulnérables, seulement 10,5 milliards ont été récoltés. Cette pénurie de fonds menace directement l’assistance alimentaire, notamment pour les réfugiés.

    Le PAM a dû réduire ses programmes d’aide, suspendre les distributions de nourriture dans certaines zones et abandonner des initiatives comme les repas scolaires. De son côté, la FAO met en garde contre la suspension des programmes de soutien agricole, essentiels pour les moyens de subsistance des populations locales.

    des conséquences dévastatrices à long terme

    Cindy McCain, directrice générale du PAM, rappelle que « nous sommes au bord d’une catastrophe alimentaire totalement évitable ». Elle souligne que l’inaction ne fera qu’aggraver l’instabilité dans ces régions déjà fragilisées.

    Qu Dongyu, directeur général de la FAO, insiste sur l’importance de la prévention de la famine : « Ce n’est pas seulement un devoir moral, mais un investissement judicieux pour la paix et la stabilité à long terme ».

    urgence d’une mobilisation internationale

    Les deux organisations appellent à une augmentation urgente des financements pour éviter une famine généralisée. Elles soulignent que sans une aide immédiate, des millions de vies seront menacées, et les conséquences humanitaires et géopolitiques seront irréversibles.

  • La Mauritanie confirme la condamnation de l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz

    La Mauritanie confirme la condamnation de l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz

    La haute juridiction mauritanienne a rendu son verdict, confirmant partiellement la décision de la Cour d’appel de Nouakchott concernant l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz. Si les chefs d’accusation d’abus de pouvoir et de trafic d’influence ont été écartés, la Cour suprême a maintenu les charges d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent, ainsi que la peine de 15 ans de prison ferme.

    Avec l’achèvement des procédures judiciaires, l’éventualité d’une grâce présidentielle est désormais envisagée. Une telle mesure pourrait être facilitée par l’engagement des institutions de la société civile mauritanienne et le soutien de partenaires de la Mauritanie.

    Il est à noter que l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz et l’actuel chef de l’État, Mohamed Cheikh Ghazouani, partagent une amitié de longue date, s’étendant sur quatre décennies. Tous deux sont d’anciens officiers généraux à la retraite, ayant suivi leur formation militaire au Maroc.

    Maître Lô Gourmo, avocat représentant le collectif de défense de l’État constitué partie civile, a souligné que la Cour suprême a « cassé à moitié » la décision de la Cour d’appel de Nouakchott. Il a précisé que si les charges d’abus de pouvoir et de trafic d’influence ont été écartées, les éléments fondamentaux du dossier, à savoir l’enrichissement illicite, le blanchiment d’argent et le recel, ont été confirmés. Ce sont ces accusations qui fondent la peine de quinze ans de prison ferme.

    L’avocat a également expliqué que l’abandon des charges d’abus de pouvoir et de trafic d’influence était significatif. Une condamnation sur ces points aurait en effet renvoyé à la nature des fonctions exercées par l’ancien président et aurait potentiellement impliqué l’application de l’article 93 de la loi fondamentale, relatif à la compétence de la Haute Juridiction, une disposition que le Conseil Constitutionnel avait déjà écartée par le passé.

    Pour Mohamed Mahmoud Tolba, représentant de l’organisation Mauritanie Transparency, le verdict, bien qu’important, ne répond pas entièrement aux attentes de son association. Il a rappelé que Mauritanie Transparency « s’attendait à un procès plus vaste, incluant tous les acteurs ayant participé à la dilapidation des fonds publics ». Selon lui, de nombreux responsables sont impliqués dans ces pratiques de gouvernance, mais seul le cas de Mohamed Ould Abdel Aziz a été retenu. Malgré ces lacunes, il a exprimé l’espoir que cette procédure marque le début d’une nouvelle ère de transparence dans la gouvernance du pays.

  • L’ambitieux projet de modernisation hospitalière au Mali : un bond pour la santé publique

    L’ambitieux projet de modernisation hospitalière au Mali : un bond pour la santé publique

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    Le Président Goïta initie un programme ambitieux pour les infrastructures de santé au Mali

    Le 10 novembre 2025, à Bamako, le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition, a officiellement inauguré le Projet présidentiel d’urgence hospitalière en posant sa première pierre. Cette cérémonie significative, qui s’est déroulée au Centre de santé de référence de Korofina, dans la Commune I du District de Bamako, marque le coup d’envoi d’une vaste initiative visant à transformer et à moderniser le système de santé malien.

    La Ministre de la Santé et du Développement social, le Colonel-Major Assa Badiallo Touré, a souligné que ce programme s’inscrit dans la lignée des recommandations formulées lors des États généraux de la santé de décembre 2024. Ces assises avaient clairement mis en évidence l’impératif d’améliorer l’accès aux soins et la qualité des services médicaux pour l’ensemble de la population malienne.

    Une restructuration profonde des infrastructures hospitalières

    Ce projet d’envergure, selon les précisions de la Ministre Touré, vise une « modernisation et restructuration » fondamentale de l’appareil hospitalier national. Il prévoit la construction de 15 nouvelles structures hospitalières et la conversion des Centres de santé de référence (CSREF) du district de Bamako en véritables hôpitaux de district. Le financement de ces travaux est entièrement assuré par le budget national. Les chantiers à Bamako devraient être achevés en 12 mois, tandis que ceux des régions s’étendront sur 24 mois.

    Le Projet présidentiel d’urgence hospitalière se décline en trois axes stratégiques majeurs pour une meilleure couverture sanitaire :

    1. La mutation des CSREF des sept arrondissements de Bamako en hôpitaux de district pleinement opérationnels.
    2. L’édification de nouveaux hôpitaux de district dans les localités stratégiques de Bla et Kangaba.
    3. La construction d’hôpitaux régionaux modernes dans les villes de San, Koutiala, Bougouni, Dioïla, Nioro, Bandiagara et Koulikoro.

    Ces futures infrastructures médicales seront dotées d’équipements de pointe, offriront des capacités d’hospitalisation significativement accrues et proposeront des services spécialisés. Il est notamment prévu l’intégration d’unités d’hémodialyse au sein des hôpitaux des 1er et 6e arrondissements de Bamako, répondant ainsi à un besoin crucial.

    Engagement présidentiel et suivi rigoureux des chantiers

    À l’issue de la cérémonie inaugurale, le Président de la Transition, Assimi Goïta, a réaffirmé que la santé est un pilier indispensable au développement socio-économique du Mali. Il a instruit la Ministre de la Santé de garantir la continuité des services publics durant la période des travaux et d’assurer un respect scrupuleux des délais contractuels. Le Président a également insisté sur la vocation humaine de ce projet : rendre les soins de qualité plus accessibles aux populations, réduire le nombre d’évacuations sanitaires coûteuses et désengorger les établissements de santé existants.

  • Mali : libération immédiate de moussa mara et respect des droits humains

    Mali : libération immédiate de moussa mara et respect des droits humains

    Mali : la condamnation de moussa mara, symbole d’une justice défaillante et d’une répression politique

    L’ancien premier ministre malien Moussa Mara a été condamné à une peine de deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme, assortie d’une amende de 500 000 francs CFA (762 euros), pour des accusations d’atteinte au crédit de l’État. Cette sentence, qualifiée de parodie de justice par Amnesty International, s’inscrit dans un contexte de répression accrue contre les voix critiques et les opposants politiques au Mali. Les autorités maliennes sont appelées à libérer immédiatement Moussa Mara, ainsi que tous les détenus arbitrairement incarcérés pour leurs opinions politiques.

    « Cette condamnation illustre le mépris persistant des autorités maliennes envers les obligations internationales en matière de droits humains, notamment la Constitution malienne, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques », a souligné Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Il a également rappelé que les autorités doivent cesser de museler les critiques et garantir la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique pour tous les citoyens.

    Les détentions arbitraires, les disparitions forcées et l’utilisation abusive du système pénal ne doivent plus servir à réduire au silence les opposants pacifiques au Mali.

    Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

    moussa mara : un ancien premier ministre ciblé pour ses prises de position

    Ancien chef du gouvernement entre avril 2014 et janvier 2015, Moussa Mara est également président du parti d’opposition Yéléma. Son arrestation, intervenue le 1er août, fait suite à un tweet publié le 4 juillet, dans lequel il exprimait sa solidarité avec plusieurs activistes et politiciens emprisonnés. Dans ce message, il évoquait une « nuit » et promettait de se battre « par tous les moyens pour que le soleil apparaisse ». Il a été accusé d’atteinte au crédit de l’État, d’incitation au trouble à l’ordre public et d’opposition à l’autorité légitime.

    répression des voix critiques : des cas emblématiques de violations des droits humains

    él béchir thiam : journaliste enlevé et libéré après quatre mois de détention

    Le 8 mai 2025, El Béchir Thiam, journaliste et membre du parti Yéléma, a été enlevé par des hommes cagoulés se présentant comme des agents des services de renseignement. Ce kidnapping est intervenu après une prise de parole publique où il critiquait la décision du parlement de transition d’accorder un nouveau mandat de cinq ans au gouvernement militaire. Son lieu de détention était inconnu pendant des mois, et les autorités n’ont pas reconnu sa détention ni fourni d’informations à ce sujet. Libéré le 26 septembre après quatre mois de disparition forcée, il a porté plainte pour enlèvement dès le 17 juillet.

    clément dembélé : activiste anti-corruption toujours détenu malgré un non-lieu

    Clément Dembélé, figure de la lutte contre la corruption, a été arrêté en novembre 2023 alors qu’il s’apprêtait à organiser une conférence de presse pour dénoncer les coupures d’électricité récurrentes. Accusé d’avoir proféré des menaces de mort à l’encontre du chef de l’État Assimi Goïta et de sa famille, il a bénéficié d’un rejet des accusations par un juge d’instruction en avril 2025. Pourtant, il reste incarcéré de manière arbitraire, malgré cette décision.

    L’expert indépendant des Nations unies sur le Mali avait déjà dénoncé en août et septembre 2025 la disparition forcée d’El Béchir Thiam et l’arrestation arbitraire de Clément Dembélé, exigeant leur libération immédiate et inconditionnelle.

    rokiatou doumbia, mohamed youssouf bathily et adama diarra : d’autres victimes de la répression

    Rokiatou Doumbia, connue sous le nom de « Rose Vie Chère » ou « Tantie Rose », a été arrêtée en mars 2023 pour avoir dénoncé la dégradation de la situation sécuritaire et la hausse du coût de la vie depuis le coup d’État de 2020. Condamnée à un an de prison pour « incitation à la révolte » et « atteinte au crédit de l’État », elle est toujours détenue arbitrairement malgré l’expiration de sa peine initiale.

    Mohamed Youssouf Bathily, alias « Ras Bath », animateur radio et activiste, a été arrêté en mars 2023 après avoir qualifié de « assassinat » la mort en détention de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga. Condamné à 18 mois de prison pour « simulation d’infraction », il a purgé sa peine mais reste incarcéré pour de nouvelles accusations, dont « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ».

    Adama Diarra, surnommé « Ben le Cerveau », a été arrêté en septembre 2023 après avoir appelé au rétablissement d’un régime civil constitutionnel. Condamné à deux ans de prison pour « atteinte au crédit de l’État », sa demande de libération provisoire a été rejetée en février 2025. Il est toujours détenu de manière arbitraire.

    issa kaou n’djim : un ancien membre du cnt condamné pour avoir questionné une déclaration officielle

    Issa Kaou N’Djim, ancien membre du Conseil national de transition (cnt), a été condamné à deux ans de prison en novembre 2024 après avoir remis en cause la véracité d’une déclaration des autorités burkinabè concernant une tentative de coup d’État. Arrêté suite à une plainte déposée par le Burkina Faso, il a été accusé d’offense commise publiquement envers un chef d’État étranger.

    contexte politique : une transition militaire prolongée et une restriction des libertés

    Depuis le coup d’État qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, le Mali est dirigé par des autorités militaires. La transition, initialement prévue pour durer 18 mois, a été prolongée à plusieurs reprises. En avril 2025, le gouvernement a annoncé la dissolution de tous les partis politiques et la prolongation de la transition pour cinq nouvelles années. Ces mesures, couplées à la répression des opposants et à la restriction des libertés fondamentales, soulèvent des inquiétudes quant à l’état de droit et au respect des droits humains dans le pays.

    Face à cette situation, les organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, exigent que les autorités maliennes mettent fin à la répression des voix critiques, libèrent immédiatement tous les détenus arbitrairement incarcérés et respectent leurs obligations internationales en matière de droits humains.

  • Mali : les maliens veulent une couverture santé universelle avant tout

    Mali : les maliens veulent une couverture santé universelle avant tout

    Le Mali face à l’urgence d’une couverture santé universelle

    Le Mali a connu des avancées notables ces dernières années en matière de santé publique. Les indicateurs clés comme la réduction de la mortalité infantile et maternelle, l’amélioration de l’espérance de vie et la baisse de la mortalité chez les moins de 5 ans témoignent de ces progrès, notamment selon les données de l’Organisation Mondiale de la Santé et de l’UNICEF.

    En 2018, le pays a lancé un plan national d’assurance maladie universelle, une initiative ambitieuse visant à garantir à tous les citoyens un accès équitable aux soins. Pourtant, malgré ces efforts, l’accès à des soins de qualité reste un défi majeur. Plusieurs obstacles persistent :

    • Une pénurie criante de personnel médical qualifié, particulièrement en zones rurales où les besoins sont les plus importants.
    • Un financement encore insuffisant des structures sanitaires, aggravé par les conséquences des crises politiques successives.
    • Une concentration disproportionnée des médecins dans la capitale, Bamako, où plus de la moitié des professionnels de santé exercent, laissant les régions excentrées sous-équipées.

    Ces difficultés se reflètent dans le score de 41/100 obtenu par le Mali dans l’Indice de couverture des services de santé universelle de l’OMS en 2024. Ce résultat place le pays en dessous de la moyenne africaine (44/100) et bien loin de la moyenne mondiale (68/100).

    Les attentes des Maliens : une santé prioritaire pour le gouvernement

    Les résultats de l’enquête Afrobarometer Round 10 révèlent que la santé est la préoccupation principale des citoyens. Pour eux, c’est le problème le plus urgent que le gouvernement doit résoudre. Pourtant, seulement environ un adulte sur sept bénéficie actuellement d’une couverture médicale. Une majorité de Maliens expriment leur inquiétude quant à leur capacité à payer des soins ou à y accéder en temps utile.

    Une large majorité des citoyens plébiscitent l’idée d’une couverture santé universelle, même si cela implique une hausse des impôts. Leur demande est claire : « Le gouvernement doit garantir à tous les Maliens un accès à des soins de qualité, sans exclusion ni discrimination. »

    Des expériences contrastées dans les établissements publics

    Parmi les personnes ayant fréquenté un hôpital ou une clinique publique au cours de l’année écoulée, les avis sont partagés. Si une majorité affirme avoir pu obtenir les soins nécessaires, les retours soulignent des problèmes récurrents :

    • Des coûts prohibitifs des soins et des médicaments.
    • Des délais d’attente excessifs avant une prise en charge.
    • Un manque chronique de médicaments et de matériel médical.

    Plus alarmant encore, près de la moitié des Maliens déclarent qu’un membre de leur famille n’a pas pu bénéficier des soins nécessaires au cours de l’année précédente, faute de moyens ou de structures adaptées.

    Un bilan contrasté malgré des efforts reconnus

    Malgré ces défis persistants, deux tiers des Maliens reconnaissent les progrès accomplis par le gouvernement en matière de soins de santé de base. Leur confiance dans le Ministère de la Santé reste globalement positive, même si des améliorations sont clairement attendues.

    Face à ces constats, une question s’impose : comment concilier ambitions politiques et réalités du terrain pour faire de la santé une priorité accessible à tous ?

  • Tchad : une révision constitutionnelle met en péril la démocratie et l’état de droit

    Tchad : une révision constitutionnelle met en péril la démocratie et l’état de droit

    une menace majeure pour les institutions démocratiques

    La récente révision de la constitution du Tchad, supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels, représente un recul alarmant pour l’état de droit et la démocratie, selon les analystes. Cette modification constitutionnelle, adoptée en octobre 2025 par le Parlement dominé par le Mouvement patriotique du salut (MPS), ouvre la voie à un maintien indéfini au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby, déjà en fonction depuis 2021. Cette décision affaiblit les espoirs d’un changement politique conforme aux normes internationales, notamment en matière de droit de vote et de participation citoyenne.

    des conséquences graves pour les libertés politiques

    « En supprimant la limite des mandats, les autorités tchadiennes ont détruit un rempart essentiel contre l’autoritarisme », déclare Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. Cette réforme, accélérée par une approbation parlementaire massive, prolonge également la durée de chaque mandat de cinq à sept ans. Certains députés de l’opposition ont boycotté le vote, dénonçant un processus anticonstitutionnel et illégitime.

    Le gouvernement justifie ces amendements en les qualifiant de « techniques », mais leur principal effet est de légaliser un règne potentiellement illimité pour Mahamat Idriss Déby, fils de l’ancien président Idriss Déby Itno, qui a dirigé le pays pendant trois décennies. Cette réforme supprime un contrôle constitutionnel crucial, garantissant traditionnellement le transfert pacifique du pouvoir et empêchant la domination d’un seul parti ou individu.

    un recul démocratique en Afrique centrale

    Cette modification s’inscrit dans une tendance inquiétante en Afrique centrale, où plusieurs gouvernements modifient leurs constitutions pour consolider leur pouvoir. Ces pratiques, souvent qualifiées de « coups d’État constitutionnels », contredisent la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, à laquelle le Tchad est partie. Cette charte interdit explicitement les amendements constitutionnels visant à contourner les principes d’alternance démocratique.

    Le Tchad, où l’opposition et la société civile subissent déjà des pressions constantes, voit son paysage politique encore plus verrouillé par cette réforme. Les élections de 2021, précédées de violences contre les manifestants pacifiques, illustrent la répression systématique des voix dissidentes. Après la mort d’Idriss Déby Itno, l’armée, dirigée par son fils, a pris le contrôle du pays, promettant une transition démocratique avant de renforcer son emprise autoritaire.

    une transition militaire détournée

    Selon la constitution de 2018, en cas de décès du président, le président de l’Assemblée nationale devait assurer une transition temporaire de 45 à 90 jours avant de nouvelles élections. Pourtant, l’armée a maintenu Mahamat Idriss Déby au pouvoir, prolongeant un cycle d’autoritarisme. Les violences d’octobre 2022, lors desquelles des manifestants ont été tués et des centaines arrêtés, ont marqué un tournant dans la répression des revendications démocratiques.

    la répression des opposants politiques

    Le dirigeant de l’opposition Succès Masra, ancien Premier ministre, a été arrêté en mai 2025 et condamné à 20 ans de prison pour des accusations jugées politiques. Cette condamnation, issue d’un procès à caractère partisan, illustre la stratégie du régime pour museler toute contestation. Malgré les appels internationaux, Succès Masra reste incarcéré dans des conditions dénoncées comme inhumaines.

    l’historique des manipulations constitutionnelles

    Cette n’est pas la première fois que le Tchad supprime la limitation des mandats. Idriss Déby Itno avait déjà aboli cette restriction en 2005, lui permettant de rester au pouvoir jusqu’à sa mort. En 2018, une limite de deux mandats avait été rétablie, mais avec une durée allongée à six ans. Son fils, Mahamat Idriss Déby, vient à nouveau de supprimer cette limite, confirmant l’utilisation des réformes constitutionnelles comme outil de maintien au pouvoir.

    Les autorités tchadiennes sont appelées à rétablir la limitation des mandats présidentiels et à garantir un processus de réforme constitutionnelle transparent et inclusif. Les dirigeants de l’opposition, qui ont boycotté le vote, réclament un référendum pour légitimer ces changements. Un référendum similaire avait été organisé en 2023 pour mettre fin au régime militaire, mais les promesses de démocratisation restent lettre morte.

    Les organisations de défense des droits humains exigent également la fin des poursuites politiques, la libération des opposants comme Succès Masra, et le respect des libertés fondamentales. « La répression est désormais institutionnalisée au Tchad, et la Constitution elle-même est réécrite pour restreindre davantage les droits des citoyens », alerte Lewis Mudge.

    Sans mécanisme crédible de transition démocratique, les institutions comme le Parlement, la justice et les médias perdent leur capacité à contrôler l’exécutif, plongeant le pays dans une spirale autoritaire.

  • Niger : le bilan sombre des droits humains après le coup d’état de 2023

    Un recul inquiétant des droits fondamentaux au Niger après 2023

    Dans le cadre de la 52e session du Groupe de travail sur l’Examen périodique universel, un rapport d’Amnesty International dresse un état des lieux alarmant de la situation des droits humains au Niger. Cette évaluation, prévue pour avril-mai 2026, porte sur l’application des recommandations formulées lors du précédent cycle d’examen, en mettant en lumière plusieurs violations persistantes et préoccupantes.

    Les atteintes aux libertés individuelles sous le microscope

    • Détentions arbitraires et arrestations illégales : L’organisation dénonce une augmentation des cas de privation de liberté sans base légale, notamment ciblant des opposants et des militants.
    • Persécutions des défenseur·e·s des droits humains : Les acteurs engagés dans la promotion des libertés fondamentales subissent des pressions croissantes, allant des intimidations aux condamnations injustes.
    • Atteintes à la liberté de la presse : Les médias indépendants font face à des restrictions accrues, limitant leur capacité à informer librement et à jouer leur rôle de contre-pouvoir.

    Un cadre juridique national en décalage avec les standards internationaux

    Le document souligne un décalage persistant entre les engagements pris par le Niger sur la scène internationale et la réalité juridique locale. Malgré les promesses de réformes, les lois nationales continuent de restreindre l’exercice des droits à la liberté d’expression et à l’information, favorisant ainsi un climat de répression.

    Quelles perspectives pour les droits humains au Niger ?

    Face à ce bilan préoccupant, Amnesty International appelle à une réévaluation urgente des politiques publiques. L’organisation recommande notamment :

    • La libération immédiate des personnes détenues illégalement.
    • La fin des poursuites judiciaires contre les militant·e·s et journalistes.
    • Une révision des textes législatifs pour les aligner sur les conventions internationales.

    Cette communication s’inscrit dans un contexte où la communauté internationale observe de près l’évolution de la situation au Niger, un pays déjà fragilisé par des crises politiques et sécuritaires.

  • Crise humanitaire au Sahel : le hcr alerte sur 4 millions de déplacés

    Crise humanitaire au Sahel : le hcr alerte sur 4 millions de déplacés

    crise humanitaire au Sahel : le hcr alerte sur 4 millions de déplacés

    Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a lancé un appel pressant à la communauté internationale pour soutenir ses opérations dans la région du Sahel. Près de 4 millions de personnes sont actuellement déplacées au Burkina Faso, au Mali, au Niger et dans les pays voisins. Ce chiffre représente une augmentation de deux tiers en cinq ans, principalement en raison de l’insécurité croissante, des difficultés d’accès aux services essentiels et des conséquences du changement climatique.

    Abdouraouf Gnon-Konde, Directeur du Bureau régional du HCR pour l’Afrique occidentale et centrale, a souligné lors d’un point de presse : « Bien que la majorité des déplacés restent dans leur pays, les mouvements transfrontaliers deviennent de plus en plus fréquents. Ces déplacements exercent une pression accrue sur les communautés d’accueil et les systèmes nationaux, déjà fragilisés. »

    Des ressources insuffisantes face à l’urgence

    La crise humanitaire dans le centre du Sahel s’aggrave alors que l’accès à l’aide et le financement sont de plus en plus limités. Depuis 2022, les besoins humanitaires ont fortement augmenté tandis que les ressources disponibles ont considérablement diminué. Pour 2025, le HCR n’a reçu que moins d’un tiers des 409 millions de dollars demandés pour financer ses missions.

    Cette insuffisance budgétaire a des répercussions dramatiques sur des activités vitales telles que l’enregistrement des déplacés, la documentation, l’éducation, les soins de santé et l’hébergement. Selon M. Gnon-Konde, « plus de 212 000 réfugiés et demandeurs d’asile au Burkina Faso, au Mali et au Niger ne sont toujours pas enregistrés. Cela limite leur accès aux services de base et augmente les risques de détention arbitraire ou de harcèlement. »

    L’insécurité et ses conséquences dramatiques

    Les violences perpétrées par les groupes djihadistes persistent dans toute la région, exposant les populations à des menaces constantes : recrutement forcé, restrictions de mouvement et détention arbitraire. Les femmes et les enfants, qui représentent 80 % des personnes déplacées de force, sont particulièrement vulnérables. La violence sexiste, déjà omniprésente, a connu une hausse alarmante cette année selon le système interinstitutions de suivi de la protection en Afrique occidentale et centrale.

    Éducation et santé : des secteurs en crise

    Dans ce contexte d’insécurité, plus de 900 établissements de santé ont dû fermer leurs portes, privant des millions de personnes de soins essentiels. Parallèlement, plus de 14 800 écoles ont été contraintes de fermer leurs portes d’ici mi-2025, privant 3 millions d’enfants d’accès à l’éducation et à des espaces sûrs. Cette situation expose davantage les jeunes déplacés à des risques accrus de recrutement forcé et de trafic d’êtres humains.

    L’insécurité alimentaire s’est également imposée comme un facteur majeur de déplacement. La proportion de personnes déplacées et de membres des communautés d’accueil citant ce problème comme cause de leur déplacement a doublé ces dernières années. Le HCR souligne que les chocs climatiques amplifient ces risques en intensifiant la compétition pour des ressources naturelles déjà rares, comme la terre et l’eau. Ces tensions exacerbent les difficultés de coexistence pacifique et de cohésion sociale avec les communautés locales.

    Un appel à l’action internationale

    Face à l’ampleur de cette crise, le HCR insiste sur la nécessité d’un engagement international renforcé et renouvelé. Les pays de la région ne peuvent relever ces défis seuls. Sans un soutien accru, des milliers de vies resteront en danger, et les progrès accomplis jusqu’à présent pourraient être anéantis.

  • Retrait des États du Sahel de la CPI : un danger pour la justice des victimes

    Retrait des États du Sahel de la CPI : un danger pour la justice des victimes

    retrait des États du Sahel de la CPI : un danger pour la justice des victimes

    AFP

    L’Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI), regroupant des organisations comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Coalition for the International Criminal Court (CCPI), Redress et Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ), dénonce fermement la décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger de quitter le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). Cette annonce, bien que symbolique, représente un recul préoccupant pour la lutte contre l’impunité et menace directement l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.

    26 septembre 2025 — Le retrait du Statut de Rome par les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ne sera pas immédiat. Selon l’article 127 du Statut, un retrait ne prend effet qu’un an après la notification écrite au Secrétaire général des Nations unies. D’ici là, ces États restent tenus de coopérer pleinement avec la CPI, notamment pour les crimes commis avant leur retrait. Les procédures en cours, comme celles liées à la situation au Mali, se poursuivront sans entrave.

    À ce jour, la CPI traite plusieurs affaires majeures au Mali, dont celle d’Al Mahdi, condamné en 2016 pour la destruction délibérée de sites culturels à Tombouctou. Une décision sur les réparations dans l’affaire Al Hassan (condamné en 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité) est attendue prochainement. Par ailleurs, un mandat d’arrêt international vise toujours Iyad Ag Ghaly, chef présumé du groupe djihadiste Ansar Dine.

    Un leadership africain en question

    Les États africains ont joué un rôle clé dans la création de la CPI en 1998, ratifiant massivement le Statut de Rome et saisissant la Cour pour des situations nationales. Ce partenariat a offert aux victimes un espoir concret de justice lorsque les systèmes judiciaires locaux étaient défaillants. Le retrait des trois pays de l’AES rompt avec cette tradition de leadership et prive les populations de Burkina Faso, Mali et Niger d’une protection essentielle face aux violations des droits humains.

    Cette décision s’ajoute au retrait controversé de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025, une institution clé pour la défense des droits humains en Afrique de l’Ouest. Ces mouvements isolent davantage les pays de l’AES, fragilisant les mécanismes régionaux de lutte contre l’impunité et aggravant la crise multidimensionnelle qu’ils traversent, marquée par une insécurité persistante et des violences terroristes.

    « Le départ de la CPI affaiblit gravement la position des victimes, pour qui cette Cour représente souvent le dernier recours pour obtenir justice », déclare Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. Après leur retrait de la CEDEAO, la perte de la protection de la CPI laisse les populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger sans recours face aux violations les plus graves des droits humains. » Ces juridictions nationales, déjà incapables de garantir justice et réparations en raison d’un manque de volonté politique et de moyens, ne pourront combler ce vide.

    Une justice internationale sous pression

    La CPI fait face à des critiques croissantes, notamment de la part de pays comme la Hongrie, qui a également annoncé son intention de quitter le Statut de Rome. Pourtant, la Cour a élargi son champ d’action bien au-delà de l’Afrique, avec des enquêtes en cours en Afghanistan, Bangladesh/Myanmar, Palestine, Ukraine, Venezuela, Libye et Philippines. Les récentes arrestations, comme celle de suspects libyens ou de l’ancien président Rodrigo Duterte, illustrent son rôle universel et son indépendance face aux pressions politiques.

    « Les États parties doivent renforcer leur engagement envers la CPI, la lutte contre l’impunité et les droits des victimes, plutôt que de se replier », souligne Alix Vuillemain, directrice exécutive de Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ). Se détourner de la CPI à ce stade ne fait que renforcer l’impunité et affaiblit les normes internationales de justice. »

    Un rôle clé pour les États dans la préservation de la justice mondiale

    La CPI ne remplace pas les mécanismes nationaux mais les complète, en garantissant des principes fondamentaux : l’absence d’immunité pour les dirigeants, la complémentarité avec les juridictions locales, et le droit des victimes à participer aux procédures judiciaires et obtenir réparation. Le retrait du Statut de Rome par le Burkina Faso, le Mali et le Niger risque d’ébranler ces protections et de compromettre des décennies de progrès dans l’établissement de normes mondiales contre l’impunité.

    La GIAI appelle tous les États parties à réaffirmer leur soutien au Statut de Rome. Dans un contexte où les violences s’intensifient en Afrique et ailleurs, il est crucial de préserver la CPI comme ultime recours pour les victimes.