Catégorie : A la Une

  • Soutien de l’OMS aux ONG du secteur santé au Mali

    Soutien de l’OMS aux ONG du secteur santé au Mali

    Renforcement des actions sanitaires au Mali grâce à l’appui de l’OMS

    Depuis 2012, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) joue un rôle central dans la coordination des acteurs du cluster Santé au Mali. En 2025, le pays traverse une crise humanitaire sans précédent, touchant 6,4 millions de personnes, soit près de 28 % de sa population, avec un besoin criant d’assistance. Seulement 8,5 % du plan de réponse humanitaire est financé, dont à peine 6 % alloués au secteur de la santé. Cette situation limite considérablement la capacité des équipes sur le terrain à répondre aux urgences sanitaires.

    Pour pallier ces défis, la seconde allocation de réserve du Fonds humanitaire régional pour l’Afrique de l’Ouest et le Centre (FHRAOC) au Mali cible les populations affectées par les violences armées et l’insécurité, notamment dans les régions de Gao, Mopti et Ségou. Grâce à l’intervention de l’OMS et à ses analyses sur les vulnérabilités, le secteur sanitaire a été identifié comme une priorité essentielle pour ce financement. L’objectif ? Garantir un accès aux soins de base pour les populations les plus fragilisées.


  • Échec cuisant des mercenaires russes au Mali : bilan désastreux et ressentiment grandissant

    Échec cuisant des mercenaires russes au Mali : bilan désastreux et ressentiment grandissant

    Pourquoi l’échec des mercenaires russes au Mali alimente un profond ressentiment

    En annonçant son départ du Mali en début d’année, le groupe Wagner, ces mercenaires russes tristement célèbres, avait proclamé sur les réseaux sociaux que sa « mission était remplie ». Pourtant, après trois ans et demi d’opérations de contre-terrorisme et de contre-insurrection, le bilan est accablant : le Mali reste l’épicentre mondial du terrorisme, selon les observateurs.

    Un rapport publié par The Sentry en août souligne les échecs répétés de Wagner, malgré ses prétentions à une expertise militaire et ses annonces de victoires. Le Kremlin a alors remplacé Wagner par l’Africa Corps, une force paramilitaire contrôlée directement par le ministère russe de la Défense. Selon le Timbuktu Institute, jusqu’à 80 % des membres de cette nouvelle unité seraient d’anciens combattants de Wagner.

    Des méthodes brutales et une impunité qui nourrissent l’indignation

    L’Africa Corps a hérité des pratiques controversées de Wagner, notamment des violations flagrantes des droits humains : assassinats extrajudiciaires, tortures et actes de violence sans discernement. Ces exactions, souvent commises en toute impunité, alimentent le mécontentement des populations locales et renforcent les milices djihadistes, qui exploitent ces griefs pour recruter.

    Les témoignages recueillis par The Sentry auprès de militaires maliens, de responsables gouvernementaux et d’agents de renseignement révèlent une relation exécrable entre les soldats maliens et les mercenaires russes. Ces derniers sont accusés de ne pas respecter la chaîne de commandement, de saper la sécurité du pays et d’être responsables de pertes humaines et matérielles importantes.

    Une stratégie contre-productive qui aggrave la crise sécuritaire

    Les tactiques brutales de Wagner et leur approche incohérente en matière de lutte antiterroriste ont détruit toute confiance entre les forces de sécurité maliennes et les populations locales. Depuis leur arrivée, on constate une hausse alarmante des attaques contre les civils, souvent perpétrées par les forces maliennes et leurs milices alliées sous l’influence des mercenaires russes.

    Les exactions des mercenaires incluent également des violences sexuelles et des massacres ciblant les civils, comme celui de Moura en 2022, où plus de 500 personnes ont été tuées, dont au moins 300 exécutées sommairement.

    En 2023, des experts de l’Organisation des Nations unies ont demandé une enquête indépendante sur les violations graves des droits humains et les crimes de guerre potentiels commis au Mali par les forces gouvernementales et Wagner. Depuis 2021, ces experts reçoivent des rapports accablants : exécutions sommaires, charniers, tortures, viols et violences sexuelles. Pourtant, aucune enquête sérieuse n’a abouti au Mali.

    La responsabilité des mercenaires dans l’escalade de la violence

    Certains militaires des Forces armées maliennes (FAMa) imputent directement à Wagner la responsabilité du massacre de Moura. « Sans Wagner, il n’y aurait pas eu de Moura. Pas à une telle échelle, pas avec une telle durée, pas autant de morts », a déclaré l’un d’eux à The Sentry.

    Les méthodes répressives des Russes ont également provoqué une augmentation du recrutement parmi les groupes armés, notamment les séparatistes touaregs et les terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Amadou Koufa, chef de la katiba Macina, a expliqué en 2024 à France24 que la brutalité des mercenaires avait incité les habitants à rejoindre la lutte « pour défendre leur religion, leur terre et leurs biens ».

    Les attaques ciblant les civils, comme celles perpétrées lors de mariages ou d’enterrements à l’aide de drones, ainsi que la diffusion de vidéos montrant des mercenaires maltraitant des Touaregs, ont alimenté la colère et renforcé la propagande djihadiste.

    Dans un rapport de janvier 2025, les chercheurs du Royal United Services Institute ont souligné que les chefs communautaires du centre du Mali dénonçaient l’incapacité permanente de Wagner à améliorer la situation locale.

    Un échec militaire et une relation toxique entre Wagner et l’armée malienne

    En juillet 2024, Wagner a subi un échec cuisant lorsque plusieurs groupes terroristes ont attaqué un important convoi de véhicules près du village de Tin Zaouatine, dans le nord-est du Mali. Les assaillants revendiquent la mort de 84 mercenaires russes et 47 soldats des FAMa.

    Cette défaite a révélé une méfiance mutuelle croissante entre Wagner et les FAMa. Les survivants russes accusent les services de renseignement maliens d’avoir sous-estimé la menace et d’avoir abandonné leurs alliés en plein combat. En retour, les officiers maliens reprochent aux mercenaires de négliger les ordres, de s’emparer de leurs véhicules et de les traiter avec mépris, voire de manière raciste.

    « Nous sommes passés de Charybde en Scylla », a résumé un officier malien de haut rang.

    La colère a atteint son paroxysme en septembre 2024, lorsque des militants ont attaqué l’aéroport de Bamako, faisant plus de 100 morts. Des unités de Wagner étaient stationnées à proximité, mais elles n’ont réagi qu’après cinq heures d’inaction. « Si vous ne les payez pas, ils ne bougent pas », a témoigné un garde de l’aéroport auprès de The Sentry.

    Un bilan accablant : l’échec stratégique de Wagner

    Charles Cater, directeur des enquêtes de The Sentry, a tiré un bilan sans appel : « Les opérations de contre-terrorisme brutales et mal adaptées ont renforcé les alliances entre les groupes armés menaçant l’État, causé des pertes considérables à Wagner sur le terrain et accru le nombre de victimes civiles. En définitive, le déploiement de Wagner n’a servi ni le peuple malien, ni le gouvernement militaire, ni même le groupe mercenaire lui-même ».

    Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry, a tiré la sonnette d’alarme : « À mesure que Moscou étend son influence au Sahel sous la bannière de l’Africa Corps, il est crucial de comprendre que Wagner n’était ni une force invincible ni un partenaire économique fiable. L’exemple malien montre qu’il a échoué sur tous les plans, et cela devrait servir d’avertissement pour les autres pays africains envisageant de faire appel à l’Africa Corps ».

  • Intervention humanitaire au Burkina Faso : action contre la faim en action

    Intervention humanitaire au Burkina Faso : action contre la faim en action

    Action contre la Faim au Burkina Faso : lutte contre la crise humanitaire

    Nos missions Burkina Faso

    Depuis 2008

    Burkina

    Nos missions Burkina Faso

    Données clés

    • Population : 23 548 781
    • PIB par habitant : 987,3
    • Indice de développement humain : 186 / 193
    • Volume opérationnel : 23 165 251
    • Personnes soutenues : 1 238 398
    • Espérance de vie : 61 ans
    • Équipe : 367
    • Burkina Faso

    Zones d’intervention

    1. Bobo-Dioulasso
    2. Dori
    3. Fada N’gourma
    4. Ouagadougou
    5. Ouahigouya
    6. Tenkodogo
    Carte Burkina Faso Ronde - BF02

    Depuis 2019, le Burkina Faso traverse une crise humanitaire majeure marquée par l’instabilité politique, des tensions sécuritaires persistantes et des aléas climatiques récurrents. En 2024, plus de 6,3 millions de personnes – dont 2,4 millions de déplacés internes – nécessitaient une assistance vitale. Parmi elles, 2,7 millions se trouvent en insécurité alimentaire aiguë, tandis que 611 500 individus (480 000 enfants et 131 500 femmes) souffrent de malnutrition aiguë sévère. Par ailleurs, 1,7 million de personnes requièrent un accès urgent à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement (EHA).

    Face à cette situation, Action contre la Faim (ACF) déploie une stratégie globale combinant aide d’urgence et développement durable. Le mécanisme RRM-Frontline permet une intervention rapide dans les zones les plus touchées, avec des distributions de nourriture, des kits d’abris, un soutien EHA et l’accès à l’eau potable. En partenariat avec l’Agence suédoise de coopération internationale et le BHA, ACF mène des programmes multisectoriels dans sept régions du pays. Ces interventions incluent des cliniques mobiles, le renforcement des centres de santé locaux, des initiatives de relance économique et l’amélioration des infrastructures hydrauliques et sanitaires. La dimension santé mentale et soutien psychosocial est également intégrée pour atténuer l’impact psychologique de la crise sur les populations vulnérables.

    L’organisation mise aussi sur l’approche Nexus, axée sur la résilience et la réduction des risques de catastrophe. En 2024, grâce à l’initiative PREPARE de l’USAID, ACF a renforcé les services de santé reproductive, maternelle, néonatale et nutritionnelle dans les zones les plus reculées. À l’ouest du pays, le projet BEOOLGO vise à consolider les services de santé décentralisés via la formation des professionnels locaux. Le programme YERETALI (Burkina Faso/Côte d’Ivoire) soutient la reconstruction du sud-ouest en améliorant les conditions de vie et en promouvant des moyens de subsistance durables.

    Ces initiatives, menées en collaboration avec des partenaires internationaux, offrent une réponse complète et coordonnée aux besoins des populations les plus affectées.

  • Mali : la junte face à la dénonciation de Volker Türk sur la dérive autoritaire

    Mali : la junte face à la dénonciation de Volker Türk sur la dérive autoritaire

    Une situation politique alarmante au Mali

    Le Haut-Commissaire aux droits humains de l’ONU, Volker Türk, a récemment alerté sur la dégradation accélérée de la situation politique au Mali. Selon lui, le pays s’enfonce dans une logique de plus en plus autoritaire, où les libertés fondamentales des citoyens sont menacées. Cette évolution inquiétante s’accompagne d’une concentration des pouvoirs entre les mains du général Assimi Goïta, chef de l’État depuis 2020.

    Des réformes constitutionnelles controversées

    Depuis le coup d’État qui a renversé l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, plusieurs mesures ont été adoptées pour renforcer l’emprise du pouvoir en place. Volker Türk souligne que ces changements juridiques rendent toute élection démocratique improbable à court ou moyen terme. Notamment, une loi adoptée le 8 juillet dernier permet au général Goïta de prolonger son mandat indéfiniment, « jusqu’à la pacification du pays ». Par ailleurs, un décret présidentiel a dissous l’ensemble des partis politiques et organisations à caractère politique, une décision qualifiée de « violation flagrante du droit des Maliens à participer aux affaires publiques ».

    Répression et arbitraire : les opposants dans le viseur

    La répression s’intensifie contre toute forme de dissidence. L’ancien Premier ministre Moussa Mara, figure de l’opposition, en a fait les frais : arrêté le 1er août pour « atteinte à la crédibilité de l’État », il est accusé d’avoir exprimé son soutien à des détenus d’opinion sur le réseau social X. Volker Türk dénonce une « instrumentalisation de la justice pour museler les voix critiques » et s’inquiète de l’augmentation des arrestations arbitraires touchant tous les milieux sociaux.

    Violences et insécurité : un climat explosif

    Le Mali reste également en proie à des attaques djihadistes menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et par Daech. Ces groupes terroristes, actifs aux frontières du Burkina Faso et du Niger, justifient les opérations militaires de l’armée malienne, soutenue par les mercenaires de l’Africa Corps (ex-Groupe Wagner). Cependant, ces interventions ciblent aussi les populations civiles, avec des centaines d’exécutions extrajudiciaires, de détentions arbitraires et de disparitions forcées signalées depuis avril.

    Pour les Nations Unies, la combinaison d’une transition politique bloquée et d’une répression généralisée risque d’aggraver l’instabilité et de plonger le Mali dans un cycle de violences prolongées. Volker Türk appelle à une restauration urgente des libertés fondamentales et du processus électoral pour éviter une crise durable.

  • Liberté syndicale au Niger : dissolution illégale et répression des syndicats judiciaires

    Liberté syndicale au Niger : dissolution illégale et répression des syndicats judiciaires

    Dissolution et répression des syndicats du secteur judiciaire au Niger : une violation des libertés fondamentales

    Tingey Injury Law Firm / Unsplash

    L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dénonce avec fermeté la dissolution de cinq syndicats du secteur judiciaire nigérien. Ces décisions, prises par le ministre de l’Intérieur le 7 août 2025, s’accompagnent de la radiation de deux magistrats leaders du Syndicat autonome des magistrats du Niger (Saman), pour avoir critiqué ces mesures. L’Observatoire exige l’annulation immédiate de ces décisions et le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté syndicale et d’association, conformément aux engagements internationaux du Niger.

    Le 7 août 2025, le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur du Niger, a signé cinq arrêtés dissolvant les principaux syndicats du secteur judiciaire : le Saman, l’Union des magistrats du Niger (Uman), le Syndicat national des agents de justice (Snaj), le Syndicat des cadres et agents techniques du ministère de la Justice (Syncat) et le Syndicat indépendant des magistrats du Niger (Siman). Ces arrêtés, dépourvus de toute justification écrite, ont été pris sans base légale solide.

    Le lendemain, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a justifié ces mesures lors d’un point de presse, évoquant des « dérives répétées nuisant au bon fonctionnement du service public » et accusant les syndicats de privilégier des « intérêts personnels ». En réaction, le Saman et l’Ordre des avocats du Niger ont organisé une grève les 14 et 15 août 2025 pour protester contre ces dissolutions.

    Selon l’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), ces dissolutions violent le Code du travail nigérien et les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), ratifiées par le Niger. L’ordonnance N°84-06 de 1984, invoquée par le gouvernement, ne s’applique qu’aux associations à but non lucratif et non aux syndicats, qui relèvent d’un cadre juridique distinct. Ces décisions sont donc juridiquement nulles et inopposables.

    Face à cette répression, les autorités nigériennes ont sanctionné deux figures majeures du Saman. Le 14 août, le président Abdourahamane Tiani a radié Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane, secrétaire général du syndicat, pour avoir critiqué les dissolutions et réclamé un droit de réponse. Le 15 août, Moussa Mahamadou, secrétaire général adjoint, a subi le même sort, après avoir dénoncé la radiation de son supérieur et appelé à une grève générale. Ces sanctions, prises en moins de 24 heures, illustrent une volonté d’intimidation du pouvoir judiciaire.

    Ces mesures portent atteinte à la séparation des pouvoirs et à l’indépendance de la justice, piliers de la démocratie. Elles violent la liberté syndicale, garantie par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) (article 22), la Charte de la refondation du Niger (article 36) et les conventions de l’OIT (Conventions n°87 et n°98). L’Ordre des avocats du Niger a également alerté sur le risque de compromission de la liberté d’expression et du droit à la défense.

    L’Observatoire souligne que ces dissolutions s’inscrivent dans un contexte plus large de restriction des libertés au Niger. Depuis des mois, les défenseurs des droits humains, comme Moussa Tchangari, sont victimes d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées. Ces agissements menacent gravement l’état de droit et la démocratie.

    L’Observatoire appelle les autorités nigériennes à révoquer immédiatement les arrêtés de dissolution et à réintégrer Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane et Moussa Mahamadou dans leurs fonctions. Il exige également la fin de toute forme de harcèlement envers les syndicats et les défenseurs des droits humains, et le plein respect des libertés syndicales et d’association, conformément aux engagements nationaux et internationaux du Niger.

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  • Burkina Faso : expulsion d’une responsable onusienne après un rapport accablant

    Burkina Faso : expulsion d’une responsable onusienne après un rapport accablant

    Burkina Faso : expulsion d’une responsable onusienne après un rapport accablant

    La junte militaire au Burkina Faso a pris une décision radicale en début de semaine en déclarant persona non grata Carol Flore-Smereczniak, principale représentante des Nations Unies dans le pays. Cette mesure intervient après la publication d’un rapport critique de l’ONU dénonçant les violations des droits des enfants dans un contexte de conflit armé persistant.

    une expulsion qui s’inscrit dans une série de tensions avec l’ONU

    Carol Flore-Smereczniak devient la deuxième haute responsable onusienne expulsée par les autorités burkinabè en trois ans. En 2022, Barbara Manzi, alors coordinatrice résidente, avait subi le même sort, illustrant une intolérance croissante envers toute forme de surveillance extérieure. Le porte-parole de la junte accuse la responsable d’avoir contribué à la rédaction du dernier rapport onusien, qui met en lumière des violences graves commises à l’encontre de mineurs.

    un rapport accablant sur les atteintes aux droits des enfants

    Le document de l’ONU révèle des chiffres alarmants : entre juillet 2022 et juin 2024, 2 483 violations graves ont été recensées, touchant 2 255 enfants. Parmi ces actes, on compte des meurtres, des enlèvements, mais aussi le recrutement forcé d’enfants par des groupes armés et des forces de sécurité. 65 % des abus seraient imputables à des groupes islamistes, tandis que les forces burkinabè et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) seraient responsables du reste.

    Le rapport souligne également une hausse inquiétante des attaques contre les écoles et s’alarme de la détention arbitraire d’enfants, souvent accusés à tort de liens avec des groupes armés. Ces pratiques ont été largement documentées par des organisations comme Human Rights Watch depuis 2016, mettant en évidence un climat de violence généralisé affectant les jeunes générations.

    une junte en désaccord avec les conclusions de l’ONU

    Les autorités burkinabè rejettent catégoriquement les conclusions du rapport, qu’elles qualifient de partiales et inappropriées. En mars 2025, le ministre des Affaires étrangères a vivement critiqué l’utilisation par l’ONU de termes comme « groupes armés non étatiques » pour désigner les groupes terroristes, ou encore la qualification des VDP de « milices ». En juillet, il a exigé un recentrage des interventions onusiennes au Burkina Faso, afin d’aligner leur action sur la vision politique du pays.

    une répression systématique des voix critiques

    Depuis le coup d’État de 2022, les militaires au pouvoir mènent une politique de répression contre les médias, l’opposition et les dissidents. Plutôt que de nier les abus, la junte devrait, selon les observateurs, collaborer avec l’ONU pour mettre un terme à ces violences. Un plan d’action conjoint pourrait ainsi être élaboré pour protéger les populations, en particulier les enfants, victimes collatérales d’un conflit qui s’éternise.

  • Disparition forcée de défenseurs des droits humains au Burkina Faso : Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo portés disparus

    Disparition forcée de défenseurs des droits humains au Burkina Faso : Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo portés disparus

    Disparition forcée de deux militants des droits humains au Burkina Faso : Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo toujours introuvables

    ©Balai citoyen

    Le Burkina Faso est aujourd’hui sous le feu des projecteurs en raison de la disparition forcée de deux éminents défenseurs des droits humains. Miphal Ousmane Lankoandé, sociologue et secrétaire exécutif du mouvement citoyen « Balai citoyen », ainsi qu’Amadou Sawadogo, cadre actif de ce même mouvement, ont été enlevés dans des circonstances troubles, laissant leurs proches et la communauté internationale sans nouvelles.

    Contexte des enlèvements : des militants ciblés pour leurs positions critiques

    Le Balai citoyen, créé en 2013, est une organisation qui milite pour une société plus juste et intègre au Burkina Faso. Ses membres, comme Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo, s’engagent activement pour les droits humains et la démocratie dans un contexte politique de plus en plus répressif.

    Amadou Sawadogo a été convoqué à deux reprises au service régional de la sûreté de l’État à Ouagadougou. Lors de son interrogatoire, il aurait été contraint de révéler les domiciles de deux autres militants, désormais en clandestinité. Il a disparu le 21 mars 2025, après sa dernière convocation, sans que les autorités ne fournissent d’explications sur sa localisation.

    Quant à Miphal Ousmane Lankoandé, il a été enlevé le 30 mars 2025 devant son domicile à Ouagadougou, à son retour d’une formation en Bénin. Des hommes se présentant comme des gendarmes l’ont intercepté devant son épouse. Malgré les démarches de ses avocats auprès des institutions, aucune information n’a été communiquée sur son sort.

    À ce jour, Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo restent portés disparus, et leurs familles, ainsi que leurs collègues, ignorent tout de leur localisation.

    Un climat répressif croissant au Burkina Faso

    Ces enlèvements s’inscrivent dans un contexte de répression accrue contre les défenseurs des droits humains, les journalistes et les militants politiques au Burkina Faso. Plusieurs cas similaires ont été recensés ces derniers mois :

    • Me Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du Balai citoyen, arrêté en janvier 2024 à l’aéroport de Ouagadougou, puis détenu arbitrairement pour « complot et association de malfaiteurs ».
    • Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo, enlevés de force et enrôlés dans l’armée burkinabè en février 2024, malgré une décision judiciaire les protégeant.
    • Plusieurs journalistes, dont Guezouma Sanogo, Boukary Ouoba et Luc Pagbeguem, enlevés en mars 2025 et toujours portés disparus.

    L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains souligne que ces pratiques s’inscrivent dans une stratégie plus large de musellement de la société civile. Les autorités militaires au pouvoir au Burkina Faso ont notamment instauré des décrets permettant la réquisition de toute personne âgée de plus de 18 ans, un outil utilisé pour cibler les opposants et les militants.

    Appel à l’action : exiger la libération immédiate des deux militants

    L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains exhorte les autorités burkinabè à :

    1. Garantir l’intégrité physique et psychologique de Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo, ainsi que de tous les défenseurs des droits humains au Burkina Faso ;
    2. Révéler sans délai le sort et la localisation des deux militants, leur permettre de contacter leurs familles et les libérer inconditionnellement ;
    3. Mettre fin à la pratique des disparitions forcées et à l’enrôlement forcé des défenseurs des droits humains et des journalistes ;
    4. Cesser tout harcèlement judiciaire à leur encontre et garantir leur sécurité pour qu’ils puissent poursuivre leurs activités légitimes ;
    5. Respecter les libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, conformément aux normes internationales.

    Voici les coordonnées des autorités à contacter pour exiger la libération des deux militants :

    Il est également recommandé de contacter les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans votre pays pour exiger la libération des deux militants.

    Un appel urgent à la solidarité internationale

    Les disparitions forcées de Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo rappellent la nécessité d’une mobilisation internationale pour défendre les droits humains au Burkina Faso. Chaque voix compte pour faire pression sur les autorités et exiger la fin de ces pratiques inacceptables.

    Pour soutenir la cause des défenseurs des droits humains, vous pouvez contacter l’Observatoire via :

    • Email : [email protected]
    • Téléphone (FIDH) : +33 1 43 55 25 18
    • Téléphone (OMCT) : + 41 22 809 49 39

    Ensemble, exigeons justice pour Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo, et protégeons ceux qui se battent pour un Burkina Faso plus libre et plus juste.

  • Mali : crimes contre les peuls par l’armée et Wagner révélés

    Mali : crimes contre les peuls par l’armée et Wagner révélés

    Des exécutions sommaires et disparitions forcées ciblant les Peuls

    Depuis janvier 2025, l’armée malienne et ses alliés du groupe Wagner, soutenu par la Russie, sont accusés d’avoir commis des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées contre des hommes issus de l’ethnie peule au Mali. Ces actes, documentés par des enquêtes approfondies, s’inscrivent dans le cadre d’opérations de contre-insurrection menées contre des groupes armés islamistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

    Un bilan humain accablant

    • 12 exécutions sommaires documentées depuis le début de l’année.
    • 81 disparitions forcées confirmées, dont 65 éleveurs et marchands peuls exécutés après avoir été rassemblés dans le village de Sebabougou (région de Kayes).
    • Des témoignages accablants dénonçant des tortures, des détentions arbitraires et des meurtres ciblés.

    Des accusations de collaboration avec les djihadistes

    Les forces maliennes et les mercenaires de Wagner justifient ces violences en accusant les Peuls de collaborer avec le GSIM, un groupe armé islamiste affilié à Al-Qaïda. Pourtant, ces allégations reposent souvent sur des généralisations dangereuses, mettant en péril une communauté entière. Les Peuls, traditionnellement éleveurs, sont depuis des années pris pour cible par les groupes djihadistes, qui cherchent à les recruter de force.

    « La junte militaire malienne porte une responsabilité directe dans les exactions commises par ses troupes et celles de Wagner », déclare Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel. « Elle doit immédiatement mettre fin à ces abus, localiser les disparus et traduire les coupables en justice. »

    Une réponse internationale insuffisante

    L’Union africaine est appelée à renforcer ses efforts pour protéger les civils maliens. Malgré les multiples alertes, les mécanismes de protection restent inefficaces, notamment en raison du retrait du Mali de la CEDEAO en janvier 2025, qui prive les victimes de recours juridiques régionaux. Par ailleurs, la mission de l’ONU a quitté le pays en 2023, sur demande de la junte, aggravant les risques pour les populations.

    Les Nations Unies et plusieurs ONG ont confirmé les graves violations des droits humains, notamment des disparitions forcées et des meurtres extrajudiciaires, en violation du droit international humanitaire. Le Mali, signataire de la Convention contre les disparitions forcées et du Statut de Rome, est désormais sous surveillance accrue de la Cour pénale internationale (CPI).

    Des témoignages glaçants

    Les enquêtes menées par Human Rights Watch révèlent des scènes d’horreur dans plusieurs régions du Mali :

    • Kobou (région de Mopti, 23 janvier 2025) : 3 civils peuls exécutés, dont deux âgés de 65 et 75 ans, et 30 maisons incendiées. Les corps retrouvés avaient les yeux bandés et les mains liées.
    • Farana (région de Tombouctou, 26 mars 2025) : 4 hommes peuls battus à mort et leurs corps laissés dans une mare de sang près d’une rivière.
    • Sebabougou (région de Kayes, 12 avril 2025) : Au moins 100 hommes peuls arrêtés, dont 65 retrouvés morts près d’un camp militaire. Les survivants, transférés à Bamako, ont été libérés sans inculpation.
    • Belidanédji (région de Ségou, 30 mars 2025) : 6 civils peuls exécutés sommairement après des affrontements avec le GSIM. Deux autres hommes peuls ont été torturés et détenus au secret dans un conteneur militaire.
    • Sikere (région de Ségou, 14 mai 2025) : 4 hommes peuls abattus après avoir été accusés de liens avec les djihadistes.

    Meurtres et incendies à Kobou : les preuves des exactions

    Le rôle controversé du groupe Wagner

    Présent au Mali depuis 2021 sous couvert d’un accord bilatéral avec la Russie, le groupe Wagner a été accusé à plusieurs reprises de violer les droits humains, aux côtés de l’armée malienne. Bien que Bamako nie officiellement sa présence, des sources concordantes et des médias ont confirmé son implication dans des opérations militaires et des exactions. Depuis juin 2025, Wagner est progressivement remplacé par l’Africa Corps, une nouvelle force paramilitaire russe, sans que cela n’ait mis fin aux violences.

    Les attaques récentes du GSIM et des séparatistes touaregs, couplées au retrait de Wagner, ont aggravé l’instabilité au Mali, où 350 000 personnes ont été déplacées depuis 2012. La junte militaire, au pouvoir depuis 2021, continue de s’appuyer sur des alliances controversées pour mener sa lutte contre le terrorisme, au détriment des populations civiles.

    Un appel urgent à la justice

    Les experts et les ONG exhortent la communauté internationale à agir :

    • L’Union africaine doit faire pression sur Bamako pour qu’elle ouvre des enquêtes transparentes et poursuive les responsables.
    • La CPI pourrait lancer des poursuites pour crimes de guerre, compte tenu des preuves accumulées.
    • Les pays partenaires du Mali, notamment la Russie, doivent cesser leur soutien à des groupes impliqués dans des violations massives des droits humains.

    « Les hauts responsables maliens et russes ne peuvent ignorer leur responsabilité potentielle dans ces crimes », avertit Ilaria Allegrozzi. « Que l’Union africaine agisse ou que la CPI intervienne, leurs actes ne resteront pas impunis. »

    Contexte : le conflit malien et ses victimes

    Depuis plus d’une décennie, le Mali est en proie à une guerre asymétrique opposant l’État, soutenu par des groupes paramilitaires étrangers, à des factions djihadistes et séparatistes. Ces conflits ont fait des milliers de morts et plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent. Les communautés peules, souvent stigmatisées, paient un lourd tribut à cette violence.

    Les Conventions de Genève et le droit international humanitaire interdisent formellement les exécutions sommaires, les disparitions forcées et la torture. Pourtant, ces interdits sont systématiquement bafoués au Mali, où l’impunité reste la norme.

  • Global gateway : un prêt de 20 millions d’euros pour booster l’économie bleue et l’inclusion financière en Mauritanie

    Global gateway : un prêt de 20 millions d’euros pour booster l’économie bleue et l’inclusion financière en Mauritanie

    Global Gateway : un partenariat clé pour l’économie bleue et l’inclusion financière des jeunes et des femmes en Mauritanie

    Un prêt de 20 millions d’euros, signé entre la Banque El Amana (BEA) et la Banque européenne d’investissement (BEI) via sa branche BEI Monde, vise à renforcer l’inclusion financière des femmes et des jeunes tout en développant l’économie bleue en Mauritanie. Cet accord s’inscrit dans le cadre de la stratégie Global Gateway de l’Union européenne, un projet ambitieux destiné à promouvoir une croissance durable et inclusive.

    Des financements ciblés pour les femmes et les jeunes

    Parmi les 20 millions d’euros alloués, 30 % des fonds sont réservés aux entreprises dirigées ou détenues par des femmes, tandis que 30 % supplémentaires visent à soutenir l’emploi des jeunes. Ces objectifs s’alignent sur les critères internationaux du Défi 2X, une initiative visant à autonomiser économiquement les femmes à travers le monde.

    En Mauritanie, malgré des progrès notables, l’accès des femmes au financement reste limité, notamment dans des secteurs porteurs comme la pêche ou l’agrotransformation. Ce partenariat vise donc à combler ce fossé en offrant des opportunités concrètes aux entrepreneuses et aux jeunes professionnels.

    L’économie bleue au cœur du développement mauritanien

    Ce financement soutient les chaînes de valeur des produits de la mer, un pilier stratégique de la coopération entre la Mauritanie et l’Union européenne. L’objectif est de promouvoir une pêche durable tout en renforçant la résilience des communautés locales.

    Les entreprises bénéficiaires devront s’engager à améliorer leurs pratiques et à obtenir des certifications environnementales, notamment auprès du Conseil d’intendance des mers (MSC). Une assistance technique sera également mise en place pour accompagner cette transition vers des pratiques plus durables.

    Les engagements des parties prenantes

    Mohamed Ahmed Salem Bouna Moctar, directeur général de la BEA, a souligné l’importance de ce partenariat : « Ce projet renforce notre rôle dans le développement de l’économie bleue en Mauritanie. Il illustre notre engagement en faveur d’une croissance durable, inclusive et innovante, au service de la jeunesse, des femmes et de la valorisation responsable de nos ressources naturelles. »

    Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI, a ajouté : « En misant sur la pêche durable, nous contribuons à préserver les ressources naturelles tout en favorisant des chaînes de valeur plus résilientes et inclusives. Ce projet accorde une attention particulière à l’autonomisation des jeunes et des femmes, souvent sous-représentés dans l’accès au financement. »

    Jozef Síkela, commissaire européen aux partenariats internationaux, a salué cet investissement : « Grâce à ce prêt, nous approfondissons notre soutien à la pêche durable et à l’économie bleue en Mauritanie, tout en élargissant les opportunités pour les jeunes et les entreprises dirigées par des femmes. »

    Un partenariat aligné sur les priorités de l’Union européenne

    Cet accord s’inscrit dans le cadre de la stratégie Global Gateway, qui vise à créer des connexions durables et fiables au service de la population et de la planète. Il s’appuie également sur le Fonds européen pour le développement durable Plus (FEDD+) et l’accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable (APPD) entre l’UE et la Mauritanie.

    L’Union européenne intervient en Mauritanie depuis plus de 50 ans, en soutenant des secteurs clés tels que la santé, l’éducation, l’environnement, l’énergie et le secteur privé. Ce partenariat renforce encore l’engagement de l’UE en faveur d’une économie verte et bleue.

    La Banque El Amana, un acteur clé de l’inclusion financière

    Créée en 1996, la Banque El Amana (BEA) est une institution financière mauritanienne de premier plan. Elle propose une large gamme de services bancaires et joue un rôle moteur dans plusieurs secteurs stratégiques, dont la pêche, l’agroalimentaire et l’énergie.

    En 2023, la BEA a ouvert une agence bancaire dans le camp de réfugiés de Mbera, en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), pour faciliter l’accès aux services financiers aux populations déplacées. Elle a également lancé Amanty, son portefeuille mobile, pour renforcer l’inclusion financière et réduire la dépendance au numéraire.

    BEI Monde : un partenaire stratégique pour le développement international

    La BEI Monde, branche spécialisée du Groupe BEI, a pour mission d’accroître l’impact des partenariats internationaux et du financement du développement. Elle vise à soutenir 100 milliards d’euros d’investissements d’ici 2027, dans le cadre de la stratégie Global Gateway.

    En collaboration avec d’autres institutions de financement et la société civile, la BEI Monde favorise des partenariats solides et ciblés, au service des populations, des entreprises et des institutions à travers le monde.

    Pour en savoir plus sur les priorités de l’Union européenne en Mauritanie, consultez le site dédié à l’initiative Global Gateway.

  • Violences sexuelles au Mali : urgence humanitaire pour les femmes déplacées

    Violences sexuelles au Mali : urgence humanitaire pour les femmes déplacées

    Les conflits armés et l’insécurité persistante au Mali, notamment dans les régions du Nord et du Centre, aggravent les risques de violences sexuelles pour les femmes et les filles, selon les dernières données de l’UNFPA. Dans un contexte humanitaire déjà critique, ces populations vulnérables sont exposées à des formes variées de violences : exploitation sexuelle, harcèlement, mariage forcé, mais aussi privation d’accès aux services essentiels de santé reproductive.

    Une escalade alarmante des violences dans les zones en crise

    Une enquête récente menée par l’UNFPA en mai 2025 révèle une hausse significative des cas de violences sexuelles dans les camps de déplacés internes et les zones de conflit. Les régions les plus touchées, comme Tombouctou, Gao, Mopti et Ménaka, subissent une intensification des attaques armées, entraînant des déplacements massifs de populations.

    Les femmes et les filles représentent plus de la moitié des 6,4 millions de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire au Mali. Leur vulnérabilité est accrue par l’absence quasi totale d’accès à des services de santé sexuelle et reproductive (SSR) adaptés. En effet, moins d’un quart des structures sanitaires dans les zones de crise proposent des soins complets ou un accompagnement aux survivantes de violences basées sur le genre.

    Des chiffres préoccupants pour la santé des femmes

    Avec près de 380 000 personnes déplacées internes en 2025 (contre 330 000 en 2024), l’augmentation de 15 % illustre l’ampleur de la crise. Les régions de Gao, Ménaka, Mopti et Tombouctou affichent des taux de fermeture des services spécialisés en SSR particulièrement élevés : 76 %, 77 %, 56 % et 80 % respectivement. Cette situation prive des milliers de femmes et de filles d’un soutien vital, notamment en matière de soins prénatals, postnatals et de gestion des traumatismes.

    Sur le terrain, les équipes de l’UNFPA déploient des efforts constants pour atténuer cette crise. Elles soutiennent actuellement 86 établissements de santé, six espaces sécurisés dédiés aux femmes et aux filles, ainsi que sept centres polyvalents dans les zones les plus affectées (Ségou, Mopti, Gao, Tombouctou, Ménaka). En mai 2025, leurs équipes mobiles ont pu assister près de 3 000 personnes, dont 80 % de femmes et de jeunes filles, en distribuant des kits de dignité et des fournitures médicales.

    Un financement insuffisant menace la réponse humanitaire

    Malgré ces actions, la réponse humanitaire reste gravement sous-financée. L’UNFPA souligne un déficit colossal de 13,5 millions de dollars pour l’année 2025, alors que l’appel de fonds initial s’élevait à 16,5 millions de dollars américains. Seuls 2,9 millions ont été collectés à ce jour. Sans un financement supplémentaire urgent, les programmes de lutte contre les violences sexuelles et les services de SSR risquent de s’effondrer, aggravant encore la situation des femmes et des filles au Mali.

    Près de 900 000 femmes et filles sont actuellement ciblées par les initiatives de l’UNFPA en matière de santé reproductive et de prévention des violences. Pourtant, sans ressources supplémentaires, ces efforts pourraient devenir insuffisants face à l’ampleur de la crise.

  • Crise au Sahel : quand le silence cache une urgence sécuritaire et politique

    Crise au Sahel : quand le silence cache une urgence sécuritaire et politique

    crise au Sahel : quand le silence cache une urgence sécuritaire et politique

    Le Sahel, autrefois sous les projecteurs, a disparu des radars médiatiques. Entre les conflits en Ukraine, la guerre Israël-Hamas et les tensions en République démocratique du Congo, l’attention mondiale s’est détournée de cette région d’Afrique. Pourtant, les crises qui la minent depuis plus d’une décennie s’aggravent, plongeant les populations dans une insécurité chronique et une instabilité politique croissante.

    Les régimes militaires issus des récents coups d’État au Mali, au Niger et au Burkina Faso avaient promis de mettre fin à la menace jihadiste. Résultat ? Les groupes armés gagnent du terrain, multipliant les attaques meurtrières. Avec plus de 11 200 morts en 2024, le Sahel est désormais la région la plus touchée par la violence jihadiste au monde. Une situation aggravée par une dérive autoritaire sans précédent : restrictions des libertés, répression des opposants et contrôle accru des médias.

    Cet article décrypte les évolutions récentes de cette crise multidimensionnelle, en se concentrant sur les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Il met en lumière l’urgence d’un réengagement européen, malgré un contexte international complexe.

    l’expansion jihadiste : une menace grandissante pour les populations

    Il y a dix ans, le Sahel enregistrait le plus faible nombre de morts liées au terrorisme en Afrique. En 2024, la situation s’est inversée : le nombre de victimes a triplé depuis 2021, atteignant 11 200 morts. Une hausse brutale qui s’explique en partie par l’intensification des attaques jihadistes, notamment après les coups d’État entre 2020 et 2023. Les forces de sécurité locales et leurs alliés russes ont également causé la mort de plus de 2 430 civils en 2024, selon les rapports.

    Les groupes armés, comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ont adopté des tactiques plus audacieuses. Au Mali, ils ont mené des attaques simultanées contre une école de gendarmerie et l’aéroport militaire de Bamako en septembre 2024, causant plus de 70 morts parmi les forces de sécurité. Ces opérations, ciblant uniquement des objectifs militaires, visent à discréditer les régimes en place et à gagner le soutien des populations.

    Au Burkina Faso, la situation est encore plus critique. Les jihadistes contrôlent désormais 60 % du territoire, et le nombre de victimes a augmenté de 68 % entre 2022 et 2023. L’attaque la plus meurtrière de l’histoire du pays a eu lieu en août 2024, faisant entre 130 et 600 morts. Les exactions des forces de sécurité, comme les exécutions sommaires et les mutilations de cadavres, aggravent encore la crise humanitaire.

    Au Niger, la situation reste préoccupante. Depuis le coup d’État de 2023, les attaques jihadistes ont augmenté en intensité, ciblant aussi bien les civils que les forces de sécurité. En mars 2025, l’État islamique au Grand Sahara a attaqué une mosquée, tuant 44 personnes. La violence s’étend désormais aux zones urbaines, un phénomène inédit.

    au Mali : entre échecs militaires et stratégies contestées

    L’expulsion de la MINUSMA en 2023 a marqué un tournant. Le régime malien, soutenu par des troupes russes, tente de reconquérir le nord du pays, mais les résultats sont mitigés. La reprise de Kidal en octobre 2023, une ville sous contrôle rebelle depuis dix ans, n’a pas changé l’équilibre des forces. Une coopération ponctuelle entre le CSP-DPA et le JNIM a même abouti à une cuisante défaite des forces maliennes et de leurs alliés russes à Tinzaouaten en juillet 2024.

    Les civils paient un lourd tribut. En juillet 2024, une attaque lors d’un mariage a fait 40 morts. En représailles, des frappes aériennes maliennes ont tué plus de 20 civils. Malgré cette dégradation, les Maliens conservent une confiance relative dans leurs forces armées, selon les sondages de 2024.

    au Burkina Faso : une militarisation extrême de la société

    Depuis le coup d’État de 2022, le Burkina Faso a basculé dans une spirale de violence. Les forces armées ont perdu le contrôle de 60 % du territoire, et les groupes jihadistes sont actifs dans 11 des 13 régions. Le régime du capitaine Traoré a choisi de mobiliser des civils armés, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), pour lutter contre les terroristes. Une stratégie dangereuse qui a intensifié les tensions ethniques et la violence intercommunautaire.

    Les exactions des forces de sécurité et des VDP sont fréquentes. En février 2024, l’armée a exécuté sommairement 223 civils dans deux villages. En mars 2025, des miliciens ont massacré des civils peuls, faisant des dizaines de victimes. En représailles, le JNIM a attaqué un camp militaire, tuant plus de 30 soldats et VDP.

    Avec plus de 2 millions de déplacés internes, le Burkina Faso est le pays le plus touché par la crise humanitaire dans la région.

    au Niger : une insécurité qui s’étend

    Bien que moins touché que ses voisins, le Niger voit sa situation se dégrader rapidement. Depuis le coup d’État de 2023, les attaques jihadistes ont augmenté en intensité. En 2024, les forces nigériennes ont tué trois fois plus de civils qu’en 2022. Les attaques contre les civils et les forces de sécurité se multiplient, avec des bilans humains de plus en plus lourds.

    En mars 2025, l’État islamique au Grand Sahara a attaqué une mosquée, tuant 44 personnes. La violence s’étend désormais aux zones urbaines, un phénomène inédit dans la région.

    des transitions politiques bloquées : l’autoritarisme en marche

    Les régimes militaires de l’AES ont prolongé leurs calendriers de transition, modifiant les constitutions pour consolider leur pouvoir. Au Mali, la transition a été prolongée jusqu’en 2029, permettant au colonel Goïta de rester au pouvoir. Au Burkina Faso et au Niger, les dirigeants ont suivi la même voie, s’auto-promouvant au rang de général d’armée pour légitimer leur emprise sur le pouvoir.

    Ces transitions prolongées permettent aux dirigeants de poser les bases d’une confédération AES, en rupture avec la CEDEAO. Avec cinq années de pouvoir garanties, ils peuvent nouer de nouveaux partenariats régionaux et internationaux, comme en témoigne le soutien récent de la Russie à la nouvelle force conjointe de l’AES.

    la censure comme outil de contrôle politique

    Faute de contrôler l’ensemble de leur territoire, les régimes militaires de l’AES ont renforcé leur emprise sur l’information. Les médias indépendants et étrangers sont suspendus ou interdits, les journalistes étrangers expulsés et les locaux réprimés. Les partis politiques et les organisations de la société civile sont suspendus ou placés sous haute surveillance.

    Au Mali, RFI et France 24 ont été interdits, et des chaînes locales comme Joliba TV ont vu leur licence retirée. Au Burkina Faso, des journalistes étrangers ont été expulsés, et des médias comme RFI, France 24 et Jeune Afrique ont été suspendus. Au Niger, RFI et France 24 ont été suspendus dès le coup d’État de 2023, et les journalistes traitant de questions sécuritaires sont intimidés et emprisonnés.

    Ces régimes utilisent la censure pour imposer leur version des faits. En octobre 2024, le gouvernement burkinabè affirmait contrôler 70 % du territoire, un chiffre en contradiction avec les rapports extérieurs estimant que les groupes jihadistes contrôlent le même pourcentage.

    le Sahel : un enjeu qui dépasse les frontières africaines

    Le silence médiatique autour du Sahel ne signifie pas stabilité, mais bien une aggravation des crises. L’expansion jihadiste, l’insécurité alimentaire et le nombre record de déplacés internes (plus de 3,1 millions en mars 2025) sont des défis qui auront des répercussions bien au-delà de la région.

    L’Union européenne, confrontée à d’autres urgences, a réduit son engagement au Sahel. Pourtant, se désengager de cette région reviendrait à abandonner les populations locales et à laisser la porte ouverte à de nouveaux partenariats, comme celui entre la Russie et les juntes de l’AES.

    Alors que l’UE réévalue son approche, il est urgent de clarifier ses priorités : que veut-elle faire ? Que peut-elle faire ? Et avec qui ? Une chose est sûre : dans un monde de plus en plus polarisé, renforcer les liens et les solidarités entre continents est essentiel pour faire face aux défis globaux.

  • Le Niger confronté à une double menace sanitaire : polio et covid-19

    Le Niger confronté à une double menace sanitaire : polio et covid-19

    Le Niger face à une double épidémie : polio et coronavirus

    Le Niger subit une double crise sanitaire : la propagation du coronavirus s’accompagne désormais d’une résurgence de la poliomyélite, avec deux cas confirmés chez des enfants dans les régions de Niamey et Tillaberi.

    Carte du Niger illustrant les zones touchées par la polio

    Alors que le coronavirus continue de se propager dans plusieurs régions du Niger, une nouvelle menace sanitaire émerge : la poliomyélite. Ces deux maladies, bien que distinctes dans leur mode de transmission, partagent des symptômes similaires (fièvre, maux de tête, toux), ce qui peut compliquer leur diagnostic différentiel.

    Le coronavirus se transmet par les voies respiratoires via les postillons (toux, éternuements), tandis que la polio se propage principalement par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés, ou par un contact direct avec une personne infectée. Cette double épidémie met à rude épreuve le système de santé nigérien, déjà mis sous pression par la pandémie.

    Des campagnes de vaccination interrompues par la pandémie

    Le Dr Pascal Mkanda, coordinateur du programme d’éradication de la polio dans la Région africaine, explique : « Le Niger avait réussi à mettre fin aux précédentes épidémies de polio grâce à des campagnes de vaccination de masse de grande qualité en 2019. Cependant, la pandémie de Covid-19 a contraint à suspendre ces campagnes, en raison des mesures de distanciation sociale et des protocoles d’hygiène stricts imposés. »

    En décembre 2024, le Niger, le Kenya et le Mozambique avaient annoncé avoir éradiqué des épidémies de polio qui duraient depuis 24 mois. Pourtant, cette nouvelle flambée de poliovirus circulant dérivé d’un vaccin (PVDVc), responsable de la paralysie de deux enfants, n’est pas liée à l’épidémie précédente. Cette situation illustre la fragilité des progrès réalisés et le risque de résurgence.

    Un risque accru de paralysie chez les enfants

    Selon le Dr Mkanda, « le poliovirus continuera inévitablement à circuler et pourrait paralyser davantage d’enfants, faute de campagnes de vaccination de qualité menées en temps opportun. »

    Le Niger rejoint la liste des pays africains touchés

    Avec cette nouvelle épidémie, le Niger figure désormais parmi les 15 pays africains confrontés à des flambées de poliovirus circulant dérivé d’un vaccin. Les autres pays concernés sont : l’Angola, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Ghana, le Mali, le Nigéria, le Togo et la Zambie.

    Plusieurs facteurs expliquent cette situation : une couverture vaccinale insuffisante, des refus de vaccination, des difficultés d’accès dans certaines zones et une qualité variable des campagnes de vaccination. Ces obstacles rendent la protection de tous les enfants contre la polio particulièrement complexe.

    Des efforts pour renforcer l’immunité des enfants

    Bien qu’il n’existe pas de traitement contre la polio, cette maladie peut être prévenue grâce à un vaccin simple et efficace. Actuellement, des initiatives sont en cours au Niger et dans d’autres pays africains pour augmenter rapidement l’immunité des enfants et les protéger contre les risques de paralysie liés à la polio.

    Le programme d’éradication de la polio en Afrique maintient ses activités essentielles de surveillance, malgré la suspension des campagnes de vaccination de masse. L’objectif reste de limiter la propagation du virus et d’éviter une paralysie irréversible chez les plus jeunes.