Catégorie : Internacional

  • L’ONU s’alarme de la situation des droits humains et des élections au Mali

    L’ONU s’alarme de la situation des droits humains et des élections au Mali

    L’ONU s’alarme de la situation des droits humains et des élections au Mali

    Les Nations Unies expriment une vive préoccupation concernant la situation actuelle au Mali. Par l’intermédiaire de son Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, l’organisation dénonce fermement la suspension prolongée des processus électoraux et la recrudescence de la répression ciblant la société civile. M. Türk alerte sur les conséquences des récentes législations, estimant qu’elles pourraient durablement entraver le respect des droits fondamentaux au Mali. Il appelle instamment les autorités de transition à agir sans délai pour annuler ces textes juridiques controversés.

    Elections suspendues et répression : l'ONU tire la sonnette d'alarme sur la situation au Mali

    L’ONU tire la sonnette d’alarme. Par la voix de son Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk, les Nations Unies dénoncent la suspension indéfinie des élections au Mali et « l’intensification de la répression » contre la société civile. « Les lois adoptées ces derniers mois risquent de compromettre le respect des droits humains au Mali pendant longtemps », s’inquiète le Haut-Commissaire, qui « exhorte les autorités de transition à prendre des mesures concrètes et immédiates pour abroger ces lois problématiques »

    Consolidations de pouvoir et absence d’élections démocratiques

    En juillet, le général Assimi Goïta, dirigeant de la junte malienne depuis 2021, a promulgué une législation qui lui confère un mandat présidentiel prolongé, le positionnant de fait comme chef d’État à durée indéterminée. Selon Volker Türk, ces modifications légales ont « rendu impossible toute perspective d’élections démocratiques au Mali dans un futur proche », ce qui constitue une violation flagrante du droit fondamental des citoyens à s’engager dans la vie publique, à voter et à être élus lors de scrutins réguliers et authentiques. Il insiste sur la nécessité d’une abrogation rapide de ces dispositions.

    Cette situation fait suite à la dissolution des partis politiques, intervenue en mai, dont le sort est actuellement entre les mains de la Cour Constitutionnelle du Mali.

    Vague d’arrestations et urgence de la désescalade

    Parallèlement à ces évolutions législatives, le Mali est le théâtre d’une série d’arrestations visant des figures éminentes de la société civile et d’anciens dirigeants politiques. Parmi eux, on compte Clément Dembélé, connu pour son engagement anticorruption, et l’ex-Premier ministre Choguel Maïga.

    Le Haut-Commissaire Volker Türk exprime sa « profonde inquiétude face à la hausse significative des détentions de citoyens maliens de divers horizons, souvent sous des chefs d’accusation vagues d’atteinte à la réputation de l’État, simplement pour avoir exprimé leurs points de vue ». Il lance un appel pressant pour la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes arbitrairement emprisonnées, insistant sur la nécessité d’« arrêter sans tarder l’utilisation abusive de la loi pour étouffer toute forme de dissidence ».

  • Burkina Faso : la criminalisation des relations homosexuelles marque un tournant

    Burkina Faso : la criminalisation des relations homosexuelles marque un tournant

    Le 1er septembre, l’Assemblée législative de transition du Burkina Faso a promulgué une législation classifiant les relations homosexuelles consenties comme une infraction pénale. Cette décision représente une régression significative pour les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT). Dorénavant, les individus reconnus coupables d’homosexualité s’exposent à des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement, assorties d’amendes.

    Cette nouvelle disposition légale compromet gravement les droits fondamentaux des personnes LGBT à la non-discrimination et au respect de la vie privée. Son adoption s’inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés civiques et politiques, caractérisé par une forte répression exercée par la junte militaire à l’encontre de l’opposition politique, des médias et de toute forme de contestation pacifique.

    Jusqu’à présent, le Burkina Faso se distinguait par l’absence de législation criminalisant les relations consensuelles entre adultes de même sexe. Contrairement à de nombreux pays africains, le Code pénal burkinabè n’était pas un héritage colonial interdisant spécifiquement la sodomie.

    La clause de criminalisation, intégrée au sein du Code des personnes et de la famille, a été adoptée à l’unanimité par les 71 membres de l’Assemblée. Elle prévoit des sanctions, incluant des peines de prison et des amendes, pour les « comportements […] de nature à promouvoir les pratiques homosexuelles et pratiques assimilées ».

    Le ministre de la Justice et des Droits humains du Burkina Faso, Edasso Rodrigue Bayala, a justifié cette législation en affirmant qu’elle répond aux « aspirations profondes de notre société » et qu’elle témoigne d’un « respect des valeurs culturelles » nationales.

    Cette décision de la junte burkinabè, qui criminalise les relations consensuelles entre personnes de même sexe, est en contradiction directe avec ses engagements internationaux, notamment ceux découlant de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

    Il est à noter que des décisions judiciaires récentes dans d’autres nations africaines, telles que le Botswana, Maurice et la Namibie, ont statué que les lois pénalisant les comportements homosexuels violaient les droits à la vie privée et à la non-discrimination des individus LGBT.

    Au-delà de la violation des droits humains essentiels, de telles lois tendent à exacerber la violence et les abus à l’encontre des personnes LGBT. En 2014, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) avait déjà exhorté les États membres de l’Union africaine à « mettre un terme aux actes de violation et d’abus » visant des personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

    En conséquence, il est impératif que le président de la junte du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, s’abstienne de ratifier le Code des personnes et de la famille dans sa forme actuelle. Il devrait plutôt le soumettre à une révision parlementaire afin d’assurer qu’il respecte pleinement les droits à la non-discrimination et à la vie privée de tous les citoyens burkinabè, sans distinction d’orientation sexuelle ou d’identité de genre.

  • Niger : deux ans de détention arbitraire pour l’ex-président Mohamed Bazoum

    Niger : deux ans de détention arbitraire pour l’ex-président Mohamed Bazoum

    L’ancien président nigérien toujours privé de liberté sans jugement

    Depuis deux ans, l’ex-président nigérien Mohamed Bazoum est maintenu en détention sans fondement juridique valable. Son arrestation, survenue lors d’un coup d’État militaire le 26 juillet 2023, s’accompagne d’une privation systématique de ses droits fondamentaux. Toujours détenu au palais présidentiel de Niamey, il n’a aucun accès à sa famille ni à une assistance juridique, tandis que son immunité présidentielle a été levée en 2024 pour permettre des poursuites politiques.

    Une détention qualifiée d’arbitraire par plusieurs instances internationales

    Les autorités nigériennes, dirigées par le général Abdourahamane Tiani à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), font face à des condamnations unanimes. Human Rights Watch et l’ONU dénoncent une violation flagrante de l’État de droit, soulignant que la détention de Mohamed Bazoum et de son épouse Hadiza Bazoum constitue une atteinte directe aux droits humains.

    • En décembre 2023, la Cour de justice de la CEDEAO a ordonné la libération immédiate de l’ancien président après avoir reconnu sa détention comme arbitraire.
    • En février 2025, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a confirmé cette analyse, exigeant leur remise en liberté sans délai.
    • Malgré ces décisions, Mohamed Bazoum reste incarcéré, tandis que la junte a engagé une procédure pour le juger pour « haute trahison » et « atteinte à la sûreté nationale ».

    Des poursuites motivées par des raisons politiques

    Les allégations portées contre Mohamed Bazoum n’ont jamais été étayées par des preuves tangibles. Les experts en droits humains pointent une stratégie claire : discréditer l’ancien président et ses soutiens pour consolider le pouvoir de la junte. Reed Brody, membre de l’équipe de défense de Mohamed Bazoum, dénonce une « détention cruelle et illégale » qui prive l’ancien dirigeant de tout contact avec ses proches ou ses avocats.

    Les observateurs s’inquiètent des conséquences de cette situation sur la stabilité régionale. Le Niger, ancien bastion de la démocratie en Afrique de l’Ouest, s’éloigne chaque jour davantage des principes démocratiques, tandis que la junte multiplie les restrictions contre l’opposition, les médias et la société civile.

    Un processus judiciaire entaché d’irrégularités

    La levée de l’immunité présidentielle de Mohamed Bazoum en 2024 a ouvert la voie à un procès bâclé, marqué par des irrégularités procédurales. Sans audience préliminaire ni date fixée pour son jugement, l’ancien président est maintenu dans l’incertitude juridique la plus totale. Cette situation contraste avec les normes internationales exigeant un procès équitable et transparent.

    Le Niger s’isole sur la scène internationale

    La junte militaire a choisi de se retirer de la CEDEAO en janvier 2025, une décision qui affaiblit encore davantage sa légitimité. En maintenant Mohamed Bazoum en détention, elle envoie un signal alarmant : celui d’un pouvoir qui privilégie la force à la démocratie. Human Rights Watch alerte sur les risques de déstabilisation accrus dans une région déjà fragilisée par les coups d’État et l’instabilité politique.

    Pour Ilaria Allegrozzi, chercheuse spécialiste du Sahel, « chaque jour supplémentaire de détention éloigne le Niger de la démocratie et renforce l’image d’un régime autoritaire ». Les appels à la libération immédiate de Mohamed Bazoum, lancés par les Nations Unies et les organisations de défense des droits humains, restent pour l’instant ignorés par les autorités nigériennes.

  • Épidémie de choléra au Burkina Faso : la situation en urgence

    Épidémie de choléra au Burkina Faso : la situation en urgence

    épidémie de choléra au Burkina Faso : la situation en urgence

    Le Burkina Faso fait face à une nouvelle épidémie de choléra, officiellement déclarée après la détection d’un premier cas confirmé dans la province de la Tapoa, région de l’Est. Cette annonce intervient après l’identification d’un patient présentant des symptômes graves au Centre médical de Kantchari.

    propagation du choléra au Burkina Faso : symptômes et transmission

    Les autorités sanitaires burkinabè ont confirmé l’émergence de cette épidémie à la suite de l’analyse d’un échantillon prélevé sur un patient de 25 ans, originaire de Kantchari. « Les prélèvements ont révélé la présence du Vibrio cholerae du sérogroupe O1 et sérotype Ogawa, confirmant sans ambiguïté le diagnostic de choléra », précise le communiqué officiel du ministère de la Santé.

    Parmi les symptômes observés chez le patient figurent des diarrhées profuses, des vomissements incoercibles et une déshydratation sévère. Le patient, pris en charge en urgence, a permis l’identification rapide de ses contacts étroits. Un second cas, signalé quelques jours plus tard, a confirmé la propagation du pathogène dans la même zone.

    Le choléra : une maladie strictement humaine aux conséquences graves

    Le choléra se transmet principalement par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par les selles d’une personne infectée. La maladie se manifeste par une diarrhée aqueuse abondante, pouvant entraîner une déshydratation rapide et potentiellement mortelle sans traitement adapté. Elle touche exclusivement les humains et ne connaît pas de réservoir animal.

    L’histoire sanitaire du Burkina Faso rappelle la dangerosité de cette maladie : plus de 500 décès en 1971, 241 en 1973 et 66 en 1974. Le pays a également subi cinq épidémies majeures entre 1991 et 2005, illustrant la récurrence de ce fléau dans la région.

    Mesures d’urgence et protocole de réponse

    Dès l’apparition des premiers signes, les autorités sanitaires burkinabè ont activé le protocole national de lutte contre le choléra. Celui-ci comprend :

    • La prise en charge immédiate des patients et des cas contacts identifiés
    • La surveillance épidémiologique renforcée dans les zones à risque
    • Des mesures de désinfection ciblées pour limiter la propagation
    • Une campagne de sensibilisation sur les gestes barrières et l’hygiène

    Le ministère de la Santé a également rappelé l’importance de boire de l’eau potable, se laver régulièrement les mains et consommer des aliments cuits ou épluchés pour éviter la contamination. Les populations vulnérables, notamment les enfants en bas âge, les personnes âgées et les individus immunodéprimés, sont particulièrement exposées.

    Cette épidémie survient dans un contexte où le Burkina Faso, comme d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, fait face à des défis sanitaires persistants. La récurrence du choléra rappelle la nécessité de renforcer les infrastructures d’assainissement et l’accès à l’eau potable pour les populations.

  • Alerte mondiale : la faim menace Gaza, Haïti, le Soudan et le Mali

    Alerte mondiale : la faim menace Gaza, Haïti, le Soudan et le Mali

    Alerte mondiale : la faim menace Gaza, Haïti, le Soudan et le Mali

    L’Organisation des Nations Unies a lancé un appel à la communauté internationale, signalant que Gaza, Haïti, le Soudan, le Soudan du Sud et le Mali sont désormais classés parmi les zones où l’insécurité alimentaire atteint un niveau critique, exigeant une mobilisation « urgente ».

    Sans une aide humanitaire massive et prompte, les habitants de ces cinq régions à haut risque pourraient faire face à une faim extrême, à la famine et à la mort dans les mois à venir. C’est le constat alarmant d’un rapport conjoint de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Programme alimentaire mondial (PAM).

    « Ce rapport est un signal d’alarme. Nous avons identifié les zones où la faim progresse et les populations les plus vulnérables », a déclaré Cindy McCain, Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial.

    Ces crises alimentaires sont aggravées par des obstacles croissants à l’accès et un manque criant de fonds.

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    Gaza et Soudan : des points chauds sous haute tension

    Au Soudan, la famine est une réalité confirmée depuis 2024. L’ONU anticipe une persistance de cette situation, alimentée par le conflit et les déplacements massifs de population, notamment dans les régions du Grand Kordofan et du Grand Darfour. Près de 24,6 millions de personnes pourraient être confrontées à des niveaux de crise ou pire d’insécurité alimentaire aiguë, avec 637 000 d’entre elles atteignant un niveau catastrophique d’ici mai 2025.

    À Gaza, la perspective d’une famine s’intensifie. Les opérations militaires d’envergure restreignent sévèrement l’acheminement de l’aide humanitaire essentielle, qu’elle soit alimentaire ou non. L’intégralité de la population de l’enclave palestinienne, soit 2,1 millions d’individus, est exposée à des niveaux de crise ou supérieurs d’insécurité alimentaire aiguë, et 470 000 personnes pourraient faire face à une situation catastrophique jusqu’en septembre 2025.

    Haïti et Soudan du Sud : des situations critiques

    Le Soudan du Sud est également confronté à des « sombres perspectives », avec un risque avéré de famine dans deux de ses régions. Environ 7,7 millions de personnes, soit 57 % de la population, sont susceptibles de connaître des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë entre avril et juillet 2025, et 63 000 personnes pourraient atteindre des niveaux catastrophiques.

    En Haïti, la violence record des gangs et l’insécurité ambiante provoquent des déplacements de population et entravent l’accès à l’aide vitale. Plus de 8 400 personnes déplacées à l’intérieur du pays sont déjà confrontées à des niveaux catastrophiques d’insécurité alimentaire aiguë dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince d’ici juin 2025.

    Mali : une préoccupation constante

    Au Mali, la hausse des prix des céréales, conjuguée au conflit persistant, fragilise les ménages les plus vulnérables, en particulier dans les zones affectées par les hostilités. Sans une aide humanitaire rapide, environ 2 600 personnes risquent de se retrouver dans une situation d’insécurité alimentaire catastrophique entre juin et août 2025.

    Outre ces foyers de préoccupation majeurs, le Yémen, la République démocratique du Congo, le Myanmar et le Nigéria sont également considérés comme des points chauds très préoccupants, nécessitant une intervention urgente pour préserver des vies et des moyens de subsistance. D’autres régions telles que le Burkina Faso, le Tchad, la Somalie et la Syrie figurent aussi sur la liste des zones à surveiller.

    « Ce rapport est sans équivoque : la faim n’est plus une menace lointaine, mais une urgence quotidienne pour des millions de personnes », a souligné Qu Dongyu, Directeur général de la FAO. « Nous devons agir collectivement et sans délai pour sauver des vies et protéger les moyens d’existence. »

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    Des progrès notables malgré les contraintes budgétaires

    Malgré cette intensification de la crise alimentaire dans plusieurs régions, certains progrès sont à noter. L’Éthiopie, le Kenya, le Liban, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, la Namibie, le Niger, la Zambie et le Zimbabwe ont été retirés de la liste des points chauds de la faim. Cette amélioration est attribuée à des conditions climatiques plus favorables aux récoltes et à une diminution des phénomènes météorologiques extrêmes en Afrique de l’Est, en Afrique australe et au Niger. Le Liban a bénéficié d’une réduction de l’intensité des opérations militaires.

    Cependant, la détérioration générale de l’insécurité alimentaire mondiale intervient alors que les importants déficits de financement contraignent à réduire les rations alimentaires, limitant ainsi l’efficacité des interventions vitales en matière de nutrition et d’agriculture.

    « Nous disposons des outils et de l’expertise nécessaires pour agir, mais sans financement adéquat et sans accès aux populations, nous ne pouvons pas sauver des vies. Un investissement urgent et continu dans l’aide alimentaire et le soutien à la résilience est capital, car le temps presse pour éviter une nouvelle famine dévastatrice », a réaffirmé Mme McCain.

  • Burkina Faso : la liberté de la presse menacée par des arrestations arbitraires

    Burkina Faso : la liberté de la presse menacée par des arrestations arbitraires

    Nairobi – Human Rights Watch a annoncé aujourd’hui que la junte militaire au Burkina Faso a procédé à l’arrestation de trois journalistes le 24 mars 2025. Ces interpellations sont survenues en réaction à leur couverture de la répression gouvernementale ciblant les médias.

    Les individus appréhendés dans la capitale, Ouagadougou, sont Guezouma Sanogo et Boukari Ouoba, respectivement président et vice-président de l’Association des journalistes du Burkina (AJB), ainsi que Luc Pagbelguem, reporter pour la chaîne de télévision privée BF1. Le sort actuel de ces trois hommes demeure inconnu, ce qui soulève de sérieuses préoccupations quant à d’éventuels cas de disparitions forcées.

    « L’arrestation arbitraire et la disparition de ces trois journalistes démontrent la volonté acharnée de la junte burkinabè de contrôler l’information et de garantir l’impunité pour les abus commis par les autorités militaires », a affirmé Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « La junte militaire doit prendre des mesures immédiates pour localiser et libérer ces trois professionnels des médias. »

    Depuis son accession au pouvoir par un coup d’État en 2022, la junte militaire, sous la direction du président Ibrahim Traoré, a systématiquement réprimé les médias, l’opposition politique et toute forme de dissidence pacifique. Dans un contexte d’insurrection islamiste croissante, le régime a eu recours à une législation d’urgence de grande ampleur pour museler la contestation et enrôler de force dans l’armée des détracteurs, des journalistes, des activistes de la société civile et des magistrats.

    Le 21 mars, l’AJB avait tenu une conférence de presse pour dénoncer les entraves à la liberté d’expression imposées par la junte militaire et exiger la libération des journalistes arbitrairement détenus. Le 24 mars, des hommes en civil, se présentant comme des policiers des services de renseignement burkinabè, ont interpellé Guezouma Sanogo et Boukari Ouoba. Parallèlement, deux agents des services de renseignement ont arrêté Luc Pagbelguem pour avoir couvert cette conférence de presse de l’AJB. Le lendemain, le ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité a prononcé la dissolution de l’AJB.

    Les collègues de Guezouma Sanogo et Boukari Ouoba ont rapporté que les avocats avaient vainement cherché les deux hommes dans plusieurs commissariats et gendarmeries de la capitale, et que les autorités n’avaient fourni aucune réponse officielle à leurs demandes d’information. Le 25 mars, les services de renseignement ont conduit Guezouma Sanogo et Boukari Ouoba à leurs domiciles pour des perquisitions policières, avant de les emmener de nouveau vers une destination inconnue, selon leurs confrères.

    La chaîne BF1 a déclaré que des agents du Conseil national de Sécurité avaient assuré « qu’ils [souhaitaient] seulement entendre notre confrère », mais la localisation de Luc Pagbelguem demeure inconnue. La chaîne a par la suite présenté des excuses formelles pour avoir diffusé la conférence de presse.

    Dans un autre incident récent, le 18 mars, des individus prétendant être des gendarmes ont arrêté Idrissa Barry, un éminent militant politique et journaliste, à Ouagadougou. Son sort reste également incertain. Idrissa Barry est membre du groupe politique Servir et Non se Servir (SENS) qui, quatre jours avant son arrestation, avait publié une déclaration dénonçant les « attaques meurtrières » menées par les forces gouvernementales et les milices alliées contre des civils aux environs de Solenzo, dans l’ouest du Burkina Faso, le 11 mars.

    En juin 2024, des membres des forces de sécurité avaient interpellé l’éminent journaliste Serge Oulon, directeur du journal d’investigation L’Événement, ainsi que les commentateurs de télévision Adama Bayala et Kalifara Séré. Les autorités ont initialement nié leur détention, avant de finalement reconnaître en octobre 2024 que les trois hommes avaient été enrôlés de force dans le service militaire. Leur localisation actuelle est toujours inconnue.

    En avril 2024, le Conseil supérieur de la communication (CSC), l’organisme de régulation des médias au Burkina Faso, avait suspendu la chaîne de télévision française TV5 Monde et plusieurs autres médias pendant deux semaines. Cette décision faisait suite à leur diffusion d’un rapport de Human Rights Watch documentant des crimes contre l’humanité commis par l’armée contre des civils dans la province du Yatenga. Le CSC avait également bloqué l’accès au site web de Human Rights Watch dans le pays.

    Des dizaines de journalistes ont été contraints de fuir le Burkina Faso, craignant l’emprisonnement, la torture, la disparition forcée ou l’enrôlement militaire imposé en représailles à leur travail.

    « J’ai quitté Ouagadougou et je n’ai aucune intention d’y revenir », a confié un journaliste à Human Rights Watch après l’arrestation d’Idrissa Barry. « Les médias libres sont morts dans ce pays ; il n’y a plus que la propagande gouvernementale qui s’exprime. »

    Cette récente vague de répression contre les médias indépendants coïncide avec une intensification des affrontements armés à travers le pays. Au cours des deux dernières semaines, le Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (GSIM, ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM), affilié à Al-Qaïda, a multiplié les attaques contre des positions de l’armée dans plusieurs régions, causant la mort de soldats et de civils. Des sources locales ont rapporté que le 15 mars, des combattants du GSIM ont attaqué la base militaire de Séguénéga, dans le nord du pays, tuant sept civils et au moins quatre soldats qui combattaient aux côtés des milices locales. Human Rights Watch a authentifié une vidéo montrant des combattants du GSIM prenant d’assaut un complexe fortifié situé sur une colline au centre de Séguénéga.

    « La plongée inexorable du Burkina Faso dans une violence à grande échelle ne bénéficie pas de l’attention et de la couverture médiatique qu’elle mérite au niveau national, car les médias indépendants ont été réduits au silence », a déploré un journaliste burkinabè en exil. « Les événements récents, comme l’attaque meurtrière contre des civils à Solenzo et ailleurs, ne sont jamais traités par les médias pro-gouvernementaux, ou le sont de manière extrêmement biaisée. »

    Le droit international relatif aux droits humains proscrit formellement toute restriction arbitraire aux droits à la liberté d’expression, y compris par la détention ou la disparition forcée de journalistes. Le Burkina Faso est signataire de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, laquelle qualifie de disparition forcée l’arrestation ou la détention d’une personne par des agents de l’État, suivie d’un refus de reconnaître cette privation de liberté ou de révéler le sort de la personne ou le lieu où elle se trouve.

    « Le besoin de médias indépendants au Burkina Faso n’a jamais été aussi criant », a conclu Ilaria Allegrozzi. Elle a exhorté les autorités à « changer radicalement de politique et à cesser leur répression brutale envers les journalistes, les dissidents et les opposants politiques ».

  • Burkina Faso: une violence sans précédent ébranle le Sahel central

    Burkina Faso: une violence sans précédent ébranle le Sahel central

    Un bilan tragique secoue le Burkina Faso, où une attaque terroriste d’une rare brutalité a coûté la vie à plus d’une centaine de personnes, majoritairement des civils, et fait 140 blessés dans la localité de Barsalogho, située dans la région Centre-Nord. La région du Sahel, déjà fragilisée par des années de conflit, est de nouveau le théâtre d’une violence dévastatrice. Les victimes s’affairaient à creuser des tranchées défensives autour de leur ville, une mesure imposée par le président de la junte militaire, le capitaine Ibrahim Traoré, pour contrer les incursions jihadistes.

    Champ de déplacés internes de Barsalogho, dans la région Centre-Nord du Burkina Faso, théâtre du massacre perpétré par les islamistes. Image de 2020.

    L’attaque, revendiquée peu après par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), entité affiliée à Al-Qaïda, a vu des assaillants à moto ouvrir le feu sans discernement sur la population. Cet événement marque l’un des assauts les plus sanglants contre des civils au Burkina Faso ces dernières années. Les sources divergent quant au nombre exact de morts, estimant le bilan entre 100 et 200 victimes, en plus des 140 blessés transportés vers l’hôpital de Kaya et d’autres structures sanitaires régionales. Parmi les défunts figurent de nombreux membres des Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), une milice civile mise en place par le gouvernement burkinabé pour appuyer l’armée dans la lutte antiterroriste. Les assaillants ont également réussi à s’emparer d’armes et d’une ambulance militaire.

    La région Centre-Nord est tristement célèbre pour la fréquence des embuscades, des attaques et l’emploi d’engins explosifs improvisés par la branche locale du JNIM, considérée comme le groupe jihadiste le plus actif du Sahel central. Cette zone est également un refuge pour des dizaines de milliers de déplacés internes fuyant la violence au nord du pays. Barsalogho se trouve à seulement 145 kilomètres de la capitale, Ouagadougou.

    Depuis le coup d’État de septembre 2022, le capitaine Traoré a érigé la lutte contre le terrorisme en priorité absolue, déclarant consacrer « 80% de son temps à la guerre » pour reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire. Malgré l’arrivée d’une centaine d’instructeurs et de mercenaires russes, dont le rôle principal semble être la protection personnelle de Traoré, la stratégie de reconquête s’appuie davantage sur l’acquisition de matériel militaire, notamment des drones de combat d’origine turque, et sur une forte implication de la population civile via le recrutement de volontaires. Malheureusement, des civils critiques envers la junte militaire ont également été contraints de rejoindre le front, souvent en guise de punition.

    Les volontaires en première ligne face à l’insécurité

    Les Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), estimés à environ 30 000 en première ligne, reçoivent une formation militaire basique. Cependant, ils se retrouvent fréquemment sans armes ou munitions adéquates pour faire face aux groupes terroristes. Cette vulnérabilité les expose directement, faisant d’eux des cibles privilégiées pour les radicaux, comme en témoigne la tragédie de Barsalogho. Le Projet de Données sur les Événements et les Localisations des Conflits Armés (Acled) rapporte qu’environ 5 000 volontaires ont péri dans diverses attaques depuis la création des VDP en 2019. En dépit de leur engagement patriotique, un mécontentement grandissant se fait sentir au sein de leurs rangs, alors qu’ils perçoivent une modeste prime mensuelle d’environ 120 euros.

    Le Burkina Faso est englué dans une insurrection jihadiste depuis 2015, affectant particulièrement le nord, l’est et l’ouest du pays. Cette crise a entraîné des milliers de morts et le déplacement de plus de deux millions de personnes. On estime que plus de la moitié du territoire burkinabé échappe actuellement au contrôle de l’État, avec une présence des forces de défense souvent limitée aux axes routiers majeurs et aux grandes agglomérations. Les attaques des groupes armés contre militaires et civils, y compris les volontaires et leurs familles, sont incessantes. Toutefois, il est important de noter que l’armée et les VDP sont également accusés d’actes de violence. En avril dernier, Human Rights Watch a dénoncé le massacre de 223 civils, dont 56 enfants, dans deux villages du nord, attribuant ces faits aux Forces Armées burkinabées et à leurs auxiliaires civils, des allégations que le gouvernement a catégoriquement rejetées.

  • Niger : un an de régime militaire, les droits fondamentaux sous pression croissante

    Niger : un an de régime militaire, les droits fondamentaux sous pression croissante

    Un an après la prise du pouvoir par les militaires, les droits humains au Niger connaissent une régression préoccupante. Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ont conjointement dénoncé la répression croissante exercée par les autorités militaires à l’encontre de l’opposition, des médias et de toute forme de dissidence pacifique.

    Depuis le coup d’État, l’ancien président Mohamed Bazoum, une trentaine de hauts fonctionnaires de son gouvernement et des proches ont été arbitrairement arrêtés, tout comme plusieurs journalistes. De plus, les autorités nigériennes ont refusé toute supervision de leurs dépenses militaires, malgré leurs engagements affichés en faveur de la lutte contre la corruption. Les organisations appellent à la libération immédiate de toutes les personnes détenues pour des motifs politiques, au respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression, d’opinion et d’association, et à un engagement public en faveur de la transparence et de la redevabilité dans la gestion des fonds militaires.

    Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, a souligné que le Niger, un an après le coup d’État, s’éloigne du respect des droits humains et de l’État de droit, intensifiant la pression sur l’opposition, la société civile et les médias. Elle a insisté sur la nécessité pour les autorités militaires de libérer Mohamed Bazoum et tous les détenus politiques, en garantissant leurs droits à une procédure régulière.

    Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et d’autres officiers du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) ont renversé Mohamed Bazoum, président élu en 2021, et l’ont placé en détention arbitraire avec sa famille et des membres de son cabinet. En réaction, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a imposé des sanctions économiques, des interdictions de voyager et des gels d’avoirs. Le 22 août 2023, l’Union africaine a suspendu le Niger de ses instances. Cependant, le 28 janvier 2024, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont annoncé leur retrait de la CEDEAO, qui, le 24 février, a levé ses sanctions contre le Niger.

    Depuis le coup d’État, Mohamed Bazoum et son épouse sont toujours détenus au palais présidentiel à Niamey. Les organisations de défense des droits humains ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes concernant leur situation. En août 2023, les autorités ont annoncé leur intention de poursuivre Mohamed Bazoum pour « haute trahison » et atteinte à la sûreté de l’État, mais il n’a pas encore été présenté à un juge. L’ancien président a intenté une action en justice devant la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja en septembre 2023, dénonçant des violations de ses droits humains et de ceux de sa famille. En décembre 2023, la Cour de la CEDEAO a jugé sa détention arbitraire et a demandé sa libération. En avril, les autorités ont initié une procédure pour lever son immunité présidentielle afin de le juger pour des crimes présumés commis après son élection. Le 14 juin 2024, la Cour d’État du Niger a levé cette immunité, au terme d’une procédure jugée non conforme aux normes essentielles d’une procédure régulière et aux standards internationaux de procès équitable, notamment le droit à la défense.

    Parallèlement, au moins 30 responsables du gouvernement déchu, dont d’anciens ministres et des membres du cabinet présidentiel, ont été arbitrairement arrêtés. Leurs avocats ont signalé des détentions au secret par les services de renseignement avant leur transfert vers des prisons de haute sécurité, où ils ont été accusés, notamment d’« atteinte à la sûreté de l’État », par un tribunal militaire, bien qu’étant des civils. Quatre d’entre eux ont été libérés sous caution en avril.

    Depuis le coup d’État de 2023, la liberté des médias au Niger a été drastiquement restreinte. Les autorités ont eu recours aux menaces, au harcèlement et aux arrestations arbitraires de journalistes, dont beaucoup ont rapporté pratiquer l’autocensure par crainte de représailles.

    Le 30 septembre, Samira Sabou, blogueuse et journaliste, a été arrêtée à Niamey par des individus se présentant comme des membres des forces de sécurité. Son lieu de détention est resté inconnu pendant sept jours, la police judiciaire ayant initialement nié son arrestation. Le 7 octobre, elle a été transférée à la police de Niamey, où elle a pu recevoir la visite de son avocat et de son mari. Inculpée le 11 octobre de « production et diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public », elle a été libérée dans l’attente de son jugement, sans qu’aucune date de procès ne soit fixée.

    Le 29 janvier, le ministre de l’Intérieur a suspendu les activités de la Maison de la Presse, une organisation de médias indépendante, et a annoncé la création d’un nouveau comité de gestion des médias sous la direction du secrétaire général du ministère.

    Le 13 avril, Ousmane Toudou, journaliste et ancien conseiller en communication du président déchu, a été arrêté. Il avait dénoncé la prise de pouvoir militaire en juillet 2023 sur les réseaux sociaux. En mai 2024, il a été inculpé de « complot contre la sûreté de l’État » et placé en détention provisoire.

    Le 24 avril, les forces de sécurité ont arrêté Soumana Maiga, directeur de publication de L’Enquêteur, après la republication d’un article français concernant l’installation présumée de systèmes d’écoute russes sur des bâtiments officiels. Présenté à un juge en mai, il a été détenu pour atteinte à la défense nationale avant d’être libéré le 9 juillet, en attente de son procès.

    Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en langue haoussa au Niger, a rapporté avoir reçu des menaces de membres des forces de sécurité l’accusant de vouloir « déstabiliser le Niger » en raison de sa couverture de la situation sécuritaire dans la région de Tillabéri, où des groupes islamistes armés mènent des attaques. Elle a expliqué à Amnesty International en mai, après avoir fui le Niger, avoir été ciblée par des partisans de la junte sur les réseaux sociaux, qui l’accusaient de travailler sous influence étrangère. Le 26 avril, Ali Tera, un militant de la société civile qu’elle avait interviewé, a été arrêté.

    Le 29 mai, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme a émis une circulaire suspendant « jusqu’à nouvel ordre » toutes les visites des organisations de défense des droits humains dans les prisons nigériennes. Cette décision est en violation du droit national et international, y compris la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ratifiée par le Niger en 1988.

    Le 12 juin, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme a annoncé une modification de la loi de 2019 sur la cybercriminalité. Cette loi, qui criminalisait la diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public ou d’atteindre à la dignité humaine, avait été utilisée pour réprimer la liberté d’expression en ligne. En 2022, le gouvernement de Mohamed Bazoum avait modifié cette loi, remplaçant les peines de prison par des amendes pour les infractions de diffamation. Les modifications du 12 juin rétablissent malheureusement les peines d’emprisonnement.

    Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, a affirmé que la multiplication des attaques contre les journalistes au cours de l’année écoulée démontre la volonté des autorités de restreindre la liberté de la presse et l’accès à l’information. Il a qualifié la modification de la loi sur la cybercriminalité de « recul dangereux », susceptible de museler toute voix dissidente, en particulier les défenseurs des droits humains, les activistes et les journalistes. Il a appelé les autorités nigériennes à revenir sur cette décision et à garantir la liberté d’expression.

    La Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par le Niger en 1986, garantissent les droits à la liberté d’opinion et d’expression.

    Le 23 février, Abdourahamane Tiani, qui avait promis de lutter contre la corruption, a signé une ordonnance abrogeant tout contrôle sur les dépenses militaires. Cette ordonnance exclut les acquisitions d’équipements, de matériels, de fournitures, de travaux ou de services destinés aux forces de défense et de sécurité du champ d’application des législations sur les marchés publics et la comptabilité publique, les exonérant également d’impôts. Les organisations soulignent que la transparence des budgets et dépenses militaires est essentielle pour combattre la corruption, assurer une gestion adéquate des fonds publics et garantir la redevabilité du gouvernement, contribuant ainsi au respect des droits humains et de l’État de droit.

    Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, a conclu que le contrôle public des activités économiques de l’armée est fondamental non seulement pour le retour à un régime démocratique et la responsabilisation des autorités militaires, mais aussi pour prévenir la perte de ressources publiques due à la corruption. Elle a exhorté les autorités nigériennes à s’engager en faveur de la transparence en divulguant immédiatement des informations financières vérifiables sur les dépenses militaires.

  • La Banque mondiale soutient la résilience sanitaire et l’accès aux soins au Mali

    La Banque mondiale soutient la résilience sanitaire et l’accès aux soins au Mali

    WASHINGTON, 28 juin 2024 – La Banque mondiale a récemment validé un crédit de 100 millions de dollars de l’Association Internationale de Développement (IDA)*. Ce financement stratégique est destiné à appuyer le Mali dans son objectif d’améliorer l’accessibilité et l’utilisation de services de santé essentiels, notamment en matière de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile, adolescente et nutritionnelle (SRMNIA+N) de haute qualité. L’initiative vise également à renforcer significativement la préparation aux urgences sanitaires dans des zones spécifiquement ciblées.

    Baptisé « Keneya Yiriwali », qui signifie « Promouvoir la résilience du système de santé inclusif pour tous au Mali » en Bambara, ce projet adopte une approche de Financement Basé sur les Résultats (FBR). Son ambition est d’optimiser la qualité globale des prestations sanitaires fondamentales, avec un accent particulier sur la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et adolescente, ainsi que sur la nutrition. Cela se fera par l’extension des zones de couverture et l’élévation des niveaux de la pyramide sanitaire. Le programme financera les intrants nécessaires et les versements liés à la performance dans les régions et écoles sélectionnées, en fonction des ressources disponibles, afin d’accroître l’efficacité de la prestation et la disponibilité des services. Cette expansion inclura les régions et communautés vulnérables aux changements climatiques, les hôpitaux régionaux et les infirmeries scolaires. Une attention particulière sera portée à la santé des adolescents, aux situations d’urgence climatique, ainsi qu’à la prévention et à la gestion des pandémies. Enfin, le projet s’attachera à rationaliser la qualité des dépenses dans le secteur de la santé grâce à une gestion budgétaire améliorée, une défragmentation du financement de la santé et la mise en place de systèmes d’information permettant de corréler les budgets et les performances.

    « L’intégration des risques climatiques, tant sur le plan énergétique que dans la gestion des urgences, au sein de l’approche FBR constitue un levier essentiel pour l’amélioration de l’offre de soins qualitatifs aux populations dans le cadre du projet Keneya Yiriwali. Cette initiative s’appuie sur les succès du projet Accélérer les Progrès vers la Couverture Sanitaire Universelle (PACSU), qui a déjà permis d’améliorer considérablement l’accès aux soins, la qualité des services, la disponibilité des médicaments et la satisfaction des patients dans neuf régions administratives du Mali », a précisé Clara de Sousa, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Mali. « Le FBR s’est révélé être un instrument de transformation, renforçant les capacités des infrastructures de santé et stimulant le recrutement local, le développement des équipements et l’aménagement des laboratoires à travers le pays. »

    Le coût global de cette opération de l’IDA s’élève à 125 millions de dollars. Il est cofinancé par le crédit de 100 millions de dollars de l’IDA et une subvention de 25 millions de dollars de la Facilité de financement mondiale (GFF). Cette dernière inclut 15 millions de dollars provenant du gouvernement des Pays-Bas via un cofinancement avec la GFF. Ce partenariat a été déterminant dans la mise en œuvre réussie de l’approche FBR de 2020 à 2024 par l’intermédiaire du PACSU au Mali.

    « En s’appuyant sur un soutien antérieur, la subvention du GFF et le financement conjoint avec le gouvernement des Pays-Bas garantiront une solide harmonisation des efforts au Mali pour optimiser les services de santé destinés aux femmes, aux enfants et aux adolescents », a affirmé Luc Laviolette, chef du secrétariat de la GFF. « Investir dans un système de santé plus robuste et inclusif est crucial pour répondre aux besoins des communautés les plus reculées et les plus vulnérables face au climat. »

    Le projet Keneya Yiriwali bénéficiera principalement aux femmes, aux adolescentes et aux enfants, touchant une population totale estimée à 15,4 millions d’habitants. Parmi eux, 3 millions sont des enfants de moins de 5 ans et 3,4 millions sont des femmes âgées de 15 à 49 ans. Sa zone d’action s’étendra au-delà des régions initialement couvertes par le PACSU (Gao, Mopti, Douentza, Bandiagara, San, Ségou, Koulikoro, Dioïla et Nara) pour inclure de nouvelles régions comme Tombouctou, Bougouni, Koutiala et Sikasso, qui affichent les taux de pauvreté les plus élevés, ainsi que la Commune VI du district de Bamako.

    *L’Association internationale de développement (IDA) est une entité de la Banque mondiale dédiée à l’aide aux nations les plus démunies. Créée en 1960, elle octroie des subventions et des prêts à des taux avantageux ou nuls pour soutenir des initiatives et des programmes visant à stimuler la croissance économique, à atténuer la pauvreté et à améliorer le quotidien des populations les plus vulnérables. L’IDA figure parmi les principaux pourvoyeurs de fonds pour 76 des pays les plus pauvres du globe, dont 39 sur le continent africain. Les ressources de l’IDA ont un impact positif sur la vie de 1,6 milliard de personnes. Depuis sa création, l’IDA a soutenu des actions de développement dans 113 pays, avec des engagements annuels moyens de 21 milliards de dollars au cours des trois dernières années, dont environ 61 % sont alloués à l’Afrique.

  • Niger : la liberté de la presse sous pression, les journalistes face à l’intimidation

    Niger : la liberté de la presse sous pression, les journalistes face à l’intimidation

    La liberté de la presse au Niger est sérieusement compromise, alors que les autorités de transition intensifient les intimidations et les détentions arbitraires de journalistes. Ceux-ci sont particulièrement ciblés lorsqu’ils couvrent le conflit national et les enjeux de sécurité, alerte Amnesty International.

    Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a vu le commandant Abdourahamane Tchiani renverser le président Mohamed Bazoum et prendre la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, l’espace médiatique nigérien s’est considérablement réduit. La peur des représailles pousse de nombreux journalistes à l’autocensure.

    « Ce mépris flagrant pour la liberté d’expression et la liberté de la presse, ainsi que pour le rôle essentiel des journalistes, survient à un moment où la population a un besoin criant d’informations fiables sur le conflit et les actions gouvernementales. Nous exhortons les autorités nigériennes à libérer immédiatement tous les journalistes arrêtés et détenus pour avoir exercé leur droit à l’information ou traité de sujets d’intérêt public sensibles. Elles doivent garantir un environnement où les professionnels des médias peuvent travailler sans crainte de harcèlement, d’intimidation ou de détention », déclare Samira Daoud, Directrice du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

    Le 24 avril 2024, Soumana Maiga, directeur de publication du journal L’Enquêteur, a été interpellé après la parution d’un article sur l’installation présumée d’équipements d’écoute russes dans des bâtiments officiels de l’État. Il est actuellement incarcéré pour « atteinte à la défense nationale », une accusation passible de dix ans de prison.

    Les autorités de transition doivent respecter pleinement leurs obligations légales en matière de droits humains pour tous les citoyens du pays.

    Samira Daoud, Directrice du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre

    Quelques jours auparavant, le 13 avril 2024, Ousmane Toudou, journaliste et ancien conseiller en communication du président déchu, avait également été arrêté. Après le coup d’État de juillet 2023, M. Toudou avait diffusé un appel largement relayé sur les réseaux sociaux, invitant les démocrates à s’opposer à la prise de pouvoir militaire. Malgré l’expiration du délai légal de garde à vue de quatre jours, il n’a toujours pas été présenté à un juge et sera jugé par un tribunal militaire, en dépit des normes internationales qui réservent cette juridiction aux infractions militaires.

    « Nous faisons plus attention à nos écrits pour nous préserver »

    Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en langue haoussa, a été menacée et accusée de vouloir « déstabiliser le Niger » pour ses reportages sur la situation sécuritaire dans la région de Tillabéri, particulièrement affectée par le conflit. Recherchée par les forces de sécurité et ciblée par les partisans du régime sur les réseaux sociaux qui l’accusent d’« influence étrangère », elle a dû fuir le Niger. Son reportage a également entraîné l’arrestation d’Ali Tera, un acteur de la société civile qu’elle avait interviewé. M. Tera a été arrêté le 26 avril 2024 et placé en détention provisoire à la prison civile de Niamey le 29 avril.

    « Le contexte nigérien est devenu extrêmement tendu. Les principes fondamentaux de la liberté de la presse sont bafoués par les nouvelles autorités, et plusieurs de mes confrères et moi-même sommes contraints d’être plus vigilants dans nos écrits pour notre propre sécurité », confie sous couvert d’anonymat le directeur d’un média local à Amnesty International.

    En janvier 2024, la Maison de la Presse, une organisation regroupant divers médias privés et publics du Niger, a été suspendue par les autorités de transition et remplacée par un comité ad hoc sous la direction du secrétaire général du ministère de l’Intérieur.

    « Les droits à la liberté d’expression, d’information et de la presse sont garantis par la législation nationale et les traités internationaux sur les droits humains, tels que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le Niger est signataire. Il est impératif que les autorités de transition honorent leurs obligations légales de respecter, protéger, promouvoir et réaliser les droits humains de tous les citoyens du pays », réaffirme Samira Daoud.

  • Niger post-coup : les libertés fondamentales sous une pression croissante

    Niger post-coup : les libertés fondamentales sous une pression croissante

    Depuis le putsch militaire survenu le 26 juillet 2023, les instances dirigeantes du Niger ont procédé à l’incarcération arbitraire de dizaines d’anciens hauts fonctionnaires et ont violemment réprimé les médias critiques ainsi que toute forme de contestation pacifique. C’est ce qu’ont révélé conjointement Human Rights Watch et Amnesty International. Ces organisations appellent les autorités à libérer sans délai toute personne emprisonnée pour des motifs politiques et à garantir le respect des droits à une procédure légale équitable.

    Le 26 juillet, le Général Abdourahmane Tiani, à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) autoproclamé, a orchestré le renversement du gouvernement du Président Mohamed Bazoum. Depuis cet événement, le Président Bazoum, son épouse et leur fils sont retenus au palais présidentiel de Niamey, la capitale. Parallèlement, d’autres personnalités gouvernementales ont été arrêtées. Les nouvelles autorités sont également accusées de menacer, harceler, intimider et détenir arbitrairement des journalistes, des jeunes et des opposants politiques présumés, ainsi que toute personne exprimant des opinions divergentes.

    « Les arrestations arbitraires et les atteintes flagrantes à la liberté d’expression perpétrées par les autorités nigériennes engagent le pays sur une trajectoire périlleuse en matière de droits humains. »

    Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch.

    « Il est impératif que les autorités mettent fin aux détentions injustifiées, respectent scrupuleusement les droits humains et assurent l’indépendance de la presse. »

    En réaction au coup d’État, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a imposé, dès le 30 juillet, la fermeture des frontières avec le Niger, a suspendu toutes les transactions commerciales et financières, et a brandi la menace d’une intervention militaire si le CNSP ne rétablissait pas Mohamed Bazoum au pouvoir. Le 10 août, la CEDEAO a renforcé ses sanctions, incluant des interdictions de voyager et des gels d’avoirs, ciblant les putschistes et le pays. L’Union africaine, le 22 août, a suspendu la participation du Niger à ses instances, tout en exprimant des réserves quant à une éventuelle intervention armée ouest-africaine, privilégiant une approche pacifique pour un « retour à l’ordre constitutionnel ».

    Le 11 octobre, les autorités nigériennes ont sommé la Coordinatrice résidente des Nations Unies, Louise Aubin, de quitter le territoire sous 72 heures. Cette décision faisait suite à des accusations de « sabotage » portées contre le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, pour avoir exclu le Niger de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre.

    Depuis le renversement du régime, plusieurs anciens responsables gouvernementaux ont été arbitrairement interpellés, parmi lesquels Sani Mahamadou Issoufou (ancien ministre du Pétrole), Hamadou Adamou Souley (ancien ministre de l’Intérieur), Kalla Moutari (ancien ministre de la Défense) et Ahmad Jidoud (ancien ministre des Finances). En septembre, ces individus ont été transférés dans les prisons de Filingué Say, Kollo (région de Tillaberi) et Niamey, puis inculpés d’« atteinte à la sûreté de l’État » devant un tribunal militaire, malgré leur statut civil, en violation flagrante des garanties de procédure régulière. Amnesty International et Human Rights Watch qualifient ces détentions d’arbitraires, les considérant comme politiquement motivées.

    Human Rights Watch a exprimé de vives préoccupations concernant la sécurité et le bien-être de Mohamed Bazoum et de sa famille. Les deux organisations, Human Rights Watch et Amnesty International, insistent sur la nécessité pour les autorités d’assurer leur protection et de respecter leurs droits fondamentaux. Le 13 août, une intention de poursuivre Bazoum pour « haute trahison » et atteinte à la sécurité nationale a été annoncée, mais aucune comparution devant un juge n’a eu lieu à ce jour. Le 18 septembre, Mohamed Bazoum a saisi la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja (Nigeria), dénonçant des violations de ses droits humains et de ceux de sa famille durant leur captivité, et réclamant sa réintégration immédiate en tant que président du Niger. Le 3 octobre, Salem Mohamed Bazoum, fils du président déchu, a contesté la légalité de sa détention devant le tribunal de grande instance de Niamey. Le 6 octobre, le tribunal a ordonné sa libération. Cependant, cette décision judiciaire n’a pas été appliquée par le CNSP. Dans un communiqué du 20 octobre, les avocats de Bazoum ont affirmé que lui, son épouse et son fils étaient détenus au secret, réfutant les allégations des dirigeants militaires selon lesquelles il aurait tenté de s’évader.

    Des membres d’organisations médiatiques et des journalistes ont confié à Human Rights Watch et Amnesty International qu’ils subissaient une pression accrue dans l’exercice de leurs fonctions depuis le coup d’État, ainsi que des intimidations, incluant menaces de violence et surveillance de la part d’agents gouvernementaux et d’autres acteurs.

    Après le putsch, des journalistes locaux et internationaux ont été la cible de menaces, de harcèlement verbal en ligne et d’agressions physiques. Le 3 août, le CNSP a suspendu indéfiniment les émissions des chaînes d’information internationales Radio France Internationale et France 24.

    « L’autocensure est devenue une stratégie de survie pour beaucoup d’entre nous, surtout ceux qui ont pris leurs distances avec les positions et les actions des nouvelles autorités, » a témoigné un journaliste nigérien auprès de Human Rights Watch. « Les journalistes évitent désormais d’aborder les sujets sensibles, tels que les droits humains. »

    Le 30 septembre, des individus se présentant comme des membres des forces de sécurité ont interpellé Samira Sabou, blogueuse et journaliste, au domicile de sa mère à Niamey. « Des hommes en civil, affirmant appartenir aux forces de sécurité, sont venus arrêter Samira, » a rapporté son mari à Amnesty International. « Ils lui ont mis une cagoule sur la tête avant de l’emmener. » Le lieu de sa détention est resté inconnu pendant sept jours. La police judiciaire de Niamey a initialement nié son arrestation, mais le 7 octobre, elle a été transférée à la brigade criminelle de Niamey, où son avocat et son mari ont pu lui rendre visite. Le 11 octobre, elle a été inculpée de « production et diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public » et libérée en attente de son procès.

    Samira Sabou avait déjà été arrêtée par le passé pour ses activités journalistiques. En 2022, elle a écopé d’une peine d’un mois de prison avec sursis pour ses reportages sur le trafic de drogue au Niger, et en 2020, elle a été arbitrairement détenue pendant 48 jours pour cybercriminalité.

    Les autorités ont également réduit au silence les voix dissidentes. Un décret du 22 août, signé par Tiani, le chef militaire du Niger, a prononcé sans explication la révocation de six universitaires et fonctionnaires d’État. La veille, ces personnes, avec d’autres universitaires, avaient signé une pétition se désolidarisant d’une déclaration du 1er août du Syndicat national des enseignants et chercheurs qui apportait son soutien au CNSP. Le 3 octobre, Samira Ibrahim, une influenceuse connue sous le pseudonyme « Precious Mimi », a été condamnée à six mois de prison avec sursis et à une amende de 300 000 francs CFA (environ 480 dollars américains) pour avoir « produit des données susceptibles de troubler l’ordre public ». Son inculpation faisait suite à une publication sur Facebook évoquant le refus de l’Algérie de reconnaître le nouveau gouvernement nigérien.

    Après le coup d’État, des partisans du CNSP, parfois organisés en comités d’autodéfense, ont perpétré des actes de violence contre des membres du parti de Bazoum, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), et d’autres opposants. Ces violences pourraient avoir été exacerbées par les tensions politiques liées à une potentielle intervention militaire de la CEDEAO.

    Le 27 juillet, des sympathisants du nouveau régime ont saccagé et incendié le siège du PNDS à Niamey. Ils ont également détruit des dizaines de véhicules et agressé physiquement plusieurs membres du parti qui s’y étaient rassemblés. « Un jeune homme m’a frappée avec un bâton, tandis qu’un autre m’agrippait les seins », a témoigné une femme. Des témoins ont rapporté que les forces de sécurité n’avaient pas agi de manière adéquate pour prévenir ces violences.

    En août, de jeunes membres de groupes d’autodéfense soutenant le coup d’État ont commis des agressions sexuelles sur plusieurs femmes lors de patrouilles illégales aux principaux carrefours de Niamey, selon les rapports de la police et de la Ligue nigérienne des droits de la femme. Au moins quatre victimes ont déposé plainte auprès de la police nigérienne contre leurs agresseurs, mais à ce jour, aucune inculpation n’a été prononcée pour ces crimes.

    Le CNSP a suspendu la constitution du Niger, mais a promis de respecter l’état de droit, la « démocratie pluraliste » et les droits et libertés garantis par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Niger est signataire, assure le droit à la liberté d’expression et proscrit les arrestations ou détentions arbitraires.

    « Le Niger se trouve à un moment crucial de son histoire », a affirmé Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    La liberté d’expression, la dissidence et l’indépendance de la presse sont des piliers essentiels pour la jouissance des autres droits et pour l’obligation de rendre des comptes qui incombe au gouvernement. Les autorités militaires de transition doivent agir avec détermination pour mettre un terme aux menaces, au harcèlement, à l’intimidation, aux arrestations et aux violences croissantes visant les journalistes, les médias et les opposants nigériens, et prendre des mesures efficaces pour respecter, protéger, promouvoir et concrétiser les droits de tous les citoyens du pays.

    Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale
  • Liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso : un collectif appelle à la fin des intimidations

    Liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso : un collectif appelle à la fin des intimidations

    Sous l’impulsion de Reporters sans frontières (RSF), près d’une trentaine d’organisations médiatiques et de défense des droits humains ont conjointement adressé une lettre ouverte aux autorités du Mali et du Burkina Faso, ainsi qu’aux instances régionales et internationales. Leur objectif est de réclamer la cessation immédiate des atteintes à la liberté de la presse dans ces nations ouest-africaines.

    RSF a orchestré cette mobilisation d’une trentaine de médias et d’associations œuvrant pour les droits humains afin de défendre activement la liberté d’informer au Mali et au Burkina Faso. Dans leur communication officielle, ils interpellent les dirigeants de ces deux pays, les institutions régionales et la communauté mondiale pour exiger la fin des pressions et intimidations ciblant les journalistes, qu’ils soient locaux ou étrangers. Ils insistent également sur le respect des engagements internationaux pris par ces nations en matière de liberté d’expression et de presse, en particulier la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

    Cette démarche solidaire souligne l’importance primordiale de la protection et de la promotion de la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso. À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, il est crucial que les autorités de ces deux États en saisissent pleinement la signification et prennent sans délai les mesures nécessaires pour garantir que chaque journaliste puisse exercer sa profession sans craindre de représailles.

    Sadibou Marong
    Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF

    Parmi les signataires figurent des médias nationaux comme Joliba Tv News au Mali et Lefaso.net au Burkina Faso, ainsi que des organisations majeures dédiées à la défense de la liberté de la presse et des droits des journalistes. On retrouve notamment la Fédération des Journalistes Africains (FAJ), l’Union Internationale de la Presse Francophone (UPF) et la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA), aux côtés de plusieurs médias internationaux.

    Sans surprise, le Mali et le Burkina Faso ont enregistré une chute dans le récent Classement mondial de la liberté de la presse, publié le 3 mai 2023. Le Burkina Faso est désormais classé 58e et le Mali 113e sur 180 pays évalués.

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    Lettre ouverte pour la protection des journalistes et la défense de la liberté d’expression et de la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso

    • Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine,
    • Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO,
    • Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’UEMOA,
    • Monsieur le Président de la Commission de l’Union africaine,
    • Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO,
    • Monsieur le Président de la Commission de l’UEMOA,
    • Monsieur le Président du Parlement panafricain,
    • Monsieur le Secrétaire général de l’ONU,
    • Monsieur le Président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU,
    • Madame la Directrice générale de l’UNESCO,
    • Madame la Secrétaire générale de l’OIF,
    • Mesdames et Messieurs les Présidents des instances de régulation des médias des 15 pays de la CEDEAO,
    • Monsieur le Président du Réseau francophone des régulateurs des médias,
    • Monsieur le Président de la Plateforme des régulateurs de l’audiovisuel des pays membres de l’UEMOA et de la Guinée,
    • Mesdames et Messieurs les ministres de la Communication des 15 pays de la CEDEAO,
    • Monsieur le Président de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR),

     

    Les menaces pesant sur la liberté d’expression et la presse sont alarmantes au Burkina Faso. Des appels au meurtre de journalistes et leaders d’opinion, des intimidations ciblant la presse nationale, des campagnes de désinformation contre des reporters, la suspension des médias internationaux RFI et France 24, ainsi que l’expulsion des correspondants des journaux français Libération et le Monde, témoignent d’une situation critique. Les décisions prises par les autorités burkinabè, particulièrement ces derniers mois, compromettent gravement le droit fondamental des citoyens à une information libre. L’accès à l’information est un pilier essentiel de la liberté.

    Au Mali, la situation n’est guère meilleure, avec une multiplication des pressions et intimidations envers les journalistes et les figures d’opinion. Le 20 février 2023, la Maison de la presse de Bamako a été vandalisée. Le 13 mars, le chroniqueur radio Mohamed Youssouf Bathily, connu sous le nom de Ras Bath, a été incarcéré et inculpé pour avoir dénoncé l’assassinat de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga.

    Le 15 mars, Rokia Doumbia, alias « Rose vie chère », a été arrêtée après avoir communiqué sur la hausse des prix et « l’échec » de la transition. Le 6 avril, le journaliste Aliou Touré a été enlevé par des individus armés et masqués, avant d’être retrouvé libre quatre jours plus tard. La presse internationale n’est pas épargnée non plus.

    En février 2022, un reporter de Jeune Afrique a été expulsé de Bamako. Un mois plus tard, RFI et France 24 ont été coupées sur l’ensemble du territoire malien. De novembre à décembre 2022, la chaîne Joliba TV a été suspendue par la Haute Autorité de la Communication (HAC) suite à la diffusion d’un éditorial jugé critique envers le pouvoir.

    Au Burkina Faso comme au Mali, ces agressions sont amplifiées sur les réseaux sociaux par des « influenceurs » soutenant les régimes militaires. Ces derniers se posent en justiciers et menacent de mort les journalistes et leaders d’opinion perçus comme trop indépendants. La violence s’accompagne désormais d’une vague de « fake news » inondant les plateformes, comme l’a souligné le quotidien burkinabè L’Observateur Paalga en évoquant l’instauration d’un « régime de terreur ». Les principales victimes de ces actions sont les populations malienne et burkinabè, privées d’un débat démocratique éclairé.

    Face à la grave crise sécuritaire qui touche ces deux pays, les journalistes, essentiels à l’information des citoyens, sont conscients de leurs responsabilités. Ils appréhendent la complexité du contexte politique, géopolitique et militaire, et subissent eux-mêmes les lourdes conséquences de cette crise. Comme tous les citoyens, ils aspirent à un retour rapide à la paix. Cependant, la lutte contre le terrorisme ne doit en aucun cas servir de prétexte pour imposer une nouvelle norme de l’information et restreindre les droits fondamentaux des populations malienne et burkinabè à rechercher et obtenir des informations via des médias professionnels et indépendants.

    Au Burkina Faso, la situation des journalistes est devenue si précaire que même l’instance de régulation en est préoccupée. Dans un communiqué du 29 mars 2023, le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) « constate avec regret la récurrence des menaces proférées à l’endroit d’organes de presse et d’acteurs des médias ». Le CSC exhorte les autorités burkinabè à « prendre les mesures idoines pour assurer la sécurité des médias et des journalistes dans l’exercice de leur profession ». De son côté, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, s’est dit « profondément troublé » par la situation des médias au Burkina Faso, ajoutant que « en cette période de transition, la protection des voix indépendantes est plus nécessaire que jamais ».

    Le 20 février, Alioune Tine, l’expert indépendant des Nations Unies sur les droits de l’homme au Mali, a exprimé sa « vive préoccupation face au rétrécissement de l’espace civique, de la liberté d’expression et d’association » dans le pays.

    Forts de ces constats, nous, signataires de cette lettre ouverte :

    • Exhortons les autorités du Mali et du Burkina Faso à mettre un terme à toutes les mesures portant atteinte à la liberté de la presse.
    • Soulignons l’absence de protection de la part des forces de sécurité et le silence de la justice face aux campagnes d’intimidation et aux menaces de mort visant les journalistes de ces deux pays. Tout en respectant l’indépendance judiciaire, nous appelons les procureurs et officiers de police judiciaire à une plus grande réactivité face à ces actes répréhensibles par le droit pénal.
    • Demandons aux autorités de ces deux pays de garantir la protection et la sécurité de tous les professionnels des médias victimes de menaces, intimidations, harcèlement et agressions physiques.
    • Demandons aux autorités d’ouvrir des enquêtes impartiales, efficaces et indépendantes pour élucider les abus commis contre les journalistes, identifier les responsables et les traduire en justice.
    • Appelons les deux gouvernements à respecter les obligations internationales qu’ils ont signées et ratifiées concernant la liberté d’expression et de la presse, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
    • Appelons les responsables nationaux et les instances panafricaines et internationales destinataires de cette lettre ouverte à soutenir cette démarche au plus haut niveau : l’accès à l’information est un droit fondamental des peuples. À la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, il est essentiel de le défendre et de le protéger.

    SIGNATAIRES

    1. AfrikaJom Center

    2. Association des Journalistes du Burkina Faso (AJB)

    3. Association des Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL Sénégal)

    4. Cellule Norbert Zongo pour le Journalisme d’Investigation (CENOZO)

    5. Centre National de la Presse Norbert Zongo (CNP-NZ Burkina Faso)

    6. Courrier confidentiel (Burkina Faso)

    7. Fédération des Journalistes Africains (FAJ)

    8. Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)

    9. Fédération Internationale pour les Droits de l’Homme (FIDH)

    10. France 24 (France)

    11. Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA)

    12. Human Rights Watch (HRW)

    13. International Press Institute (IPI)

    14. Jeune Afrique (France)

    15. Joliba TV News (Mali)

    16. Le Pays (Burkina Faso)

    17. Le Monde (France)

    18. Lefaso.net (Burkina Faso)

    19. Le Reporter (Burkina Faso)


    20. L’Événement (Burkina Faso)

    21. Libération (France)

    22. L’Observateur Paalga (Burkina Faso)

    23. Radio France Internationale (France)

    24. Reporters sans frontières (RSF)

    25. Société des Editeurs de la Presse Privée du Burkina Faso (SEP)

    26. Omega Médias (Burkina Faso)

    27. Union Internationale de la Presse Francophone (UPF)

    28. Union des Journalistes d’Afrique de l’Ouest (UJAO)

    29. 24heures.bf (Burkina Faso)

    30. Wakat Sera (Burkina Faso)