Catégorie : A la Une

  • Crise judiciaire au Sahel après les départs de la ceadeao

    Crise judiciaire au Sahel après les départs de la ceadeao

    crise judiciaire au Sahel : quand les juntes militaires échappent à la justice

    Le Burkina Faso, le Mali et le Niger partagent trois traits communs indissociables : leurs gouvernements actuels sont issus de coups d’État militaires, leurs forces de sécurité sont régulièrement accusées de violations graves des droits humains, et chacun a quitté officiellement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

    Ces trois réalités ne sont pas indépendantes les unes des autres. En effet, le départ de la CEDEAO prive les populations de la région d’un recours juridique essentiel face aux exactions commises.

    une cour régionale qui garantissait un accès à la justice

    La CEDEAO abrite depuis 2005 la Cour de justice de la Communauté, une instance capable de trancher des litiges relatifs aux droits humains. Contrairement aux systèmes judiciaires nationaux souvent sous influence politique, cette Cour permet aux citoyens de saisir directement une juridiction régionale. Elle a déjà rendu des verdicts historiques, y compris à l’encontre des trois pays concernés.

    Pour les juntes militaires au pouvoir, cette Cour représente une menace. En se retirant de la CEDEAO, elles privent les victimes de toute possibilité de recours international contre les exactions commises par leurs forces. Une stratégie délibérée pour échapper à toute forme de responsabilité.

    l’impunité s’installe au Sahel

    Les juntes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger sont déjà peu enclines à enquêter sur les violations des droits humains commises par leurs propres troupes ou par des groupes armés. Les rares poursuites engagées sont souvent biaisées, voire inexistantes. Avec la fermeture de la Cour de justice de la CEDEAO, les victimes perdent même leur dernier espoir de justice internationale.

    Un militant malien en exil en France a résumé la situation avec justesse :

    « Depuis leur accession au pouvoir par la force, ces régimes militaires ont systématiquement échoué à sanctionner les auteurs de violations flagrantes des droits humains. Cette décision de quitter la CEDEAO n’est que la confirmation de leur mépris total pour l’État de droit et la justice. »

    des conséquences dramatiques pour les victimes

    Pour les populations du Sahel, le retrait de ces trois États de la CEDEAO équivaut à une double peine. Non seulement elles subissent les exactions des juntes et des groupes armés, mais elles perdent également l’un des rares recours juridiques disponibles. Sans accès à une justice indépendante, l’impunité devient la norme, et les victimes n’ont plus aucun moyen de faire valoir leurs droits.

    La récente alliance formée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger laisse présager une aggravation de cette crise. La priorité affichée ne semble pas être la protection des citoyens, mais bien la consolidation du pouvoir par des régimes autoritaires.

    Dans ce contexte, la situation des droits humains dans la région du Sahel risque de se dégrader encore davantage, avec des conséquences humanitaires et sociales désastreuses.

  • Burkina Faso : un soutien financier majeur pour un système de santé plus performant et résilient

    Burkina Faso : un soutien financier majeur pour un système de santé plus performant et résilient

    WASHINGTON, 24 janvier 2025 – Un financement significatif a été octroyé par la Banque mondiale, via un crédit de 142 millions d’euros (soit 150 millions de dollars américains) de l’Association internationale de développement (IDA)*, complété par un don de 17 millions de dollars du Mécanisme de Financement Mondial (GFF). Ces fonds sont destinés au Projet de renforcement de la performance et de la résilience du système de santé (PRPRSS) au Burkina Faso.

    Cette initiative d’envergure nationale cible spécifiquement les adolescents, les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Ses objectifs majeurs incluent l’optimisation de la surveillance épidémiologique des maladies, ainsi que l’amélioration de l’accès et de l’utilisation des services de santé et de nutrition essentiels. Une attention particulière sera portée aux populations déplacées internes et aux communautés géographiquement isolées ou ayant un accès restreint aux soins.

    Hamoud Abdel Wedoud Kamil, représentant résident de la Banque mondiale au Burkina Faso, a souligné l’importance cruciale du développement humain pour l’inclusion sociale, le qualifiant de priorité absolue pour l’institution. Il a précisé que ce projet vise à appuyer les efforts gouvernementaux pour renforcer la résilience du secteur de la santé et gérer les défis actuels, s’inscrivant dans la continuité du Projet de protection du capital humain, doté de 100,4 millions de dollars, qui œuvre à l’amélioration des services sociaux de base.

    Ce nouveau projet s’aligne parfaitement avec la stratégie de la Banque mondiale pour la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, qui vise à consolider le contrat social en renforçant les institutions clés chargées de la prestation des services sociaux fondamentaux.

    Luc Laviolette, chef du Secrétariat du GFF, a affirmé que l’investissement dans l’accès aux soins de santé pour les femmes, les adolescents et les enfants est l’un des leviers les plus puissants pour propulser les pays vers le développement et la prospérité. Le GFF se dit fier de soutenir le gouvernement du Burkina Faso dans l’édification d’un système de santé performant et résilient, garantissant des soins adaptés à ces populations, y compris dans les zones les plus vulnérables.

    De son côté, Moussa Dieng, responsable du portefeuille santé à la Banque mondiale, a insisté sur la pertinence de ce projet. Il contribuera significativement au renforcement des capacités nationales en matière de préparation et de réponse aux urgences sanitaires, tout en améliorant la qualité et l’adoption des services de santé et de nutrition. Ce soutien de la Banque mondiale accompagnera également les réformes engagées par le Ministère de la Santé pour consolider la gouvernance, l’équité et la pérennité financière du secteur de la santé.

  • Cadhp : le Burkina Faso face à l’urgence des droits humains

    Cadhp : le Burkina Faso face à l’urgence des droits humains

    La cadhp appelle le Burkina Faso à agir face aux violations des droits humains

    La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) doit impérativement mettre en lumière les défis critiques auxquels le Burkina Faso est confronté lors de l’examen de son rapport, prévu le 23 octobre 2024. Selon Human Rights Watch, les autorités burkinabè doivent prioritairement sécuriser les populations civiles prises dans le conflit armé, préserver l’espace civique pour les militants, les journalistes et l’opposition, et sanctionner les auteurs d’abus graves.

    Un rapport national incomplet face à des enjeux majeurs

    Le mécanisme d’examen périodique de la CADHP, encadré par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, impose aux États membres de soumettre des rapports détaillant leurs actions pour appliquer cette Charte. Cependant, le document burkinabè de mai 2023, couvrant la période 2015-2021, néglige des problèmes majeurs actuels. Parmi eux : les violations massives commises par les forces de sécurité et les groupes armés islamistes, la restriction des libertés fondamentales, ainsi que l’impunité quasi généralisée.

    « L’examen du Burkina Faso par la CADHP représente une opportunité idéale pour engager un dialogue constructif avec les autorités sur leurs pratiques en matière de droits humains », affirme Allan Ngari, directeur du plaidoyer pour l’Afrique chez Human Rights Watch. « La CADHP doit exiger des autorités qu’elles garantissent la protection des civils pendant les opérations militaires et respectent le droit international humanitaire. »

    Contexte : un pays sous pression depuis 2016

    Le Burkina Faso subit une insurrection violente depuis 2016, menée par des groupes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Ces attaques, venues du Mali, ont provoqué deux coups d’État militaires en 2022.

    Le rapport burkinabè évoque des mesures comme la création d’une unité spécialisée dans la lutte antiterroriste, le déploiement de prévôts pour encadrer les militaires, et des formations en droits humains pour les forces de sécurité. Pourtant, Human Rights Watch a documenté des crimes contre l’humanité commis par l’armée, notamment des meurtres illégaux, des disparitions forcées et des massacres de civils accusés de collaboration avec les groupes armés.

    L’action des groupes armés et l’inertie des autorités

    Les groupes islamistes multiplient aussi les exactions : exécutions sommaires, violences sexuelles, enlèvements et pillages. Ils maintiennent sous blocus de nombreuses localités, aggravant la crise humanitaire. Malgré les appels de la CADHP après des massacres comme celui de Karma en avril 2023 ou l’attaque de Zaongo en novembre 2023, les enquêtes restent rares et les responsables impunis.

    Le rapport national ne mentionne aucune procédure judiciaire contre les abus présumés des forces de sécurité, pourtant documentés depuis des années. Par ailleurs, les droits civils et politiques se dégradent : depuis 2022, la junte militaire réprime systématiquement les militants, opposants politiques, journalistes et défenseurs des droits humains. Human Rights Watch a recensé des cas de conscription forcée pour museler les dissidents, ainsi que des enlèvements et disparitions forcées.

    Appels à l’action de la CADHP

    En décembre 2023, la CADHP a exprimé son inquiétude face à l’enlèvement de Daouda Diallo, figure majeure des droits humains, et aux pressions judiciaires subies par les défenseurs. En juillet 2024, elle a dénoncé la disparition de trois journalistes, sans réponse des autorités malgré les demandes des familles et avocats.

    La CADHP, qui n’a pas effectué de mission officielle au Burkina Faso depuis plusieurs années, devrait solliciter une visite pour évaluer la situation sur le terrain et publier un rapport complet. « La CADHP doit aborder sans détour les violations commises par les forces de sécurité et les groupes armés, tout en exigeant des mesures concrètes pour protéger les militants, journalistes et opposants », conclut Allan Ngari.

  • Burkina Faso : deux ans après le putsch, la répression s’aggrave

    Burkina Faso : deux ans après le putsch, la répression s’aggrave

    Burkina Faso : deux ans après le coup d’État, les violations des droits et libertés ont atteint un niveau très inquiétant

    30/09/2024
    Communiqué
      OLYMPIA DE MAISMONT / AFP

      Deux ans après le coup d’État du 30 septembre 2022, le Burkina Faso s’enfonce dans une crise institutionnelle sans précédent. Malgré les promesses initiales de rétablissement de l’ordre constitutionnel, les autorités actuelles ont instauré un régime de restrictions massives, étouffant toute contestation et portant atteinte aux libertés fondamentales. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dénonce ces dérives et exige le retour à un État de droit.

      Nairobi, Dakar, Paris, 30 septembre 2024 — Depuis deux ans, les nouvelles autorités burkinabè, issues du putsch militaire, ont érigé un système de répression systématique à l’encontre de toute voix dissidente. Journalistes, défenseur·es des droits humains et opposant·es politiques subissent quotidiennement des exactions : agressions, arrestations arbitraires, enlèvements, séquestrations, disparitions forcées, incorporations militaires forcées ou menaces envers leurs proches. Cette atmosphère de terreur est alimentée par des discours de haine et de violence propagés sur les réseaux sociaux par des soutiens du régime.

      La FIDH exige des autorités burkinabè qu’elles mettent fin sans délai à ces attaques et libèrent immédiatement toutes les personnes détenues illégalement. Elle les appelle également à honorer leurs engagements en matière de droits humains, tant au niveau national qu’international.

      « Réprimer la société civile et museler les défenseur·es des droits humains, les journalistes et les opposant·es est inacceptable, surtout dans un contexte de transition censé garantir une refonte de l’État et une meilleure gouvernance », déclare Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « La société civile doit être protégée ; il est crucial de préserver les libertés d’expression, d’opinion, d’association, de réunion et de presse ».

      Alors que la lutte contre le terrorisme était présentée comme une priorité par le régime, la FIDH constate une aggravation des violences et des violations des droits humains perpétrées contre les civils par toutes les parties prenantes du conflit. Le 24 août 2024, une attaque attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a visé des civils, des forces de défense et de sécurité ainsi que des Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP), faisant de nombreuses victimes. Ces crimes ont été condamnés par la FIDH et la coalition citoyenne pour le Sahel.

      Incorporation forcée de défenseur·es et journalistes

      Depuis fin novembre 2023, les autorités ont institutionnalisé l’incorporation forcée de défenseur·es des droits humains, de journalistes et d’opposant·es politiques comme renforts militaires. En représailles à leurs critiques ou dénonciations des violations des droits humains, une dizaine de personnes ont été enlevées et envoyées au front, conformément au « Décret portant mobilisation générale et mise en garde », adopté en avril 2023. Parmi elles figurent le Dr Daouda Diallo, défenseur des droits humains et figure de la société civile, ainsi qu’Ablassé Ouédraogo, personnalité politique.

      Les magistrat·es ne sont pas épargné·es par cette pratique, en violation du principe de séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice. En août 2024, au moins cinq magistrat·es, dont des procureur·es, ont été réquisitionné·es et incorporé·es de force. Ces professionnel·les avaient engagé des procédures judiciaires ou pris des décisions défavorables à des proches du régime. Ont notamment été concerné·es les procureur·es des tribunaux de Grande instance de Ouagadougou 1, de Boromo, de Bobo-Dioulasso, de Gaoua, ainsi que le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Ziniaré et un substitut du procureur de Bobo-Dioulasso, pour la période du 14 août au 13 novembre 2024.

      « Envoyer des magistrat·es, chargé·es de faire respecter la loi, au front en représailles à des décisions de justice défavorables à des partisans du régime est inadmissible. Les autorités burkinabè confirment une tendance alarmante : l’entrave aux libertés fondamentales, maintes fois condamnée par les Nations unies, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et nos organisations de défense des droits humains », déclare Alice Mogwe, présidente de la FIDH. « L’État burkinabè viole sa propre Constitution ainsi que ses obligations découlant de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et des conventions internationales, notamment celles protégeant les défenseur·es des droits humains ».

      Fin de la liberté de la presse au Burkina Faso

      Les autorités ont progressivement restreint le droit à l’information et la liberté de la presse. Les médias locaux sont sous contrôle et certains médias internationaux interdits. Les journalistes sont contraints d’adopter un « traitement patriotique » de l’information, c’est-à-dire favorable au pouvoir. Ils et elles subissent des attaques et des menaces constantes, poussant à l’autocensure généralisée. M. Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel L’Événement, a été enlevé à son domicile par l’Agence nationale du renseignement (ANR) le 24 juin 2024. Sa famille est sans nouvelles depuis. Son journal avait été suspendu le 20 juin pour un mois. Les 19 et 28 juin 2024, Kalifara Séré et Adama Bayala, chroniqueurs sur BF1, ont été enlevés après la suspension de l’émission « 7 Infos ». La CADHP avait exprimé « sa vive préoccupation face à cette situation constitutive d’une menace grave contre l’intégrité physique et morale des journalistes, risquant de les soustraire à la protection de la loi et d’entraver leur liberté d’expression et d’opinion ».

      Ciblage des proches d’opposant·es en exil

      Ces dernières semaines, les familles d’anciens dignitaires sont victimes de harcèlement, de violences et d’enlèvements. Entre le 11 et le 16 septembre 2024, au moins deux membres de la famille de Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères sous Blaise Compaoré, ont été violentés et enlevés à Ouagadougou. Ces exactions sont directement liées à des incitations à la violence émanant d’activistes proches du pouvoir.

      « Nous appelons l’Union africaine et les Nations unies à unir leurs efforts pour exiger des autorités burkinabè qu’elles mettent fin à cette spirale de violence, libèrent les personnes enlevées et respectent leur intégrité physique et morale », déclare le Professeur Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine.

  • Au Bénin, la tentative de coup d’état échoue et relance la question de la succession de talon

    Au Bénin, la tentative de coup d’état échoue et relance la question de la succession de talon

    au Bénin, la tentative de coup d’état échoue et relance la question de la succession de talon

    Vue générale de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), à Porto-Novo, le 10 décembre 2021.

    L’arrestation récente au Bénin de trois personnalités influentes du pouvoir, soupçonnées d’avoir ourdi un coup d’État, a propulsé la question de la succession du président Patrice Talon sous les projecteurs. Ce dernier achèvera son second mandat en 2026, conformément à la Constitution.

    Parmi les personnes interpellées figurent le commandant de la Garde républicaine, Djimon Dieudonné Tévoédjrè, l’ancien ministre Oswald Homéky ainsi que l’homme d’affaires Olivier Boko, connu pour être un proche de Talon depuis plusieurs décennies. Selon le procureur de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), ces derniers auraient planifié un changement de pouvoir par la force le 27 septembre 2024. Cependant, le commandant de la Garde républicaine aurait depuis été libéré. La banque NSIA Côte d’Ivoire a également démenti l’ouverture d’un compte bancaire au nom de ces personnes, comme l’affirmait la justice béninoise.

    Olivier Boko, parfois décrit comme le bras droit du président, bien qu’il n’ait jamais occupé de fonction officielle, aurait exprimé ses ambitions politiques ces derniers mois, suscitant des tensions avec Patrice Talon. Ces tensions pourraient s’expliquer par son intention de briguer la présidence en 2026, une perspective qui ne semble pas plaire au chef de l’État.

    une nouvelle phase politique au Bénin

    Pour l’analyste politique Tiburce Adagbè, l’arrestation de ces personnalités marque le début d’une nouvelle phase en vue des élections de 2026. Si la justice suit son cours, l’un des favoris pour succéder à Talon, Olivier Boko, se retrouverait en difficulté. Euloge Francis Atadé, expert en gouvernance, souligne que l’instabilité politique actuelle en Afrique de l’Ouest, marquée par des coups d’État au Burkina Faso, au Mali et au Niger, ajoute une dimension géopolitique à la situation au Bénin.

    Gilles Gohy, membre du bureau politique du parti Union progressiste le Renouveau et soutien de Patrice Talon, a appelé à la confiance dans la justice et à la sérénité. Il a affirmé que « laissons-la faire son travail », minimisant les inquiétudes. En revanche, Valentin Djenontin, un opposant en exil, a prévenu que si Olivier Boko était placé en détention, des manifestations de soutien à Talon pourraient voir le jour, ce dernier restant « le seul maître à bord ».

    réactions de l’opposition et de la mouvance présidentielle

    Le parti FCBE, principal parti d’opposition, a condamné cette tentative de coup d’État et réaffirmé son opposition à toute accession au pouvoir par des moyens non démocratiques. Le Bloc Républicain, l’un des partis de la majorité présidentielle, a également dénoncé « l’extrême gravité des faits » et condamné toute tentative de déstabilisation de l’ordre démocratique.

    Dès l’arrestation d’Olivier Boko, le groupe de soutien à sa candidature, Objectif Bénin 2026, a dénoncé une « atteinte grave aux droits fondamentaux », un « acharnement politique » et des « méthodes répressives inacceptables ». Patrice Talon est régulièrement critiqué par ses opposants pour son virage autoritaire, alors que le Bénin était autrefois salué pour la solidité de sa démocratie.

    un contexte régional sous haute tension

    Les récents événements au Bénin surviennent dans un contexte où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont connu des coups d’État militaires. Cette instabilité régionale pourrait influencer les dynamiques politiques internes au Bénin et accentuer les tensions autour de la succession de Patrice Talon.

  • Kémi Séba, l’influenceur africain sous les projecteurs pour son rôle présumé dans la propagande russe

    Kémi Séba, l’influenceur africain sous les projecteurs pour son rôle présumé dans la propagande russe

    Qui est Kémi Séba, cette figure controversée de l’Afrique francophone ?

    En Afrique francophone, Kémi Séba incarne une figure médiatique incontournable. Ce militant panafricaniste béninois, âgé de 42 ans, se distingue par ses prises de position radicales contre l’Occident et ses discours enflammés sur les réseaux sociaux. Récemment, il a été privé de sa nationalité française par un décret publié au Journal officiel français, une décision qui a marqué un tournant dans sa trajectoire déjà mouvementée.

    Avec plus d’un million d’abonnés sur Facebook et des vidéos visionnées par des centaines de milliers d’internautes sur YouTube, il jouit d’une audience massive. Dans un tweet récent, il s’est exclamé : « Plus de nationalité française, gloire à Dieu. Libéré je suis de ce fardeau ». Pourtant, son parcours est loin d’être sans tache : condamné en France pour incitation à la haine raciale, il a également dirigé la Tribu Ka, un mouvement suprématiste noir et antisémite dissous par la justice française en 2006.

    Se présentant comme un révolutionnaire africain du XXIe siècle, Kémi Séba se présente comme un opposant farouche à la Françafrique et au franc CFA, qu’il qualifie de « monnaie coloniale ».

    Un relais présumé de l’influence russe en Afrique

    Les liens entre Kémi Séba et la Russie, notamment avec le Kremlin, suscitent de vives interrogations. Selon des sources journalistiques, dont Jeune Afrique, Evgueni Prigojine, l’ancien chef du groupe Wagner décédé en août 2023, aurait financé et soutenu ses actions. Ce dernier, chargé par Vladimir Poutine de renforcer l’influence russe en Afrique, a utilisé des moyens variés : mercenariat, exploitation minière et réseaux d’influence prorusses.

    Kémi Séba, quant à lui, multiplie les conférences à l’étranger, notamment au Brésil, en Russie, en Iran et au Venezuela. Ses interventions attirent des foules, et il a même été invité au Sommet Russie-Afrique organisé à Saint-Pétersbourg par Vladimir Poutine.

    En France, il a été pointé du doigt par le président de la Commission Défense de l’Assemblée nationale en 2023, qui l’a accusé d’être un « relais de la propagande russe » et de servir les intérêts d’une « puissance étrangère alimentant le sentiment anti-français ».

    Ses positions politiques et leur impact en Afrique

    Kémi Séba soutient systématiquement les régimes africains qui se tournent vers Moscou après avoir rompu avec Paris. Ses réactions aux coups d’État au Niger, au Mali et au Burkina Faso illustrent cette ligne politique. Il a d’ailleurs déclaré, il y a quelques mois : « D’autres pays vont rejoindre cette dynamique-là, on y travaille fortement ».

    Ses principales cibles ? La Françafrique, symbole de l’influence française jugée néfaste sur le continent, et le franc CFA, qu’il considère comme un outil de domination économique. En s’opposant frontalement à ces institutions, il s’inscrit dans une logique de défiance envers l’ancienne puissance coloniale.

    Alors que la Russie étend son emprise en Afrique, des personnalités comme Kémi Séba jouent un rôle clé dans cette guerre d’influence, mêlant rhétorique révolutionnaire et soutien aux régimes pro-russes.

  • Crise au Burkina Faso Mali et Niger : des juntes militaires en difficulté

    Crise au Burkina Faso Mali et Niger : des juntes militaires en difficulté

    Des régimes militaires en quête de légitimité face à l’échec sécuritaire et politique

    Dans les pays de l’Afrique de l’Ouest comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les juntes militaires au pouvoir font face à une crise profonde de légitimité. Entre répression, restrictions des libertés et détentions arbitraires, ces régimes multiplient les mesures autoritaires pour tenter de masquer leurs échecs, notamment sur le plan sécuritaire et socioéconomique. Les défenseurs des droits humains et les médias deviennent les premières cibles de cette stratégie de contrôle.

    Des promesses non tenues et une situation sécuritaire toujours plus critique

    Le président de l’Afrikajom Center, Alioune Tine, alerte sur la dégradation de la situation dans ces trois pays. Selon lui, les juntes, qui justifiaient leur prise de pouvoir par une situation sécuritaire dégradée, n’ont pas réussi à améliorer la donne. Pire encore, la crise s’aggrave : « Depuis leur arrivée au pouvoir, la situation sécuritaire est devenue extrêmement préoccupante, parfois même pire qu’avant ». Une réalité qui contraste fortement avec les engagements initiaux des militaires, comme celui d’Ibrahim Traoré de rendre rapidement le pouvoir aux civils.

    « Quand on prend le pouvoir par la force, on a toujours cette peur de le perdre de la même manière », souligne Alioune Tine. Il rappelle que les promesses de transition démocratique ont été abandonnées : « Le capitaine Traoré avait promis des élections rapides pour rendre le pouvoir aux civils. Aujourd’hui, ces engagements sont restés lettre morte ». La situation des droits humains se dégrade, avec des massacres ciblant certaines communautés, notamment les Peuls.

    Une répression tous azimuts pour se maintenir au pouvoir

    Face à la contestation croissante, les régimes militaires durcissent leur politique répressive. Les détentions arbitraires, les enlèvements de défenseurs des droits humains et la fermeture de médias se multiplient. Amnesty International et la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains dénoncent ces pratiques et préparent un rassemblement pacifique pour protester contre la répression de la liberté de la presse et la liberté d’expression. Elles exigent notamment la libération de l’avocat Guy Hervé Ham, détenu depuis janvier.

    Dans ce contexte tendu, un incident a marqué un tournant : le 12 juin, un obus a atterri dans la cour de la chaîne publique RTB à Ouagadougou, faisant plusieurs blessés. Bien que Ibrahim Traoré ait tenté de minimiser l’événement en le qualifiant de « fake news », la confusion persiste. Des rumeurs évoquent même une mutinerie dans les casernes ou une tentative de coup d’État.

    Le Mali et le Niger : des situations similaires d’impasse politique

    Au Mali, malgré quelques avancées dans le contrôle de certaines régions, la situation reste critique, tant sur le plan sécuritaire que socioéconomique. Alioune Tine souligne l’échec des juntes à répondre aux attentes des populations : « Nous sommes dans une impasse. Les gens souffrent d’un manque de légitimité, et les juntes ne parviennent pas à améliorer leur quotidien ». Certains opposants en exil ont même formé un gouvernement, illustrant la crise de confiance envers les militaires.

    Au Niger, la junte fait également face à une opposition croissante. Les détracteurs des régimes militaires dénoncent une dérive autoritaire, avec des enlèvements ciblant des personnalités de la société civile, y compris des personnes âgées. Pour Alioune Tine, ces pratiques révèlent une véritable dictature : « On ose aller enlever des figures de la société civile et les emmener au front. C’est inacceptable ».

    Une CEDEAO divisée et une coopération régionale menacée

    Les régimes militaires se tournent vers des alliés comme la Russie pour contourner les critiques internationales, notamment celles de la CEDEAO. Alioune Tine regrette cette division : « La CEDEAO est aujourd’hui scindée entre pro-occidentaux et pro-russes. Cela nuit gravement à la coopération interafricaine et à la prise en charge des préoccupations des peuples, en particulier des jeunes ». Il appelle à une remise en question de l’organisation pour mieux répondre aux défis régionaux.

    Parmi ces défis figurent la question du franc CFA et la présence des bases militaires étrangères. Alioune Tine souligne l’absence d’alternative viable après le départ des bases françaises : « Le problème n’est pas le départ des bases, mais le manque de solutions pour les remplacer ».

    Conclusion : des juntes en quête d’un second souffle

    Les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger sont aujourd’hui confrontés à une crise multidimensionnelle. Leur incapacité à résoudre les problèmes sécuritaires et socioéconomiques, couplée à une répression accrue, ne fait qu’aggraver leur isolement. Face à cette situation, les défenseurs des droits humains et les organisations régionales appellent à une mobilisation pour défendre les libertés fondamentales et exiger un retour à l’État de droit.

  • Crise humanitaire au Sahel : le hcr alerte sur l’urgence d’une réponse globale

    Crise humanitaire au Sahel : le hcr alerte sur l’urgence d’une réponse globale

    Crise humanitaire au Sahel : le HCR lance un appel urgent à une action collective

    Face à une crise humanitaire en pleine aggravation dans la région du Sahel, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) tire la sonnette d’alarme. Selon les dernières estimations, plus de 3,3 millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers en raison de violences persistantes et des conséquences dramatiques de la crise climatique.

    « Ce chiffre, en constante augmentation, reflète une situation qui se détériore rapidement et exige une réponse internationale immédiate », a souligné Alpha Seydi Ba, porte-parole du Bureau régional du HCR pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, lors d’une conférence de presse à Genève.

    Une région en proie à l’insécurité et aux déplacements massifs

    Les pays du Sahel central — Burkina Faso, Mali et Niger — sont particulièrement touchés par cette crise. Les données recueillies en avril 2024 révèlent que 2,8 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur de ces trois pays au cours des quatre dernières années. Parallèlement, le nombre de réfugiés originaires de ces nations a atteint 550 000 individus.

    Les principaux facteurs de ces déplacements incluent les vols, les attaques contre les civils et les violences basées sur le genre. Les populations les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, sont particulièrement exposées aux risques d’exploitation, d’abus et de traite.

    Au Burkina Faso, la combinaison de l’insécurité et des conditions de vie précaires aggrave la fragilité de la situation. En un an seulement, plus de 117 000 réfugiés burkinabés ont trouvé refuge dans les pays côtiers voisins, selon les dernières estimations.

    Un exode massif vers les pays voisins

    Les flux migratoires ne se limitent pas aux frontières internes. Le Mali accueille actuellement près de 94 000 réfugiés, principalement en provenance du Burkina Faso, du Niger et de la Mauritanie. Dans le même temps, plus de 354 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays.

    Quant au Niger, il compte plus de 130 000 réfugiés maliens sur son territoire, tandis que la Mauritanie en abrite plus de 200 000. Près de 40 000 Maliens se sont également réfugiés au Burkina Faso, et quelque 50 000 ont tenté de rejoindre l’Algérie sans obtenir de statut de réfugié.

    Pour une réponse intégrée et durable

    Le HCR insiste sur la nécessité d’une approche globale, combinant l’action humanitaire, le développement et la consolidation de la paix. L’organisation souligne que les besoins du Sahel ne peuvent être comblés sans un investissement massif dans la protection des populations, l’assistance d’urgence et des solutions durables.

    « La communauté internationale doit maintenir son soutien malgré l’instabilité politique persistante dans la région », a déclaré le HCR. L’objectif ? Éviter d’aggraver les crises actuelles et prévenir l’émergence de nouveaux conflits.

    Parmi les priorités identifiées, le HCR plaide pour :

    • Le renforcement des systèmes de protection et d’assistance sociale ;
    • Le soutien aux communautés avant qu’elles ne soient contraintes de fuir ;
    • Une collaboration accrue entre les acteurs humanitaires, de développement et de paix ;
    • Le redéploiement des fonds vers les organisations locales engagées sur le terrain pour une réponse plus efficace.

    Pour financer ces actions urgentes au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en Mauritanie et dans les pays du Golfe de Guinée, le HCR sollicite 443 millions de dollars.

    Une image de la crise : le témoignage de Dicko

    Dicko, mère déplacée sur le site de Sokoura au Mali

    Dicko, une mère de famille déplacée, incarne le drame humain derrière ces chiffres. Son témoignage, recueilli sur le site de Sokoura au Mali, illustre l’urgence d’agir pour protéger les populations les plus vulnérables.

    Une mobilisation internationale indispensable

    La crise au Sahel ne peut être résolue sans une mobilisation concertée des États, des organisations internationales et de la société civile. Le HCR appelle à une action immédiate pour éviter que la situation ne dégénère davantage et ne menace la stabilité de toute une région.

    En combinant efforts humanitaires, développement et diplomatie, la communauté internationale peut contribuer à briser le cycle de la violence et à offrir un avenir plus sûr aux populations du Sahel.

  • Gazoduc Nigeria-Maroc : les premières études topographiques lancées sur l’axe ouest-africain

    Gazoduc Nigeria-Maroc : les premières études topographiques lancées sur l’axe ouest-africain

    Gazoduc Nigeria-Maroc : les premières études topographiques lancées sur l’axe ouest-africain

    Le projet d’envergure du gazoduc Nigeria-Maroc entre dans une phase décisive avec le lancement des premières études topographiques sur son segment nord. Ces investigations, menées par le cabinet marocain Etafat, couvrent trois pays majeurs : le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal.

    La mise en route de ces travaux a été officialisée après une réunion technique entre les experts d’Etafat — filiale du groupe français Parera — et les représentants de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) ainsi que de la Nigerian Petroleum Company (NNPC). Le cabinet a partagé des images aériennes des premières opérations, soulignant son engagement dans ce projet stratégique et sa détermination à le mener à bien.

    Premières études topographiques du gazoduc Nigeria-Maroc

    Ces études, qui s’étendront jusqu’au printemps 2025, porteront non seulement sur les aspects topographiques, mais aussi géophysiques et géotechniques du tracé. Elles sont réalisées en partenariat avec le groupe français Fondasol, représenté par Stéphane Ciesielski, directeur des activités internationales.

    Des défis techniques et logistiques majeurs

    L’expert en énergie Amin Bennouna a souligné la complexité de ces opérations par rapport aux études offshore. Contrairement à ces dernières qui se limitent à des aspects purement techniques, les investigations terrestres doivent intégrer de nombreux paramètres :

    • Les contraintes d’accès via les routes ou autres infrastructures ;
    • Les enjeux fonciers, notamment dans les zones urbaines en expansion ;
    • La recherche du tracé optimal pour le gazoduc sur cet axe ouest-africain.

    Ces éléments sont cruciaux pour garantir la faisabilité et la durabilité du projet sur le long terme.

    Un projet pharaonique aux ambitions continentales

    Ce gazoduc, d’une longueur impressionnante de 5 600 km, représente un investissement estimé à 25 milliards de dollars. Il reliera le Nigeria à l’Europe en traversant 13 pays de la côte ouest-africaine. Une fois achevé, il sera connecté au Gazoduc Maghreb-Europe au Maroc, puis intégré au réseau gazier européen.

    Ce projet ambitieux vise à renforcer la sécurité énergétique de l’Afrique de l’Ouest tout en ouvrant de nouvelles perspectives économiques pour les pays traversés.

  • Répression au Mali : le gouvernement musèle la société civile sans relâche

    Répression au Mali : le gouvernement musèle la société civile sans relâche

    Le Mali intensifie sa pression sur la société civile : une analyse des mesures récentes

    Depuis le début de l’année 2024, le Mali a franchi une étape supplémentaire dans sa politique de restriction des libertés associatives. Récemment, le ministre malien de l’Administration territoriale a annoncé la dissolution de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM), une décision qui s’inscrit dans une série de mesures visant à étouffer toute forme de contestation.

    Les autorités accusent l’AEEM d’être à l’origine de violences et d’affrontements dans les milieux scolaires et universitaires. Parmi les griefs avancés, on note des arrestations en 2017 et 2018 de certains de ses membres, découverts en possession d’armes, de stupéfiants et de sommes d’argent non justifiées. Cette dissolution marque la quatrième opération de ce type en moins de quatre mois.

    Une série de dissolutions ciblant les opposants

    Le 6 mars 2024, les autorités ont également dissous la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS). Cette organisation, qui réclamait un retour à un régime démocratique civil via des élections présidentielles, a été qualifiée de menace pour la sécurité publique et de facteur de déstabilisation.

    Quelques semaines auparavant, le 28 février, c’est le parti politique Kaoural Renouveau qui a subi le même sort, sous prétexte de propos diffamatoires et subversifs à l’encontre de la junte militaire. Enfin, le 20 décembre 2023, l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance, une organisation de la société civile spécialisée dans l’évaluation des processus électoraux, a été dissoute. Son président a été accusé d’avoir tenu des déclarations de nature à troubler l’ordre public.

    Une répression systémique depuis le coup d’État de 2021

    Depuis le coup d’État militaire de 2021, les autorités maliennes ont considérablement réduit l’espace civique et politique. La junte, dirigée par le colonel Assimi Goïta, a multiplié les restrictions contre la dissidence pacifique, l’opposition politique et les médias. En mars 2024, le colonel de gendarmerie Alpha Yaya Sangaré, auteur d’un livre dénonçant les exactions des forces armées maliennes, a été arrêté et a disparu, illustrant cette politique de musèlement.

    Réactions nationales et internationales

    La Commission nationale des droits de l’homme du Mali (CNDH) a récemment tiré la sonnette d’alarme. Dans un communiqué, elle dénonce les menaces sérieuses pesant sur les droits civiques et politiques, en particulier la liberté d’association. Elle critique ouvertement la tendance systémique de dissolution ou suspension d’associations et de partis politiques.

    De son côté, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé ses inquiétudes. Son porte-parole, Seif Magango, a alerté sur les conséquences de ces mesures pour les libertés fondamentales. Alors que le Mali approche de la troisième année sous un gouvernement non élu, l’espace nécessaire à l’expression démocratique s’amenuise chaque jour.

    Les organisations de la société civile et les défenseurs des droits humains appellent les autorités maliennes à révoquer immédiatement ces dissolutions et à garantir le respect des libertés fondamentales. Sans une société civile libre et un débat politique ouvert, le pays risque de s’enfermer dans un cycle de répression et d’isolement.

  • Trois pays d’Afrique de l’ouest quittent la Cédéao : impact sur les droits humains

    Trois pays d’Afrique de l’ouest quittent la Cédéao : impact sur les droits humains

    Les récentes annonces des gouvernements du Mali, du Niger et du Burkina Faso concernant leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) suscitent de vives inquiétudes quant à la protection des droits fondamentaux des populations de ces nations.

    Départ annoncé du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Cédéao : les droits humains fragilisés?

    L’éloignement de ces trois États de l’institution régionale pourrait en effet restreindre l’accès à la Cour de justice de la Cédéao, un mécanisme clé pour les citoyens confrontés à des violations des droits humains. Ilaria Allegrozzi, experte en droits humains et chercheuse senior pour une ONG internationale, alerte sur les conséquences de cette décision :

    Un tribunal essentiel pour les victimes de violations

    Selon elle, cette Cour constituait une voie de recours cruciale, notamment pour les populations des trois pays concernés, où l’impunité des abus commis par les forces de sécurité et les autorités locales est souvent constatée. « Le manque d’accès à la justice au niveau national rend ce tribunal indépendant encore plus vital », souligne-t-elle.

    Elle évoque également l’importance historique de cette Cour, qui a rendu des décisions majeures dans le passé. Parmi elles, un arrêt condamnant le Niger pour ne pas avoir protégé un de ses citoyens de l’esclavage, ou encore une décision en 2012 pointant la responsabilité du Nigeria face aux violations commises par des entreprises pétrolières.

    Une procédure accessible malgré tout

    Un autre avantage de cette Cour résidait dans sa flexibilité procédurale : contrairement à d’autres instances, il n’était pas nécessaire d’épuiser toutes les voies de recours locales avant de saisir la Cour de justice de la Cédéao. « Cela offrait un accès plus direct à la justice pour les citoyens du Mali, du Niger et du Burkina Faso », ajoute l’experte.

    Avec le départ de ces trois pays, la question de la protection des droits humains dans la région se pose avec une acuité particulière. Les populations pourraient se retrouver privées d’un outil essentiel pour faire valoir leurs droits face aux abus et aux manquements des autorités.

  • Niger : urgence pour la libération de la journaliste samira sabou

    Niger : urgence pour la libération de la journaliste samira sabou

    La disparition forcée de Samira Sabou, journaliste et blogueuse Nigerienne, suscite une vive émotion et des appels pressants à sa libération immédiate. Enlevée le 30 septembre à son domicile par des individus masqués se présentant comme des agents des services de sécurité, sa situation reste totalement inconnue à ce jour. Ousmane Diallo, chercheur spécialisé sur la région du Sahel au sein du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, alerte sur les risques encourus par la militante.

    Nous sommes profondément préoccupés par l’enlèvement de Samira Sabou. Le Conseil national pour le salut de la patrie (CNSP) doit impérativement révéler sans délai sa localisation et garantir sa libération immédiate et sans condition. Si les autorités affirment ne pas détenir cette information, elles ont l’obligation légale d’enquêter sans attendre. Chaque heure qui passe aggrave les violations des droits fondamentaux de Samira Sabou, notamment son droit à un procès équitable et l’interdiction absolue de la torture ou des traitements inhumains.

    Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel à Amnesty International

    Pourquoi la disparition de Samira Sabou fait-elle polémique ?

    Samira Sabou est une figure engagée dans la lutte contre la corruption et la défense des droits humains au Niger. Son militantisme actif et ses récentes dénonciations d’arrestations arbitraires par le CNSP pourraient expliquer son enlèvement. Son rôle de présidente des blogueurs du Niger et son travail de journaliste en font une cible potentielle pour les autorités en place.

    Amnesty International rappelle que le Niger a ratifié la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Le pays est donc tenu de respecter ses engagements internationaux et nationaux en matière de droits humains. L’organisation exhorte le CNSP à appliquer scrupuleusement ces obligations, notamment :

    • L’interdiction formelle des disparitions forcées ;
    • La garantie de la liberté d’expression et de la liberté de la presse ;
    • La protection des défenseurs des droits de l’homme, conformément aux articles 4, 6 et 7 de la loi de 2022 sur leurs droits et devoirs.

    Une arrestation aux circonstances troubles

    Le 30 septembre 2023, Samira Sabou a été arrachée à son domicile maternel à Niamey par plusieurs hommes masqués s’identifiant comme des forces de l’ordre. Malgré la présentation de cartes professionnelles, son enlèvement s’est déroulé dans des conditions opaques : elle a été cagoulée, transportée dans un véhicule inconnu, et sa famille ainsi que son avocat n’ont plus eu aucun contact avec elle depuis. À ce jour, les autorités nigériennes, y compris le service des enquêtes criminelles de la police de Niamey, n’ont fourni aucune information sur son sort.

    D’autres cas de répression de la liberté d’expression au Niger

    Le climat de répression s’étend au-delà de Samira Sabou. Le 3 octobre, Samira Ibrahim, connue sous le pseudonyme « Precious Mimi » sur les réseaux sociaux, a été condamnée à six mois de prison avec sursis et à une amende de 300 000 francs CFA pour une publication jugée subversive. Son message sur Facebook, évoquant le refus de l’Algérie de reconnaître le nouveau gouvernement du Niger, lui a valu cette sanction disproportionnée. Ces affaires illustrent une tendance inquiétante à museler les voix critiques au Niger.