Auteur/autrice : nigeractu

  • Ibrahim Traoré et la stratégie numérique de contrôle au Burkina Faso

    Ibrahim Traoré et la stratégie numérique de contrôle au Burkina Faso

    La liberté de la presse au Burkina Faso n’est plus uniquement menacée par des mesures répressives directes. Aujourd’hui, elle subit une offensive méthodique menée à travers les réseaux sociaux, où des campagnes de désinformation et de harcèlement ciblé transforment les plateformes numériques en armes de contrôle politique.

    Une récente investigation met en lumière le rôle central joué par le capitaine Ibrahim Traoré, figure de la junte militaire, dans l’orchestration de ces pratiques. Selon les conclusions d’un rapport d’enquête, le chef de l’État burkinabé aurait mis en place une milice numérique dédiée à la neutralisation des voix critiques, désormais désignée sous le nom de Bataillons d’intervention rapide de la communication (BIR-C).

    Les BIR-C : une machine de guerre virtuelle

    Inspirées des unités militaires de terrain, ces formations opèrent exclusivement en ligne. Leur mission ? Occuper l’espace numérique et étouffer toute velléité de débat contradictoire. Leur action ne se limite pas à des réactions spontanées : elle s’inscrit dans une stratégie globale visant à rendre toute prise de parole dissidente économiquement et socialement coûteuse pour ses auteurs.

    Les tactiques employées par les BIR-C

    Les méthodes déployées par ces cyberactivistes révèlent une approche systématique et coordonnée :

    • Harcèlement algorithmique : Les journalistes d’investigation et les éditorialistes indépendants sont systématiquement ciblés dès qu’ils analysent la politique sécuritaire ou les décisions gouvernementales. Des vagues de messages hostiles, souvent générés par des comptes automatisés, submergent leurs espaces de publication.
    • Menaces physiques et intimidations : Outre les attaques verbales, les publications de ces réseaux incluent régulièrement le doxxing – la diffusion publique d’informations personnelles – ainsi que des appels à l’arrestation ou à la violence physique contre les détracteurs du régime.
    • Désinformation stratégique : Les médias locaux et internationaux indépendants sont systématiquement discrédités. Qualifiés de « propagateurs de fausses informations » ou de « complices de puissances étrangères », ils voient leur crédibilité sapée par une saturation de contenus pro-junte sur les réseaux sociaux.
    • Monopole de l’attention numérique : Grâce à des campagnes coordonnées, les discours soutenant le pouvoir dominent l’espace public en ligne, reléguant les analyses critiques aux marges des débats. La visibilité des opinions divergentes est ainsi réduite, voire neutralisée.

    L’impunité comme fondement du système

    L’absence de poursuites judiciaires contre ces agissements constitue un élément clé de cette stratégie. Alors que les journalistes et activistes critiques sont fréquemment arrêtés ou contraints au silence, les membres des BIR-C agissent en toute impunité. Cette tolérance officielle encourage une autocensure généralisée parmi les professionnels des médias et les citoyens.

    Face au risque de devenir la cible de campagnes de harcèlement, de nombreux acteurs de l’information préfèrent éviter les sujets sensibles – qu’il s’agisse de la gouvernance, des opérations militaires ou de la crise sécuritaire. Cette pression psychologique agit comme une censure invisible, aussi efficace que les mesures administratives pour museler la presse.

    Un écosystème médiatique sous contrôle

    Les spécialistes de la communication politique soulignent que la domination des espaces numériques par des récits unilatéraux appauvrit le débat démocratique. Lorsque les opinions divergentes disparaissent des radars, la pluralité des sources d’information s’étiole, privant les citoyens d’outils essentiels pour évaluer les politiques publiques.

    Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large observée dans des régimes autoritaires ou hybrides, où les réseaux sociaux deviennent des champs de bataille stratégiques. Les campagnes de désinformation et les cybermilices y jouent un rôle central pour discréditer les médias indépendants et marginaliser les voix critiques. Pour les défenseurs de la liberté de la presse, ces pratiques représentent une nouvelle forme de répression, tout aussi redoutable que la censure traditionnelle.

    Un contexte déjà marqué par la répression

    Cette offensive numérique ne vient pas s’ajouter à un vide juridique, mais s’inscrit dans un paysage déjà fortement restrictif. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso a vu ses médias internationaux suspendus ou interdits, tandis que des journalistes ont subi intimidations, convocations arbitraires ou disparitions temporaires. Ces mesures, combinées aux campagnes en ligne, créent un environnement où l’expression indépendante devient de plus en plus périlleuse.

    Les observateurs avertissent : cette dérive liberticide ne se limite pas à une menace pour les professionnels des médias. Elle affecte l’ensemble du débat public, sapant la confiance des citoyens dans les institutions et limitant leur capacité à participer pleinement à la vie démocratique.

    Des répercussions au-delà des frontières

    Les conclusions de cette enquête soulèvent des inquiétudes quant à l’image internationale du Burkina Faso. La liberté de la presse est un indicateur clé pour les investisseurs, les organisations internationales et les partenaires au développement lorsqu’ils évaluent la stabilité et la qualité de la gouvernance d’un pays. Une dégradation persistante de cet indicateur pourrait nuire durablement à la réputation du pays sur la scène mondiale.

    Plus largement, cette affaire illustre une mutation profonde de la guerre informationnelle. Autrefois centrée sur les médias traditionnels, la propagande s’est déplacée vers les réseaux sociaux, où la viralité, les algorithmes et la rapidité de diffusion des contenus amplifient certains récits tout en étouffant les dissentiments. Pour les défenseurs de la liberté d’expression, cette évolution représente l’un des défis majeurs des États confrontés à des crises politiques et sécuritaires prolongées.

  • Dialogue inclusif et résilience au Niger : les clés pour une paix durable

    Dialogue inclusif et résilience au Niger : les clés pour une paix durable

    Le Niger face à l’insécurité : quand le dialogue devient une urgence nationale

    Dans un contexte marqué par des menaces terroristes persistantes et une insécurité grandissante dans plusieurs régions du Niger, les initiatives locales et nationales se multiplient pour offrir des solutions durables. Parmi elles, le dialogue inclusif émerge comme une stratégie essentielle pour restaurer la cohésion sociale et contrer l’extrémisme violent. Cette approche, qui place la souveraineté nationale au cœur de ses priorités, implique l’État, les communautés locales et tous les acteurs socioprofessionnels à travers le pays.

    La sécurité des personnes et de leurs biens, une mission régalienne des Forces de défense et de sécurité qui nécessite une résilience communautaire inclusive

    Des voix locales qui portent l’espoir malgré les défis

    Les zones touchées par l’insécurité, comme Téra, Makolondi et Torodi, illustrent la réalité complexe vécue par les populations. Si les Forces de défense et de sécurité (FDS) assurent une présence rassurante par leurs patrouilles, les habitants restent vulnérables aux violences quotidiennes. Les déplacements sont entravés, les activités agricoles et commerciales perturbées, et les jeunes, en particulier, subissent des pressions extrêmes.

    Seydou Hamidou, jeune membre d’une association de Bantéri dans la commune de Makalondi, témoigne : « Sans la protection des FDS, nous sommes exposés aux recrutements forcés par les groupes armés, à la déscolarisation et au chômage. Les bandits nous empêchent de travailler, volent notre bétail et imposent des taxes illégales. Beaucoup de jeunes préfèrent quitter le pays par désespoir. »

    Portrait de Seydou Hamidou, jeune membre d'une association de Bantéri

    Victor Harouna, originaire de Téra, ajoute : « Les coûts de transport ont explosé. Un trajet autrefois à 3 000 francs CFA coûte désormais entre 10 000 et 15 000 francs. Les récoltes sont sabotées, et malgré le retour de nombreux déplacés grâce aux FDS, la vie reste précaire. »

    Portrait de Victor Harouna, habitant de Téra

    Les femmes, encore plus vulnérables, subissent de plein fouet les conséquences de l’insécurité. Amina, venue de Torodi, raconte : « Avant, nous avions des activités génératrices de revenus. Aujourd’hui, nos enfants ne vont plus à l’école, nos maris sont parfois perdus, et beaucoup de femmes fuient vers les villes sans ressources. Nous demandons plus de présence militaire pour nous protéger. »

    Ces récits, recueillis lors du Forum national de l’Initiative Sahel pour la Paix (SPI), révèlent la réalité des communautés en première ligne face à l’insécurité.

    L’État nigérien en première ligne : actions et défis

    Le préfet de Torodi, le capitaine Boureima Dobi, a partagé les avancées concrètes réalisées par l’État pour soutenir les populations déplacées. Grâce aux FDS, plus de 800 déplacés ont pu regagner leurs foyers, notamment à Makalondi. Une deuxième phase de réinsertion est en préparation. « L’État ne reste pas inactif. Nous sollicitons sans cesse des vivres et des ressources pour améliorer le quotidien de nos concitoyens », assure-t-il.

    Portrait du préfet de Torodi, capitaine Boureima Dobi

    Il insiste également sur l’importance de la collaboration citoyenne pour identifier les complices des terroristes. « Certains habitants, par ignorance ou par peur, facilitent les attaques. Mais nous constatons des progrès : quatre personnes ont récemment rendu leurs armes et réintégré la société. Les sensibilisations se multiplient pour ancrer le patriotisme dans les esprits. »

    Depuis la transition politique, le Niger mise sur ses valeurs endogènes pour renforcer la sécurité et la cohésion nationale. La Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP), rattachée à la Présidence, joue un rôle central dans cette dynamique. Boubacar Hamidou, directeur du Relèvement et de la Stabilisation à la HACP, explique : « Nous renforçons les capacités des leaders communautaires, des jeunes et des femmes, tout en prévenant et gérant les conflits. Nos projets de développement, menés avec les conseils locaux, visent à restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions. »

    Portrait de Boubacar Hamidou, directeur de la HACP

    L’Initiative Sahel pour la Paix (SPI) : un réseau au service de la cohésion sociale

    Créée en 2019 à l’initiative des Conférences Épiscopales d’Afrique de l’Ouest et de partenaires comme le CJP Burkina, l’Initiative Sahel pour la Paix (SPI) rassemble des communautés chrétiennes et musulmanes au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Son objectif ? Promouvoir la paix, le dialogue interreligieux et la résilience communautaire dans les zones les plus vulnérables.

    Lors du Forum national de Niamey, Monseigneur Laurent Lompo, archevêque de Niamey et président du groupe de travail de la SPI, a souligné : « Le dialogue et la communication sont nos meilleurs outils. Les rencontres communautaires et les forums intergénérationnels doivent rassembler tous les acteurs pour discuter de paix et de sécurité. »

    Portrait de Monseigneur Laurent Lompo, archevêque de Niamey et président de la SPI

    Les perspectives de la SPI incluent le renforcement des acteurs de la paix, la promotion de l’emploi des jeunes, l’éducation à la paix, l’inclusion sociale, l’innovation numérique et l’accompagnement psychosocial. Le forum de Niamey a permis de formuler des recommandations concrètes pour un vivre-ensemble apaisé.

    Les leaders religieux, piliers de la paix et de la cohésion sociale

    Dans un contexte où l’extrémisme instrumentalise souvent la religion, les leaders religieux nigériens jouent un rôle clé. Le Comité national de dialogue intra et interreligieux (CDIR), né pour contrer la menace de Boko Haram, œuvre à désamorcer les tensions communautaires et à promouvoir la coexistence pacifique.

    Cheikh Barham Aboubacar, coordinateur national du CDIR, explique : « Nos missions sont claires : éviter les discours de haine, clarifier les malentendus religieux et résoudre les conflits intercommunautaires. Le dialogue est notre meilleur allié pour calmer les tensions et prévenir les violences. »

    Portrait de Cheikh Barham Aboubacar, coordinateur national du CDIR

    Le CDIR déploie des comités locaux de paix, des cellules de proximité et des initiatives communautaires pour résoudre les conflits fonciers et religieux. « Nous dialoguons pour comprendre les zones d’ombre, encourager la tolérance et éviter les discriminations. Notre objectif est d’ancrer la paix dans les mentalités », précise-t-il.

    Les leaders religieux collaborent également avec les autorités pour préserver l’unité nationale, même en période de crises.

    Les médias communautaires, sentinelles de la paix

    En temps de crise, les médias – notamment les radios communautaires – deviennent des acteurs incontournables. Alhassane Mahamane, rédacteur en chef du Studio Kalangou, souligne leur rôle : « Nous éduquons et sensibilisons les communautés. Les émissions locales reflètent leurs réalités et priorités, créant un climat de confiance essentiel pour la paix. »

    Portrait d'Alhassane Mahamane, rédacteur en chef du Studio Kalangou

    Ils luttent contre la désinformation, déconstruisent les rumeurs et unifient les populations autour de valeurs communes.

    Les femmes, actrices incontournables de la paix

    Amina Boukary, coordinatrice de l’ONG Femmes, Actions et Développement (FAD), rappelle le rôle central des femmes : « Elles créent des réseaux, lancent des activités génératrices de revenus et éduquent les enfants. Mais pour qu’elles jouent pleinement leur rôle, elles ont besoin de soutien : renforcement des capacités, scolarisation des filles et participation aux instances décisionnelles. Les femmes représentent la moitié de la population, leurs besoins doivent être entendus. »

    Portrait d'Amina Boukary, coordinatrice de l'ONG FAD

    Pour une paix durable, la mobilisation doit être collective : État, communautés, jeunes, femmes, leaders religieux et médias doivent unir leurs efforts. La résilience et la cohésion sociale sont les fondations d’un Niger stable et prospère.

  • # Intégration sous-régionale : Le Bénin valide 73 % des réformes communautaires de l’UEMOA

    # Intégration sous-régionale : Le Bénin valide 73 % des réformes communautaires de l’UEMOA

    **Ce jeudi 23 juillet 2026, le Ministère de l’Économie et des Finances du Bénin a accueilli l’édition 2026 de la Revue politique annuelle des réformes, politiques, programmes et projets communautaires de l’UEMOA. À l’issue d’une évaluation rigoureuse portant sur 145 textes réglementaires, le pays enregistre un taux de mise en œuvre de 73 %. Cette performance, supérieure au seuil satisfaisant de 70 %, illustre l’engagement soutenu de Cotonou en faveur de l’intégration économique ouest-africaine.** ## Un rendez-vous institutionnel au cœur de l’espace UEMOA La mise en conformité des législations nationales avec le droit communautaire constitue la pierre angulaire de l’intégration au sein de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine. Chaque année, l’exercice de la Revue politique annuelle permet de mesurer concrètement la volonté des États membres à appliquer les décisions adoptées au plus haut niveau. C’est dans ce cadre que la délégation de la Commission de l’UEMOA s’est réunie à Cotonou avec les représentants des ministères et des structures sectorielles béninoises. Autour de la table, l’objectif était clair : passer au criblage l’ensemble des textes transposés et appliqués par le Bénin, tout en identifiant les blocages administratifs ou techniques susceptibles de freiner la dynamique communautaire. ## Une évaluation axée sur trois piliers majeurs Pour l’édition 2026, l’évaluation s’est appuyée sur une grille d’analyse globale composée de 145 textes communautaires. Comme l’a rappelé le Président de la Commission de l’UEMOA, Monsieur Abdoulaye DIOP, cette revue vise à apprécier avec exactitude le niveau de transposition des actes juridiques issus du Conseil des ministres ainsi que de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement. L’examen approfondi s’est structuré autour de trois domaines fondamentaux pour le développement économique de la sous-région. Le premier pilier concerne la gouvernance économique et la convergence, qui englobe l’harmonisation des cadres budgétaires, la surveillance multilatérale et la transparence de la gestion publique. Le deuxième pilier porte sur le marché commun, axé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux, ainsi que le droit d’établissement. Enfin, le troisième pilier aborde les politiques sectorielles, visant l’alignement des initiatives nationales dans les transports, l’énergie, l’agriculture, l’environnement et le numérique. ## Taux de réalisation de 73 % : franchir le cap de la satisfaction À la clôture des travaux, le verdict est tombé : le Bénin affiche un taux de réalisation global de 73 %. Dans le baromètre de la Commission de l’UEMOA, la barre des 70 % représente le seuil critique à partir duquel un État est reconnu pour ses efforts significatifs en matière de transposition. En franchissant cette étape, le Bénin confirme sa position d’élève appliqué au sein du bloc sous-régional. Ce score témoigne de la régularité des réformes entreprises au cours des dernières années, tout en laissant entrevoir des marges de progression ciblées sur des secteurs clés. ## Paroles de dirigeants : entre félicitations et cap sur l’avenir Les échanges politiques qui ont suivi la présentation des résultats ont permis aux deux parties d’exprimer leur vision commune du processus d’intégration. Pour le Président de la Commission de l’UEMOA, cette revue ne constitue pas un simple exercice d’audit, mais un levier de transformation stratégique. Abdoulaye DIOP a souligné qu’il était essentiel de constater les engagements très forts des autorités béninoises pour qu’à la prochaine revue, des avancées significatives soient enregistrées dans les domaines où des efforts restent attendus. Prenant la parole à son tour, le Ministre de l’Économie et des Finances du Bénin, chargé de la Coopération, Monsieur Aristide MEDENOU, a tenu à saluer le travail méthodique accompli par les équipes administratives béninoises. Selon lui, ce résultat est le fruit direct d’un mécanisme permanent et rigoureux de suivi des textes communautaires et d’une mobilisation collective de l’ensemble des administrations concernées. Le ministre a précisé que cette rencontre institutionnelle permet d’identifier précisément les goulots d’étranglement administratifs ou réglementaires dans certains domaines, de partager les bonnes pratiques et les retours d’expérience avec la délégation de la Commission, puis de s’accorder sur des solutions concrètes pour accélérer le rythme de transposition des directives en attente. ## Défis restants et perspectives d’avenir Si le bilan global s’avère satisfaisant, la marge de 27 % restante représente le chantier prioritaire pour les prochains mois. La transposition des politiques sectorielles complexes exige une coordination interministérielle accrue. En réaffirmant la volonté du Gouvernement béninois de poursuivre les réformes engagées, Aristide MEDENOU a tracé la feuille de route pour la période à venir. L’objectif affiché est d’aborder la prochaine revue annuelle avec des progrès notables dans les secteurs identifiés comme perfectibles. ## Une dynamique prometteuse pour l’intégration ouest-africaine En franchissant le seuil des 73 % lors de cette évaluation 2026, le Bénin démontre qu’une gouvernance rigoureuse et un suivi institutionnel continu permettent de transformer des engagements régionaux abstraits en réalités juridiques et économiques. Alors que l’espace UEMOA fait face à des défis économiques globaux et régionaux majeurs, la discipline budgétaire et l’alignement réglementaire affichés par Cotonou renforcent non seulement la crédibilité de l’État sur la scène financière internationale, mais contribuent également à l’édification d’un marché sous-régional plus fluide et compétitif.
  • RDC : le droit international humanitaire bafoué

    RDC : le droit international humanitaire bafoué

    Droits de l’HommeRépublique démocratique du Congo

    RDC : le droit international humanitaire bafoué

    Jean-Noël Ba-Mweze
    24 juillet 2026

    Dans l’est de la RDC, les violations du droit international humanitaire persistent. Le CICR appelle à un meilleur respect de ces règles, tandis que la justice militaire assure poursuivre les auteurs d’exactions.

    https://p.dw.com/p/5HgRc
    Des déplacés sur un site d'hébergement

    En République démocratique du Congo, malgré les engagements pris par les autorités et leurs partenaires, le droit international humanitaire continue d’être gravement mis à mal dans les zones de conflit de l’est du pays.

    Face à la multiplication des groupes armés et aux nombreuses atteintes contre les civils, le Comité international de la Croix-Rouge, le CICR, plaide pour une meilleure connaissance et une application plus rigoureuse de ces règles. C’est dans cette optique qu’il a organisé le jeudi 23 juillet une conférence à Kinshasa.

    Quand les règles de la guerre ne protègent plus

    Dans les zones de conflit, le droit international humanitaire reste largement méconnu, et lorsqu’il est connu, il n’est pas toujours respecté. Cette situation expose davantage les populations civiles, prises au piège des affrontements entre les différentes forces en présence. 

    « Les violences sexuelles se comptent par millions. Chaque minute, il y a des femmes, des filles et des enfants… bien-sûr, il y a quelques hommes qui sont victimes de ces agressions sexuelles« , regrette Julienne Lusenge, militante des droits humains qui rappelle que les femmes et les filles paient le plus lourd tribut. Elle appelle à des sanctions contre les auteurs de violences sexuelles. 

    « Malheureusement, au niveau international, on n’a jamais eu un cas qui est jugé. Il faut qu’on arrive à sanctionner sur le plan international les crimes de violences sexuelles.« 

    RDC 2025 | des réfugiées avec leurs bagages

    Des procès pour sanctionner et dissuader

    Julienne Lusenge estime également que le renforcement des capacités des forces de sécurité et la lutte contre les groupes armés sont indispensables pour mieux protéger les civils. De son côté, la justice militaire affirme poursuivre les militaires auteurs d’exactions. Le général Jean-Paul Tshayikolo, magistrat militaire à la Haute Cour militaire, souligne que ces procès ont aussi une vocation dissuasive et éducative.

    Selon lui : « Il y a de bons éléments comme de mauvais éléments. Bien-sûr, la volonté même de la société militaire est qu’on ait des bons éléments. Mais jamais on n’atteindra l’impunité zéro. En ce qui concerne la justice militaire, lorsqu’on juge un militaire, à travers la décision qui sera rendue, les autres justiciables des juridictions militaires sont éduqués. La justice militaire a toujours agi pour sanctionner. Les statistiques sont là.« 

    Des conflits qui défient le droit international humanitaire

    Plus de 200groupes armes sont actifs dans l’est de la RDC, principalement dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, et dans une moindre mesure, du Tanganyika.

    Or, les alliances fluctuantes entre ces groupes rend difficile l’identification des acteurs responsables des violations du droit international humanitaire. Cette fragmentation complique également les mécanismes de dialogue, de contrôle et de sanction.

    De plus, le droit international humanitaire prévoit une distinction claire entre civils et combattants qui n’est pas toujours une réalité sur le terrain. 
    Ces facteurs compliquent encore les poursuites judiciaires et favorisent encore trop l’impunité.

  • Bénin et Maroc renforcent leur partenariat avec une possible exemption de visa

    Bénin et Maroc renforcent leur partenariat avec une possible exemption de visa

    Lors de la 7e édition de la Commission mixte de coopération organisée à Cotonou, le Bénin et le Maroc ont marqué une étape historique dans leurs relations bilatérales. En marge de la signature de quatorze accords stratégiques, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a révélé un projet d’exemption de visa pour les détenteurs de passeports ordinaires béninois. Une avancée majeure qui pourrait redéfinir les échanges économiques, culturels et académiques entre les deux pays.

    Une nouvelle ère diplomatique entre Cotonou et Rabat

    La rencontre diplomatique, qui s’est tenue en juillet 2026 dans la capitale économique du Bénin, a illustré la volonté commune de transcender une amitié historique pour bâtir un partenariat économique et humain plus fluide. Nasser Bourita a confirmé la disposition du Maroc à étudier sérieusement la suppression des visas pour les ressortissants béninois, une mesure encore en phase d’examen mais déjà porteuse d’un symbolisme fort. Cette annonce reflète une confiance mutuelle renforcée et un alignement politique sans précédent entre les deux nations.

    La libre circulation, un accélérateur pour l’économie bilatérale

    L’impact potentiel de cette exemption sur les échanges commerciaux est colossal. En supprimant les contraintes administratives liées aux visas, les entreprises béninoises et marocaines gagneront en agilité, réduisant les coûts de transaction et favorisant les investissements croisés. Les secteurs bancaire, assurantiel et industriel, déjà dynamiques entre les deux pays, pourraient connaître une croissance exponentielle. Les exportateurs béninois, notamment ceux des filières agricoles et artisanales, verront également leur accès au marché nord-africain se simplifier.

    Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la mise en place de l’e-Visa marocain en 2024, qui avait déjà permis de fluidifier les déplacements. L’exemption totale des visas marquerait un tournant définitif vers un espace économique intégré et compétitif.

    Éducation, tourisme et santé : les retombées d’une mobilité simplifiée

    Les bénéfices de cette mesure dépassent largement le cadre économique. Le Maroc, déjà prisé des étudiants béninois pour ses universités et écoles d’ingénieurs, deviendra encore plus accessible. La simplification des procédures d’installation facilitera l’accueil des jeunes talents et renforcera les échanges académiques.

    Le tourisme, qu’il soit d’affaires ou de loisirs, bénéficiera également de cette ouverture. Les destinations marocaines comme Marrakech ou Fès, tout comme les sites culturels béninois comme Ouidah, gagneront en attractivité. Le tourisme médical et les collaborations sanitaires, notamment dans les domaines de la formation et des équipements hospitaliers, trouveront aussi un terrain propice à leur développement.

    Quatorze accords pour ancrer une coopération durable

    L’exemption de visa n’est pas la seule avancée issue de cette session diplomatique. Quatorze accords de coopération ont été signés, couvrant des domaines aussi variés que l’économie, l’enseignement supérieur, la culture, les investissements et la gouvernance. Parmi les mesures phares figurent :

    • Le renforcement des bourses d’études pour les étudiants béninois au Maroc et vice versa ;
    • La protection réciproque des investissements pour sécuriser les entreprises des deux pays ;
    • Le partage d’expertise dans les secteurs des industries créatives et des nouvelles technologies ;
    • La mise en place de mécanismes de suivi rigoureux pour garantir l’application concrète de ces engagements.

    Ces textes visent à éviter que les promesses ne restent lettre morte et à assurer une exécution rapide des projets sur le terrain.

    Un modèle pour l’intégration africaine

    Cette initiative s’aligne sur la vision du Maroc pour une coopération Sud-Sud renforcée, tout en répondant à l’ambition du Bénin de diversifier ses partenariats et d’accélérer son intégration régionale. En facilitant la mobilité des personnes et des biens, les deux pays envoient un message clair à l’ensemble du continent : l’intégration africaine se construit par des actions bilatérales concrètes.

    Reste désormais à finaliser les aspects techniques et juridiques de cette exemption de visa, une étape qui promet de transformer durablement la vie des citoyens béninois et marocains.

  • L’OM affrontera l’Atlético Madrid au Vélodrome lors de son dernier match de préparation le vendredi 14 août

    L’OM affrontera l’Atlético Madrid au Vélodrome lors de son dernier match de préparation le vendredi 14 août

    OM : un dernier match de préparation au Vélodrome face à l’Atlético Madrid

    L'Olympique de Marseille affrontera l'Atletico Madrid au Vélodrome, vendredi 14 août, en match amical. (F. Porcu/L'Equipe)
    L’Olympique de Marseille affrontera l’Atletico Madrid au Vélodrome, vendredi 14 août, en match amical. (F. Porcu/L’Equipe)

    Le vendredi 14 août, au Vélodrome, l’Olympique de Marseille entraîné par Bruno Genesio affrontera les Colchoneros de l’Atlético Madrid, pour un ultime galop d’essai avant la reprise de la Ligue 1, une semaine plus tard.

    ajouter L’Équipe à vos sources préférées

    Depuis plusieurs années, le mois d’août venu, l’OM a pris l’habitude d’offrir un dernier match de préparation d’envergure à ses supporters, au Vélodrome. Après Naples en 2019, Villarreal en 2021, le Milan en 2022, le Bayer Leverkusen en 2023 ou Aston Villa en 2025, il affrontera l’Atlético de Madrid de Diego Simeone dans son stade, le vendredi 14 août à 17 h 30.

    L’OM reprend son Championnat le 21 août face à Strasbourg, et l’Atlético le 19 août contre Malaga, et les spectateurs devraient ainsi avoir droit à une version consistante des deux équipes, prêtes à une nouvelle saison de joutes nationales et européennes. Le match sera retransmis sur Ligue 1+, comme la rencontre de préparation, pas moins intéressante, face à l’Athletic Bilbao, le dimanche 9 août à 17 h 30.

    Marseille
    Foot,Transferts,OMEt si les contraintes financières étaient une bonne nouvelle ?
    3 minutes
    Foot,Ligue 1,OM«Greenwood est parti mais la honte reste»
    3 minutes
    Foot,Ligue 1,Le HavreDemba Ba : «Je ne réfléchis pas trop avec mon coeur»
    6 minutes
    Les commentaires sont soumis à des règles de modération. lire la charte
    M
    maxmalow Un match de prestige pour l’Atletico
    26
    réagir
    signaler
    55min
  • Absence de Paul Biya : Le Cameroun est en « pilotage automatique »

    Politique

    Absence de Paul Biya : Le Cameroun est en « pilotage automatique » – Joshua Osih

    L’absence prolongée du président Paul Biya ravive le débat sur la fameuse vacance du pouvoir au sommet de l’État. Pour Joshua Osih, leader du Social […]

    Marturin ATCHA
    ||2 min de lecture
    Suivez Actu Cameroun sur Google
    Commenter
    Publicité

    L’absence prolongée du président Paul Biya ravive le débat sur la fameuse vacance du pouvoir au sommet de l’État. Pour Joshua Osih, leader du Social Democratic Front (SDF), le Cameroun est en pilotage automatique.

    Parti le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe« , le président Paul Biya n’est toujours pas revenu à Yaoundé après plus de 40 jours à l’étranger. Une situation qui relance le débat sur une présumée vacance du pouvoir au sommet de l’État.

    En conférence de presse jeudi 23 juillet, le président du SDF, le député Joshua Osih a décrié cette situation politique qui plonge le pays selon lui, dans une incertitude. « Un Chef de l’État absent depuis plus de six semaines. Une vice-présidence vacante. Un Cameroun en pilotage automatique, et on ne s’en remet pas à un pilotage automatique dans la tempête« , a déclaré l’élu.

    À l’en croire, son parti, le SDF n’est pas venu décrire l’incendie. « Nous sommes venus avec de l’eau pour éteindre le feu« , a-t-il déclaré. L’opposant appelle à revenir aux fondamentaux de l’État de droit au Cameroun. Une sortie qui vient en appoint aux demandes déjà faites par plusieurs leaders de l’opposition et de la société civile. C’est le cas de Jean-Michel Nintcheu qui a demandé au Conseil constitutionnel de déclarer la vacance de pouvoir à Etoudi.

    Publicité

    De son côté, le parti au pouvoir rejette toute idée de vacance du pouvoir. « Il n’y a aucune vacance de pouvoir au sommet de l’État », a affirmé Jacques Fame Ndongo, ministre d’État et secrétaire national à la communication du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).

    Absence de Paul Biya
    Publicité

    Soyez le premier à commenter cet article

    Commentaires

    Chargement des commentaires…
  • Vers des frappes américaines contre le JNIM au Mali ?

    Vers des frappes américaines contre le JNIM au Mali ?

    Vers des frappes américaines contre le JNIM au Mali ?

    Saleh Mwanamilongo

    L’administration du président Donald Trump envisagerait des frappes militaires au Mali contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, le JNIM, affilié à Al-Qaïda. Aucune décision n’a encore été prise, mais cette option divise déjà les responsables américains. Et sur le terrain, au Mali, les réactions sont aussi partagées.

    Cet groupe armé est considéré aujourd’hui comme le groupe jihadiste le plus puissant du Sahel. Washington estime que la menace dépasse désormais les frontières du Mali et s’étend vers plusieurs pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.

    Ce que certains Maliens en disent

    Selon les autorités américaines le partenariat sécuritaire entre Bamako et la Russie n’a pas permis d’enrayer la progression des groupes armés. Le Pentagone refuse toutefois de confirmer ces discussions et aucune décision officielle n’a été annoncée.

    Publicité
    Publicité

    Mais les Maliens sont partagés sur une éventuelle intervention militaire américaine sur leur sol.

    Les avis sont partagés sur une éventuelle intervention militaire américaine.<span class="copyright">AFP</span> » loading= »lazy » width= »960″ height= »540″ decoding= »async » data-nimg= »1″ class= »rounded-lg » style= »color:transparent » src= »https://s.yimg.com/lo/mysterio/api/795a8cf6c3de270b227eeec25babfc45d3d39d91f4968eed906f5e183f3d134c/lightyear_networkapi/resizefill_w960;quality_80;format_webp/https:%2F%2Fmedia.zenfs.com%2Ffr%2Fdeutsche_welle_fr_953%2F635ea7f7d23e5f419a220175b76e260a »><button aria-label=

    « Tout ce qui va nous apporter quand même la paix, c’est à dire sur toute l’étendue du territoire, de Kaye jusqu’à Kidal, est la bienvenue. Que ce soit les Etats-Unis ou d’autres partenaires, ils sont les bienvenus » estime un Bamakois.

    « C’est vrai que nous avons les forces russes qui sont déjà présentes sur notre sol, les Américains aussi veulent venir. Moi je mettrais tout cela dans le cadre de la diplomatie » explique un autre pour qui les « autorités savent mieux que quiconque ce qui est bien pour les populations ou ce qui nous est préjudiciable. »

    Il conclut en disant que ce « n’est pas une mauvaise idée, l’option d’une intervention militaire américaine au Mali. »

    Publicité
    Publicité

    Depuis plusieurs années, le Mali est confronté à une dégradation continue de la sécurité malgré le départ des forces françaises et l’arrivée des mercenaires russes.

    Les attaques du JNIM se sont multipliées, y compris jusqu’à Bamako, tandis que les organisations de défense des droits humains accusent également l’armée malienne et ses alliés russes d’exactions contre les populations civiles.

    Abdoulaye Diop, ministre malien des affaires étrangères et de la coopération internationale s’est exprimé jeudi sur le sujet en marge d’une rencontre autour du salon de la défense et de la sécurité qui se tiendra à Bamako le mois prochain. Selon lui, Bamako attend de voir avec précision la posture que Washington adoptera. Il insiste aussi sur la souveraineté du Mali.

    Un possible tournant géopolitique au Sahel

    Pour Abdoulmoumouni Abbas, expert en prévention de la radicalisation et l’extrémisme violent au Sahel et au Lac Tchad , au delà de l’aspect sécuritaire, cette intervention américaine marquerait un tournant géopolitique au Sahel, une région où la Russie a fortement renforcé son influence ces dernières années.

    Publicité
    Publicité

    « Il faut concevoir ce retour des États-Unis, en termes d’intérêt et de ce point de vue là, comme une sorte d’élargissement, par exemple, de leurs capacités opérationnelles pour leur permettre d’avoir une vue d’ensemble sur l’ensemble de l’espace du Sahel et des opérations de lutte contre la criminalité transnationale organisée » explique l’expert.

    Mais il rappelle toutefois que « les résultats au Nigeria et de leurs frappes nous interpellent à plus d’un titre ». Selon Abdoulmoumouni Abbas « on a vu que les premières frappes ont manqué véritablement leur cible dans le nord du Nigeria, dans l’État de Sokoto et celui de Kebbi. »

    Selon plusieurs sources, les États-Unis ont déjà intensifié leur coopération en matière de renseignement avec Bamako ces derniers mois.

  • États-Unis – Maroc : Autopsie d’une « relation spéciale » historique

    États-Unis – Maroc : Autopsie d’une « relation spéciale » historique

    Parfois qualifiée de « relation spéciale », l’alliance entre Washington et Rabat est l’une des plus anciennes et des plus singulières de la diplomatie américaine. Entre fondations historiques inébranlables et ajustements pragmatiques durant la Guerre froide, retour sur une trajectoire bilatérale complexe, marquée par une quête constante d’équilibre.

    Le 23 juin 1786, le Maroc devenait le premier pays à reconnaître officiellement l’indépendance des États-Unis en signant un Traité de paix et d’amitié, toujours en vigueur aujourd’hui. Ce texte fondateur, né du besoin de Washington de protéger sa marine marchande contre la piraterie en Méditerranée, demeure la pierre angulaire d’un lien que les deux capitales se plaisent à qualifier de « spécial ». Pourtant, derrière cette rhétorique diplomatique, la réalité d’une alliance façonnée par les impératifs stratégiques et les soubresauts géopolitiques est bien plus nuancée.

    Le tournant de la Seconde Guerre mondiale

    Si les relations sont anciennes, c’est le second conflit mondial qui a cimenté le rapprochement. En 1942, l’opération « Torch », lancée par les forces alliées sous le commandement du général Dwight D. Eisenhower, voit le débarquement de 35 000 soldats américains sur les côtes marocaines.

    Au-delà de l’aspect militaire, ce fut un moment charnière pour le Sultan Mohammed V. Lors de la conférence de Casablanca en 1943, le président Franklin D. Roosevelt lui aurait assuré son soutien pour le rétablissement de la souveraineté marocaine après la guerre, une promesse qui a durablement nourri le prestige américain aux yeux des Marocains, bien qu’elle ait fortement déplu au général de Gaulle.

    La Guerre froide : bases aériennes et pragmatisme

    Après l’indépendance du Maroc en 1956, les relations ont dû s’adapter aux réalités de la Guerre froide. Washington, voyant dans le Maroc un point d’appui stratégique indispensable, y installa des bases aériennes pour son Commandement aérien stratégique (SAC), capables de projeter sa force nucléaire vers le bloc soviétique.

    Cependant, le désir de souveraineté du Roi Mohammed V a rapidement engendré des tensions. La priorité marocaine était le départ des troupes étrangères, alors que les stratèges américains craignaient que Rabat ne bascule vers le Mouvement des non-alignés. Ce bras de fer a abouti, en 1963, au retrait complet des forces américaines du sol marocain, conformément aux engagements pris.

    Stabilité régionale et manœuvres politiques

    La stabilité du régime a toujours été au cœur des préoccupations américaines. Lors des tentatives de coup d’État contre le Roi Hassan II en 1971 et 1972, Washington a réagi avec inquiétude, craignant de perdre un allié modéré dans une région instable. Malgré les soupçons éphémères du Roi sur une possible implication américaine — nourris par l’utilisation d’avions de chasse américains par les putschistes — la relation a survécu.

    Au fil des décennies, le Maroc a su développer une expertise particulière pour naviguer dans le complexe système politique américain, transformant ses besoins sécuritaires en une collaboration renforcée. De l’assistance militaire pour le contrôle du Sahara occidental aux projets de développement du corps de la paix (« Peace Corps »), la relation a su évoluer vers une forme de « soft power » réciproque.

    Défis futurs

    Aujourd’hui, alors que le contexte régional a évolué avec les soubresauts du « printemps arabe », la question de l’avenir de cette relation spéciale se pose à nouveau. Washington doit jongler entre le maintien d’une alliance historique stratégique et l’accompagnement des aspirations politiques des populations locales.

    Comme le souligne Carol Migdalovitz, spécialiste des affaires moyen-orientales, les défis sont immenses. La manière dont les États-Unis aborderont ces questions, tout en préservant le lien historique avec le Maroc, sera déterminante pour définir la nature de cette relation dans le futur.

    Visited 1 times, 1 visit(s) today
  • Le grand invité Afrique – Exploitation de l’or au Cameroun et en RDC: «Les opérateurs nationaux et étrangers doivent rendre des comptes»

    Le grand invité Afrique – Exploitation de l’or au Cameroun et en RDC: «Les opérateurs nationaux et étrangers doivent rendre des comptes»

    Le grand invité Afrique

    Exploitation de l’or au Cameroun et en RDC: «Les opérateurs nationaux et étrangers doivent rendre des comptes»

    Publié le :

    Au Cameroun et en République démocratique du Congo, des efforts sont faits dans la gestion du secteur aurifère, mais ils restent insuffisants et les revenus de l’or sont de moins en moins reversés dans les caisses de l’État. C’est en somme la conclusion d’un rapport de l’Institut d’études de sécurité (ISS) publié ce mois-ci. Selon l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives), le Cameroun a par exemple déclaré en 2023, 22 kilos d’or exportés, alors que les importateurs affirment en avoir acheté 15 tonnes. On en parle ce matin avec la professeure Aïcha Pemboura, chercheuse à l’Observatoire du crime organisé et de la violence en Afrique centrale de l’ISS. Elle répond aux questions de Magali Lagrange.

    Sur cette photo prise le 4 avril 2018, un employé chinois d'une société minière conduit un bulldozer sur un site minier de la ville de Betare Oya, au Cameroun.
    Publicité

    À lire aussiCameroun: les mesures annoncées pour assainir le secteur de l’or jugées insuffisantes par la société civile

    NewsletterRecevez toute l’actualité internationale directement dans votre boite mail

    Suivez toute l’actualité internationale en téléchargeant l’application RFI

  • Cameroun : Edgar Alain Mebe Ngo’o, ou la disgrâce d’un sécurocrate

    Cameroun : Edgar Alain Mebe Ngo’o, ou la disgrâce d’un sécurocrate

    Publié aujourd’hui à 07h00 Lecture : 5 minutes.

    Résumer
    De g. à dr. : Titus Edzoa, Ephraïm Inoni, Jean-Marie Atangana Mebara, Marafa Hamidou Yaya et Edgar Alain Mebe Ngo’o.
    Issu de la série

    Cameroun : « Les déchus de la République »

    Depuis 1982, Paul Biya a fait et défait la carrière d’un nombre impressionnant d’hommes politiques au Cameroun. Des puissants, qui ont payé de leur liberté leur désir de s’emparer du pouvoir, ou tout simplement de le partager avec le président.

    Sommaire
    Paul Biya
  • Gabon : l’État renonce à 51,8 milliards de FCFA d’impôts miniers

    Gabon : l’État renonce à 51,8 milliards de FCFA d’impôts miniers

    La ligne apparaît discrètement dans le tableau des recettes de la loi de finances rectificative du 17 juillet, mais son ampleur en fait l’un des ajustements les plus lourds du budget gabonais 2025. L’impôt sur les sociétés attendu du secteur minier fond de 97 %, passant de 53,2 milliards de francs CFA à 1,47 milliard. Aucune autre catégorie de contribuables ne subit une révision aussi radicale. Pour un État qui a fait des industries extractives l’un des piliers de sa diversification post-pétrolière, la correction équivaut à une perte sèche de 51,8 milliards, soit près de 80 millions d’euros de manque à gagner sur un seul poste fiscal.

    Un ajustement budgétaire qui percute la stratégie minière du Gabon

    Le manganèse constitue, aux côtés du bois et du pétrole, la troisième source de devises du pays. Libreville se positionne comme le deuxième producteur mondial du minerai, extrait principalement dans le Haut-Ogooué par la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du français Eramet, et par Nouvelle Gabon Mining. Depuis 2023 et la prise de pouvoir des militaires du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), les autorités ont multiplié les annonces sur la nécessité de tirer davantage de recettes fiscales des concessions minières. La révision drastique acte pourtant l’inverse dans les comptes publics.

    Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce décrochage. Le cours du manganèse a subi une correction sévère sur les marchés internationaux depuis le second semestre 2024, après un pic provoqué par l’incendie d’une mine australienne en début d’année. La chute des prix a mécaniquement pesé sur les résultats d’exploitation des opérateurs présents au Gabon, réduisant d’autant leur assiette imposable. Reste que l’écart entre la prévision initiale et l’exécution effective interroge la qualité du calibrage budgétaire retenu en loi de finances initiale.

    Une transparence fiscale à l’épreuve de la rente extractive

    Le sujet est d’autant plus sensible que le Gabon s’est réengagé dans le processus de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) après plusieurs années d’éclipse. Les 51,8 milliards abandonnés représentent, à titre de comparaison, l’équivalent de plusieurs mois de solde de la fonction publique dans certains ministères techniques. La perte se produit alors que Libreville négocie parallèlement avec le Fonds monétaire international un nouveau cadre de soutien budgétaire, dans un contexte de tension sur la liquidité et de recours accru aux marchés régionaux de la Beac pour boucler les fins de mois.

    Les analystes locaux relèvent une contradiction apparente entre le discours de fermeté à l’égard des multinationales extractives et la réalité comptable de la loi rectificative. Les autorités de transition avaient annoncé, dès l’automne 2023, une revue de l’ensemble des conventions minières et pétrolières, avec l’objectif de renégocier les régimes fiscaux jugés défavorables à l’État. Deux ans plus tard, le rendement effectif de l’impôt sur les sociétés du secteur minier atteint à peine 3 % de la cible initiale, sans qu’aucune communication officielle n’explicite les hypothèses macroéconomiques ou contractuelles ayant conduit à cette révision.

    Un signal envoyé aux partenaires et aux investisseurs

    La séquence intervient à quelques semaines d’échéances stratégiques. Le pays doit publier son cadrage budgétaire pluriannuel et arbitrer entre la poursuite des grands chantiers d’infrastructures et la contention du déficit. Une rentrée fiscale amputée de 51,8 milliards contraint mécaniquement le gouvernement à ajuster ses arbitrages, soit par une compression des dépenses, soit par un recours élargi à l’endettement intérieur. Les bailleurs multilatéraux observeront avec attention la manière dont l’exécutif justifiera cet écart devant le Parlement de transition.

    Pour les opérateurs miniers, l’épisode envoie un message ambivalent. D’un côté, la baisse de la charge fiscale effective offre une bouffée d’oxygène dans un cycle bas des cours. De l’autre, elle nourrit le risque politique en alimentant le débat national sur la juste rétribution de la ressource. Concrètement, la prochaine loi de finances 2026, attendue à l’automne, devra clarifier si l’ajustement relève d’un accident conjoncturel ou d’une reconfiguration durable du rendement fiscal des mines gabonaises. Selon Gabon Review.

    Pour aller plus loin

    Zimbabwe : une usine de sulfate de lithium à 400 millions USD à Arcadia · Manganèse : Eramet vise 700 000 tonnes transformées au Gabon d’ici 2031 · Gabon : le ministère des Mines audite les titres du secteur aurifère