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  • Mali : massacre de civils par l’armée et des miliciens dans le centre du pays

    Mali : massacre de civils par l’armée et des miliciens dans le centre du pays

    Violences dans la région de Ségou : l’armée et les milices dozos accusées de meurtres ciblés

    Des massacres de civils ont été perpétrés les 2 et 13 octobre dans deux villages de la région de Ségou, au Mali. Selon les investigations menées par une organisation internationale, l’armée malienne et des milices alliées, dont les dozos, seraient responsables de ces exactions ayant fait au moins 31 morts et des destructions importantes de biens.

    Des attaques ciblées contre des villages sous influence djihadiste

    Le 2 octobre, des soldats maliens accompagnés de miliciens dozos ont pris d’assaut le village de Kamona. Les assaillants, équipés de véhicules blindés et de pick-ups, ont exécuté sommairement au moins 21 hommes avant d’incendier une dizaine d’habitations. Les survivants ont rapporté que ces violences s’inscrivaient dans une logique de représailles contre des accusations de collaboration avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.

    Quinze jours plus tard, le 13 octobre, une opération similaire a visé le village de Balle, situé à environ 55 kilomètres de Kamona. Neuf hommes et une femme ont été tués, tandis que plus de 100 têtes de bétail ont été volées. Les témoins ont décrit des scènes de violence extrême, avec des corps criblés de balles et des habitations réduites en cendres.

    Des accusations de crimes de guerre et des appels à la justice

    Une organisation de défense des droits humains a dénoncé ces actes, soulignant l’absence de distinction entre civils et combattants présumés. « Les autorités maliennes doivent diligenter une enquête transparente et impartiale pour faire la lumière sur ces atrocités et sanctionner les responsables », a déclaré une responsable de cette ONG. Les investigations menées par l’organisation incluent des entretiens avec des survivants, des chefs communautaires et des journalistes.

    Les dozos, miliciens traditionnels principalement issus de l’ethnie bambara, agissent en soutien à l’armée depuis une décennie. Leur présence, couplée à celle des forces régulières, a été identifiée par les victimes grâce à leurs tenues distinctives : camouflage militaire pour les soldats et vêtements traditionnels avec amulettes pour les miliciens.

    Un contexte de tensions accrues dans le centre du Mali

    Ces massacres surviennent dans un contexte de crise sécuritaire exacerbée par les offensives du GSIM, qui multiplie les attaques contre les forces de sécurité et les infrastructures civiles. En août, une usine sucrière stratégique avait notamment été visée, illustrant l’ampleur des hostilités dans la région.

    Les habitants de Balle ont expliqué vivre sous le contrôle du GSIM depuis des années, payant une taxe islamique et réglant leurs litiges via les djihadistes. « L’armée ne fait pas la différence entre nous et les terroristes », a témoigné un villageois, dénonçant une stigmatisation généralisée des populations locales.

    Un conflit aux conséquences humanitaires dramatiques

    Depuis 2012, le conflit au Mali a causé la mort de milliers de civils et déplacé plus de 400 000 personnes. Les deux camps, forces armées maliennes et groupes djihadistes, sont régulièrement pointés du doigt pour des violations graves du droit international humanitaire. L’article 3 commun aux Conventions de Genève interdit notamment les attaques contre les civils et les traitements cruels.

    Malgré le retrait du Mali de la Cour pénale internationale (CPI) en 2025, le pays reste sous juridiction de cette institution jusqu’en 2026. Une enquête sur les crimes de guerre présumés commis depuis 2012 y est toujours en cours.

    Des réactions internationales timides face à l’escalade

    L’Union africaine (UA) est critiquée pour son inaction face à l’aggravation de la crise. Une responsable de l’ONG a appelé le Conseil de paix et de sécurité de l’UA à prioriser ce dossier, réclamant des mesures diplomatiques renforcées et une coordination internationale pour lutter contre l’impunité.

  • Mali : la pénurie de carburant paralyse l’assistance humanitaire

    Mali : la pénurie de carburant paralyse l’assistance humanitaire

    Le Mali traverse une période critique où l’approvisionnement énergétique devient un obstacle majeur pour les secours. Un blocus imposé par des groupes armés sur des axes routiers essentiels aggrave la crise humanitaire au Mali, paralysant les interventions de l’ONU et affectant lourdement une population déjà confrontée à l’insécurité et à la précarité alimentaire.

    D’après les données fournies par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), les difficultés pour obtenir du carburant freinent considérablement les déploiements dans le centre et le sud du pays. Des localités comme Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara sont particulièrement touchées. Ces zones sont stratégiques puisqu’elles assurent la liaison entre Bamako et les régions septentrionales, là où l’instabilité est la plus forte.

    En conséquence, de nombreuses organisations ont dû restreindre leurs activités. Les cliniques mobiles, par exemple, ne peuvent plus s’éloigner de plus de dix kilomètres de leurs points d’attache. Entre les restrictions de circulation, les risques de braquages et les contrôles intempestifs, plusieurs programmes ont été mis en pause.

    Depuis le mois de septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, entrave les importations de pétrole venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Pour ce pays enclavé, ces routes sont vitales. Ce blocus s’étend désormais jusqu’à Bamako, plongeant la nation dans une double crise énergétique et sociale.

    Léré isolée du reste du pays

    Dans la zone de Tombouctou, la commune de Léré, située non loin de la frontière avec la Mauritanie, subit des restrictions d’accès sévères depuis la fin du mois d’octobre. Cette pression exercée par les groupes armés a provoqué d’importants mouvements de populations cherchant refuge dans des secteurs plus cléments.

    Le dernier rapport de l’OCHA souligne qu’en dehors des équipes déjà installées sur place, aucun nouvel acteur humanitaire ne peut pénétrer dans la ville. Le document recense une cinquantaine d’incidents liés à l’accès au cours du mois d’octobre, marquant une hausse de 13 % par rapport au mois précédent. Les engins explosifs restent un danger permanent. De plus, des enlèvements et des agressions directes contre les travailleurs humanitaires ont été signalés, notamment vers Ségou et Gao.

    La logistique est également endeuillée : à Douentza, deux agents ont péri lors d’un accident de navigation sur le fleuve Niger. Ces drames, couplés au manque de ressources énergétiques, rendent l’accès aux populations vulnérables de plus en plus aléatoire.

    Une gouvernance sous tension

    Cette dégradation s’inscrit dans un cadre politique complexe. Le général Assimi Goïta, au pouvoir depuis 2020, a renforcé son contrôle sur l’État en reportant les échéances électorales et en interdisant les partis politiques en 2025. Une législation récente lui permet même de se maintenir à la tête du pays jusqu’à une hypothétique stabilisation totale.

    Cette situation est suivie de près par les instances internationales, notamment dans le cadre de la politique nigérienne et régionale, alors que les libertés publiques s’amenuisent. Des figures politiques, comme l’ex-Premier ministre Moussa Mara, ont été emprisonnées, illustrant une répression accrue contre toute forme de contestation. Parallèlement, les exactions attribuées aux différentes parties au conflit, incluant Daech et le GSIM, se multiplient près des frontières avec le Burkina Faso et le Niger, alimentant régulièrement le flux de Niger actualité.

    Aujourd’hui, environ 6,4 millions de Maliens nécessitent une aide d’urgence. Le pays compte des centaines de milliers de déplacés internes et de réfugiés. Selon l’ONU, le Mali figure désormais parmi les zones de faim les plus préoccupantes au monde, au même titre que le Soudan ou le Yémen.

    Des réfugiés ayant fui les violences au Burkina Faso ont trouvé refuge à Soucoura, au Mali, en mars 2024.

    L’urgence des réfugiés au niveau des frontières

    Dans le secteur de Koro, la pression migratoire est à son comble. L’arrivée massive de plus de 50 000 citoyens burkinabés a doublé la population de réfugiés dans cette zone frontalière. Pour faire face à cette situation, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) a renforcé sa présence locale afin de mieux coordonner les secours.

    Le territoire malien accueille actuellement plus de 150 000 personnes ayant fui les combats au Burkina Faso et au Niger. Ces populations, prises entre les attaques terroristes et les opérations militaires, symbolisent l’urgence d’une réponse régionale coordonnée, alors que l’actu Niger et l’instabilité au Sahel continuent de dominer les préoccupations humanitaires.

  • Junte burkinabè : la lutte contre la corruption frappe les douaniers et magistrats

    Junte burkinabè : la lutte contre la corruption frappe les douaniers et magistrats

    La junte du Burkina Faso engage des poursuites contre les acteurs d’un vaste réseau de corruption

    Au Burkina Faso, la lutte contre la corruption franchit une nouvelle étape. Une instance gouvernementale spécialement créée en 2024, le Korag, vient de révéler les détails d’une affaire de racket systématique impliquant des douaniers et des magistrats. Cette enquête, ouverte il y a quatre ans, met en lumière des pratiques illégales ayant touché des transporteurs routiers souhaitant faciliter le passage de leurs marchandises.

    Selon les informations communiquées par le Korag, les preuves accumulées sont accablantes. Plusieurs douaniers ont été pris en flagrant délit, comme en témoignent des vidéos et des témoignages recueillis. De plus, des sommes importantes en liquide ont été saisies dans leurs bureaux et domiciles, confirmant l’ampleur des détournements.

    Un système judiciaire infiltré par la corruption

    Malgré les preuves évidentes, les douaniers accusés avaient bénéficié d’un non-lieu, une décision contestée par la junte. Cette dernière accuse un avocat et dix magistrats de la cour d’appel de Ouagadougou d’avoir perçu des pots-de-vin pour influencer les procédures judiciaires. Ces hauts responsables seraient même allés jusqu’à révéler l’identité des témoins à charge, mettant en péril leur sécurité.

    Le Korag dénonce une « mascarade judiciaire » et un « dysfonctionnement grave » au sein de la chaîne judiciaire. Ces manquements ont conduit à l’arrestation récente des magistrats impliqués. La junte a réaffirmé sa détermination à sanctionner les responsables, y compris par des poursuites pénales, tout en garantissant la protection des témoins.

    Des mesures strictes pour rétablir la confiance

    Face à cette crise, les autorités burkinabè s’engagent à renforcer les contrôles internes et à appliquer une tolérance zéro envers les actes de corruption. Le Korag, dont la mission est de superviser la vision stratégique du pays pendant la transition, a joué un rôle clé dans cette affaire. Ses investigations ont permis de révéler un réseau de complicité touchant plusieurs institutions.

    Cette affaire illustre les défis auxquels le Burkina Faso doit faire face pour restaurer l’intégrité de ses institutions publiques. Les autorités promettent des actions rapides pour garantir que justice soit rendue et que les responsables soient tenus pour compte.

  • Burkina Faso : la justice sous les projecteurs, des magistrats poursuivis pour corruption

    Burkina Faso : la justice sous les projecteurs, des magistrats poursuivis pour corruption

    Le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré a mis au jour un « vaste réseau d’agents indélicats » au sein de la cour d’appel de Ouagadougou. Une dizaine de magistrats, interpellés en octobre, sont désormais inculpés pour avoir influencé des décisions judiciaires en échange de rétributions financières.

    Burkina Faso : une dizaine de hauts magistrats poursuivis pour corruption, selon le régime

    Dysfonctionnements majeurs au sein du système judiciaire burkinabè

    Selon un communiqué officiel, une dizaine de hauts magistrats du Burkina Faso, incluant des présidents de chambre, un procureur général et un juge d’instruction, font l’objet de poursuites pour corruption. Ces arrestations, réalisées en octobre, sont le résultat d’une série d’auditions qui ont exposé un « vaste réseau d’agents indélicats » au sein de la cour d’appel de Ouagadougou. Le capitaine Farouk Azaria Sorgho, porte-parole du Korag – l’organe chargé de la « révolution progressive populaire » du régime militaire – a confirmé ces révélations.

    Enjeux financiers considérables et décisions judiciaires controversées

    Le porte-parole a souligné que « d’importantes sommes d’argent ont été utilisées pour des actes de corruption et d’influence », ce qui a conduit à des instructions partiales et des jugements partisans. Une affaire spécifique est mise en avant : celle d’une dizaine de douaniers qui avaient été relaxés suite à un non-lieu. Le Korag dénonce cette décision comme une « mascarade judiciaire », estimant qu’elle « compromet sérieusement la lutte contre la corruption ».

    Le gouvernement militaire s’engage à renforcer la lutte

    Le régime du capitaine Traoré, en place depuis 2022 et se réclamant de l’héritage de Thomas Sankara, a fait de la lutte contre la corruption un élément fondamental de son programme. « Nous intensifierons la bataille contre la corruption et l’impunité au sein des acteurs judiciaires », a affirmé le capitaine Sorgho, tout en pointant un « grave dysfonctionnement au sein de la chaîne de justice ». Cette posture vise également, pour le régime militaire souvent critiqué pour sa gestion des voix dissidentes, à démontrer sa détermination face aux dérives internes qui pourraient ternir son image.

  • Mali : la crise du carburant asphyxie les opérations humanitaires

    Mali : la crise du carburant asphyxie les opérations humanitaires

    Mali : la crise du carburant asphyxie les opérations humanitaires

    Aide humanitaire

    Une pénurie aiguë de carburant provoquée par un blocus djihadiste sur plusieurs axes routiers stratégiques nourrit la crise humanitaire au Mali. Une situation qui bouleverse la vie quotidienne des habitants et paralyse les opérations onusiennes dans un pays déjà miné par la faim et l’insécurité.

    Selon le bureau de l’ONU en charge des affaires humanitaires (OCHA), les difficultés d’approvisionnement en carburant ont fortement ralenti les interventions dans plusieurs régions du centre et du sud du pays, notamment autour de Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara. Ces zones charnières relient la capitale Bamako au nord du Mali, en proie à l’insécurité.

    Plusieurs partenaires humanitaires ont dû réduire leurs missions de terrain, limitant les cliniques mobiles à un rayon d’environ dix kilomètres autour de leurs bases. Les restrictions de mouvement, les braquages et les contrôles irréguliers ont conduit à la suspension temporaire de certaines opérations.

    Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, bloque notamment les importations de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, par où transitent la plupart des biens importés dans ce pays enclavé d’Afrique de l’Ouest. Le blocus affecte désormais Bamako et la majorité des régions du pays, plongeant les populations dans une crise énergétique et alimentaire.

    Léré coupée du monde

    Dans la région de Tombouctou, au nord-ouest du pays, la ville de Léré, proche de la frontière mauritanienne, est soumise depuis le 27 octobre à une restriction d’accès imposée par des groupes armés.

    « Cette nouvelle mesure a provoqué des déplacements de populations vers des zones plus sûres », indique l’OCHA dans un rapport sur l’accès humanitaire au Mali pour le mois d’octobre, précisant que « hormis les acteurs humanitaires déjà présents dans la ville […], aucun acteur humanitaire ou organisation humanitaire n’a accès à la localité ».

    Selon le rapport, une cinquantaine d’incidents d’accès ont été recensés dans le pays, soit une hausse de 13 % par rapport à septembre. Les engins explosifs demeurent la principale menace, avec 28 cas signalés. Trois attaques directes contre des humanitaires ont été rapportées, et neuf enlèvements ont été enregistrés, principalement dans les régions de Ségou, au centre du pays, et de Gao, dans le nord.

    À Douentza, deux agents humanitaires ont perdu la vie dans le chavirement d’une pinasse sur le fleuve Niger, près du village de Kagnimé. « Ces violences compromettent la sécurité du personnel et ralentissent les opérations sur le terrain », souligne le rapport de l’OCHA, ajoutant que « le contexte reste relativement imprévisible » et que « les contraintes logistiques, notamment liées au carburant et autres facteurs physiques, accentuent les défis d’accès aux populations dans le besoin ».

    Un climat de répression 

    Cette crise s’inscrit dans un contexte politique de plus en plus répressif. Depuis l’arrivée de la junte au pouvoir en 2020, le général Assimi Goïta a consolidé son emprise sur l’appareil d’État, suspendant indéfiniment les élections présidentielles et dissolvant en mai 2025 tous les partis politiques. En juillet, une loi lui a donné la possibilité de prolonger son mandat « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays ».

    Le chef des droits humains à l’ONU, Volker Türk, a depuis dénoncé « la fermeture de la porte à toute élection démocratique au Mali dans un avenir prévisible » et une « instrumentalisation de la loi contre l’expression de la dissidence ». Les arrestations d’opposants et de simples citoyens se sont multipliées, à l’image de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, arrêté en août, puis condamné à une peine de prison pour « atteinte à la crédibilité de l’État ».

    Cette évolution s’accompagne d’une recrudescence des violences armées. Les attaques des groupes djihadistes du GSIM et de la branche locale de Daech continuent de frapper le centre et le nord du pays, notamment à la frontière avec le Burkina Faso et le Niger. Depuis le mois d’avril, le bureau de Volker Türk fait état de « centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées et d’autres enlèvements commis par toutes les parties au conflit ».

    À cela s’ajoute à la crise humanitaire dans un pays où 6,4 millions de personnes ont besoin d’aide, dont 3,5 millions d’enfants, selon l’OCHA. Le Mali compte plus de 400 000 déplacés internes et 335 000 réfugiés dans les pays voisins. Selon un rapport de l’ONU publié mercredi sur l’insécurité alimentaire dans le monde, le Mali figure parmi les six crises alimentaires les plus graves de la planète, aux côtés d’Haïti, de la Palestine, du Soudan du Sud, du Soudan et du Yémen. Et la situation continue de se dégrader à un rythme alarmant dans plusieurs zones déjà fragilisées en raison du désengagement de la communauté internationale. 

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    L’afflux des réfugiés burkinabés

    Dans le cercle de Koro, à la frontière avec le Burkina Faso, l’afflux massif de réfugiés accentue encore la pression. Depuis avril, près de 50 000 Burkinabés s’y sont installés, doublant la population réfugiée.

    Selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), cette arrivée met à rude épreuve les capacités locales d’accueil. Pour y répondre, l’agence a ouvert un bureau de terrain à Koro, opérationnel depuis le 16 octobre, afin de renforcer la coordination et d’accélérer la réponse humanitaire.

    Le Mali abrite aujourd’hui plus de 150 000 réfugiés burkinabés et nigériens, fuyant à la fois les attaques djihadistes et les opérations militaires menées contre les groupes armés.

  • Liberté de la presse au Niger : six journalistes devant la justice après une arrestation arbitraire

    Liberté de la presse au Niger : six journalistes devant la justice après une arrestation arbitraire

    Arrestations de journalistes au Niger : une atteinte directe à la liberté de la presse

    Le 2 novembre 2025, la police judiciaire de Niamey a procédé à l’arrestation de six professionnels des médias, marquant une nouvelle étape dans le recul des libertés fondamentales au Niger. Parmi eux, trois journalistes ont été placés en détention arbitraire, suscitant une vague de condamnations internationales. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), via l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, dénoncent avec fermeté cette violation flagrante de la liberté de la presse et exigent leur libération immédiate et sans conditions.

    Une inculpation contestée et des peines lourdes

    Les six journalistes concernés – Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé, Ibro Chaibou, Youssouf Seriba, Oumarou Kané et Souleymane Brah – ont été inculpés de « complicité dans la diffusion d’informations susceptibles de troubler l’ordre public », selon l’article 31 de la loi sur la cybercriminalité (modifiée en 2024 par l’ordonnance 2024-28). Ces charges, passibles de deux à cinq ans de prison, reposent sur la publication et le débat autour d’une invitation diffusée sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, liée à une conférence organisée par le Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie (FSSP).

    Trois d’entre eux – Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Kané – ont été incarcérés à la prison de Kollo, à 50 km de Niamey, tandis que les trois autres ont été libérés sous caution, bien que les charges contre eux persistent.

    Un contexte politique tendu et des précédents inquiétants

    Ces arrestations s’inscrivent dans un climat de répression accrue depuis le coup d’État de juillet 2023, qui a restreint drastiquement l’espace civique. Plusieurs défenseur·es des droits humains et journalistes ont déjà été victimes d’arrestations arbitraires, comme Moussa Tchangari, détenu depuis près d’un an, ou encore les journalistes de Sahara FM (Hamid Mahmoud, Mahaman Sani et Massaouda Jaharou), toujours emprisonnés pour avoir relayé une information jugée sensible. Moussa Kaka, déjà poursuivi en 2007 sous un régime précédent, voit son histoire se répéter, avec la fermeture de RFI Niger en 2023.

    L’Observatoire rappelle que la simple diffusion d’une invitation ou l’organisation d’un débat ne saurait constituer une infraction. Selon lui, ces poursuites visent à intimider la presse et à étouffer toute voix dissidente, en violation de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et de l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

    Des appels à l’abandon des charges et à la révision de la loi

    L’Observatoire exige la libération sans délai des journalistes encore détenus – Ibro Chaibou, Youssouf Seriba, Oumarou Kané, Hamid Mahmoud et Mahaman Sani – ainsi que l’abandon de toutes les charges contre l’ensemble des professionnels visés. Il appelle également à une révision urgente de la loi sur la cybercriminalité, dont les dispositions actuelles permettent des interprétations abusives, notamment pour museler les critiques du pouvoir. En 2024, une ordonnance a rétabli des peines de prison pour des infractions comme la diffamation ou la diffusion d’informations jugées « troublantes », une mesure jugée dangereuse pour les défenseur·es des droits humains.

    Le Niger, sous la pression internationale, doit garantir le respect de la liberté de la presse et mettre fin à ces pratiques arbitraires.

  • Crises alimentaires : l’ONU tire la sonnette d’alarme sur 16 zones critiques

    Crises alimentaires : l’ONU tire la sonnette d’alarme sur 16 zones critiques

    crises alimentaires : l’ONU tire la sonnette d’alarme sur 16 zones critiques

    L’Organisation des Nations unies alerte sur l’aggravation de l’insécurité alimentaire dans seize régions du monde, qualifiées de « zones critiques ». Ces territoires, où des millions de personnes risquent de sombrer dans la famine, illustrent l’urgence d’une réponse internationale coordonnée.

    des territoires au bord de la famine : quels pays concernés ?

    Parmi les seize zones identifiées par l’ONU, plusieurs pays se distinguent par leur situation dramatique. Haïti, le Mali, la Palestine, le Soudan du Sud, le Soudan et le Yémen figurent en tête de liste, où les populations subissent un risque imminent de famine catastrophique.

    D’autres régions connaissent une situation « très préoccupante » : l’Afghanistan, la République démocratique du Congo, la Birmanie, le Nigeria, la Somalie et la Syrie. Quatre autres zones critiques sont également mentionnées : le Burkina Faso, le Tchad, le Kenya et la situation des réfugiés rohingyas au Bangladesh.

    les causes multiples d’une crise humanitaire

    Selon le rapport conjoint de la FAO et du Programme alimentaire mondial (PAM), les conflits armés, les chocs économiques, les phénomènes météorologiques extrêmes et l’insuffisance des financements aggravent considérablement la situation. Ces facteurs combinés plongent des millions de personnes dans une précarité alimentaire sans précédent.

    une aide humanitaire en péril

    Le financement de l’aide humanitaire est « dangereusement insuffisant ». Sur les 29 milliards de dollars nécessaires pour soutenir les populations vulnérables, seulement 10,5 milliards ont été récoltés. Cette pénurie de fonds menace directement l’assistance alimentaire, notamment pour les réfugiés.

    Le PAM a dû réduire ses programmes d’aide, suspendre les distributions de nourriture dans certaines zones et abandonner des initiatives comme les repas scolaires. De son côté, la FAO met en garde contre la suspension des programmes de soutien agricole, essentiels pour les moyens de subsistance des populations locales.

    des conséquences dévastatrices à long terme

    Cindy McCain, directrice générale du PAM, rappelle que « nous sommes au bord d’une catastrophe alimentaire totalement évitable ». Elle souligne que l’inaction ne fera qu’aggraver l’instabilité dans ces régions déjà fragilisées.

    Qu Dongyu, directeur général de la FAO, insiste sur l’importance de la prévention de la famine : « Ce n’est pas seulement un devoir moral, mais un investissement judicieux pour la paix et la stabilité à long terme ».

    urgence d’une mobilisation internationale

    Les deux organisations appellent à une augmentation urgente des financements pour éviter une famine généralisée. Elles soulignent que sans une aide immédiate, des millions de vies seront menacées, et les conséquences humanitaires et géopolitiques seront irréversibles.

  • Nouveau représentant de l’OMS au Niger : dr jean baptiste nikiema entre en fonction

    Nouveau représentant de l’OMS au Niger : dr jean baptiste nikiema entre en fonction

    Dr Jean Baptiste Nikiema nommé représentant résident de l’OMS au Niger : une nouvelle étape pour la santé publique

    Niamey, capitale du Niger, a été le théâtre d’un événement majeur pour le système de santé du pays. Le Dr Jean Baptiste Nikiema, figure éminente de la santé publique, a officiellement pris ses fonctions en tant que Représentant résident de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Niger. Une cérémonie solennelle, marquée par la remise de ses lettres de créance à Son Excellence M. Bakary Yaou Sangaré, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur, a symbolisé le début d’une collaboration renforcée entre l’OMS et les autorités nigériennes.

    Cette rencontre, réunissant les équipes de l’OMS au Niger et les membres du cabinet ministériel, a mis en lumière les liens étroits et historiques tissés entre le Niger et l’institution onusienne. Après la formalité protocolaire, le Dr Nikiema a été reçu en audience par le Ministre, où des enjeux sanitaires stratégiques ont été abordés avec une attention particulière. Le Ministre a souligné le rôle central de l’OMS en tant que partenaire technique essentiel, tout en insistant sur la nécessité d’une coopération efficace pour consolider le système de santé nigérien et améliorer la qualité de vie des populations.

    Priorités sanitaires et engagements communs

    Plusieurs axes de collaboration prioritaires ont été identifiés lors de cet échange. Parmi eux, l’amélioration de l’accès aux soins primaires, le renforcement des infrastructures sanitaires et la protection de la santé maternelle et infantile figurent en tête de liste. D’autres domaines clés incluent la promotion de la santé, la gestion des déterminants sanitaires, la lutte contre les épidémies et la préparation aux urgences sanitaires.

    Le Dr Nikiema a salué les progrès significatifs réalisés par le Niger sous la direction de ses plus hautes autorités. Il a notamment cité les avancées remarquables en matière de vaccination des enfants, de réduction de la mortalité maternelle et périnatale, d’élimination de l’onchocercose et de gestion des épidémies. La question de la crise financière impactant les opérations de l’OMS a également été évoquée, le Représentant saluant le soutien du Gouvernement nigérien, notamment via le Ministre de la Santé, ainsi que les efforts déployés pour mobiliser des ressources locales, digitaliser les services de santé et développer la télémédecine.

    Engagé à œuvrer dans le respect de la souveraineté nationale, le Dr Nikiema a réaffirmé sa détermination à soutenir les priorités sanitaires du Niger. Son objectif : améliorer la santé et le bien-être des populations en alignement avec les stratégies nationales.

    Un profil d’exception au service de la santé publique

    Originaire du Burkina Faso, le Dr Jean Baptiste Nikiema est un expert reconnu en santé publique et en diplomatie sanitaire. Fort de plus de trente ans d’expérience, il a développé une expertise pointue dans des domaines variés : recherche thérapeutique (biologie moléculaire, phytochimie, pharmacognosie, pharmacologie), politiques de santé, couverture sanitaire universelle, résilience des systèmes de santé et gestion des urgences.

    Son parcours professionnel impressionnant inclut des fonctions stratégiques tant au niveau national qu’international. Il a notamment occupé le poste de Directeur général de la Pharmacie, du Médicament et des Laboratoires au Burkina Faso, dirigé un département universitaire et présidé le Conseil d’administration du Centre Muraz. À l’échelle internationale, il a été Conseiller régional de l’OMS pour l’Afrique dans le domaine des médicaments, ainsi que Représentant adjoint de l’OMS en République Démocratique du Congo, où il a joué un rôle clé dans la gestion de crises sanitaires, de déplacements de populations et de catastrophes naturelles.

    Parmi ses réalisations majeures, on compte la création de l’Agence Africaine du Médicament, la promotion de la production locale de médicaments, le renforcement des systèmes de réglementation pharmaceutique et la coordination d’achats groupés pour les petits États insulaires africains, générant des économies substantielles.

    Parallèlement à ses responsabilités, le Dr Nikiema a encadré plus de cinquante doctorants en pharmacie et médecine, ainsi qu’une dizaine de masters en santé publique. Auteur ou co-auteur de plus de cinquante publications scientifiques dans des revues internationales, il contribue activement à l’avancement des connaissances en politiques de santé, pharmacologie et résilience des systèmes sanitaires.

    Polyglotte, maîtrisant le français et l’anglais, il allie leadership stratégique, gestion des risques et capacité à mobiliser des ressources. Sa mission au Niger s’articule autour de quatre piliers : soutenir la souveraineté sanitaire, prioriser les interventions essentielles, améliorer l’efficience des opérations et renforcer les partenariats pour mobiliser des fonds additionnels, en parfaite adéquation avec les priorités nationales.

    Contact et informations complémentaires

    Pour toute demande d’information ou d’interview, vous pouvez contacter :

    • Fati Amadou Oumarou
      • Chargée des Communications – OMS Niger
      • Email : fatia [at] who.int
  • La Mauritanie confirme la condamnation de l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz

    La Mauritanie confirme la condamnation de l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz

    La haute juridiction mauritanienne a rendu son verdict, confirmant partiellement la décision de la Cour d’appel de Nouakchott concernant l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz. Si les chefs d’accusation d’abus de pouvoir et de trafic d’influence ont été écartés, la Cour suprême a maintenu les charges d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent, ainsi que la peine de 15 ans de prison ferme.

    Avec l’achèvement des procédures judiciaires, l’éventualité d’une grâce présidentielle est désormais envisagée. Une telle mesure pourrait être facilitée par l’engagement des institutions de la société civile mauritanienne et le soutien de partenaires de la Mauritanie.

    Il est à noter que l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz et l’actuel chef de l’État, Mohamed Cheikh Ghazouani, partagent une amitié de longue date, s’étendant sur quatre décennies. Tous deux sont d’anciens officiers généraux à la retraite, ayant suivi leur formation militaire au Maroc.

    Maître Lô Gourmo, avocat représentant le collectif de défense de l’État constitué partie civile, a souligné que la Cour suprême a « cassé à moitié » la décision de la Cour d’appel de Nouakchott. Il a précisé que si les charges d’abus de pouvoir et de trafic d’influence ont été écartées, les éléments fondamentaux du dossier, à savoir l’enrichissement illicite, le blanchiment d’argent et le recel, ont été confirmés. Ce sont ces accusations qui fondent la peine de quinze ans de prison ferme.

    L’avocat a également expliqué que l’abandon des charges d’abus de pouvoir et de trafic d’influence était significatif. Une condamnation sur ces points aurait en effet renvoyé à la nature des fonctions exercées par l’ancien président et aurait potentiellement impliqué l’application de l’article 93 de la loi fondamentale, relatif à la compétence de la Haute Juridiction, une disposition que le Conseil Constitutionnel avait déjà écartée par le passé.

    Pour Mohamed Mahmoud Tolba, représentant de l’organisation Mauritanie Transparency, le verdict, bien qu’important, ne répond pas entièrement aux attentes de son association. Il a rappelé que Mauritanie Transparency « s’attendait à un procès plus vaste, incluant tous les acteurs ayant participé à la dilapidation des fonds publics ». Selon lui, de nombreux responsables sont impliqués dans ces pratiques de gouvernance, mais seul le cas de Mohamed Ould Abdel Aziz a été retenu. Malgré ces lacunes, il a exprimé l’espoir que cette procédure marque le début d’une nouvelle ère de transparence dans la gouvernance du pays.

  • L’ambitieux projet de modernisation hospitalière au Mali : un bond pour la santé publique

    L’ambitieux projet de modernisation hospitalière au Mali : un bond pour la santé publique

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    Le Président Goïta initie un programme ambitieux pour les infrastructures de santé au Mali

    Le 10 novembre 2025, à Bamako, le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition, a officiellement inauguré le Projet présidentiel d’urgence hospitalière en posant sa première pierre. Cette cérémonie significative, qui s’est déroulée au Centre de santé de référence de Korofina, dans la Commune I du District de Bamako, marque le coup d’envoi d’une vaste initiative visant à transformer et à moderniser le système de santé malien.

    La Ministre de la Santé et du Développement social, le Colonel-Major Assa Badiallo Touré, a souligné que ce programme s’inscrit dans la lignée des recommandations formulées lors des États généraux de la santé de décembre 2024. Ces assises avaient clairement mis en évidence l’impératif d’améliorer l’accès aux soins et la qualité des services médicaux pour l’ensemble de la population malienne.

    Une restructuration profonde des infrastructures hospitalières

    Ce projet d’envergure, selon les précisions de la Ministre Touré, vise une « modernisation et restructuration » fondamentale de l’appareil hospitalier national. Il prévoit la construction de 15 nouvelles structures hospitalières et la conversion des Centres de santé de référence (CSREF) du district de Bamako en véritables hôpitaux de district. Le financement de ces travaux est entièrement assuré par le budget national. Les chantiers à Bamako devraient être achevés en 12 mois, tandis que ceux des régions s’étendront sur 24 mois.

    Le Projet présidentiel d’urgence hospitalière se décline en trois axes stratégiques majeurs pour une meilleure couverture sanitaire :

    1. La mutation des CSREF des sept arrondissements de Bamako en hôpitaux de district pleinement opérationnels.
    2. L’édification de nouveaux hôpitaux de district dans les localités stratégiques de Bla et Kangaba.
    3. La construction d’hôpitaux régionaux modernes dans les villes de San, Koutiala, Bougouni, Dioïla, Nioro, Bandiagara et Koulikoro.

    Ces futures infrastructures médicales seront dotées d’équipements de pointe, offriront des capacités d’hospitalisation significativement accrues et proposeront des services spécialisés. Il est notamment prévu l’intégration d’unités d’hémodialyse au sein des hôpitaux des 1er et 6e arrondissements de Bamako, répondant ainsi à un besoin crucial.

    Engagement présidentiel et suivi rigoureux des chantiers

    À l’issue de la cérémonie inaugurale, le Président de la Transition, Assimi Goïta, a réaffirmé que la santé est un pilier indispensable au développement socio-économique du Mali. Il a instruit la Ministre de la Santé de garantir la continuité des services publics durant la période des travaux et d’assurer un respect scrupuleux des délais contractuels. Le Président a également insisté sur la vocation humaine de ce projet : rendre les soins de qualité plus accessibles aux populations, réduire le nombre d’évacuations sanitaires coûteuses et désengorger les établissements de santé existants.

  • Mali : libération immédiate de moussa mara et respect des droits humains

    Mali : libération immédiate de moussa mara et respect des droits humains

    Mali : la condamnation de moussa mara, symbole d’une justice défaillante et d’une répression politique

    L’ancien premier ministre malien Moussa Mara a été condamné à une peine de deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme, assortie d’une amende de 500 000 francs CFA (762 euros), pour des accusations d’atteinte au crédit de l’État. Cette sentence, qualifiée de parodie de justice par Amnesty International, s’inscrit dans un contexte de répression accrue contre les voix critiques et les opposants politiques au Mali. Les autorités maliennes sont appelées à libérer immédiatement Moussa Mara, ainsi que tous les détenus arbitrairement incarcérés pour leurs opinions politiques.

    « Cette condamnation illustre le mépris persistant des autorités maliennes envers les obligations internationales en matière de droits humains, notamment la Constitution malienne, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques », a souligné Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Il a également rappelé que les autorités doivent cesser de museler les critiques et garantir la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique pour tous les citoyens.

    Les détentions arbitraires, les disparitions forcées et l’utilisation abusive du système pénal ne doivent plus servir à réduire au silence les opposants pacifiques au Mali.

    Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

    moussa mara : un ancien premier ministre ciblé pour ses prises de position

    Ancien chef du gouvernement entre avril 2014 et janvier 2015, Moussa Mara est également président du parti d’opposition Yéléma. Son arrestation, intervenue le 1er août, fait suite à un tweet publié le 4 juillet, dans lequel il exprimait sa solidarité avec plusieurs activistes et politiciens emprisonnés. Dans ce message, il évoquait une « nuit » et promettait de se battre « par tous les moyens pour que le soleil apparaisse ». Il a été accusé d’atteinte au crédit de l’État, d’incitation au trouble à l’ordre public et d’opposition à l’autorité légitime.

    répression des voix critiques : des cas emblématiques de violations des droits humains

    él béchir thiam : journaliste enlevé et libéré après quatre mois de détention

    Le 8 mai 2025, El Béchir Thiam, journaliste et membre du parti Yéléma, a été enlevé par des hommes cagoulés se présentant comme des agents des services de renseignement. Ce kidnapping est intervenu après une prise de parole publique où il critiquait la décision du parlement de transition d’accorder un nouveau mandat de cinq ans au gouvernement militaire. Son lieu de détention était inconnu pendant des mois, et les autorités n’ont pas reconnu sa détention ni fourni d’informations à ce sujet. Libéré le 26 septembre après quatre mois de disparition forcée, il a porté plainte pour enlèvement dès le 17 juillet.

    clément dembélé : activiste anti-corruption toujours détenu malgré un non-lieu

    Clément Dembélé, figure de la lutte contre la corruption, a été arrêté en novembre 2023 alors qu’il s’apprêtait à organiser une conférence de presse pour dénoncer les coupures d’électricité récurrentes. Accusé d’avoir proféré des menaces de mort à l’encontre du chef de l’État Assimi Goïta et de sa famille, il a bénéficié d’un rejet des accusations par un juge d’instruction en avril 2025. Pourtant, il reste incarcéré de manière arbitraire, malgré cette décision.

    L’expert indépendant des Nations unies sur le Mali avait déjà dénoncé en août et septembre 2025 la disparition forcée d’El Béchir Thiam et l’arrestation arbitraire de Clément Dembélé, exigeant leur libération immédiate et inconditionnelle.

    rokiatou doumbia, mohamed youssouf bathily et adama diarra : d’autres victimes de la répression

    Rokiatou Doumbia, connue sous le nom de « Rose Vie Chère » ou « Tantie Rose », a été arrêtée en mars 2023 pour avoir dénoncé la dégradation de la situation sécuritaire et la hausse du coût de la vie depuis le coup d’État de 2020. Condamnée à un an de prison pour « incitation à la révolte » et « atteinte au crédit de l’État », elle est toujours détenue arbitrairement malgré l’expiration de sa peine initiale.

    Mohamed Youssouf Bathily, alias « Ras Bath », animateur radio et activiste, a été arrêté en mars 2023 après avoir qualifié de « assassinat » la mort en détention de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga. Condamné à 18 mois de prison pour « simulation d’infraction », il a purgé sa peine mais reste incarcéré pour de nouvelles accusations, dont « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ».

    Adama Diarra, surnommé « Ben le Cerveau », a été arrêté en septembre 2023 après avoir appelé au rétablissement d’un régime civil constitutionnel. Condamné à deux ans de prison pour « atteinte au crédit de l’État », sa demande de libération provisoire a été rejetée en février 2025. Il est toujours détenu de manière arbitraire.

    issa kaou n’djim : un ancien membre du cnt condamné pour avoir questionné une déclaration officielle

    Issa Kaou N’Djim, ancien membre du Conseil national de transition (cnt), a été condamné à deux ans de prison en novembre 2024 après avoir remis en cause la véracité d’une déclaration des autorités burkinabè concernant une tentative de coup d’État. Arrêté suite à une plainte déposée par le Burkina Faso, il a été accusé d’offense commise publiquement envers un chef d’État étranger.

    contexte politique : une transition militaire prolongée et une restriction des libertés

    Depuis le coup d’État qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, le Mali est dirigé par des autorités militaires. La transition, initialement prévue pour durer 18 mois, a été prolongée à plusieurs reprises. En avril 2025, le gouvernement a annoncé la dissolution de tous les partis politiques et la prolongation de la transition pour cinq nouvelles années. Ces mesures, couplées à la répression des opposants et à la restriction des libertés fondamentales, soulèvent des inquiétudes quant à l’état de droit et au respect des droits humains dans le pays.

    Face à cette situation, les organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, exigent que les autorités maliennes mettent fin à la répression des voix critiques, libèrent immédiatement tous les détenus arbitrairement incarcérés et respectent leurs obligations internationales en matière de droits humains.

  • Mali : les maliens veulent une couverture santé universelle avant tout

    Mali : les maliens veulent une couverture santé universelle avant tout

    Le Mali face à l’urgence d’une couverture santé universelle

    Le Mali a connu des avancées notables ces dernières années en matière de santé publique. Les indicateurs clés comme la réduction de la mortalité infantile et maternelle, l’amélioration de l’espérance de vie et la baisse de la mortalité chez les moins de 5 ans témoignent de ces progrès, notamment selon les données de l’Organisation Mondiale de la Santé et de l’UNICEF.

    En 2018, le pays a lancé un plan national d’assurance maladie universelle, une initiative ambitieuse visant à garantir à tous les citoyens un accès équitable aux soins. Pourtant, malgré ces efforts, l’accès à des soins de qualité reste un défi majeur. Plusieurs obstacles persistent :

    • Une pénurie criante de personnel médical qualifié, particulièrement en zones rurales où les besoins sont les plus importants.
    • Un financement encore insuffisant des structures sanitaires, aggravé par les conséquences des crises politiques successives.
    • Une concentration disproportionnée des médecins dans la capitale, Bamako, où plus de la moitié des professionnels de santé exercent, laissant les régions excentrées sous-équipées.

    Ces difficultés se reflètent dans le score de 41/100 obtenu par le Mali dans l’Indice de couverture des services de santé universelle de l’OMS en 2024. Ce résultat place le pays en dessous de la moyenne africaine (44/100) et bien loin de la moyenne mondiale (68/100).

    Les attentes des Maliens : une santé prioritaire pour le gouvernement

    Les résultats de l’enquête Afrobarometer Round 10 révèlent que la santé est la préoccupation principale des citoyens. Pour eux, c’est le problème le plus urgent que le gouvernement doit résoudre. Pourtant, seulement environ un adulte sur sept bénéficie actuellement d’une couverture médicale. Une majorité de Maliens expriment leur inquiétude quant à leur capacité à payer des soins ou à y accéder en temps utile.

    Une large majorité des citoyens plébiscitent l’idée d’une couverture santé universelle, même si cela implique une hausse des impôts. Leur demande est claire : « Le gouvernement doit garantir à tous les Maliens un accès à des soins de qualité, sans exclusion ni discrimination. »

    Des expériences contrastées dans les établissements publics

    Parmi les personnes ayant fréquenté un hôpital ou une clinique publique au cours de l’année écoulée, les avis sont partagés. Si une majorité affirme avoir pu obtenir les soins nécessaires, les retours soulignent des problèmes récurrents :

    • Des coûts prohibitifs des soins et des médicaments.
    • Des délais d’attente excessifs avant une prise en charge.
    • Un manque chronique de médicaments et de matériel médical.

    Plus alarmant encore, près de la moitié des Maliens déclarent qu’un membre de leur famille n’a pas pu bénéficier des soins nécessaires au cours de l’année précédente, faute de moyens ou de structures adaptées.

    Un bilan contrasté malgré des efforts reconnus

    Malgré ces défis persistants, deux tiers des Maliens reconnaissent les progrès accomplis par le gouvernement en matière de soins de santé de base. Leur confiance dans le Ministère de la Santé reste globalement positive, même si des améliorations sont clairement attendues.

    Face à ces constats, une question s’impose : comment concilier ambitions politiques et réalités du terrain pour faire de la santé une priorité accessible à tous ?