Auteur/autrice : nigeractu

  • Niger premier pays africain à éliminer l’onchocercose selon l’OMS

    Niger premier pays africain à éliminer l’onchocercose selon l’OMS

    Le Niger devient le premier pays d’Afrique à éliminer l’onchocercose

    L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a officiellement reconnu le Niger comme le premier pays d’Afrique à avoir interrompu la transmission de l’onchocercose, une maladie parasitaire invalidante. Ce succès place le pays parmi les cinq nations au monde ayant atteint cet objectif, salué par la communauté internationale.

    « L’élimination d’une maladie représente un défi colossal qui exige persévérance et engagement collectif », a souligné le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Félicitations au Niger pour son action déterminée à éradiquer cette maladie dévastatrice, souvent vectrice de stigmatisation, qui frappe les populations les plus vulnérables. Ce triomphe illustre les avancées majeures réalisées dans la lutte contre les maladies tropicales négligées, et ouvre la voie à d’autres nations encore en proie à cette affection. »

    L’onchocercose, plus connue sous le nom de cécité des rivières, est une infection parasitaire provoquée par Onchocerca volvulus. Transmise par les piqûres de mouches noires infestées, cette maladie représente la deuxième cause infectieuse de cécité au monde, principalement dans les zones rurales d’Afrique subsaharienne et du Yémen, avec des foyers résiduels en Amérique latine.

    Une stratégie nationale et internationale pour un objectif ambitieux

    Dès 1976, le Niger a lancé des actions de lutte antivectorielle dans le cadre du Programme OMS de lutte contre l’onchocercose en Afrique de l’Ouest (OCP). Ces mesures, incluant des pulvérisations d’insecticides, ont permis de réduire drastiquement la transmission du parasite. Par la suite, grâce à des dons de médicaments de Merck & Co., Inc., une campagne d’administration massive d’ivermectine et d’albendazole a été déployée entre 2008 et 2019. Cette initiative visait initialement les zones touchées par la filariose lymphatique, mais son impact s’est étendu, interrompre aussi la transmission de l’onchocercose grâce à l’efficacité de l’ivermectine contre les deux pathologies.

    Dès 2014, le Niger a engagé des évaluations préliminaires pour vérifier l’interruption de la transmission. Les résultats des enquêtes entomologiques et épidémiologiques ont confirmé la disparition de la maladie, avec une chute spectaculaire de la prévalence, passant de 60 % à seulement 0,02 %. Cette réussite s’appuie sur une combinaison d’efforts : lutte antivectorielle, campagnes de distribution de médicaments et collaboration internationale.

    Le partenariat entre le gouvernement nigérien, l’OMS et les organisations non gouvernementales a joué un rôle clé. Il a permis de mobiliser des ressources financières et une expertise technique, tout en assurant un suivi rigoureux de la situation sanitaire. Cette approche a permis d’adapter les stratégies en temps réel et de garantir leur efficacité.

    « L’onchocercose a longtemps plongé des communautés entières dans la précarité », explique la Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Matshidiso Moeti. « En privant les populations d’accès aux points d’eau essentiels à leur survie, cette maladie freinait leur développement économique. Le succès du Niger met fin à ce fléau et positionne le pays comme un modèle en matière d’élimination des maladies tropicales négligées. Déjà pionnier en 2013 avec l’éradication de la dracunculose, le pays confirme son leadership en santé publique. »

    Un modèle pour l’Afrique et le monde

    À l’échelle mondiale, 54 pays ont déjà éliminé au moins une maladie tropicale négligée. Le Niger rejoint ainsi quatre autres nations ayant obtenu cette certification pour l’onchocercose, toutes situées dans la Région des Amériques : Colombie, Équateur, Guatemala et Mexique.

    En Afrique, 21 pays ont atteint cet objectif. Pour le Niger, il s’agit de la deuxième maladie tropicale négligée éliminée après la dracunculose, certifiée en 2013. Ces avancées témoignent de la détermination des gouvernements et de la coopération internationale pour vaincre ces fléaux qui touchent les populations les plus fragiles.

  • Burkina Faso : un soutien financier majeur pour un système de santé plus performant et résilient

    Burkina Faso : un soutien financier majeur pour un système de santé plus performant et résilient

    WASHINGTON, 24 janvier 2025 – Un financement significatif a été octroyé par la Banque mondiale, via un crédit de 142 millions d’euros (soit 150 millions de dollars américains) de l’Association internationale de développement (IDA)*, complété par un don de 17 millions de dollars du Mécanisme de Financement Mondial (GFF). Ces fonds sont destinés au Projet de renforcement de la performance et de la résilience du système de santé (PRPRSS) au Burkina Faso.

    Cette initiative d’envergure nationale cible spécifiquement les adolescents, les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Ses objectifs majeurs incluent l’optimisation de la surveillance épidémiologique des maladies, ainsi que l’amélioration de l’accès et de l’utilisation des services de santé et de nutrition essentiels. Une attention particulière sera portée aux populations déplacées internes et aux communautés géographiquement isolées ou ayant un accès restreint aux soins.

    Hamoud Abdel Wedoud Kamil, représentant résident de la Banque mondiale au Burkina Faso, a souligné l’importance cruciale du développement humain pour l’inclusion sociale, le qualifiant de priorité absolue pour l’institution. Il a précisé que ce projet vise à appuyer les efforts gouvernementaux pour renforcer la résilience du secteur de la santé et gérer les défis actuels, s’inscrivant dans la continuité du Projet de protection du capital humain, doté de 100,4 millions de dollars, qui œuvre à l’amélioration des services sociaux de base.

    Ce nouveau projet s’aligne parfaitement avec la stratégie de la Banque mondiale pour la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, qui vise à consolider le contrat social en renforçant les institutions clés chargées de la prestation des services sociaux fondamentaux.

    Luc Laviolette, chef du Secrétariat du GFF, a affirmé que l’investissement dans l’accès aux soins de santé pour les femmes, les adolescents et les enfants est l’un des leviers les plus puissants pour propulser les pays vers le développement et la prospérité. Le GFF se dit fier de soutenir le gouvernement du Burkina Faso dans l’édification d’un système de santé performant et résilient, garantissant des soins adaptés à ces populations, y compris dans les zones les plus vulnérables.

    De son côté, Moussa Dieng, responsable du portefeuille santé à la Banque mondiale, a insisté sur la pertinence de ce projet. Il contribuera significativement au renforcement des capacités nationales en matière de préparation et de réponse aux urgences sanitaires, tout en améliorant la qualité et l’adoption des services de santé et de nutrition. Ce soutien de la Banque mondiale accompagnera également les réformes engagées par le Ministère de la Santé pour consolider la gouvernance, l’équité et la pérennité financière du secteur de la santé.

  • SOS NDD : un contrat majeur pour la gestion des déchets à Nouakchott

    SOS NDD : un contrat majeur pour la gestion des déchets à Nouakchott

    Le groupe marocain SOS NDD, propriété de la famille Said, a obtenu un accord stratégique pour la collecte et le transport des ordures ménagères au cœur de la capitale mauritanienne, Nouakchott.

    Ce marché d’envergure a été concédé par la Commission des marchés publics, relevant du ministère mauritanien de l’Intérieur, dont la mission inclut la dynamisation de la décentralisation et du développement local.

    L’attribution de ce contrat fait suite à un appel d’offres international lancé en 2024, ayant attiré la participation de six entreprises.

    SOS NDD a su se démarquer face à une concurrence relevée, incluant une société sous la direction de Mohamed Zine El Abidine Cheikh Ahmed, une personnalité influente des affaires en Mauritanie, ainsi que l’entreprise française Pizzorno, qui assurait auparavant la gestion des déchets à Nouakchott.

    L’accord initial couvre une période d’un an, avec une possibilité de renouvellement pouvant s’étendre jusqu’à une décennie.

    Sous l’impulsion d’Abdelwafi Said, la firme a décroché ce projet après une évaluation approfondie des différentes propositions.

    Le montant annuel de cette prestation s’élève à 7,5 milliards d’ouguiyas, équivalant à environ 1,9 milliard de dirhams, marquant un investissement considérable pour optimiser la gestion des déchets urbains dans la capitale mauritanienne.

    Établie à Casablanca depuis 1977, SOS NDD, présidée par Abdelkader Said El-Figuigui, est une entité familiale dotée d’un capital social de 20 millions de dirhams.

    Grâce à ses multiples filiales, l’entreprise réalise un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 500 millions de dirhams.

    Initialement axée sur le nettoyage industriel, SOS NDD a progressivement diversifié ses compétences pour englober la collecte des ordures, l’assainissement liquide et la gestion des sites d’enfouissement publics.

    On notera qu’elle est en charge de la gestion de la décharge de Médiouna depuis 2018, suite au départ d’Ecomed.

    Au cours des dernières années, SOS NDD a consolidé sa présence au Maroc en remportant plusieurs marchés importants dans des villes comme Mohammédia, Oujda, Marrakech, Skhirat, Tifelt, Nador, M’diq et Berkane.

    Ce nouveau contrat en Mauritanie marque une étape décisive pour l’entreprise, concrétisant ainsi son tout premier marché à l’échelle internationale.

  • Vaccin contre le vph au Mali : pourquoi cette arme change la santé des femmes

    Vaccin contre le vph au Mali : pourquoi cette arme change la santé des femmes

    vaccin contre le vph au Mali : pourquoi cette arme change la santé des femmes

    Le gouvernement malien a marqué un tournant historique en intégrant le vaccin contre le papillomavirus humain (VPH) dans son programme national de vaccination. Cette initiative, lancée officiellement à Bamako en présence de partenaires internationaux comme Gavi et le ministère de la Santé et du Développement Social, représente une avancée majeure dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, un fléau qui touche particulièrement les femmes maliennes.

    Le cancer du col de l’utérus reste l’une des principales causes de mortalité chez les femmes au Mali, souvent diagnostiqué à un stade avancé en raison de l’accès limité aux soins et des tabous culturels. Fatoumata, 38 ans, en est un exemple tragique : après des années de souffrance et des dépenses dépassant 5 millions de francs CFA, elle a finalement découvert qu’elle était atteinte de cette maladie. Son témoignage illustre les défis majeurs auxquels font face les femmes maliennes, où le traitement coûteux et l’absence de prévention aggravent les conséquences de cette pathologie.

    Grâce à cette initiative, le Mali vise à protéger plus de 320 000 jeunes filles chaque année, réduisant ainsi de près de 90 % les cas de cancer du col de l’utérus. Ce projet pourrait également sauver plus de 3 600 vies féminines annuellement.

    Les obstacles ne sont pas seulement médicaux. Les croyances populaires associent parfois cette maladie à des malédictions ou des sorts, retardant encore davantage les diagnostics. Une militante pour la santé sexuelle et reproductive explique : « Certaines femmes hésitent à en parler ouvertement, par peur d’être stigmatisées ou accusées de sorcellerie. »

    Pourquoi ce vaccin est une avancée majeure au Mali ?

    Le Mali s’est positionné comme l’un des pionniers en Afrique subsaharienne en introduisant ce vaccin dans son calendrier vaccinal. Lors du lancement à Bamako, le Dr Ibrahima Diarra, directeur du Centre National d’Immunisation, a souligné : « Une seule dose offre une protection de plus de dix ans contre les virus responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus. » Ce vaccin, désormais gratuit pour les jeunes filles de 10 ans, bénéficie du soutien de Gavi et du cofinancement de l’État malien.

    Cette approche est conforme aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise la vaccination des adolescentes âgées de 9 à 14 ans, avant le début de leur vie sexuelle, pour maximiser l’efficacité du vaccin. Le Mali se distingue ainsi comme l’un des premiers pays sahéliens, et le premier soutenu par Gavi dans la catégorie des nations fragiles et touchées par des conflits, à adopter cette mesure préventive.

    Un pas décisif vers l’équité en santé

    Le cancer du col de l’utérus est responsable de près de 90 % des décès dans les pays à faible revenu, où l’accès aux soins reste limité. En 2022, on dénombrait 348 000 décès dans le monde, dont une écrasante majorité dans ces régions. En rendant ce vaccin accessible gratuitement, le Mali fait un acte de justice sociale, garantissant que toutes les filles, qu’elles vivent en milieu urbain ou rural, puissent bénéficier de cette protection.

    Le Dr Diarra précise : « Nous avons choisi les filles de 10 ans car leur col est encore sain, ce qui optimise l’efficacité du vaccin. » Cette stratégie s’inscrit dans les objectifs mondiaux de Gavi, qui vise à vacciner 86 millions de jeunes filles dans les pays à revenu faible et intermédiaire d’ici 2025.

    Cette initiative positionne le Mali comme un modèle pour la région, montrant qu’il est possible de briser le cycle de cette maladie grâce à la prévention.

    Outre ses bénéfices sanitaires, la vaccination permet également de réduire les coûts liés aux traitements onéreux de cette maladie. « Une dose coûte environ 150 000 FCFA en officine privée, mais grâce à l’appui de Gavi et au financement de l’État, elle est désormais totalement gratuite dans le cadre du programme national », précise le Dr Diarra.

    Combattre les idées reçues pour une adoption réussie

    Les autorités sanitaires maliennes doivent également faire face à la désinformation. Des rumeurs infondées, souvent relayées par des opposants, sèment le doute autour de ce vaccin. Le Dr Diarra insiste : « Il est crucial de contrer ces fake news. Ce vaccin est sûr, efficace et ne menace ni la fertilité ni la santé reproductive des jeunes filles. » La ministre de la Santé, le Colonel Assa Badiallo Touré, a également réaffirmé son engagement en faveur de cette campagne lors du lancement officiel.

    L’introduction du vaccin anti-VPH au Mali représente bien plus qu’une simple mesure de santé publique : c’est une victoire pour l’égalité des sexes et un pas vers un avenir où les femmes pourront vivre en meilleure santé, libres des chaînes de cette maladie évitable.

  • Cadhp : le Burkina Faso face à l’urgence des droits humains

    Cadhp : le Burkina Faso face à l’urgence des droits humains

    La cadhp appelle le Burkina Faso à agir face aux violations des droits humains

    La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) doit impérativement mettre en lumière les défis critiques auxquels le Burkina Faso est confronté lors de l’examen de son rapport, prévu le 23 octobre 2024. Selon Human Rights Watch, les autorités burkinabè doivent prioritairement sécuriser les populations civiles prises dans le conflit armé, préserver l’espace civique pour les militants, les journalistes et l’opposition, et sanctionner les auteurs d’abus graves.

    Un rapport national incomplet face à des enjeux majeurs

    Le mécanisme d’examen périodique de la CADHP, encadré par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, impose aux États membres de soumettre des rapports détaillant leurs actions pour appliquer cette Charte. Cependant, le document burkinabè de mai 2023, couvrant la période 2015-2021, néglige des problèmes majeurs actuels. Parmi eux : les violations massives commises par les forces de sécurité et les groupes armés islamistes, la restriction des libertés fondamentales, ainsi que l’impunité quasi généralisée.

    « L’examen du Burkina Faso par la CADHP représente une opportunité idéale pour engager un dialogue constructif avec les autorités sur leurs pratiques en matière de droits humains », affirme Allan Ngari, directeur du plaidoyer pour l’Afrique chez Human Rights Watch. « La CADHP doit exiger des autorités qu’elles garantissent la protection des civils pendant les opérations militaires et respectent le droit international humanitaire. »

    Contexte : un pays sous pression depuis 2016

    Le Burkina Faso subit une insurrection violente depuis 2016, menée par des groupes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Ces attaques, venues du Mali, ont provoqué deux coups d’État militaires en 2022.

    Le rapport burkinabè évoque des mesures comme la création d’une unité spécialisée dans la lutte antiterroriste, le déploiement de prévôts pour encadrer les militaires, et des formations en droits humains pour les forces de sécurité. Pourtant, Human Rights Watch a documenté des crimes contre l’humanité commis par l’armée, notamment des meurtres illégaux, des disparitions forcées et des massacres de civils accusés de collaboration avec les groupes armés.

    L’action des groupes armés et l’inertie des autorités

    Les groupes islamistes multiplient aussi les exactions : exécutions sommaires, violences sexuelles, enlèvements et pillages. Ils maintiennent sous blocus de nombreuses localités, aggravant la crise humanitaire. Malgré les appels de la CADHP après des massacres comme celui de Karma en avril 2023 ou l’attaque de Zaongo en novembre 2023, les enquêtes restent rares et les responsables impunis.

    Le rapport national ne mentionne aucune procédure judiciaire contre les abus présumés des forces de sécurité, pourtant documentés depuis des années. Par ailleurs, les droits civils et politiques se dégradent : depuis 2022, la junte militaire réprime systématiquement les militants, opposants politiques, journalistes et défenseurs des droits humains. Human Rights Watch a recensé des cas de conscription forcée pour museler les dissidents, ainsi que des enlèvements et disparitions forcées.

    Appels à l’action de la CADHP

    En décembre 2023, la CADHP a exprimé son inquiétude face à l’enlèvement de Daouda Diallo, figure majeure des droits humains, et aux pressions judiciaires subies par les défenseurs. En juillet 2024, elle a dénoncé la disparition de trois journalistes, sans réponse des autorités malgré les demandes des familles et avocats.

    La CADHP, qui n’a pas effectué de mission officielle au Burkina Faso depuis plusieurs années, devrait solliciter une visite pour évaluer la situation sur le terrain et publier un rapport complet. « La CADHP doit aborder sans détour les violations commises par les forces de sécurité et les groupes armés, tout en exigeant des mesures concrètes pour protéger les militants, journalistes et opposants », conclut Allan Ngari.

  • Burkina Faso : deux ans après le putsch, la répression s’aggrave

    Burkina Faso : deux ans après le putsch, la répression s’aggrave

    Burkina Faso : deux ans après le coup d’État, les violations des droits et libertés ont atteint un niveau très inquiétant

    30/09/2024
    Communiqué
      OLYMPIA DE MAISMONT / AFP

      Deux ans après le coup d’État du 30 septembre 2022, le Burkina Faso s’enfonce dans une crise institutionnelle sans précédent. Malgré les promesses initiales de rétablissement de l’ordre constitutionnel, les autorités actuelles ont instauré un régime de restrictions massives, étouffant toute contestation et portant atteinte aux libertés fondamentales. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dénonce ces dérives et exige le retour à un État de droit.

      Nairobi, Dakar, Paris, 30 septembre 2024 — Depuis deux ans, les nouvelles autorités burkinabè, issues du putsch militaire, ont érigé un système de répression systématique à l’encontre de toute voix dissidente. Journalistes, défenseur·es des droits humains et opposant·es politiques subissent quotidiennement des exactions : agressions, arrestations arbitraires, enlèvements, séquestrations, disparitions forcées, incorporations militaires forcées ou menaces envers leurs proches. Cette atmosphère de terreur est alimentée par des discours de haine et de violence propagés sur les réseaux sociaux par des soutiens du régime.

      La FIDH exige des autorités burkinabè qu’elles mettent fin sans délai à ces attaques et libèrent immédiatement toutes les personnes détenues illégalement. Elle les appelle également à honorer leurs engagements en matière de droits humains, tant au niveau national qu’international.

      « Réprimer la société civile et museler les défenseur·es des droits humains, les journalistes et les opposant·es est inacceptable, surtout dans un contexte de transition censé garantir une refonte de l’État et une meilleure gouvernance », déclare Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « La société civile doit être protégée ; il est crucial de préserver les libertés d’expression, d’opinion, d’association, de réunion et de presse ».

      Alors que la lutte contre le terrorisme était présentée comme une priorité par le régime, la FIDH constate une aggravation des violences et des violations des droits humains perpétrées contre les civils par toutes les parties prenantes du conflit. Le 24 août 2024, une attaque attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a visé des civils, des forces de défense et de sécurité ainsi que des Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP), faisant de nombreuses victimes. Ces crimes ont été condamnés par la FIDH et la coalition citoyenne pour le Sahel.

      Incorporation forcée de défenseur·es et journalistes

      Depuis fin novembre 2023, les autorités ont institutionnalisé l’incorporation forcée de défenseur·es des droits humains, de journalistes et d’opposant·es politiques comme renforts militaires. En représailles à leurs critiques ou dénonciations des violations des droits humains, une dizaine de personnes ont été enlevées et envoyées au front, conformément au « Décret portant mobilisation générale et mise en garde », adopté en avril 2023. Parmi elles figurent le Dr Daouda Diallo, défenseur des droits humains et figure de la société civile, ainsi qu’Ablassé Ouédraogo, personnalité politique.

      Les magistrat·es ne sont pas épargné·es par cette pratique, en violation du principe de séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice. En août 2024, au moins cinq magistrat·es, dont des procureur·es, ont été réquisitionné·es et incorporé·es de force. Ces professionnel·les avaient engagé des procédures judiciaires ou pris des décisions défavorables à des proches du régime. Ont notamment été concerné·es les procureur·es des tribunaux de Grande instance de Ouagadougou 1, de Boromo, de Bobo-Dioulasso, de Gaoua, ainsi que le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Ziniaré et un substitut du procureur de Bobo-Dioulasso, pour la période du 14 août au 13 novembre 2024.

      « Envoyer des magistrat·es, chargé·es de faire respecter la loi, au front en représailles à des décisions de justice défavorables à des partisans du régime est inadmissible. Les autorités burkinabè confirment une tendance alarmante : l’entrave aux libertés fondamentales, maintes fois condamnée par les Nations unies, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et nos organisations de défense des droits humains », déclare Alice Mogwe, présidente de la FIDH. « L’État burkinabè viole sa propre Constitution ainsi que ses obligations découlant de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et des conventions internationales, notamment celles protégeant les défenseur·es des droits humains ».

      Fin de la liberté de la presse au Burkina Faso

      Les autorités ont progressivement restreint le droit à l’information et la liberté de la presse. Les médias locaux sont sous contrôle et certains médias internationaux interdits. Les journalistes sont contraints d’adopter un « traitement patriotique » de l’information, c’est-à-dire favorable au pouvoir. Ils et elles subissent des attaques et des menaces constantes, poussant à l’autocensure généralisée. M. Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel L’Événement, a été enlevé à son domicile par l’Agence nationale du renseignement (ANR) le 24 juin 2024. Sa famille est sans nouvelles depuis. Son journal avait été suspendu le 20 juin pour un mois. Les 19 et 28 juin 2024, Kalifara Séré et Adama Bayala, chroniqueurs sur BF1, ont été enlevés après la suspension de l’émission « 7 Infos ». La CADHP avait exprimé « sa vive préoccupation face à cette situation constitutive d’une menace grave contre l’intégrité physique et morale des journalistes, risquant de les soustraire à la protection de la loi et d’entraver leur liberté d’expression et d’opinion ».

      Ciblage des proches d’opposant·es en exil

      Ces dernières semaines, les familles d’anciens dignitaires sont victimes de harcèlement, de violences et d’enlèvements. Entre le 11 et le 16 septembre 2024, au moins deux membres de la famille de Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères sous Blaise Compaoré, ont été violentés et enlevés à Ouagadougou. Ces exactions sont directement liées à des incitations à la violence émanant d’activistes proches du pouvoir.

      « Nous appelons l’Union africaine et les Nations unies à unir leurs efforts pour exiger des autorités burkinabè qu’elles mettent fin à cette spirale de violence, libèrent les personnes enlevées et respectent leur intégrité physique et morale », déclare le Professeur Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine.

  • Au Bénin, la tentative de coup d’état échoue et relance la question de la succession de talon

    Au Bénin, la tentative de coup d’état échoue et relance la question de la succession de talon

    au Bénin, la tentative de coup d’état échoue et relance la question de la succession de talon

    Vue générale de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), à Porto-Novo, le 10 décembre 2021.

    L’arrestation récente au Bénin de trois personnalités influentes du pouvoir, soupçonnées d’avoir ourdi un coup d’État, a propulsé la question de la succession du président Patrice Talon sous les projecteurs. Ce dernier achèvera son second mandat en 2026, conformément à la Constitution.

    Parmi les personnes interpellées figurent le commandant de la Garde républicaine, Djimon Dieudonné Tévoédjrè, l’ancien ministre Oswald Homéky ainsi que l’homme d’affaires Olivier Boko, connu pour être un proche de Talon depuis plusieurs décennies. Selon le procureur de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), ces derniers auraient planifié un changement de pouvoir par la force le 27 septembre 2024. Cependant, le commandant de la Garde républicaine aurait depuis été libéré. La banque NSIA Côte d’Ivoire a également démenti l’ouverture d’un compte bancaire au nom de ces personnes, comme l’affirmait la justice béninoise.

    Olivier Boko, parfois décrit comme le bras droit du président, bien qu’il n’ait jamais occupé de fonction officielle, aurait exprimé ses ambitions politiques ces derniers mois, suscitant des tensions avec Patrice Talon. Ces tensions pourraient s’expliquer par son intention de briguer la présidence en 2026, une perspective qui ne semble pas plaire au chef de l’État.

    une nouvelle phase politique au Bénin

    Pour l’analyste politique Tiburce Adagbè, l’arrestation de ces personnalités marque le début d’une nouvelle phase en vue des élections de 2026. Si la justice suit son cours, l’un des favoris pour succéder à Talon, Olivier Boko, se retrouverait en difficulté. Euloge Francis Atadé, expert en gouvernance, souligne que l’instabilité politique actuelle en Afrique de l’Ouest, marquée par des coups d’État au Burkina Faso, au Mali et au Niger, ajoute une dimension géopolitique à la situation au Bénin.

    Gilles Gohy, membre du bureau politique du parti Union progressiste le Renouveau et soutien de Patrice Talon, a appelé à la confiance dans la justice et à la sérénité. Il a affirmé que « laissons-la faire son travail », minimisant les inquiétudes. En revanche, Valentin Djenontin, un opposant en exil, a prévenu que si Olivier Boko était placé en détention, des manifestations de soutien à Talon pourraient voir le jour, ce dernier restant « le seul maître à bord ».

    réactions de l’opposition et de la mouvance présidentielle

    Le parti FCBE, principal parti d’opposition, a condamné cette tentative de coup d’État et réaffirmé son opposition à toute accession au pouvoir par des moyens non démocratiques. Le Bloc Républicain, l’un des partis de la majorité présidentielle, a également dénoncé « l’extrême gravité des faits » et condamné toute tentative de déstabilisation de l’ordre démocratique.

    Dès l’arrestation d’Olivier Boko, le groupe de soutien à sa candidature, Objectif Bénin 2026, a dénoncé une « atteinte grave aux droits fondamentaux », un « acharnement politique » et des « méthodes répressives inacceptables ». Patrice Talon est régulièrement critiqué par ses opposants pour son virage autoritaire, alors que le Bénin était autrefois salué pour la solidité de sa démocratie.

    un contexte régional sous haute tension

    Les récents événements au Bénin surviennent dans un contexte où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont connu des coups d’État militaires. Cette instabilité régionale pourrait influencer les dynamiques politiques internes au Bénin et accentuer les tensions autour de la succession de Patrice Talon.

  • Burkina Faso: une violence sans précédent ébranle le Sahel central

    Burkina Faso: une violence sans précédent ébranle le Sahel central

    Un bilan tragique secoue le Burkina Faso, où une attaque terroriste d’une rare brutalité a coûté la vie à plus d’une centaine de personnes, majoritairement des civils, et fait 140 blessés dans la localité de Barsalogho, située dans la région Centre-Nord. La région du Sahel, déjà fragilisée par des années de conflit, est de nouveau le théâtre d’une violence dévastatrice. Les victimes s’affairaient à creuser des tranchées défensives autour de leur ville, une mesure imposée par le président de la junte militaire, le capitaine Ibrahim Traoré, pour contrer les incursions jihadistes.

    Champ de déplacés internes de Barsalogho, dans la région Centre-Nord du Burkina Faso, théâtre du massacre perpétré par les islamistes. Image de 2020.

    L’attaque, revendiquée peu après par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), entité affiliée à Al-Qaïda, a vu des assaillants à moto ouvrir le feu sans discernement sur la population. Cet événement marque l’un des assauts les plus sanglants contre des civils au Burkina Faso ces dernières années. Les sources divergent quant au nombre exact de morts, estimant le bilan entre 100 et 200 victimes, en plus des 140 blessés transportés vers l’hôpital de Kaya et d’autres structures sanitaires régionales. Parmi les défunts figurent de nombreux membres des Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), une milice civile mise en place par le gouvernement burkinabé pour appuyer l’armée dans la lutte antiterroriste. Les assaillants ont également réussi à s’emparer d’armes et d’une ambulance militaire.

    La région Centre-Nord est tristement célèbre pour la fréquence des embuscades, des attaques et l’emploi d’engins explosifs improvisés par la branche locale du JNIM, considérée comme le groupe jihadiste le plus actif du Sahel central. Cette zone est également un refuge pour des dizaines de milliers de déplacés internes fuyant la violence au nord du pays. Barsalogho se trouve à seulement 145 kilomètres de la capitale, Ouagadougou.

    Depuis le coup d’État de septembre 2022, le capitaine Traoré a érigé la lutte contre le terrorisme en priorité absolue, déclarant consacrer « 80% de son temps à la guerre » pour reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire. Malgré l’arrivée d’une centaine d’instructeurs et de mercenaires russes, dont le rôle principal semble être la protection personnelle de Traoré, la stratégie de reconquête s’appuie davantage sur l’acquisition de matériel militaire, notamment des drones de combat d’origine turque, et sur une forte implication de la population civile via le recrutement de volontaires. Malheureusement, des civils critiques envers la junte militaire ont également été contraints de rejoindre le front, souvent en guise de punition.

    Les volontaires en première ligne face à l’insécurité

    Les Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), estimés à environ 30 000 en première ligne, reçoivent une formation militaire basique. Cependant, ils se retrouvent fréquemment sans armes ou munitions adéquates pour faire face aux groupes terroristes. Cette vulnérabilité les expose directement, faisant d’eux des cibles privilégiées pour les radicaux, comme en témoigne la tragédie de Barsalogho. Le Projet de Données sur les Événements et les Localisations des Conflits Armés (Acled) rapporte qu’environ 5 000 volontaires ont péri dans diverses attaques depuis la création des VDP en 2019. En dépit de leur engagement patriotique, un mécontentement grandissant se fait sentir au sein de leurs rangs, alors qu’ils perçoivent une modeste prime mensuelle d’environ 120 euros.

    Le Burkina Faso est englué dans une insurrection jihadiste depuis 2015, affectant particulièrement le nord, l’est et l’ouest du pays. Cette crise a entraîné des milliers de morts et le déplacement de plus de deux millions de personnes. On estime que plus de la moitié du territoire burkinabé échappe actuellement au contrôle de l’État, avec une présence des forces de défense souvent limitée aux axes routiers majeurs et aux grandes agglomérations. Les attaques des groupes armés contre militaires et civils, y compris les volontaires et leurs familles, sont incessantes. Toutefois, il est important de noter que l’armée et les VDP sont également accusés d’actes de violence. En avril dernier, Human Rights Watch a dénoncé le massacre de 223 civils, dont 56 enfants, dans deux villages du nord, attribuant ces faits aux Forces Armées burkinabées et à leurs auxiliaires civils, des allégations que le gouvernement a catégoriquement rejetées.

  • Niger : un an de régime militaire, les droits fondamentaux sous pression croissante

    Niger : un an de régime militaire, les droits fondamentaux sous pression croissante

    Un an après la prise du pouvoir par les militaires, les droits humains au Niger connaissent une régression préoccupante. Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ont conjointement dénoncé la répression croissante exercée par les autorités militaires à l’encontre de l’opposition, des médias et de toute forme de dissidence pacifique.

    Depuis le coup d’État, l’ancien président Mohamed Bazoum, une trentaine de hauts fonctionnaires de son gouvernement et des proches ont été arbitrairement arrêtés, tout comme plusieurs journalistes. De plus, les autorités nigériennes ont refusé toute supervision de leurs dépenses militaires, malgré leurs engagements affichés en faveur de la lutte contre la corruption. Les organisations appellent à la libération immédiate de toutes les personnes détenues pour des motifs politiques, au respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression, d’opinion et d’association, et à un engagement public en faveur de la transparence et de la redevabilité dans la gestion des fonds militaires.

    Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, a souligné que le Niger, un an après le coup d’État, s’éloigne du respect des droits humains et de l’État de droit, intensifiant la pression sur l’opposition, la société civile et les médias. Elle a insisté sur la nécessité pour les autorités militaires de libérer Mohamed Bazoum et tous les détenus politiques, en garantissant leurs droits à une procédure régulière.

    Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et d’autres officiers du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) ont renversé Mohamed Bazoum, président élu en 2021, et l’ont placé en détention arbitraire avec sa famille et des membres de son cabinet. En réaction, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a imposé des sanctions économiques, des interdictions de voyager et des gels d’avoirs. Le 22 août 2023, l’Union africaine a suspendu le Niger de ses instances. Cependant, le 28 janvier 2024, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont annoncé leur retrait de la CEDEAO, qui, le 24 février, a levé ses sanctions contre le Niger.

    Depuis le coup d’État, Mohamed Bazoum et son épouse sont toujours détenus au palais présidentiel à Niamey. Les organisations de défense des droits humains ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes concernant leur situation. En août 2023, les autorités ont annoncé leur intention de poursuivre Mohamed Bazoum pour « haute trahison » et atteinte à la sûreté de l’État, mais il n’a pas encore été présenté à un juge. L’ancien président a intenté une action en justice devant la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja en septembre 2023, dénonçant des violations de ses droits humains et de ceux de sa famille. En décembre 2023, la Cour de la CEDEAO a jugé sa détention arbitraire et a demandé sa libération. En avril, les autorités ont initié une procédure pour lever son immunité présidentielle afin de le juger pour des crimes présumés commis après son élection. Le 14 juin 2024, la Cour d’État du Niger a levé cette immunité, au terme d’une procédure jugée non conforme aux normes essentielles d’une procédure régulière et aux standards internationaux de procès équitable, notamment le droit à la défense.

    Parallèlement, au moins 30 responsables du gouvernement déchu, dont d’anciens ministres et des membres du cabinet présidentiel, ont été arbitrairement arrêtés. Leurs avocats ont signalé des détentions au secret par les services de renseignement avant leur transfert vers des prisons de haute sécurité, où ils ont été accusés, notamment d’« atteinte à la sûreté de l’État », par un tribunal militaire, bien qu’étant des civils. Quatre d’entre eux ont été libérés sous caution en avril.

    Depuis le coup d’État de 2023, la liberté des médias au Niger a été drastiquement restreinte. Les autorités ont eu recours aux menaces, au harcèlement et aux arrestations arbitraires de journalistes, dont beaucoup ont rapporté pratiquer l’autocensure par crainte de représailles.

    Le 30 septembre, Samira Sabou, blogueuse et journaliste, a été arrêtée à Niamey par des individus se présentant comme des membres des forces de sécurité. Son lieu de détention est resté inconnu pendant sept jours, la police judiciaire ayant initialement nié son arrestation. Le 7 octobre, elle a été transférée à la police de Niamey, où elle a pu recevoir la visite de son avocat et de son mari. Inculpée le 11 octobre de « production et diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public », elle a été libérée dans l’attente de son jugement, sans qu’aucune date de procès ne soit fixée.

    Le 29 janvier, le ministre de l’Intérieur a suspendu les activités de la Maison de la Presse, une organisation de médias indépendante, et a annoncé la création d’un nouveau comité de gestion des médias sous la direction du secrétaire général du ministère.

    Le 13 avril, Ousmane Toudou, journaliste et ancien conseiller en communication du président déchu, a été arrêté. Il avait dénoncé la prise de pouvoir militaire en juillet 2023 sur les réseaux sociaux. En mai 2024, il a été inculpé de « complot contre la sûreté de l’État » et placé en détention provisoire.

    Le 24 avril, les forces de sécurité ont arrêté Soumana Maiga, directeur de publication de L’Enquêteur, après la republication d’un article français concernant l’installation présumée de systèmes d’écoute russes sur des bâtiments officiels. Présenté à un juge en mai, il a été détenu pour atteinte à la défense nationale avant d’être libéré le 9 juillet, en attente de son procès.

    Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en langue haoussa au Niger, a rapporté avoir reçu des menaces de membres des forces de sécurité l’accusant de vouloir « déstabiliser le Niger » en raison de sa couverture de la situation sécuritaire dans la région de Tillabéri, où des groupes islamistes armés mènent des attaques. Elle a expliqué à Amnesty International en mai, après avoir fui le Niger, avoir été ciblée par des partisans de la junte sur les réseaux sociaux, qui l’accusaient de travailler sous influence étrangère. Le 26 avril, Ali Tera, un militant de la société civile qu’elle avait interviewé, a été arrêté.

    Le 29 mai, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme a émis une circulaire suspendant « jusqu’à nouvel ordre » toutes les visites des organisations de défense des droits humains dans les prisons nigériennes. Cette décision est en violation du droit national et international, y compris la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ratifiée par le Niger en 1988.

    Le 12 juin, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme a annoncé une modification de la loi de 2019 sur la cybercriminalité. Cette loi, qui criminalisait la diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public ou d’atteindre à la dignité humaine, avait été utilisée pour réprimer la liberté d’expression en ligne. En 2022, le gouvernement de Mohamed Bazoum avait modifié cette loi, remplaçant les peines de prison par des amendes pour les infractions de diffamation. Les modifications du 12 juin rétablissent malheureusement les peines d’emprisonnement.

    Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, a affirmé que la multiplication des attaques contre les journalistes au cours de l’année écoulée démontre la volonté des autorités de restreindre la liberté de la presse et l’accès à l’information. Il a qualifié la modification de la loi sur la cybercriminalité de « recul dangereux », susceptible de museler toute voix dissidente, en particulier les défenseurs des droits humains, les activistes et les journalistes. Il a appelé les autorités nigériennes à revenir sur cette décision et à garantir la liberté d’expression.

    La Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par le Niger en 1986, garantissent les droits à la liberté d’opinion et d’expression.

    Le 23 février, Abdourahamane Tiani, qui avait promis de lutter contre la corruption, a signé une ordonnance abrogeant tout contrôle sur les dépenses militaires. Cette ordonnance exclut les acquisitions d’équipements, de matériels, de fournitures, de travaux ou de services destinés aux forces de défense et de sécurité du champ d’application des législations sur les marchés publics et la comptabilité publique, les exonérant également d’impôts. Les organisations soulignent que la transparence des budgets et dépenses militaires est essentielle pour combattre la corruption, assurer une gestion adéquate des fonds publics et garantir la redevabilité du gouvernement, contribuant ainsi au respect des droits humains et de l’État de droit.

    Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, a conclu que le contrôle public des activités économiques de l’armée est fondamental non seulement pour le retour à un régime démocratique et la responsabilisation des autorités militaires, mais aussi pour prévenir la perte de ressources publiques due à la corruption. Elle a exhorté les autorités nigériennes à s’engager en faveur de la transparence en divulguant immédiatement des informations financières vérifiables sur les dépenses militaires.

  • Kémi Séba, l’influenceur africain sous les projecteurs pour son rôle présumé dans la propagande russe

    Kémi Séba, l’influenceur africain sous les projecteurs pour son rôle présumé dans la propagande russe

    Qui est Kémi Séba, cette figure controversée de l’Afrique francophone ?

    En Afrique francophone, Kémi Séba incarne une figure médiatique incontournable. Ce militant panafricaniste béninois, âgé de 42 ans, se distingue par ses prises de position radicales contre l’Occident et ses discours enflammés sur les réseaux sociaux. Récemment, il a été privé de sa nationalité française par un décret publié au Journal officiel français, une décision qui a marqué un tournant dans sa trajectoire déjà mouvementée.

    Avec plus d’un million d’abonnés sur Facebook et des vidéos visionnées par des centaines de milliers d’internautes sur YouTube, il jouit d’une audience massive. Dans un tweet récent, il s’est exclamé : « Plus de nationalité française, gloire à Dieu. Libéré je suis de ce fardeau ». Pourtant, son parcours est loin d’être sans tache : condamné en France pour incitation à la haine raciale, il a également dirigé la Tribu Ka, un mouvement suprématiste noir et antisémite dissous par la justice française en 2006.

    Se présentant comme un révolutionnaire africain du XXIe siècle, Kémi Séba se présente comme un opposant farouche à la Françafrique et au franc CFA, qu’il qualifie de « monnaie coloniale ».

    Un relais présumé de l’influence russe en Afrique

    Les liens entre Kémi Séba et la Russie, notamment avec le Kremlin, suscitent de vives interrogations. Selon des sources journalistiques, dont Jeune Afrique, Evgueni Prigojine, l’ancien chef du groupe Wagner décédé en août 2023, aurait financé et soutenu ses actions. Ce dernier, chargé par Vladimir Poutine de renforcer l’influence russe en Afrique, a utilisé des moyens variés : mercenariat, exploitation minière et réseaux d’influence prorusses.

    Kémi Séba, quant à lui, multiplie les conférences à l’étranger, notamment au Brésil, en Russie, en Iran et au Venezuela. Ses interventions attirent des foules, et il a même été invité au Sommet Russie-Afrique organisé à Saint-Pétersbourg par Vladimir Poutine.

    En France, il a été pointé du doigt par le président de la Commission Défense de l’Assemblée nationale en 2023, qui l’a accusé d’être un « relais de la propagande russe » et de servir les intérêts d’une « puissance étrangère alimentant le sentiment anti-français ».

    Ses positions politiques et leur impact en Afrique

    Kémi Séba soutient systématiquement les régimes africains qui se tournent vers Moscou après avoir rompu avec Paris. Ses réactions aux coups d’État au Niger, au Mali et au Burkina Faso illustrent cette ligne politique. Il a d’ailleurs déclaré, il y a quelques mois : « D’autres pays vont rejoindre cette dynamique-là, on y travaille fortement ».

    Ses principales cibles ? La Françafrique, symbole de l’influence française jugée néfaste sur le continent, et le franc CFA, qu’il considère comme un outil de domination économique. En s’opposant frontalement à ces institutions, il s’inscrit dans une logique de défiance envers l’ancienne puissance coloniale.

    Alors que la Russie étend son emprise en Afrique, des personnalités comme Kémi Séba jouent un rôle clé dans cette guerre d’influence, mêlant rhétorique révolutionnaire et soutien aux régimes pro-russes.

  • La Banque mondiale soutient la résilience sanitaire et l’accès aux soins au Mali

    La Banque mondiale soutient la résilience sanitaire et l’accès aux soins au Mali

    WASHINGTON, 28 juin 2024 – La Banque mondiale a récemment validé un crédit de 100 millions de dollars de l’Association Internationale de Développement (IDA)*. Ce financement stratégique est destiné à appuyer le Mali dans son objectif d’améliorer l’accessibilité et l’utilisation de services de santé essentiels, notamment en matière de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile, adolescente et nutritionnelle (SRMNIA+N) de haute qualité. L’initiative vise également à renforcer significativement la préparation aux urgences sanitaires dans des zones spécifiquement ciblées.

    Baptisé « Keneya Yiriwali », qui signifie « Promouvoir la résilience du système de santé inclusif pour tous au Mali » en Bambara, ce projet adopte une approche de Financement Basé sur les Résultats (FBR). Son ambition est d’optimiser la qualité globale des prestations sanitaires fondamentales, avec un accent particulier sur la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et adolescente, ainsi que sur la nutrition. Cela se fera par l’extension des zones de couverture et l’élévation des niveaux de la pyramide sanitaire. Le programme financera les intrants nécessaires et les versements liés à la performance dans les régions et écoles sélectionnées, en fonction des ressources disponibles, afin d’accroître l’efficacité de la prestation et la disponibilité des services. Cette expansion inclura les régions et communautés vulnérables aux changements climatiques, les hôpitaux régionaux et les infirmeries scolaires. Une attention particulière sera portée à la santé des adolescents, aux situations d’urgence climatique, ainsi qu’à la prévention et à la gestion des pandémies. Enfin, le projet s’attachera à rationaliser la qualité des dépenses dans le secteur de la santé grâce à une gestion budgétaire améliorée, une défragmentation du financement de la santé et la mise en place de systèmes d’information permettant de corréler les budgets et les performances.

    « L’intégration des risques climatiques, tant sur le plan énergétique que dans la gestion des urgences, au sein de l’approche FBR constitue un levier essentiel pour l’amélioration de l’offre de soins qualitatifs aux populations dans le cadre du projet Keneya Yiriwali. Cette initiative s’appuie sur les succès du projet Accélérer les Progrès vers la Couverture Sanitaire Universelle (PACSU), qui a déjà permis d’améliorer considérablement l’accès aux soins, la qualité des services, la disponibilité des médicaments et la satisfaction des patients dans neuf régions administratives du Mali », a précisé Clara de Sousa, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Mali. « Le FBR s’est révélé être un instrument de transformation, renforçant les capacités des infrastructures de santé et stimulant le recrutement local, le développement des équipements et l’aménagement des laboratoires à travers le pays. »

    Le coût global de cette opération de l’IDA s’élève à 125 millions de dollars. Il est cofinancé par le crédit de 100 millions de dollars de l’IDA et une subvention de 25 millions de dollars de la Facilité de financement mondiale (GFF). Cette dernière inclut 15 millions de dollars provenant du gouvernement des Pays-Bas via un cofinancement avec la GFF. Ce partenariat a été déterminant dans la mise en œuvre réussie de l’approche FBR de 2020 à 2024 par l’intermédiaire du PACSU au Mali.

    « En s’appuyant sur un soutien antérieur, la subvention du GFF et le financement conjoint avec le gouvernement des Pays-Bas garantiront une solide harmonisation des efforts au Mali pour optimiser les services de santé destinés aux femmes, aux enfants et aux adolescents », a affirmé Luc Laviolette, chef du secrétariat de la GFF. « Investir dans un système de santé plus robuste et inclusif est crucial pour répondre aux besoins des communautés les plus reculées et les plus vulnérables face au climat. »

    Le projet Keneya Yiriwali bénéficiera principalement aux femmes, aux adolescentes et aux enfants, touchant une population totale estimée à 15,4 millions d’habitants. Parmi eux, 3 millions sont des enfants de moins de 5 ans et 3,4 millions sont des femmes âgées de 15 à 49 ans. Sa zone d’action s’étendra au-delà des régions initialement couvertes par le PACSU (Gao, Mopti, Douentza, Bandiagara, San, Ségou, Koulikoro, Dioïla et Nara) pour inclure de nouvelles régions comme Tombouctou, Bougouni, Koutiala et Sikasso, qui affichent les taux de pauvreté les plus élevés, ainsi que la Commune VI du district de Bamako.

    *L’Association internationale de développement (IDA) est une entité de la Banque mondiale dédiée à l’aide aux nations les plus démunies. Créée en 1960, elle octroie des subventions et des prêts à des taux avantageux ou nuls pour soutenir des initiatives et des programmes visant à stimuler la croissance économique, à atténuer la pauvreté et à améliorer le quotidien des populations les plus vulnérables. L’IDA figure parmi les principaux pourvoyeurs de fonds pour 76 des pays les plus pauvres du globe, dont 39 sur le continent africain. Les ressources de l’IDA ont un impact positif sur la vie de 1,6 milliard de personnes. Depuis sa création, l’IDA a soutenu des actions de développement dans 113 pays, avec des engagements annuels moyens de 21 milliards de dollars au cours des trois dernières années, dont environ 61 % sont alloués à l’Afrique.

  • Crise au Burkina Faso Mali et Niger : des juntes militaires en difficulté

    Crise au Burkina Faso Mali et Niger : des juntes militaires en difficulté

    Des régimes militaires en quête de légitimité face à l’échec sécuritaire et politique

    Dans les pays de l’Afrique de l’Ouest comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les juntes militaires au pouvoir font face à une crise profonde de légitimité. Entre répression, restrictions des libertés et détentions arbitraires, ces régimes multiplient les mesures autoritaires pour tenter de masquer leurs échecs, notamment sur le plan sécuritaire et socioéconomique. Les défenseurs des droits humains et les médias deviennent les premières cibles de cette stratégie de contrôle.

    Des promesses non tenues et une situation sécuritaire toujours plus critique

    Le président de l’Afrikajom Center, Alioune Tine, alerte sur la dégradation de la situation dans ces trois pays. Selon lui, les juntes, qui justifiaient leur prise de pouvoir par une situation sécuritaire dégradée, n’ont pas réussi à améliorer la donne. Pire encore, la crise s’aggrave : « Depuis leur arrivée au pouvoir, la situation sécuritaire est devenue extrêmement préoccupante, parfois même pire qu’avant ». Une réalité qui contraste fortement avec les engagements initiaux des militaires, comme celui d’Ibrahim Traoré de rendre rapidement le pouvoir aux civils.

    « Quand on prend le pouvoir par la force, on a toujours cette peur de le perdre de la même manière », souligne Alioune Tine. Il rappelle que les promesses de transition démocratique ont été abandonnées : « Le capitaine Traoré avait promis des élections rapides pour rendre le pouvoir aux civils. Aujourd’hui, ces engagements sont restés lettre morte ». La situation des droits humains se dégrade, avec des massacres ciblant certaines communautés, notamment les Peuls.

    Une répression tous azimuts pour se maintenir au pouvoir

    Face à la contestation croissante, les régimes militaires durcissent leur politique répressive. Les détentions arbitraires, les enlèvements de défenseurs des droits humains et la fermeture de médias se multiplient. Amnesty International et la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains dénoncent ces pratiques et préparent un rassemblement pacifique pour protester contre la répression de la liberté de la presse et la liberté d’expression. Elles exigent notamment la libération de l’avocat Guy Hervé Ham, détenu depuis janvier.

    Dans ce contexte tendu, un incident a marqué un tournant : le 12 juin, un obus a atterri dans la cour de la chaîne publique RTB à Ouagadougou, faisant plusieurs blessés. Bien que Ibrahim Traoré ait tenté de minimiser l’événement en le qualifiant de « fake news », la confusion persiste. Des rumeurs évoquent même une mutinerie dans les casernes ou une tentative de coup d’État.

    Le Mali et le Niger : des situations similaires d’impasse politique

    Au Mali, malgré quelques avancées dans le contrôle de certaines régions, la situation reste critique, tant sur le plan sécuritaire que socioéconomique. Alioune Tine souligne l’échec des juntes à répondre aux attentes des populations : « Nous sommes dans une impasse. Les gens souffrent d’un manque de légitimité, et les juntes ne parviennent pas à améliorer leur quotidien ». Certains opposants en exil ont même formé un gouvernement, illustrant la crise de confiance envers les militaires.

    Au Niger, la junte fait également face à une opposition croissante. Les détracteurs des régimes militaires dénoncent une dérive autoritaire, avec des enlèvements ciblant des personnalités de la société civile, y compris des personnes âgées. Pour Alioune Tine, ces pratiques révèlent une véritable dictature : « On ose aller enlever des figures de la société civile et les emmener au front. C’est inacceptable ».

    Une CEDEAO divisée et une coopération régionale menacée

    Les régimes militaires se tournent vers des alliés comme la Russie pour contourner les critiques internationales, notamment celles de la CEDEAO. Alioune Tine regrette cette division : « La CEDEAO est aujourd’hui scindée entre pro-occidentaux et pro-russes. Cela nuit gravement à la coopération interafricaine et à la prise en charge des préoccupations des peuples, en particulier des jeunes ». Il appelle à une remise en question de l’organisation pour mieux répondre aux défis régionaux.

    Parmi ces défis figurent la question du franc CFA et la présence des bases militaires étrangères. Alioune Tine souligne l’absence d’alternative viable après le départ des bases françaises : « Le problème n’est pas le départ des bases, mais le manque de solutions pour les remplacer ».

    Conclusion : des juntes en quête d’un second souffle

    Les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger sont aujourd’hui confrontés à une crise multidimensionnelle. Leur incapacité à résoudre les problèmes sécuritaires et socioéconomiques, couplée à une répression accrue, ne fait qu’aggraver leur isolement. Face à cette situation, les défenseurs des droits humains et les organisations régionales appellent à une mobilisation pour défendre les libertés fondamentales et exiger un retour à l’État de droit.