Catégorie : Économie

  • Gabon : vers une révolution agricole pour 2030

    Gabon : vers une révolution agricole pour 2030

    Économie

    Gabon : vers une révolution agricole pour 2030

    Libreville – Le Gabon se lance dans un pari audacieux pour son avenir alimentaire. Malgré des terres fertiles, un climat propice et des ressources hydriques généreuses, le pays reste encore dépendant des importations pour nourrir sa population. Cette situation, qui fragilise son économie et expose ses citoyens aux aléas des marchés mondiaux, a poussé les autorités à faire de la souveraineté alimentaire une priorité nationale.

    Dans cette optique, le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural a organisé à Libreville une retraite stratégique de deux jours. L’objectif ? Redéfinir les méthodes de gestion du secteur et accélérer la transformation agricole d’ici 2030. Sous la direction du ministre Pacôme Kossy, cette initiative dépasse le cadre d’une simple réunion administrative. Elle incarne une volonté politique forte : faire de l’agriculture gabonaise un pilier de la diversification économique et un rempart contre la dépendance alimentaire.

    Intitulée « CAP 2030, aligner le management, accélérer les résultats, sécuriser la souveraineté alimentaire du Gabon », cette rencontre a réuni l’ensemble des acteurs clés : membres du cabinet ministériel, directeurs généraux, responsables provinciaux et organismes sous tutelle. Une mobilisation sans précédent qui souligne l’urgence d’agir dans un secteur désormais considéré comme un enjeu de sécurité nationale.

    Une gouvernance repensée pour des résultats concrets

    La souveraineté alimentaire ne se limite plus aux politiques agricoles classiques. Les crises sanitaires, les tensions géopolitiques et la volatilité des prix des denrées ont bouleversé les priorités des États. Pour le Gabon, cela signifie désormais produire davantage, transformer localement et sécuriser durablement ses approvisionnements.

    Cette retraite stratégique vise à instaurer une nouvelle culture de gestion publique. Le ministère mise sur la performance, l’efficacité administrative et la redevabilité des responsables sectoriels. Chaque direction, établissement sous tutelle et représentation provinciale devra désormais aligner ses actions sur des résultats mesurables et des indicateurs précis. Une rupture avec les modèles traditionnels, souvent centrés sur les moyens plutôt que sur les impacts.

    Le futur Pacte de performance managérial, attendu à l’issue des travaux, devrait définir des engagements chiffrés et des mécanismes d’évaluation réguliers. L’introduction d’un tableau de bord national pour suivre les performances illustre cette volonté de piloter par les résultats. L’agriculture gabonaise doit entrer dans une ère de performance et de transformation industrielle.

    Des investissements historiques pour moderniser le secteur

    Cette réflexion stratégique intervient alors que le ministère publie un bilan impressionnant pour le premier semestre 2026. Près de 7 575 milliards de francs CFA d’investissements privés ont été mobilisés grâce à cinq accords stratégiques. Ces fonds devraient moderniser les filières agricoles, l’élevage et les infrastructures de transformation, marquant ainsi l’une des plus importantes vagues de financement jamais observées dans le secteur au Gabon.

    Parmi les priorités figurent le renforcement de l’accompagnement des producteurs locaux, afin de soutenir la montée en puissance des exploitations nationales et de favoriser une agriculture entrepreneuriale capable de nourrir durablement les marchés urbains. Un autre chantier majeur concerne la finalisation du Plan de transformation des systèmes agroalimentaires pour la période 2026-2030. Ce document servira de feuille de route nationale pour les années à venir, définissant les priorités en matière de production, de transformation, de commercialisation et de résilience climatique.

    La souveraineté alimentaire, un levier de puissance

    Au-delà des chiffres et des programmes, cette démarche reflète une évolution profonde de la vision économique du Gabon. Dans un contexte mondial marqué par les guerres commerciales et les crises logistiques, la capacité d’un pays à nourrir sa population devient un indicateur clé de souveraineté. L’agriculture n’est plus perçue comme un simple secteur productif, mais comme un levier stratégique de stabilité sociale, de sécurité nationale et de puissance économique.

    Pour le Gabon, l’enjeu est double : réduire les importations alimentaires, créer des emplois, dynamiser les territoires ruraux et renforcer la résilience de l’économie face aux chocs extérieurs. Les travaux, clôturés le 12 juillet avec la validation des grandes orientations stratégiques, seront suivis de près par les acteurs économiques et les investisseurs. Derrière le slogan « CAP 2030 » se profile une ambition plus vaste : faire entrer l’agriculture gabonaise dans une nouvelle ère, celle de la performance et de l’autosuffisance.

    Pour les autorités, le temps des diagnostics est révolu. Place désormais à l’exécution, à la mesure des résultats et à la concrétisation des promesses. Dans une compétition mondiale où la sécurité alimentaire est un enjeu majeur, les nations qui investissent aujourd’hui dans leur capacité de production disposeront demain d’un avantage stratégique décisif. Le Gabon a choisi de ne plus être un simple spectateur de cette mutation.

  • Maroc : une taxonomie verte pour booster la finance durable

    Maroc : une taxonomie verte pour booster la finance durable

    Le Maroc se dote d’un cadre ambitieux pour une économie décarbonée

    Le Royaume du Maroc franchit une étape décisive vers la construction d’un système financier aligné sur ses ambitions climatiques. Sous l’impulsion de plusieurs institutions clés, une taxonomie financière verte a été soumise à consultation publique. Ce référentiel vise à définir un cadre commun pour identifier les activités économiques compatibles avec les objectifs nationaux de réduction des émissions.

    Un outil de référence pour les acteurs financiers

    Bank Al-Maghrib, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) et les ministères de l’Économie, des Finances et de la Transition énergétique ont collaboré à l’élaboration de ce projet. L’objectif ? Fournir aux banques, investisseurs et entreprises un langage standardisé pour évaluer les investissements durables et orienter les flux de capitaux vers les secteurs les plus respectueux de l’environnement.

    Selon les initiateurs, cette taxonomie repose sur des critères scientifiques rigoureux. Elle permet de renforcer la transparence du marché tout en limitant les risques de « greenwashing ». Chaque projet devra répondre à des exigences précises : contribuer significativement aux objectifs environnementaux, respecter le principe de « non-préjudice significatif » et garantir des normes sociales minimales.

    Des critères stricts pour une transition crédible

    Le projet marocain adopte une approche progressive mais exigeante. Les investissements verts ne seront plus simplement déclarés comme tels, mais devront justifier de résultats tangibles. Les secteurs de l’énergie, du transport et de l’industrie sont prioritaires, car ils représentent à la fois une part majeure des émissions nationales et un levier essentiel pour la transition.

    Les énergies renouvelables, comme le solaire et l’éolien, bénéficieront d’une reconnaissance immédiate. La taxonomie fixe par ailleurs un seuil de 100 grammes de CO₂ par kilowattheure pour qualifier une production d’électricité comme bas carbone. Une trajectoire de décarbonation du mix électrique est également prévue, avec un objectif de réduction de 428 gCO₂e/kWh en 2026 à seulement 16 gCO₂e/kWh d’ici 2050.

    Financement de transition : un équilibre entre rigueur et pragmatisme

    Contrairement à une approche radicale, le Maroc mise sur une transition maîtrisée. Certaines infrastructures existantes pourront accéder à des financements verts sous réserve de présenter un plan crédible de réduction de leurs émissions. Cela inclut des améliorations d’efficacité énergétique, le remplacement de combustibles fossiles ou l’adoption de technologies de captage du carbone.

    Le dispositif prévoit des mécanismes de contrôle stricts pour éviter les abus, comme la traçabilité de l’électricité ou la vérification des contrats d’achat d’énergie. Les activités incompatibles avec les objectifs climatiques seront clairement identifiées et exclues du périmètre de la finance durable.

    Un impact qui dépasse le secteur énergétique

    La taxonomie ne se limite pas aux énergies renouvelables. Les industries lourdes comme le ciment, l’acier, l’aluminium ou les engrais phosphatés sont également concernées. Les entreprises marocaines devront désormais prouver leur capacité à réduire leur empreinte carbone et à améliorer leur efficacité énergétique pour accéder aux nouveaux financements durables.

    Cette évolution s’inscrit dans un contexte international où les critères environnementaux deviennent un facteur clé de compétitivité. Les acteurs marocains devront s’adapter pour maintenir leur accès aux marchés et optimiser leurs coûts de financement.

    Un levier intégré à la stratégie économique du pays

    La future taxonomie s’articule avec plusieurs initiatives nationales, dont la Stratégie de développement de la finance climat à l’horizon 2030 et la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) à l’horizon 2050. Elle s’inscrit dans une vision globale où la finance climatique n’est plus perçue comme une contrainte environnementale, mais comme un moteur de transformation économique.

    Les retombées attendues couvrent l’ensemble du système financier : crédits bancaires, émissions obligataires, produits d’assurance, gestion d’actifs et stratégies d’investissement des entreprises publiques et privées. La consultation publique, ouverte jusqu’à l’été 2026, permettra d’affiner le dispositif en recueillant les retours des acteurs concernés.

  • Forum économique bleu durable à Dakar : une première historique pour le Sénégal

    Forum économique bleu durable à Dakar : une première historique pour le Sénégal

    l’essentiel

    • dates : 13 et 14 juillet 2026 au Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Coumba Rose à Dakar
    • première édition : forum inédit dédié à l’économie bleue durable et inclusive au Sénégal
    • acteurs clés : Port Autonome de Dakar, Agence nationale des Affaires maritimes (ANAM), ministère de l’Économie maritime

    Le Sénégal accueille cette année un événement marquant : la toute première édition du Forum national sur l’économie bleue durable et la logistique maritime. Organisé sous l’égide du président Bassirou Diomaye Faye et du ministère des Pêches et de l’Économie maritime, ce rassemblement se tient au Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Coumba Rose à Dakar.

    Ce forum rassemble les principaux décideurs du secteur maritime sénégalais, dont le Port Autonome de Dakar et l’Agence nationale des Affaires maritimes (ANAM). L’objectif ? Élaborer une feuille de route nationale pour un développement maritime équilibré, respectueux de l’environnement et porteur de croissance inclusive.

    un levier stratégique pour l’Afrique de l’Ouest

    L’économie bleue s’impose comme un pilier essentiel pour le Sénégal, pays doté d’une côte de plus de 700 km. Ce forum vise à renforcer le rôle du Sénégal en tant que plateforme logistique incontournable en Afrique de l’Ouest. Le Port Autonome de Dakar, acteur clé de cette dynamique, incarne l’ambition du pays de moderniser ses infrastructures et de se positionner comme un hub maritime régional.

    Les débats porteront sur des thèmes cruciaux : optimisation de la logistique portuaire, promotion d’un transport maritime respectueux de l’environnement et préservation des écosystèmes océaniques. Ces enjeux s’inscrivent dans une vision plus large, partagée par les pays côtiers africains, visant à concilier exploitation économique et durabilité.

    une mobilisation gouvernementale sans précédent

    L’engagement du président Bassirou Diomaye Faye et du ministère de l’Économie maritime illustre l’importance accordée à ce secteur. Ce forum inédit a pour mission de poser les fondations d’une politique maritime nationale cohérente et ambitieuse. Le choix du Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Coumba Rose, symbole culturel de Dakar, renforce la portée symbolique de l’événement.

    Le ministère de l’Économie maritime a orchestré la coordination entre les acteurs publics et privés, garantissant une participation active des professionnels du secteur. Cette mobilisation reflète la volonté des autorités de faire du Sénégal un modèle en matière d’économie bleue.

    contexte et ambitions pour le Sénégal

    Avec une zone économique exclusive maritime étendue et une façade atlantique stratégique, le Sénégal mise sur l’innovation pour se différencier dans un paysage régional concurrentiel. Ce forum s’inscrit dans une série de réformes sectorielles visant à moderniser les infrastructures portuaires et à dynamiser l’industrie maritime.

    Cette initiative s’ajoute aux efforts du gouvernement pour diversifier l’économie et renforcer la résilience du pays. L’accent est mis sur l’inclusion des communautés côtières et des pêcheurs artisanaux, afin de créer des opportunités partagées et durables.

    vers une économie bleue inclusive et durable

    Le forum met en lumière la nécessité d’une approche inclusive, intégrant les acteurs locaux dans la stratégie maritime. L’enjeu est double : stimuler la croissance économique tout en préservant les traditions et les écosystèmes marins. Les organisateurs, en collaboration avec les institutions publiques, œuvrent pour un modèle de développement maritime équitable et respectueux de l’environnement.

    Les discussions devraient déboucher sur des orientations claires pour les années à venir, influençant les investissements et les politiques sectorielles. Ce premier forum marque ainsi une étape décisive pour l’avenir de l’économie bleue au Sénégal.

  • Le Maroc face à la nouvelle donne économique mondiale : un modèle de croissance en mutation

    Le Maroc face à la nouvelle donne économique mondiale : un modèle de croissance en mutation

    Le Maroc face à la nouvelle donne économique mondiale : un modèle de croissance en mutation

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    Le Maroc se distingue par une résilience économique notable depuis la pandémie, tirant pleinement parti de la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales et d’un effort d’investissement public sans précédent. Cependant, une analyse récente souligne les vulnérabilités d’un modèle de croissance encore fortement dépendant de l’État et insuffisamment relayé par le secteur privé.

    Alors que de nombreuses économies émergentes peinent à retrouver leur élan d’avant-crise, le Maroc affiche une trajectoire singulière. Depuis 2022, le pays enregistre une croissance moyenne de 4,4 % pour ses activités non agricoles, soit 1,3 point de plus que sa moyenne historique, permettant de combler progressivement les pertes subies durant la crise sanitaire mondiale.

    Ce constat central émane d’une étude publiée en ce début juillet, qui s’interroge sur la nature profonde de cette dynamique : le Royaume est-il en train de modifier durablement sa trajectoire économique, ou s’agit-il d’une simple embellie conjoncturelle liée à un contexte international exceptionnel ?

    Une croissance propulsée par l’investissement public

    Le premier enseignement de cette analyse révèle que la reprise de l’économie marocaine repose avant tout sur un investissement massif. Avec un taux d’investissement avoisinant les 30 % du PIB, le Maroc se positionne parmi les nations les plus investisseuses de sa catégorie. Cette impulsion est principalement attribuée aux fonds déployés par l’État, les établissements et entreprises publics, engagés dans d’ambitieux projets d’infrastructures, de transport, d’énergie et de préparation à la Coupe du Monde 2030.

    Si cette stratégie a indéniablement accéléré la reprise économique, elle met également en lumière une limite structurelle. La forte dépendance aux importations pour une part significative des équipements nécessaires signifie qu’une partie des bénéfices de ces investissements profite davantage aux fournisseurs étrangers qu’au tissu productif national. Il en résulte un déficit commercial persistant, qui freine la croissance malgré les performances solides des secteurs exportateurs.

    Le tertiaire, nouveau moteur de la prospérité

    L’étude met en évidence une transformation notable de la structure de la croissance marocaine. Contrairement à une perception courante, l’automobile ou l’industrie manufacturière ne sont pas les seuls piliers de l’économie. Le secteur tertiaire émerge comme le principal vecteur de la reprise.

    Le tourisme, avec près de 20 millions de visiteurs, les transports, la logistique, les services financiers et l’ingénierie concentrent désormais l’essentiel de la création de valeur. Le secteur du bâtiment connaît également une forte dynamique, alimentée par les grands chantiers d’infrastructures, tandis que l’agriculture reste une source majeure de volatilité économique, souvent impactée par les épisodes de sécheresse.

    Le Maroc capitalise sur la nouvelle géographie économique

    Les experts s’accordent à dire que le Royaume récolte aujourd’hui les fruits d’une profonde mutation de l’économie mondiale. Les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement post-Covid-19 et les stratégies de diversification industrielle poussent les multinationales à privilégier des plateformes de production plus proches des marchés européens et africains.

    Dans ce contexte global, le Maroc renforce son attractivité. L’étude cite des investissements majeurs, comme ceux de Gotion High-Tech à Kénitra ou de CNGR à Jorf Lasfar dans la filière des batteries électriques, illustrant cette nouvelle dynamique industrielle. Plus largement, le Maroc se positionne comme un « État connecteur », capable de relier les chaînes de valeur entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie, grâce à sa stabilité politique, ses infrastructures logistiques de pointe et ses multiples accords commerciaux.

    Une crédibilité économique qui attire les investisseurs

    Cette attractivité repose également sur des fondamentaux macroéconomiques jugés solides. La stabilité financière, l’amélioration progressive des finances publiques, un niveau confortable de réserves de change et la réduction du risque souverain renforcent la confiance des investisseurs étrangers.

    Parallèlement, les transferts des Marocains résidant à l’étranger continuent de soutenir la consommation intérieure, tandis que l’amélioration des termes de l’échange a contribué à atténuer les pressions inflationnistes issues des chocs externes.

    Le véritable défi : assurer la pérennité de la croissance

    Malgré ces succès, l’étude adopte une posture plus prudente concernant les perspectives à moyen terme. Le modèle actuel, trop dépendant d’un investissement public croissant, ne saurait être durable. Trois limites majeures sont identifiées : l’endettement public, la baisse progressive du rendement des investissements et les difficultés persistantes du secteur privé à prendre le relais.

    Les données montrent qu’il faut aujourd’hui un capital plus conséquent qu’au début des années 2000 pour générer le même niveau de croissance, signalant une efficacité décroissante de l’investissement public.

    Le secteur privé, clé d’une croissance durable

    Pour les chercheurs, le maillon faible réside dans la capacité du secteur privé à investir, innover et améliorer sa productivité. L’accès au financement reste un obstacle pour de nombreuses PME, la concurrence du secteur informel pèse sur leur compétitivité, et les investissements publics absorbent une part croissante des ressources bancaires, limitant le crédit disponible pour les entreprises.

    Cette situation freine l’émergence d’une croissance tirée par l’innovation, les gains de productivité et l’investissement privé.

    Une nouvelle vision pour la transformation économique

    Le rapport propose une idée novatrice : si le développement des pays émergents a longtemps été synonyme d’industrialisation, certains services exportables – tels que le tourisme, les technologies de l’information, les services numériques ou le conseil – peuvent désormais devenir de puissants moteurs de transformation économique. La condition est qu’ils soient fortement intégrés aux chaînes de valeur internationales et qu’ils génèrent des emplois qualifiés.

    Le Maroc à son « moment charnière »

    En conclusion, cette analyse offre un message nuancé. Oui, le Maroc bénéficie d’une conjoncture internationale favorable, caractérisée par la fragmentation géopolitique et la réorganisation des chaînes de production mondiales. Oui, sa stabilité, ses infrastructures et son positionnement stratégique entre l’Europe et l’Afrique renforcent son attractivité. Cependant, ces atouts seuls ne suffisent pas à constituer une stratégie de développement pérenne.

    Le véritable enjeu pour le Maroc est désormais de convertir cette fenêtre d’opportunité en une croissance durable, grâce à des réformes structurelles profondes touchant le marché du travail, le système éducatif, l’innovation et l’environnement des affaires.

    Le Maroc détient un avantage stratégique inédit. La question n’est plus de savoir s’il peut attirer davantage d’investissements, mais s’il saura transformer sa position de « connecteur » de l’économie mondiale en un levier de prospérité durable pour tous.

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  • Restructuration dette Sénégal : le défi du pilote financier pour Dakar

    Restructuration dette Sénégal : le défi du pilote financier pour Dakar

    La restructuration de la dette publique du Sénégal s’impose comme le dossier économique le plus urgent de la présidence de Bassirou Diomaye Faye. Les révélations de la Cour des comptes, confirmant un endettement bien supérieur aux estimations officielles, contraignent Dakar à revoir sa stratégie financière. Avant toute négociation avec les créanciers, l’identification d’un expert capable de piloter cette opération complexe devient une priorité absolue.

    Un endettement revu à la hausse : un défi budgétaire immédiat

    La réévaluation de la dette souveraine, associée à un ratio dette/PIB dépassant les seuils de l’UEMOA, a bouleversé les équilibres budgétaires. Le programme en cours avec le FMI est suspendu, privant le pays d’un soutien financier essentiel et compliquant l’accès à des fonds concessionnels. Cette situation exerce une pression croissante sur les recettes de l’État, réduisant les marges pour financer des projets stratégiques comme le référentiel Sénégal 2050.

    Le poids du service de la dette s’alourdit, menaçant la capacité du pays à honorer ses engagements à court terme, notamment les eurobonds et les prêts bilatéraux. Sans restructuration maîtrisée, les risques de dégradation de la note souveraine s’intensifient, comme en témoignent les récentes mises à jour des agences de notation.

    Le conseiller financier : un acteur clé pour réussir la restructuration

    Le choix d’une institution financière ou d’un cabinet spécialisé marque le coup d’envoi de cette opération. Plusieurs exemples africains illustrent cette démarche : le Ghana a fait appel à Lazard et Hogan Lovells pour ses restructurations de 2023 et 2024, tandis que la Zambie a également sollicité Lazard. Le Tchad et l’Éthiopie ont, quant à eux, opté pour d’autres cabinets dans le cadre du Cadre commun du G20. Ces mandats allient expertise financière, rigueur juridique et diplomatie stratégique.

    Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse la simple dimension technique. Le futur conseiller devra orchestrer un dialogue équilibré entre les détenteurs d’eurobonds, les créanciers bilatéraux — dont la Chine et la France — et les institutions multilatérales. Il devra également naviguer avec prudence dans l’écosystème bancaire régional, fortement exposé à la dette sénégalaise sur le marché des titres de l’UEMOA. La discrétion entourant la sélection reflète la sensibilité politique du dossier, d’autant que le Premier ministre Ousmane Sonko affiche une posture ferme envers les créanciers traditionnels.

    Retrouver la confiance des marchés et du FMI

    Le rétablissement d’un programme avec le FMI constitue une condition sine qua non pour crédibiliser toute restructuration. Les investisseurs internationaux exigent une trajectoire budgétaire validée par l’institution, sans laquelle les négociations avec les créanciers privés perdraient en solidité. La question de l’égalité de traitement entre les créanciers, principe fondamental du Club de Paris, s’imposera naturellement dans les discussions.

    Sur le marché secondaire, les eurobonds sénégalais subissent depuis des mois des décotes importantes, reflétant les anticipations d’un rééchelonnement ou d’une réduction nominale. Bien que cela puisse ouvrir la porte à des opérations de rachat opportunistes, l’État manque de liquidités pour les financer. Des solutions innovantes, comme les échanges dette-nature ou dette-développement — déjà expérimentés au Gabon et au Cabo Verde — pourraient être envisagées par le futur conseiller.

    La dimension politique de ce dossier reste cruciale. Le tandem Diomaye-Sonko a bâti sa crédibilité sur une promesse de souveraineté économique et de gestion rigoureuse des finances publiques. Une restructuration réussie renforcerait cette narrative ; un échec, en revanche, risquerait de fragiliser la légitimité du pouvoir en place. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si le Sénégal saura transformer une contrainte financière en opportunité stratégique.

  • La Côte d’Ivoire mobilise des fonds record pour son avenir

    La Côte d’Ivoire mobilise des fonds record pour son avenir

    La Côte d'Ivoire récolte 47 820 milliards FCFA pour son développement

    La Côte d’Ivoire vient de réaliser une levée de fonds historique pour son Plan national de développement (PND) 2026-2030. Un montant colossal de 47 820 milliards de FCFA, soit l’équivalent de 80 milliards de dollars américains, a été sécurisé lors du Groupe consultatif dédié. Cette prouesse financière, saluée par le Président Alassane Ouattara, dépasse de près de quatre fois les attentes initiales formulées auprès du secteur privé.

    Le chef de l’État ivoirien a souligné que cet immense succès témoigne de la confiance inébranlable de la communauté internationale envers la Côte d’Ivoire et ses ambitieuses perspectives de croissance. Il a réaffirmé l’engagement ferme de l’État à transformer chaque engagement financier en réalisations concrètes, afin d’améliorer significativement les infrastructures et de multiplier les opportunités économiques à travers le pays.

    Le PND 2026-2030 s’articule autour de six piliers stratégiques essentiels : la consolidation de la paix et de la sécurité, le développement d’une agriculture résiliente, la dynamisation du secteur privé, l’investissement dans le capital humain, la modernisation des infrastructures, et l’instauration d’une gouvernance transparente et efficace. L’objectif ultime est de hisser la Côte d’Ivoire au rang des économies à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030, avec un produit intérieur brut par habitant de 4 500 dollars US et un taux de pauvreté ramené sous la barre des 20 %.

    La capitale économique, Abidjan, a accueilli cet événement majeur, rassemblant plus de 2 000 investisseurs venus de 49 pays différents. Ces acteurs clés, représentant de nombreuses institutions financières et entreprises mondiales, ont activement participé aux discussions et aux engagements de financement du PND.

  • Côte d’Ivoire : sa vision du développement africain mise en avant à la conférence économique 2026

    Côte d’Ivoire : sa vision du développement africain mise en avant à la conférence économique 2026

    La Côte d’Ivoire expose sa stratégie de développement à la Conférence économique africaine 2026

    Chaque année, les grandes orientations du développement africain se dessinent lors de forums réunissant les acteurs clés du continent. La Côte d’Ivoire, représentée par son Ministre du Plan et du Développement, Dr Souleymane Diarrassouba, a pris part à cet événement majeur, coorganisé par la Banque africaine de développement, les Nations Unies, le PNUD et l’OCDE.

    Cette conférence, qui s’est tenue à Abidjan, a rassemblé les principaux décideurs publics, les économistes en chef des institutions multilatérales, les responsables des banques centrales et les chercheurs. Leur objectif commun ? Analyser les transformations économiques qui redéfiniront l’avenir de l’Afrique dans un contexte de mutations géopolitiques et de défis croissants en matière de financement.

    Lors de son intervention, le Dr Souleymane Diarrassouba a partagé la vision de la Côte d’Ivoire en matière de planification stratégique et de mobilisation des investissements. Le pays a mis en avant son Plan national de développement 2026-2030, un outil clé pour structurer sa croissance économique et renforcer sa résilience face aux bouleversements mondiaux.

    Une approche axée sur des réformes durables et des politiques anticipatrices

    En tant que Gouverneur de la Banque africaine de développement pour la Côte d’Ivoire, le Ministre a souligné l’importance d’adopter des politiques publiques anticipatrices et des réformes structurelles. Ces mesures visent à créer un environnement attractif pour les investisseurs tout en garantissant une croissance inclusive et durable.

    La Côte d’Ivoire a également réaffirmé son engagement à jouer un rôle actif dans les discussions continentales. Son expérience en matière de coordination des politiques publiques et de mobilisation des partenaires internationaux a été présentée comme un modèle à suivre pour d’autres nations africaines.

    Cette participation illustre la volonté du pays de contribuer activement à l’élaboration des stratégies de développement en Afrique, en partageant des solutions concrètes pour relever les défis économiques actuels.

  • Yam’na et les géants miniers façonnent l’avenir industriel du Gabon

    Yam’na et les géants miniers façonnent l’avenir industriel du Gabon

    yam’na et les géants miniers façonnent l’avenir industriel du Gabon

    Libreville — Le Gabon mise sur une jeunesse gabonaise qualifiée pour bâtir son avenir industriel. Avec le lancement de la troisième édition du programme Yam’NA, en collaboration avec Eramet Comilog et SETRAG, le pays franchit une étape décisive vers l’autonomie des compétences locales.

    Initié en 2024, le programme Yam’NA a déjà permis à près de cinquante étudiants gabonais de poursuivre des études supérieures dans des filières techniques et industrielles. Cette année, l’initiative s’étend avec l’intégration de SETRAG, renforçant ainsi son ancrage national et son impact sur l’économie gabonaise.

    Les cinquante nouvelles bourses attribuées pour l’année universitaire 2026-2027 ciblent des secteurs stratégiques : métallurgie, sidérurgie, chimie industrielle, agroalimentaire, agroforesterie et économie verte. L’objectif est clair : former les profils dont le Gabon aura besoin pour transformer localement ses ressources naturelles et réduire sa dépendance aux compétences étrangères.

    Une réponse aux enjeux de la transition industrielle

    Longtemps cantonnées à l’exportation de matières premières brutes, les économies africaines doivent désormais maîtriser la transformation locale pour capter davantage de valeur ajoutée. Le Gabon, riche en ressources comme le manganèse et le fer, relève ce défi en investissant dans les compétences de demain.

    Les bénéficiaires du programme Yam’NA ne se contenteront pas d’obtenir un diplôme. Ils deviendront les ingénieurs, techniciens et spécialistes environnementaux qui piloteront les projets industriels du pays. Leur rôle sera crucial dans la valorisation des ressources gabonaises, notamment dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la demande croissante en minerais stratégiques.

    Un partenariat clé pour l’économie gabonaise

    Eramet Comilog, premier employeur privé du pays avec près de 3 500 emplois directs, et SETRAG, qui gère le réseau ferroviaire Transgabonais (648 km), unissent leurs forces pour soutenir cette initiative. Ensemble, ils répondent à un double défi : former des talents adaptés aux besoins industriels et renforcer la souveraineté économique du Gabon.

    Les candidats sélectionnés devront être âgés de moins de vingt-cinq ans, avoir obtenu leur baccalauréat au premier tour et souhaiter poursuivre des études supérieures dans des filières techniques ou industrielles. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 28 juillet 2026, avec une orientation prioritaire vers les métiers de l’industrie et de l’économie verte.

    Vers une génération de bâtisseurs

    Le programme Yam’NA incarne une nouvelle approche du développement, où la formation des compétences précède et accompagne les projets industriels. En ciblant des secteurs prioritaires et en impliquant des acteurs majeurs comme Eramet Comilog et SETRAG, le Gabon prépare une génération capable de transformer ses ressources en leviers de croissance durable.

    Cette initiative s’inscrit dans une vision à long terme : faire du Gabon non seulement un producteur, mais un transformateur de minerais et de produits agricoles, tout en réduisant progressivement sa dépendance aux compétences importées. Les modalités de candidature et les critères d’éligibilité sont accessibles via la plateforme dédiée au programme Yam’NA.

  • Mali : une refondation économique et sécuritaire pour un avenir ambitieux

    Mali : une refondation économique et sécuritaire pour un avenir ambitieux

    Le Mali s’engage dans une transformation profonde, portée par une quête de souveraineté et de développement durable. Porté par des réformes audacieuses, le pays mise sur ses ressources naturelles et sa résilience pour offrir un avenir prospère à sa population.

    L’or et le lithium, moteurs d’une souveraineté économique

    Le secteur minier malien connaît une révolution avec l’adoption d’un nouveau Code minier. Sous l’égide d’un slogan mobilisateur, « Que l’or brille pour les Maliens », l’État et les investisseurs locaux peuvent désormais détenir jusqu’à 35 % des projets miniers.

    Cette stratégie porte déjà ses fruits : plus de 760 milliards de francs CFA ont été recouvrés, dont 18,4 milliards redistribués en 2026 à 819 communes. Ces fonds financent des infrastructures essentielles, comme des centres de santé et des écoles, renforçant ainsi le tissu social malien.

    Le Mali ambitionne également de devenir le premier producteur africain de lithium, avec des gisements prometteurs à Goulamina et Bougouni. Une diversification stratégique pour réduire la dépendance aux matières premières traditionnelles.

    Sécurité renforcée : un pilier pour le développement

    La stabilité du pays repose sur des forces armées déterminées. En juillet 2026, un convoi exceptionnel de plus de 900 camions-citernes a atteint Bamako sous haute protection militaire, illustrant la capacité de l’État à sécuriser son approvisionnement énergétique.

    Parallèlement, des opérations combinées dans des zones sensibles, comme Anéfis, ont permis de neutraliser une centaine de terroristes et de sécuriser des axes logistiques cruciaux pour l’économie nationale.

    Diplomatie active : le Mali retrouve son rôle régional

    Sur la scène internationale, le Mali renforce ses alliances. La réouverture de l’espace aérien aux vols en provenance d’Algérie et le retour de l’ambassadeur malien à Alger symbolisent cette dynamique de coopération retrouvée.

    Avec la création de nouvelles entités minières, comme la SOREM, et des projets industriels d’envergure, le Mali prouve que son engagement en faveur du progrès est sans faille. Une ambition partagée par les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui voient dans cette résilience une source d’inspiration.

  • Dégradation de l’indice de développement humain au Gabon depuis 2021

    Dégradation de l’indice de développement humain au Gabon depuis 2021

    L’Indice de développement humain (IDH) du Gabon connaît un recul inédit depuis 2021, mettant fin à plusieurs années de progression régulière. Selon les dernières données disponibles, l’IDH est passé de 0,704 en 2020 à 0,693 en 2021, entraînant le pays hors de la catégorie des nations à développement humain élevé pour le classer parmi celles à développement moyen. Cette baisse reflète une régression structurelle d’un modèle économique encore trop dépendant des revenus pétroliers, incapable de résister aux perturbations économiques et sanitaires.

  • Alassane Ouattara satisfait de la mobilisation financière record du PND 2026-2030 à Abidjan

    Alassane Ouattara satisfait de la mobilisation financière record du PND 2026-2030 à Abidjan

    « Je me félicite de ce succès qui témoigne de la confiance que la communauté internationale accorde à la Côte d’Ivoire, à la solidité de ses fondamentaux, à la crédibilité de sa stratégie et de ses perspectives de développement. », a déclaré Alassane Ouattara ce vendredi 10 juillet 2026.

    Il s'exprimait au terme des travaux du Groupe Consultatif pour le financement du PND 2026-2030 tenu les 8 et 9 juillet 2026, avec plus de 2 000 investisseurs, venus de 49 pays réunis à Abidjan.


    Il s'est agi notamment des représentants d'institutions financières, de fonds d'investissement, de banques, d'organisations patronales, d'entreprises publiques et privées, ainsi que des partenaires au développement y étaient représentés au plus haut niveau.


    À l'issue des deux journées de travaux, les engagements annoncés s'élèvent à 80 milliards de dollars US, soit 47 820 milliards de F CFA : environ quatre fois le montant des financements recherchés, fixé à 11 138,2 milliards de F CFA.


    Le PND 2026-2030 porte une ambition claire : « Bâtir une Grande Nation stable, ambitieuse et solidaire ». Avec un volume d'investissement global de 114 838,5 milliards de F CFA, soit environ 209 milliards de dollars US, sur cinq ans, il est porté à 70,2 % par le secteur privé, principal moteur de la transformation économique et sociale de notre pays.


    Les entreprises ivoiriennes bénéficieront d'une attention particulière dans la mise en œuvre de ce PND 2026-2030, qui s'articule autour de six priorités clairement définies : la paix, la sécurité et la stabilité ; l'agriculture et l'agro-industrie ; le développement du secteur privé et l'industrialisation ; le capital humain ; les infrastructures stratégiques ; la bonne gouvernance et la modernisation de l’État.


    Sur le plan macroéconomique, les objectifs sont ambitieux. Ils exigeront la mobilisation de toute la Nation pour hisser la Côte d'Ivoire au rang des économies à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici à 2030, avec un PIB par habitant de 4 500 dollars US et un taux de pauvreté inférieur à 20 %.


    Pour le Chef de l'État ivoirien, sa responsabilité, en tant qu’État, sera de transformer cette confiance et ces engagements financiers en des réalisations tangibles pour chaque Ivoirienne et chaque Ivoirien à travers davantage d’écoles, d’hôpitaux, de routes, d’emplois, d’opportunités et de prospérité partagée.


    « Ensemble, avec confiance, détermination et dans l'union, nous poursuivrons la construction d'une Côte d'Ivoire toujours plus prospère et plus solidaire. », a-t-il conclu.

  • Abidjan : l’Afrique veut reprendre le contrôle de son trésor minier

    Abidjan : l’Afrique veut reprendre le contrôle de son trésor minier

    Réunis à Abidjan, les pays africains producteurs de minéraux critiques et leurs partenaires au développement ont affiché une ambition commune : faire des ressources stratégiques du continent un véritable moteur de transformation économique, industrielle et sociale. Au cœur des débats, la création de valeur locale, le financement du développement et l’émergence de chaînes de valeur régionales capables de répondre à la demande mondiale en pleine explosion.

    Les pays africains riches en minéraux critiques et plusieurs partenaires au développement se sont retrouvés vendredi 10 juillet à Abidjan lors d’une conférence ministérielle destinée à redéfinir la place de l’Afrique dans l’économie mondiale des ressources stratégiques.

    Abidjan, théâtre d’un nouveau pacte minier africain

    La rencontre a rassemblé des ministres africains en charge des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie, de l’Économie verte et des Ressources naturelles, aux côtés de représentants de la Commission de l’Union africaine, du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, de banques régionales de développement, d’institutions financières et d’investisseurs internationaux.

    L’objectif affiché est clair : permettre au continent de tirer pleinement profit de ses immenses réserves de minéraux critiques et de les mettre au service d’un développement durable et inclusif.

    «Un changement de paradigme» pour l’Afrique

    À l’ouverture des travaux, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a appelé à une refonte profonde de la gestion des ressources naturelles africaines.

    « L’objectif de cette conférence est d’opérer un changement de paradigme et d’établir un nouveau partenariat pour le continent africain, afin qu’il puisse mieux gérer ses ressources et en faire bénéficier directement sa population », a-t-il déclaré.

    Selon lui, la priorité doit être donnée à la transformation locale des matières premières afin de générer davantage de valeur ajoutée sur le continent. Il a également plaidé pour une réforme du financement du développement.

    La Côte d’Ivoire mise sur ses richesses du sous-sol

    Présent à la conférence, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a insisté sur la nécessité d’une solidarité continentale renforcée.

    « Le défi est de transformer ces ressources en richesses durables et en prospérité partagée. Si les trajectoires de nos pays ne seront pas forcément uniformes, il sera difficile pour chacun d’atteindre ses objectifs seul. Il nous faut collaborer pour créer des chaînes de valeur régionales », a-t-il affirmé.

    Le ministre a également mis en avant le potentiel minier de la Côte d’Ivoire, révélant que près des trois quarts du territoire national sont susceptibles de receler des minéraux critiques.

    Cette richesse constitue l’un des piliers de la vision du président Alassane Ouattara, qui ambitionne de faire accéder le pays au statut de nation à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici 2030.

    Pour atteindre cet objectif, Abidjan mise sur une politique intégrée des ressources minérales et énergétiques couvrant la période 2026-2040. Ce programme, évalué à 38 000 milliards de francs CFA, devrait être financé à hauteur de 88 % par le secteur privé.

    Un potentiel colossal face à une demande mondiale explosive

    L’enjeu est de taille. L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales des minéraux les plus stratégiques de la transition énergétique, notamment le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, les métaux du groupe du platine, le cuivre, le manganèse et le nickel.

    La valeur estimée des ressources minérales du continent atteint près de 29 500 milliards de dollars, soit plus de huit fois le PIB annuel africain et près de 20 % des ressources mondiales. Parmi elles, environ 8 600 milliards de dollars de réserves restent encore inexploitées.

    Dans le même temps, la demande mondiale devrait connaître une croissance spectaculaire d’ici 2040. Les besoins en métaux du groupe du platine devraient bondir de plus de 1 000 %, ceux du lithium de 842 % et ceux du cuivre de 88 % par rapport à leur niveau de 2023.

    Une occasion historique à ne pas manquer

    Cette dynamique s’inscrit dans une profonde mutation industrielle mondiale portée par la transition énergétique. La seule chaîne de valeur des véhicules électriques et des batteries pourrait passer de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards de dollars en 2050.

    Face à cette opportunité historique, les dirigeants africains réunis à Abidjan ont affiché leur volonté de rompre avec le modèle d’exportation brute des matières premières. Leur ambition : faire des minéraux critiques un puissant levier d’industrialisation, de création d’emplois et de prospérité durable pour le continent.