Mali : Africa Corps et l’impasse des violences malgré le départ de Wagner

Au Mali, le remplacement des Forces pro-russes Wagner par Africa Corps en juin 2025 n’a pas mis fin aux exactions contre les civils. Dans son dernier rapport, l’Amnesty International dénonce toujours des meurtres, des tortures, des disparitions et une impunité totale. Après deux ans de transition, l’organisation s’interroge : ce changement structurel a-t-il vraiment amélioré la protection des populations ?

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Un rapport accablant sur les opérations militaires actuelles

Entre juin 2023 et décembre 2025, au moins 34 civils ont été tués lors d’opérations militaires menées conjointement par les Forces armées maliennes et d’anciens membres de Wagner, désormais intégrés à Africa Corps. Les témoignages recueillis évoquent des exécutions sommaires, des égorgements et des brûlures de détenus. Certaines frappes de drones, comme celle du 16 mars 2025 au marché d’Ejdeir (16 morts), ou celle de novembre 2025 à Tangata (7 morts), n’auraient visé aucun objectif militaire selon l’organisation. Ces éléments soulèvent de graves questions sur le respect du droit international et la responsabilité des commandants.

L’Amnesty International rappelle que les attaques contre des civils ou des biens de caractère civil constituent des crimes de guerre si elles sont intentionnelles ou résultent d’un manque de précaution. Pourtant, aucune enquête sérieuse n’aurait été menée pour identifier les auteurs de ces actes.

Torture et détentions arbitraires : le quotidien des populations cibles

Les pratiques de torture et les conditions de détention dans les lieux comme Léré et Nampala restent un fléau. Quinze survivants ont déclaré avoir subi des simulations de noyade, des électrocutions, des coups avec des barres de fer ou des crosses de fusil, ainsi que des violences sexuelles. Cinq personnes seraient mortes des suites de ces sévices. D’autres détenus auraient été privés de contact avec l’extérieur pendant des mois, sans accès à un avocat ni à un juge.

Le rapport indique que des militaires maliens ont participé à ces interrogatoires aux côtés de mercenaires russes, sans intervention pour stopper les violences. L’absence de contrôles indépendants et de procédures disciplinaires aggrave l’impunité des auteurs présumés.

Les communautés peules, arabes et touarègues en première ligne

Les communautés peules, arabes et touarègues sont particulièrement exposées. Accusées de collaboration avec des groupes armés comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, elles subissent des représailles collectives, des pillages de bétail et de biens, ainsi que des destructions de propriétés. Ces exactions aggravent une situation humanitaire déjà critique, marquée par des déplacements massifs et une insécurité chronique.

L’Amnesty International insiste : la lutte contre le terrorisme ne peut justifier ni les persécutions communautaires ni les violences aveugles. La protection des civils doit primer, quelles que soient les circonstances.

Africa Corps : un changement cosmétique plutôt qu’une rupture

Officiellement déployé en janvier 2025 et devenu opérationnel en juin de la même année, Africa Corps est présenté comme une alternative à Wagner. Pourtant, les allégations récentes, comme celles de juillet 2026 à Bombori – où 80 hommes peuls auraient été battus et interrogés, avec six exécutions lors d’une tentative de fuite –, révèlent une continuité des méthodes plutôt qu’une amélioration. Les mécanismes de contrôle et la responsabilité des autorités maliennes restent flous, notamment concernant la coopération avec Moscou.

L’organisation souligne que la transition vers Africa Corps n’a pas apporté les garanties attendues en matière de respect des droits humains, ni de transparence sur les accords militaires signés entre le Mali et la Russie.

L’impunité, principal obstacle à la justice

Depuis 2023, aucune procédure judiciaire n’aurait été engagée contre des membres des forces gouvernementales pour des violations des droits humains. Cette impunité persistante détourne les victimes de porter plainte et complique la documentation des abus, en raison de l’accès restreint aux zones affectées. L’Amnesty International exige des enquêtes indépendantes, la poursuite des responsables présumés et une plus grande transparence sur les opérations menées avec Africa Corps.

Pour l’organisation, la lutte contre les groupes armés ne peut se faire au prix des droits fondamentaux. Toute personne impliquée dans des exactions doit répondre de ses actes devant la justice, sous peine de voir les violences perdurer.

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