La frontière entre le Mali et le Burkina Faso n’a jamais été aussi instable qu’aujourd’hui. Une série de combats d’une intensité inédite oppose désormais le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, à l’État islamique au Sahel (EIS), révélant une rupture stratégique dans la gestion de la menace jihadiste par les juntes militaires.
Un basculement brutal dans la zone frontalière
Les affrontements récents entre le JNIM et l’EIS marquent un tournant dans le conflit sahélien. Ces deux groupes, bien que partageant une idéologie commune, se livrent désormais une guerre ouverte pour le contrôle des territoires, des ressources et des populations. Résultat : des zones entières basculent dans un chaos où l’autorité de l’État s’efface face à la loi des armes.
Les populations locales, prises en étau, subissent des déplacements massifs et une insécurité chronique. Les axes routiers, autrefois protégés, sont devenus des zones de non-droit où les groupes armés imposent leurs règles, mettant à mal les promesses de reconquête territoriale des juntes militaires.
Les juntes militaires face à l’échec cuisant de leur stratégie
Au Mali et au Burkina Faso, les régimes issus des coups d’État de 2020 et 2022 avaient fait de la restauration de l’ordre et de la souveraineté leurs priorités absolues. Pourtant, plusieurs années après leur accession au pouvoir, les résultats sont décevants. Malgré les déclarations triomphalistes et les opérations militaires affichées, les groupes jihadistes continuent de s’affronter et de prospérer.
À Bamako comme à Ouagadougou, les régimes en place peinent à justifier leur incapacité à protéger les citoyens. Les populations des régions frontalières, où les combats entre le JNIM et l’EIS se multiplient, vivent dans un climat de terreur permanent, loin des discours rassurants des dirigeants.
Une rivalité jihadiste aux conséquences dramatiques
Les affrontements entre le JNIM et l’EIS ne sont pas anodins : ils révèlent une mutation profonde du paysage sécuritaire. Ces deux groupes, autrefois alliés dans leur lutte contre les États, se déchirent désormais pour étendre leur influence. Les populations locales, souvent contraintes de choisir entre deux feux, deviennent des cibles privilégiées.
Les conséquences sont immédiates : villages abandonnés, marchés fermés, écoles désertées. Les moyens de subsistance disparaissent, et l’espoir d’un retour à la normale s’éloigne chaque jour un peu plus. Pour les juntes militaires, cette situation représente un échec cuisant, remettant en cause leur légitimité et leur capacité à gouverner.
L’impuissance des États sahéliens face à la fragmentation du pouvoir
La crise actuelle dépasse la simple rivalité entre deux groupes armés. Elle illustre l’incapacité des États sahéliens à rétablir un contrôle durable sur leurs territoires. Malgré des moyens militaires importants et des discours fermes, les juntes peinent à imposer leur autorité face à des groupes qui agissent avec une redoutable efficacité.
Les causes de cet échec sont multiples : manque de coordination entre les forces armées, déficit de renseignements fiables, absence de présence administrative dans les zones reculées. Les populations, livrées à elles-mêmes, n’ont souvent d’autre choix que de se soumettre aux groupes armés pour survivre.
Vers une recomposition géographique et politique du Sahel ?
Les combats entre le JNIM et l’EIS pourraient redessiner durablement la carte du Sahel. Si les groupes armés continuent de gagner du terrain, les États sahéliens risquent de perdre définitivement leur souveraineté sur certaines régions. Les juntes militaires, confrontées à cette réalité, doivent désormais faire face à une question cruciale : comment inverser la tendance avant qu’il ne soit trop tard ?
Pour les populations, la réponse ne peut plus attendre. Les promesses de sécurité et de reconquête territoriale, maintes fois répétées, doivent enfin se concrétiser. Sinon, c’est toute la crédibilité des régimes en place qui sera définitivement ébranlée.