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  • Gabon : le groupe guinéen SONOCO lance un vaste projet agroalimentaire

    Gabon : le groupe guinéen SONOCO lance un vaste projet agroalimentaire

    Le Gabon pourrait bien franchir un tournant décisif dans sa transformation économique. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu à Libreville une délégation du groupe guinéen SONOCO, conduite par son directeur général Abdoul Karim Diallo. Cette audience concrétise les ambitions exprimées quelques semaines plus tôt lors du Forum de Kigali : faire émerger un modèle de développement fondé sur la souveraineté productive, la coopération intra-africaine et la création de richesses sur le continent.

    Au-delà d’une simple rencontre diplomatique, ce rendez-vous marque le début d’un partenariat stratégique avec l’un des plus grands conglomérats privés d’Afrique de l’Ouest. Le signal est fort : il traduit la confiance croissante que suscite le Gabon auprès des investisseurs africains, alors que le pays accélère sa stratégie de diversification.

    L’offensive pour la souveraineté alimentaire

    Le choix du secteur agroalimentaire est parfaitement cohérent. La sécurité alimentaire est devenue un défi majeur pour les économies africaines. Malgré un potentiel agricole immense, de nombreux pays, dont le Gabon, dépendent encore fortement des importations pour nourrir leur population. Une part importante de la consommation nationale en produits avicoles est ainsi importée, ce qui pèse sur la balance commerciale.

    Le projet de SONOCO entend inverser cette tendance. L’ambition dépasse la simple installation d’unités de production : le groupe guinéen prévoit de reproduire au Gabon un modèle intégré déjà éprouvé dans plusieurs pays africains. La stratégie repose sur la maîtrise complète de la chaîne de valeur, de la production de matières premières végétales pour l’alimentation animale jusqu’à la transformation industrielle.

    Concrètement, le programme prévoit la construction d’une usine moderne d’aliments pour volailles, l’implantation de couvoirs, de poussinières, de fermes de ponte, de sites d’élevage de poulets de chair, ainsi qu’un abattoir répondant aux normes internationales.

    Une filière industrielle à grande échelle

    Cette approche intégrée est l’un des atouts stratégiques majeurs du projet. Dans de nombreux pays africains, les filières agricoles souffrent d’une fragmentation qui limite leur compétitivité. En contrôlant chaque étape, SONOCO vise à garantir une meilleure efficacité économique et à renforcer la résilience de l’ensemble de la filière.

    Les objectifs annoncés sont à la hauteur de l’ambition : une production annuelle de plus de quinze millions de poulets de chair. Le Gabon pourrait ainsi atteindre l’autosuffisance sur ce segment et réduire drastiquement sa dépendance aux importations. Pour un pays qui importe encore une part importante de ses besoins alimentaires, l’enjeu est considérable.

    L’impact attendu ne se limite pas à l’alimentation. En Guinée, la filière développée par SONOCO génère déjà près de quatre mille emplois. Au Gabon, le projet devrait créer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects dans l’agriculture, l’élevage, la transformation industrielle, le transport, la logistique et les services.

    Cette dynamique s’inscrit parfaitement dans la vision économique des autorités gabonaises : il ne s’agit plus seulement d’exploiter les ressources nationales, mais de transformer localement, de créer davantage de valeur ajoutée et de faire émerger un tissu industriel durable.

    Un symbole de l’Afrique qui investit en Afrique

    L’autre dimension majeure de ce partenariat est sa portée géopolitique. Alors que les États africains cherchent à renforcer leurs échanges intra-africains, la coopération entre Libreville et Conakry illustre l’émergence d’un nouveau paradigme : celui d’une Afrique qui investit en Afrique, partage ses savoir-faire et construit ses propres chaînes de valeur.

    Les procédures administratives et foncières sont désormais engagées avec les ministères concernés, et les premières infrastructures devraient être opérationnelles dans les prochains mois. Si le calendrier est respecté, le projet SONOCO pourrait rapidement devenir l’un des symboles les plus visibles de la nouvelle politique économique gabonaise.

    Dans un contexte mondial marqué par les incertitudes alimentaires, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la nécessité de renforcer les productions locales, cette initiative dépasse les frontières du Gabon. Elle incarne une conviction de plus en plus partagée sur le continent : la souveraineté économique de l’Afrique passera autant par ses mines et ses infrastructures que par sa capacité à nourrir durablement ses populations. Ce partenariat entre le Gabon et SONOCO s’inscrit dans cette trajectoire et pourrait devenir l’un des exemples les plus aboutis de coopération Sud-Sud au service de la transformation économique africaine.

  • La Côte d’Ivoire planche sur un TGV entre Abidjan et Yamoussoukro

    La Côte d’Ivoire planche sur un TGV entre Abidjan et Yamoussoukro

    La Côte d’Ivoire planche sur un TGV entre Abidjan et Yamoussoukro

    La Côte d'Ivoire pourrait se doter d'un TGV reliant Abidjan à Yamoussoukro

    Ce projet de ligne ferroviaire à grande vitesse vise à relier la capitale économique à la capitale politique en seulement 45 minutes, contre près de trois heures par la route actuellement.

    La Côte d’Ivoire pourrait devenir le deuxième pays africain à se doter d’un train à grande vitesse, après le Maroc qui a inauguré sa première ligne en 2018. Le gouvernement ivoirien souhaite construire une ligne de 640 kilomètres entre Abidjan et Yamoussoukro, la capitale politique fondée par Félix Houphouët-Boigny. Ce TGV permettrait aux voyageurs de parcourir cette distance en trois quarts d’heure. La ligne se prolongerait ensuite vers le nord du pays, desservant Bouaké, la deuxième ville du pays, puis Korhogo et Ferkessédougou.

    Le projet est encore en phase d’études de faisabilité et de recherche de financement. Il a pour objectif de renforcer l’attractivité de Yamoussoukro et de réduire la pression sur Abidjan, où le logement est devenu très cher. Sur place, le TGV est perçu comme un atout si la Côte d’Ivoire décide de postuler pour l’organisation de la Coupe du monde de football en 2038, bien que ses chances soient minces puisque le Maroc sera déjà le pays hôte africain en 2030.

    Favoriser le développement économique grâce aux transports

    Dans le cadre de son vaste plan de soutien à la croissance économique, doté de 175 milliards d’euros et axé principalement sur les transports, le gouvernement du Premier ministre Robert Beugré Mambé a inscrit ce TGV dans le Programme national de développement 2026-2030. D’autres projets d’infrastructure sont prévus, comme le nouveau métro d’Abidjan (livraison prévue en 2029), la construction de nouvelles routes et d’un millier de kilomètres d’autoroutes, ainsi que deux aéroports à San Pedro et Bondoukou. Le président Alassane Ouattara, au pouvoir depuis 2011, veut faire de ces réalisations, et peut-être un jour du TGV, les symboles de la modernisation économique et sociale de la Côte d’Ivoire.

  • Rdc : la constitution au cœur de colloques universitaires dans trois villes

    Rdc : la constitution au cœur de colloques universitaires dans trois villes

    Le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations (Esursi) a lancé ce mercredi 10 juin, et jusqu’au vendredi 12 juin, des colloques dits scientifiques à Kinshasa, Kisangani (Tshopo) et Lubumbashi (Haut-Katanga). Selon la ministre de tutelle, cette initiative vise à promouvoir la recherche et à renforcer la contribution des universités congolaises au débat national, alors que le Parlement a voté mardi une proposition de loi référendaire.

    « Près de vingt ans après l’entrée en vigueur de la Constitution du 18 février 2006, ce colloque ambitionne de mener une analyse scientifique approfondie de ses acquis, de ses limites et des perspectives d’évolution adaptées aux réalités actuelles de la République démocratique du Congo. Les travaux devraient aboutir à des recommandations pour renforcer l’État de droit, la gouvernance démocratique et le développement durable », a déclaré la ministre Sombo Ayanne Safi Mukuna Marie-Thérèse.

    Les assises se déroulent simultanément autour de trois pôles thématiques : Kinshasa, pôle géostratégique ; Kisangani, pôle sociologique et environnemental ; et Lubumbashi, pôle industriel et transition énergétique.

    Le ministère invite à ces travaux les enseignants-chercheurs, chercheurs, experts en droit constitutionnel et en sciences sociales, institutions académiques, centres de recherche, ainsi que les étudiants de niveau avancé. Il appelle les responsables des établissements d’enseignement supérieur à diffuser largement l’information et à mobiliser les experts de leurs institutions pour contribuer au succès de cette rencontre nationale.

    « Cette initiative réaffirme le rôle central de l’université et des centres de recherche comme laboratoires d’idées et forces de propositions au service de la nation. La participation active de la communauté universitaire est attendue pour garantir la qualité scientifique des réflexions et la pertinence des recommandations », a ajouté la ministre.

    La question de la réforme constitutionnelle, qui avait été mise en veilleuse en raison des offensives de la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda et de la perte de vastes territoires, refait surface dans le débat politique. Porté principalement par l’UDPS, parti présidentiel membre de l’Union sacrée, ce projet suscite de vives tensions.

    L’UDPS et l’Union sacrée militent officiellement pour une réforme, qualifiant la Constitution de 2006 de « piégée » et inadaptée aux réalités congolaises. Ils évoquent des problèmes de gestion, de définition de la nationalité, et la nécessité d’adapter le texte tout en s’interrogeant sur la faisabilité des élections de 2028. En face, l’opposition et d’autres forces socio-politiques rejettent fermement cette démarche, la jugeant suicidaire en pleine guerre d’agression menée par le Rwanda via l’AFC/M23. Ils estiment que le régime Tshisekedi, avec un bilan négatif, ne mérite plus de diriger. Selon eux, la volonté de réviser la Constitution cache une tentative de se maintenir au pouvoir et d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, actuellement à son second et dernier mandat (jusqu’en janvier 2029).

    Ce débat a donné naissance à deux coalitions : la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) et la Coalition des Congolais pour le changement de la Constitution (C4). Chaque camp affirme avoir le soutien de la population pour atteindre ses objectifs.

  • Gabon : les conditions de détention d’Alain-Claude Bilie-By-Nze examinées

    Gabon : les conditions de détention d’Alain-Claude Bilie-By-Nze examinées

    L’ancien Premier ministre gabonais Alain-Claude Bilie-By-Nze, ici à Oyem le 22 janvier 2023.

    Cet article, publié aujourd’hui, se penche sur les conditions de détention de l’ancien Premier ministre gabonais Alain-Claude Bilie-By-Nze, actuellement incarcéré. La photographie, prise à Oyem le 22 janvier 2023, illustre ce dossier.

    Signé par Jeanne Le Bihan, journaliste spécialiste du Gabon et de la Côte d’Ivoire, ce texte de trois minutes détaille les circonstances de sa détention.

  • Rdc : hrw dénonce des enrôlements forcés massifs par le m23 dans l’est

    Rdc : hrw dénonce des enrôlements forcés massifs par le m23 dans l’est

    Des recrutements sous la contrainte

    Dans un rapport publié ce 10 juin, Human Rights Watch (HRW) affirme que le groupe armé M23 a procédé à des recrutements forcés de grande ampleur dans l’est de la République démocratique du Congo. L’organisation non gouvernementale dénonce également des conditions de détention extrêmement sévères, qui auraient provoqué la mort de nombreux captifs.

    Une intensification après la prise de Goma et Bukavu

    Selon HRW, le M23 a multiplié les campagnes d’enrôlement forcé après avoir conquis les villes de Goma et Bukavu au début de l’année 2025. Des milliers de soldats congolais, de membres de groupes armés locaux, mais aussi de civils auraient été arrêtés et enfermés dans des centres de détention improvisés. Des témoins interrogés par l’ONG rapportent que des personnes ont été enlevées dans la rue, à leur domicile ou lors de rassemblements dans des écoles et des églises, avant d’être transférées vers des camps militaires.

    Des mineurs parmi les victimes

    Le rapport souligne que certains captifs étaient âgés d’à peine 12 ans. Nombre d’entre eux auraient été envoyés dans des centres de formation où ils recevaient un entraînement militaire et idéologique destiné à les intégrer aux rangs du M23. HRW affirme que ces recrutements se faisaient sous la contrainte, les détenus étant menacés de mort s’ils refusaient de rejoindre le groupe armé.

    Des conditions de détention dénoncées

    L’ONG décrit des conditions de détention particulièrement sévères, marquées par la surpopulation, le manque de nourriture et d’eau, ainsi que des violences physiques répétées. D’anciens détenus ont déclaré avoir assisté à des décès causés par la faim, la déshydratation, les mauvais traitements ou des exécutions sommaires. Selon HRW, le nombre exact de victimes reste inconnu, mais les témoignages recueillis suggèrent que des centaines de personnes pourraient avoir péri dans ces camps.

    Des accusations qui impliquent le Rwanda

    Plusieurs témoins ont indiqué avoir identifié des officiers du M23 dans les centres de détention. Certains ont également affirmé que des instructeurs et gardiens étaient de nationalité rwandaise et que certains portaient l’uniforme des forces armées rwandaises. Ces accusations interviennent dans un contexte de fortes tensions régionales, alors que Kigali continue de rejeter les allégations de soutien militaire direct au M23.

  • Burkina Faso : 151,5 milliards de francs CFA levés par le Diaspora Bond

    Burkina Faso : 151,5 milliards de francs CFA levés par le Diaspora Bond

    Le Burkina Faso vient de boucler avec succès sa toute première émission obligataire dédiée à sa diaspora. L’opération, baptisée Diaspora Bond, a permis de réunir 151,5 milliards de francs CFA, soit bien au-delà des montants initialement espérés par les autorités de Ouagadougou. Pour un État sahélien confronté à des besoins de financement accrus et à un accès restreint aux marchés internationaux traditionnels, ce résultat marque un véritable tournant stratégique.

    Une souscription massive qui surprend les prévisions

    Cet emprunt obligataire visait les Burkinabè installés hors du pays, que ce soit en Afrique de l’Ouest ou dans le reste du monde. En attirant plus de 151 milliards de francs CFA, soit environ 230 millions d’euros, l’opération figure parmi les plus importantes jamais réalisées par un État sahélien auprès de ses expatriés. Le montant collecté témoigne à la fois du pouvoir d’épargne de cette diaspora et de la confiance, au moins partielle, qu’elle place dans la signature souveraine du Burkina Faso.

    Les chiffres officiels indiquent une sursouscription nette par rapport à l’enveloppe initiale. Cette dynamique renforce la thèse défendue depuis plusieurs années par la Banque mondiale et la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies : les transferts de fonds des migrants africains sont une source de financement encore largement inexploitée par les Trésors publics du continent. Pour Ouagadougou, le pari semble gagné.

    Un outil de souveraineté financière

    Le contexte de l’émission éclaire la portée politique du résultat. Depuis les transitions militaires successives entamées en 2022, le Burkina Faso a vu ses liens se distendre avec une partie de ses partenaires financiers historiques, notamment occidentaux. Les conditions d’accès aux financements concessionnels se sont durcies, tandis que les marchés régionaux de l’UEMOA restent limités face à l’ampleur des besoins, surtout dans les domaines sécuritaire et infrastructurel.

    Dans ce cadre, le Diaspora Bond remplit un double objectif. D’une part, il diversifie les sources de financement souverain en mobilisant une épargne identitaire, peu sensible aux notations des grandes agences internationales. D’autre part, il renforce le discours de souveraineté économique porté par les autorités de la transition, qui souhaitent un modèle moins dépendant des bailleurs extérieurs. Les fonds collectés devraient contribuer au financement de projets structurants, dans un pays où les marges budgétaires restent serrées.

    Le rendement proposé aux souscripteurs et la structuration technique du véhicule ont sans doute joué un rôle crucial. Les émissions de ce type, par leur dimension affective et patriotique, peuvent accepter des conditions de marché légèrement moins agressives que celles exigées par des investisseurs purement financiers. Reste à voir si la durée d’amortissement et le calendrier de remboursement garantiront, à moyen terme, la soutenabilité de l’opération pour les finances publiques burkinabè.

    Un précédent pour les économies sahéliennes

    Au-delà de Ouagadougou, ce succès envoie un signal fort aux autres capitales sahéliennes en quête d’alternatives. Le Mali et le Niger, confrontés à des trajectoires politiques et sécuritaires similaires, suivent de près les modalités de cette levée. Plusieurs États ouest-africains réfléchissent depuis des années à des dispositifs équivalents, sans toujours franchir le pas, faute d’ingénierie financière adaptée ou de réseau diasporique suffisamment structuré.

    Les transferts de fonds des migrants burkinabè représentent chaque année une part non négligeable du PIB. Transformer une partie de ces flux, traditionnellement orientés vers la consommation des ménages, en épargne longue investie dans des titres souverains constitue un changement de paradigme. Si la mécanique se reproduit régulièrement, elle pourrait modifier durablement la cartographie des financements publics en Afrique de l’Ouest francophone.

    Plusieurs questions restent toutefois en suspens. La répartition géographique des souscripteurs, la part respective des investisseurs institutionnels et particuliers, ainsi que l’affectation précise des fonds collectés seront scrutées de près dans les mois à venir. La crédibilité de futures émissions, au Burkina Faso comme ailleurs, dépendra largement de la transparence dans l’exécution budgétaire et du respect strict des échéances de remboursement.

  • Togo : ces piliers sur lesquels Faure Gnassingbé s’appuie dans le Nord

    Togo : ces piliers sur lesquels Faure Gnassingbé s’appuie dans le Nord

    Le général Yark Damehane, directeur de cabinet du président du Conseil, et Grâce Prénam Houzou-Mouzou, médecin lieutenante-colonelle des Forces armées togolaises, nommée présidente de l’université de Kara. © Montage JA : DR

    Publié aujourd’hui à 07h03 Lecture : 5 minutes.

    Faure Gnassingbé
  • Gabon : une démocratie sans médias solides est-elle possible ?

    Gabon : une démocratie sans médias solides est-elle possible ?

    Gabon : quand la presse lutte pour survivre, la démocratie vacille

    Alors que le Gabon aspire à une Ve République modernisée, le monde des médias traverse une crise sans précédent. La presse écrite décline, les sites d’information peinent à se financer, la publicité se fait rare, l’accès aux données publiques devient complexe, et de nombreux titres disparaissent peu à peu. Au-delà des difficultés économiques des entreprises médiatiques, c’est la vitalité de notre démocratie qui est en jeu.

    Certains silences devraient alerter plus que les controverses. Le silence autour de la situation financière des médias gabonais en fait partie. Pendant que l’attention nationale se porte sur les grands chantiers, les infrastructures, les rendez-vous politiques et les ambitions économiques, un secteur clé de la vie démocratique se dégrade dans une indifférence quasi générale.

    Pourtant, une démocratie privée de médias solides finit par dialoguer avec elle-même. Et quand un pouvoir n’entend plus que sa propre voix, le risque de perdre le contact avec la réalité devient considérable.

    La presse écrite, reflet d’un recul discret

    L’état de la presse écrite illustre bien cette détérioration lente. Autrefois, les kiosques étaient de véritables lieux d’échange citoyen. Les journaux étaient lus, commentés, attendus. Des titres comme La Loupe, L’Aube ou Échos du Nord ont connu des périodes bien plus dures. Leurs analyses critiques amenaient parfois des responsables à les qualifier de presse opposante, voire de symbole d’une opposition systématique. Pourtant, ces journaux continuaient de paraître et d’être achetés, alimentant le débat national.

    Aujourd’hui, par un paradoxe frappant, ces mêmes numéros sont devenus quasi introuvables, recherchés par des lecteurs nostalgiques d’une époque où la presse écrite avait encore une réelle présence. Ce phénomène n’est pas seulement économique. Il est politique. Car chaque journal qui disparaît emporte une voix unique.

    Le cas emblématique de Gabon Matin

    L’exemple de Gabon Matin mérite une réflexion nationale. Pendant des décennies, ce quotidien gouvernemental était une institution. Il est passé de quotidien à bihebdomadaire, puis à hebdomadaire pendant la transition. Aujourd’hui, il n’est plus en kiosque, diffusé uniquement en version numérique. Officiellement, il s’agit d’une adaptation technologique. Mais qui peut croire que ce choix est purement éditorial ? La réalité est plus simple : les difficultés économiques frappent tout le monde, même les médias soutenus par l’État.

    Où en est la restructuration promise ?

    Une autre question reste sans réponse. Depuis des années, le secteur entend parler de mécanismes d’aide à la restructuration. Des sommes importantes ont été évoquées, des annonces faites, des espoirs suscités. Mais sur le terrain, les éditeurs luttent toujours pour leur survie. Beaucoup s’interrogent sur les résultats concrets. La meilleure évaluation d’une politique publique, ce sont ses effets. Et ceux observés sont alarmants.

    Une presse numérique fragile

    La situation des médias en ligne n’est guère plus rassurante. Le paysage gabonais voit fleurir de nombreuses plateformes, mais combien ont une véritable rédaction ? Combien ont un siège social identifiable ? Combien publient clairement le nom de leur directeur ou de leurs journalistes ? Très peu. Dans cet univers, quelques médias tentent de maintenir des standards professionnels élevés avec des moyens limités. Mais ils sont confrontés à une équation économique presque insoluble : la publicité privée se raréfie, les revenus numériques restent faibles, les coûts augmentent, et les campagnes institutionnelles profitent souvent à un petit nombre.

    Une démocratie ne peut fonctionner avec une presse affaiblie

    La question dépasse désormais le cadre financier. Elle touche au fonctionnement même de la démocratie. Comment parler de pluralisme quand les médias survivent à peine ? Comment garantir la diversité des opinions quand les entreprises de presse disparaissent ? Comment exiger une qualité éditoriale quand les rédactions vivent dans la précarité ? Une presse économiquement fragilisée devient vulnérable aux influences, aux pressions, aux compromissions. Une démocratie solide a besoin de médias indépendants, solides et crédibles, capables de travailler sans craindre chaque mois pour leur survie.

    La disparition des médias, un échec collectif

    Le paradoxe est cruel. L’autorité de régulation des médias pourrait bientôt réguler un secteur vidé de sa substance. À quoi sert une régulation quand les acteurs disparaissent ? À quoi sert un cadre juridique quand les entreprises ne peuvent plus vivre ? À quoi sert le pluralisme inscrit dans les textes quand les voix indépendantes s’éteignent ? La question mérite d’être posée sérieusement. Car l’enjeu n’est pas seulement l’avenir des médias, mais la capacité du Gabon à maintenir un espace public vivant, contradictoire et démocratique.

    Sauver les médias pour sauver le débat démocratique

    Le temps est venu de regarder la réalité en face. La crise des médias n’est pas une affaire corporatiste. Elle n’est pas le seul problème des journalistes ou des éditeurs. Elle concerne toute la société. Un pays qui laisse mourir ses médias appauvrit son débat public. Un débat appauvri fragilise la démocratie elle-même. Le Gabon a aujourd’hui un choix : continuer à observer le déclin ou engager une réforme profonde de l’économie des médias, fondée sur la transparence, l’équité, le pluralisme et la viabilité. Car une démocratie ne meurt pas seulement quand on ferme les journaux ; elle commence à s’affaiblir quand on les laisse disparaître.

  • RDC : les camps de recrutement forcé du M23 et du Rwanda

    RDC : les camps de recrutement forcé du M23 et du Rwanda

    Une vaste campagne de recrutement forcé a été menée par les forces militaires rwandaises et le groupe armé M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, aboutissant à la détention de milliers de combattants capturés et de civils. Ces faits, documentés par une enquête approfondie, révèlent des abus systématiques.

    L’enquête, qui s’appuie sur des entretiens avec 102 anciens détenus évadés des camps de Rumangabo et de Tshanzu, ainsi que sur des images satellites et des vidéos géolocalisées, détaille les rafles de grande envergure et les arrestations dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu entre mi-2024 et décembre 2025. Les combattants du M23, appuyés par des soldats rwandais, ont commis des meurtres, des actes de torture, des châtiments corporels, et ont eu recours au travail forcé ainsi qu’à des enfants soldats. Ces actes constituent des crimes de guerre et pourraient relever de crimes contre l’humanité.

    Les méthodes de recrutement forcé incluent des embuscades, des points de contrôle routiers, ainsi que des rafles dans les hôpitaux, les églises et les écoles. Les personnes appréhendées étaient transportées dans des camions vers les camps de Rumangabo et de Tshanzu, où elles subissaient des conditions inhumaines.

    Dans ces camps, les détenus étaient battus, privés de nourriture, d’eau et de soins médicaux. Des exécutions sommaires et des passages à tabac avaient lieu en cas de tentative d’évasion ou d’infractions mineures. Un civil détenu pendant cinq mois a raconté que les gardes frappaient violemment ceux qui tentaient de boire de l’eau par terre.

    Des enfants, parfois âgés de 12 ans seulement, étaient détenus dans le camp de Tshanzu, soumis à l’entraînement militaire et au travail forcé. Certains étaient même contraints de servir de gardes et de battre d’autres détenus.

    Le nombre exact de morts dans les camps reste difficile à établir sans exhumer les fosses communes, mais les anciens détenus estiment que des centaines de personnes, peut-être plus, ont péri en 2025 en raison des mauvais traitements, des exécutions et des conditions extrêmes.

    Les soldats rwandais ont été identifiés lors des rafles et comme instructeurs dans les camps, notamment par leurs uniformes, leur équipement et leur accent. Des sources militaires et onusiennes ont confirmé leur implication.

    La présence militaire étendue du Rwanda et son influence sur le M23 indiquent un contrôle effectif de la région, ce qui pourrait constituer une occupation belligérante au regard du droit international humanitaire. Les autorités rwandaises pourraient être tenues pénalement responsables des actes commis.

    Le gouvernement rwandais et les dirigeants du M23 ont systématiquement nié les allégations d’abus, sans mener d’enquêtes. D’autres groupes armés dans l’est de la RDC, dont certains soutenus par le Rwanda, se livrent également au recrutement forcé et à l’utilisation d’enfants soldats.

    En mai 2026, des dizaines de civils recrutés de force par le M23 puis rendus aux forces congolaises ont été détenus à la prison de Makala à Kinshasa. Parmi eux, 14 enfants ont été interrogés par les services de renseignement militaires avant d’être transférés.

    Les partenaires internationaux du Rwanda, comme les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et les États-Unis, sont appelés à aborder publiquement ces abus et à revoir leur coopération militaire avec le Rwanda pour éviter de nouvelles violations. Des sanctions ciblées contre les responsables sont recommandées.

    Les autorités judiciaires congolaises doivent préserver les preuves des crimes commis à Rumangabo et Tshanzu et engager des poursuites. La Cour pénale internationale devrait enquêter sur ces crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés.

    L’enquête conclut que le recrutement forcé de civils, y compris d’enfants, s’inscrit dans un cycle d’abus qui dure depuis des décennies dans l’est de la RDC. Une action urgente est nécessaire pour mettre fin à ces atrocités et garantir que les responsables répondent de leurs actes.

  • Yaoundé : quand un village devient capitale politique

    Yaoundé : quand un village devient capitale politique

    « Yaoundé n’est plus la ville que j’ai connue il y a vingt ans. L’évolution est marquée par des infrastructures modernes à partir du centre-ville. Mais aujourd’hui, la ville qui m’a vu naître s’étend bien au-delà des sept collines qui lui sont attribuées. J’apprécie vraiment ce développement. » Ces mots sont ceux de Mbarga Obama, un natif de la capitale politique camerounaise, âgé d’environ 90 ans. Il raconte avec fierté les grandes étapes de la transformation de son village d’antan en une grande métropole.

    « Autrefois, le centre urbain se limitait au plateau Atemengué, avec une légère progression vers des quartiers comme Mokolo et Nlong-Kak. Le reste était semi-rural », ajoute-t-il.

    Mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. L’ancien village attire chaque année des milliers de nouveaux habitants, gonflant ainsi la population au fil des décennies. Certaines localités environnantes ont même été intégrées à la ville.

    Cette extension interroge de nombreux urbanistes, à l’image de Blaise Feugang, délégué départemental du ministère de l’Habitat et du Développement urbain dans le Nyong et So’o. « Dans une ville comme Yaoundé, il faut privilégier la construction en hauteur plutôt qu’à l’horizontale, comme c’est le cas actuellement. Construire en étages est plus économique, notamment pour les équipements à installer sur un site. En outre, des immeubles esthétiques embellissent la ville », explique-t-il.

    Selon la majorité des experts consultés, pour rendre la capitale politique plus attrayante et répondre pleinement aux normes internationales, le Cameroun aurait intérêt à délocaliser sa capitale. À défaut, il faudrait aider les familles à améliorer leurs habitats.

  • Commerce extérieur tchadien : la Chine domine les importations, les Émirats captent les exportations

    Commerce extérieur tchadien : la Chine domine les importations, les Émirats captent les exportations

    La Chine fournit 30 % des importations tchadiennes — les Émirats, eux, achètent 26 % des exports

    La Chine, premier fournisseur du Tchad

    En 2025, la Chine a livré pour 306,5 milliards de francs CFA de marchandises au Tchad, soit près de 30,7 % du total des importations. Aucun autre partenaire n’approche ce volume : le Cameroun, deuxième, totalise 108,4 milliards, soit trois fois moins. La Libye suit avec 85,8 milliards (8,6 %). Les produits chinois exportés vers le Tchad sont essentiellement manufacturés : équipements industriels, biens de consommation courante. Cette relation asymétrique, où le Tchad importe des produits finis contre ses matières premières, s’inscrit dans le modèle que Pékin a développé à travers l’Afrique depuis deux décennies.

    Les Émirats arabes unis, premiers clients

    Côté exportations, les Émirats arabes unis se hissent en tête des acheteurs du Tchad avec 333,3 milliards de francs CFA, soit 26,2 % des ventes à l’étranger. Ils devancent la Malaisie (297,8 milliards, 23,4 %) et l’Allemagne (279,9 milliards, 22 %). Le rôle des Émirats n’est pas celui d’un consommateur final mais d’une plateforme de redistribution : le pétrole brut tchadien transite par Dubaï et Abou Dhabi, où il est parfois transformé avant d’être réexpédié vers d’autres marchés. Cette intermédiation profite aux Émirats, mais elle prive N’Djamena d’une visibilité totale sur la destination finale de ses ressources.

    Chiffres clés

    30,7 % des importations viennent de Chine – un record régional.
    26,2 % des exportations sont captées par les Émirats arabes unis.
    79,8 % des importations proviennent des dix premiers partenaires.

    La France et les États-Unis en retrait

    Malgré des liens historiques, la France ne représente plus que 5,1 % des importations tchadiennes (50,9 milliards de francs CFA), au sixième rang. Les États-Unis sont cinquièmes avec 53 milliards (5,3 %). Ces chiffres traduisent un glissement progressif des partenariats commerciaux du Tchad vers l’Asie, le Moyen-Orient et les pays émergents, au détriment des puissances occidentales traditionnelles. L’Inde (4,3 %), le Togo (3,6 %), le Brésil (2,9 %) et la Turquie (2,3 %) complètent la liste des fournisseurs, montrant une diversification des sources d’approvisionnement, même si la Chine reste massivement dominante.

    Une dépendance commerciale qu’il faudra atténuer

    La leçon stratégique est nette : le Tchad concentre ses exportations sur un nombre très restreint de destinations (les dix premiers acheteurs représentent 98,9 % des exportations) et ses importations sont dominées par Pékin. Cette double exposition rend le pays vulnérable aux chocs externes. Pour réduire ce risque, une politique de diversification commerciale, tant à l’export qu’à l’import, serait indispensable.

  • Fièvre des Paris sportifs à Dakar avant le Mondial 2026

    Fièvre des Paris sportifs à Dakar avant le Mondial 2026

    À quelques heures du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, plongeon au Sénégal où la compétition se vit aussi intensément dans les Paris sportifs. Depuis cinq ans, le secteur est devenu numérique. Finies les files devant les boutiques : quelques clics sur un téléphone suffisent pour miser. Conséquence : les parieurs sont de plus en plus nombreux. Pour eux, le Mondial a déjà sonné.

    Des supporters de l'équipe de football du Sénégal lors d'un défilé de la coupe d'Afrique des nations dans les rues de Dakar, le 20 janvier 2026. (Image d'illustration)

    Dans ce groupe de jeunes footballeurs, tous issus du même club de quartier, le résultat du match Sénégal-France du 16 juin fait débat. Assane a déjà un plan : « Je vais miser sur deux applications différentes : sur l’une je mise sur la France, sur l’autre sur le Sénégal. Comme ça, j’augmente mes chances. Un de mes potes m’a appelé : « Assane, j’ai besoin d’argent, viens, on parie. » Je lui ai répondu : « Vas-y, on tente notre chance. » »

    Mohamed, lui, ne cache pas sa passion pour les Paris. « Cela m’excite », rigole-t-il. Pour lui aussi, la fièvre a commencé avec le Mondial 2026. Ce jeune Dakarois a déjà engagé des mises sur le premier match des Lions de la Teranga face aux Bleus. « J’ai mis plusieurs combinaisons. Premier ticket : le Sénégal gagne. Deuxième ticket : les deux équipes marquent. Ensuite, Mbappé marque pour la France, Sadio Mané pour le Sénégal, détaille-t-il. J’espère que ça se passera comme ça, car si c’est le cas, je gagne ! »

    « On perd plus qu’on ne gagne »

    Le mois passé, Mohamed a misé 80 000 francs CFA (122 euros) au total. Sur cette somme, il accuse une perte nette de 30 000 francs CFA (45 euros). Des petites mises à chaque fois, mais sur tous les championnats de la planète. « Toutes les compétitions : championnats, Ligue des champions, Coupe de France, aux États-Unis et même en Chine (rires). On n’a pas de limites. Mais on perd plus qu’on ne gagne, il faut le dire », concède-t-il.

    Comme beaucoup de Sénégalais, Mohamed a été happé par les Paris sportifs juste après le Covid-19. À cette époque, les applications de Paris ont fleuri sur les écrans. Les habitudes ont changé. Malick Diouf, fondateur du Dakar Sport Summit, un salon dédié à l’économie du sport, analyse : « On est un pays à majorité musulmane où les Paris sont mal vus. La digitalisation a levé le tabou et permis à toutes les couches sociales de jouer sans être jugées. »

    Le secteur est porté par trois poids lourds : l’opérateur russe 1xBet, l’entreprise française Betclic et le groupe sénégalais Sunubet. Depuis novembre 2025, leurs revenus sont taxés à 20 %, de même que les gains des parieurs. « L’État gagne, mais l’argent collecté sur les Paris sportifs doit servir à financer le sport professionnel et surtout amateur », estime Malick Diouf.

    Période très attendue par les parieurs, le Mondial de football est aussi le moment de tous les excès. Des associations alertent sur des cas croissants de dépendance.