Ce 1er octobre 2026 restera comme un tournant dans les régions anglophones du Cameroun. Alors que les séparatistes avaient appelé à une journée « ville morte » dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les autorités ont riposté par un déploiement massif des forces de sécurité, transformant cette date symbolique en un moment de rupture stratégique.
La date du 1er octobre renvoie à la naissance de la République fédérale du Cameroun en 1961, lorsque l’ancienne colonie française et le Cameroun méridional sous administration britannique se sont unis. Mais cette réunification est rejetée par une partie des séparatistes anglophones. En 2017, ces derniers avaient proclamé l’indépendance des deux régions. Dix ans plus tard, la crise a changé de dimension.
Un dispositif sécuritaire inédit pour contrer l’appel à la « ville morte »
Face à l’appel lancé dans plusieurs villes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), Yaoundé a mis en place un quadrillage dense. À la mi-journée, aucun mouvement de protestation n’était signalé, mais les activités tournaient au ralenti : les habitants sont restés chez eux. À Bamenda, des chars et de nombreuses patrouilles militaires étaient visibles aux carrefours, une présence jugée « dissuasive » par des riverains. À Buea, principale ville du Sud-Ouest, et dans les localités voisines, l’ambiance était similaire, avec une population cloîtrée.
Des témoignages contrastés sur le terrain
Un habitant de Bamenda a expliqué être sorti faire du sport dans des rues désertes avant de rentrer chez lui pour le reste de la journée. Ce calme apparent masque une tension palpable, alimentée par le dispositif militaire.
Dix ans de crise : un débat qui s’invite sur les réseaux sociaux
Sur des plateformes comme TikTok, des panels arborant les couleurs bleu et blanc des séparatistes animent des discussions sur les dix années de conflit. Dans une réflexion publiée ce 1er octobre, Khongor Félix Agbor, avocat et ancien détenu, a exprimé une pensée pour « les familles qui ont enterré leurs proches, les personnes déplacées, les enfants dont la scolarité a été interrompue, tous ceux qui ont peur et les détenus de la crise anglophone ».
Selon plusieurs ONG, la crise anglophone a causé plus de 6 000 morts et des centaines de milliers de déplacés en dix ans. Ce 1er octobre 2026 marque ainsi une nouvelle étape : celle d’une mobilisation réprimée dans l’œuf, mais aussi d’un débat qui continue de diviser le pays.