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  • Avenir de la démocratie dans l’alliance des états du Sahel : un enjeu crucial

    Avenir de la démocratie dans l’alliance des états du Sahel : un enjeu crucial

    L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Burkina Faso, du Mali et du Niger, traverse une période de profonde remise en question de ses fondements démocratiques. Depuis les coups d’État survenus entre 2020 et 2023, ces nations font face à des défis majeurs : la lutte contre le terrorisme, l’instabilité politique et une opinion publique de plus en plus sceptique quant à la capacité des militaires à rétablir un cadre démocratique durable.

    Les régimes militaires justifient leur prise de pouvoir par l’urgence sécuritaire, notamment face à la montée des groupes armés djihadistes. Cependant, avec l’allongement des périodes de transition, les citoyens de l’AES s’interrogent sur la sincérité de ces promesses. La question centrale reste : les juntes au pouvoir sont-elles réellement déterminées à restaurer l’état de droit et les valeurs démocratiques ?

    des consultations controversées et un recul démocratique

    Au Mali, les consultations nationales organisées par la junte ont proposé des mesures radicales, comme la dissolution des partis politiques et des associations à caractère politique. Le général Assimi Goïta, promu chef de l’État pour cinq ans renouvelables, incarne cette nouvelle donne politique. Pourtant, son accession au pouvoir, issue d’un putsch en août 2020, lui confère une légitimité largement contestée, faute d’élection et dans un contexte de répression généralisée.

    Cette dynamique se retrouve au Burkina Faso et au Niger, où les consultations similaires ont été boycottées par les principaux partis politiques. Or, la démocratie repose sur l’équilibre des pouvoirs et la participation active des forces politiques. L’absence de contre-pouvoirs institutionnels fragilise dangereusement le processus démocratique dans ces pays.

    vers un modèle politique africain autonome ?

    Dans plusieurs pays du Sahel, des voix s’élèvent pour repenser le modèle démocratique, en s’affranchissant des structures perçues comme néocoloniales. Les coups d’État récents reflètent cette quête d’une souveraineté politique, en opposition aux modèles imposés lors des conférences nationales des années 1990, qui avaient pourtant instauré les principes de l’alternance démocratique et de l’état de droit.

    Des experts, comme le professeur Soma Abdoulaye de l’université de Ouagadougou, soulignent que le problème en Afrique réside moins dans l’absence de normes ou d’institutions que dans leur application défaillante. Les chefs d’État, souvent issus de coups d’État, peinent à adopter une véritable culture démocratique, privilégiant le maintien au pouvoir plutôt que la consolidation des institutions.

    l’instrumentalisation de l’opinion publique

    Dans l’AES, les transitions militaires utilisent fréquemment l’opinion publique comme levier pour légitimer leur pouvoir. Au Mali, par exemple, l’alternance démocratique de 1992 avait suscité l’espoir d’un avenir stable. Pourtant, les crises successives et l’incapacité à endiguer l’insécurité ont érodé la confiance des citoyens. Aujourd’hui, la junte au pouvoir, tout comme celles du Niger et du Burkina Faso, est accusée de réprimer les libertés et de marginaliser l’opposition.

    Au Niger, l’avènement du multipartisme dans les années 1990 avait également redonné espoir à la population. Cependant, les dysfonctionnements institutionnels et l’intervention militaire ont à nouveau plongé le pays dans l’instabilité. Depuis le coup d’État contre le président démocratiquement élu Mohamed Bazoum, les Nigériens sont divisés sur la perception de la démocratie, tandis que la Cédéao et d’autres organisations internationales tentent de rétablir l’ordre démocratique par des sanctions.

    Ces mesures sont parfois perçues comme une ingérence occidentale, alors que les pays de l’AES revendiquent leur autonomie. Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition au Burkina Faso, a récemment déclaré qu’aucun pays ne s’est développé dans la démocratie, une affirmation contestée par des voix comme celle de l’ex-ministre togolais de l’Intérieur François Akila-Esso Boko, qui rappelle l’échec des régimes autoritaires.

    le rôle des partis politiques

    Les partis politiques jouent un rôle essentiel dans la consolidation de la démocratie, notamment en tant que contre-pouvoirs. Pourtant, dans l’AES, ils sont souvent marginalisés ou interdits. Le professeur Jean Didier Boukongou, spécialiste du droit international, insiste sur la nécessité d’éduquer les partis d’opposition pour renforcer leur efficacité face aux régimes en place. Leur affaiblissement affaiblit inévitablement le pluralisme politique et la vitalité démocratique.

    À l’extérieur de l’AES, la Guinée illustre également les défis posés par les transitions militaires. Depuis le coup d’État de septembre 2021, le pays est dirigé par une junte qui a interdit plus de 50 partis politiques, officiellement pour des raisons administratives. Un référendum constitutionnel est prévu pour septembre 2024, présenté comme une étape vers le retour à l’ordre constitutionnel. Pourtant, les accusations de répression et d’entrave aux libertés persistent, rappelant les pratiques des juntes de l’AES.

    un avenir incertain pour la démocratie en Afrique de l’Ouest

    L’avenir de la démocratie dans l’AES et au-delà dépendra de plusieurs facteurs : la volonté des juntes à respecter les transitions vers un retour civil, la capacité des partis politiques à se structurer et à peser dans le débat public, ainsi que la pression des institutions régionales et internationales. Cependant, la montée des revendications souverainistes et la méfiance envers les modèles imposés de l’extérieur pourraient prolonger cette période d’incertitude politique.

    Une chose est certaine : sans un engagement fort en faveur de l’état de droit, de la séparation des pouvoirs et du respect des libertés fondamentales, les espoirs d’une démocratie stable et inclusive dans le Sahel resteront compromis.

  • Disparitions et répression des juntes militaires en afrique de l’ouest

    Disparitions et répression des juntes militaires en afrique de l’ouest

    Les autorités militaires au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger utilisent systématiquement les disparitions forcées et les détentions arbitraires comme outils pour museler toute opposition. Selon les dernières observations d’organisations de défense des droits humains, cette stratégie vise à étouffer les contestations contre les régimes en place, notamment celles portées par des militants, des journalistes ou des défenseurs des droits fondamentaux.

    En Guinée, deux figures majeures du mouvement citoyen pour la restauration de l’ordre constitutionnel en ont fait les frais. Mamadou Billo Bah et Foniké Menguè, alias Oumar Sylla, ont été enlevés à leur domicile la veille d’une mobilisation contre la vie chère et pour le retour à un pouvoir civil. Selon le témoignage de Mohamed Cissé, un autre militant arrêté puis libéré avec des blessures graves, les deux hommes auraient été conduits vers un lieu de détention secret situé dans l’archipel des îles de Loos, près de Conakry. Malgré les dénis des autorités, leur localisation reste inconnue à ce jour.

    Instaurer un climat de terreur au sein de la société civile

    Les forces de sécurité des juntes ouest-africaines ciblent délibérément les membres de la société civile perçus comme des opposants. Journalistes, magistrats, avocats, activistes et défenseurs des droits humains sont régulièrement appréhendés dans la rue, chez eux ou sur leur lieu de travail par des hommes armés, parfois sans même se réclamer de l’État. Embarqués dans des véhicules banalisés, les yeux bandés, ils subissent des interrogatoires prolongés dans des centres de détention clandestins. Ces pratiques, menées en dehors de tout cadre légal, privent les victimes de toute protection judiciaire : aucun mandat n’est présenté, et les familles ignorent tout du sort réservé à leurs proches. Ces méthodes, bien que contraires au droit, ont pour objectif avoué d’instaurer un climat de peur au sein de la population.

    Les lieux de détention restent souvent informels, comme les locaux des services de sécurité, où les victimes sont soumises à des conditions inhumaines. « Lors de ce parcours hors de tout contrôle, le pire peut arriver aux victimes », soulignent les observateurs des droits humains.

    Une liste toujours plus longue de victimes de l’arbitraire

    Les cas de disparitions et de détentions illégales se multiplient dans la région. En Burkina Faso, l’avocat et militant Guy Hervé Kam, cofondateur du mouvement Balai Citoyen, a été détenu illégalement pendant cinq mois en 2024 pour avoir dénoncé des exactions commises contre des civils. En mars 2025, cinq membres de son mouvement, Sens, ayant critiqué des massacres perpétrés dans le cadre du conflit armé, ont également été enlevés par des individus se présentant comme des agents de sécurité. Malgré les appels à leur libération, les autorités sont restées silencieuses.

    Quatre journalistes burkinabè – Serge Oulon, Adama Bayala, Kalifara Séré et Alain Traoré – ont subi le même sort entre juin et juillet 2024. En octobre de la même année, les autorités ont finalement annoncé leur enrôlement forcé dans l’armée, invoquant un décret de mobilisation générale, sans préciser le sort réservé au quatrième journaliste, toujours porté disparu.

    Au Niger, la journaliste Samira Sabou a disparu pendant une semaine en septembre 2023 après son arrestation à son domicile. Quant à Moussa Tchangari, secrétaire général de l’organisation Alternatives Espaces Citoyens, ses avocats n’ont appris son lieu de détention qu’après deux jours, une fois transféré dans les locaux de la police.

    Au Mali, Ibrahim Nabi Togola, président d’un parti d’opposition, a été enlevé en décembre 2024 par des agents présumés des services de sécurité. Libéré après 45 jours de détention secrète, son calvaire illustre l’ampleur des exactions commises par les autorités. En Guinée, le journaliste Habib Marouane Camara a également été enlevé le 3 décembre 2024 par des gendarmes, selon des témoins. Depuis, sa famille est sans nouvelles.

    « Les disparitions forcées et détentions illégales s’achèvent souvent par le transfèrement de la victime aux forces de police pour initier une procédure judiciaire montée de toutes pièces », dénoncent les défenseurs des droits.

    L’exigence d’une justice indépendante face à l’arbitraire

    Les disparitions forcées débouchent fréquemment sur des mises en examen fictives, transformant les victimes en boucs émissaires. Au Burkina Faso, certains détenus sont même enrôlés de force dans l’armée et envoyés au front, comme ce fut le cas pour Guézouma Sanogo et Boukari Ouoba, respectivement président et vice-président de l’Association des journalistes du pays, après avoir dénoncé les restrictions à la liberté de la presse. Leurs familles n’ont eu aucune nouvelle pendant une semaine après leur arrestation, avant de découvrir leur enrôlement forcé via une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

    Face à cette escalade de l’arbitraire, la justice doit jouer un rôle central pour enquêter sur ces pratiques, libérer les détenus illégalement et protéger les droits fondamentaux. Des magistrats burkinabè ont déjà fait preuve de courage en ordonnant la libération immédiate de Guy Hervé Kam. En Guinée, le barreau a boycotté les audiences pendant plusieurs jours pour exiger la libération de Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah. Des tribunaux du Mali et du Niger ont également condamné les détentions arbitraires, malgré les représailles subies par certains de leurs membres. Cinq magistrats burkinabè ont ainsi été enrôlés de force dans l’armée en 2024 après avoir traité des affaires impliquant les autorités.

    Malgré ces pressions, la justice doit poursuivre sa lutte contre ces pratiques illégales et autoritaires. Un soutien accru de la communauté internationale est indispensable pour renforcer les institutions judiciaires de ces pays et garantir le respect de l’État de droit, condition sine qua non pour la protection des nombreuses personnes toujours portées disparues.

  • Mali : les autorités face à l’alerte sur la dissolution des partis politiques

    Mali : les autorités face à l’alerte sur la dissolution des partis politiques

    Mali : les autorités face à l’alerte sur la dissolution des partis politiques

    La proposition de dissoudre tous les partis politiques au Mali, avancée dans le cadre des consultations sur la révision de la Charte des partis politiques, suscite une vive inquiétude. Ousmane Diallo, chercheur spécialisé sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, alerte sur les risques majeurs pour les droits fondamentaux.

    « Une telle mesure constituerait une violation grave des droits à la liberté d’expression et d’association », déclare-t-il. « Les autorités maliennes doivent impérativement mettre fin à cette répression croissante de l’espace civique et garantir le respect des droits humains, y compris pour les opposants, les défenseur·e·s des droits humains et les critiques du régime. »

    Selon lui, cette proposition contredit directement la Constitution malienne de 2023, qui consacre explicitement le droit des partis politiques à « se former et exercer librement leurs activités, dans le respect des conditions légales ».

    De plus, elle s’oppose aux engagements internationaux du Mali, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le pays est partie prenante.

    contexte : une répression qui s’intensifie depuis 2024

    Depuis le début de l’année 2024, les autorités militaires au pouvoir au Mali ont durci leur politique de restriction envers les formations politiques. Entre le 10 avril et le 10 juillet 2024, des décrets ont suspendu « les activités des partis politiques et des associations à caractère politique », tout en interdisant toute couverture médiatique des événements politiques sur le territoire national.

    Plusieurs partis politiques avaient alors réclamé le retour à l’ordre constitutionnel en exigeant l’organisation d’élections transparentes, conformément à la Charte de la transition. Cependant, le dialogue national organisé en mai 2024, largement boycotté par l’opposition, avait abouti à des recommandations controversées : prolongement de la période de transition jusqu’à une « stabilisation » jugée nécessaire, durcissement des critères de création des partis politiques et suppression de leur financement public.

    En juin 2024, une vague d’arrestations a frappé le paysage politique : 11 dirigeants de partis d’opposition ont été placés en détention sous l’accusation de « complot contre l’autorité de l’État » et d’« opposition à l’autorité légitime ». Libérés sous contrôle judiciaire en décembre 2024, leur situation reste fragile et symbolise l’atmosphère de tension qui règne actuellement au Mali.

  • Répression des voix critiques au Burkina Faso : menaces et exils forcés

    Au Burkina Faso, la liste des personnes recherchées pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » s’élargit. Parmi elles, des journalistes et activistes burkinabè en exil sont désormais ciblés. Cette mesure, présentée comme une lutte antiterroriste, suscite de vives critiques quant à son utilisation comme outil de répression politique et médiatique.

    Une liste controversée : l’instrumentalisation de la lutte antiterroriste

    Publier le nom de personnalités critiques dans une liste de recherche nationale relève davantage d’une stratégie de musellement que d’une démarche sécuritaire. Les défenseurs des droits humains et les médias indépendants dénoncent une criminalisation systématique des opposants, transformant la justice en moyen de contrôle social.

    Cette liste, rendue publique par les autorités, inclut des figures emblématiques de la société civile et de la presse burkinabè. Leur principal crime ? Avoir exprimé des désaccords politiques ou relayé des informations jugées inconvenantes par le pouvoir en place.

    Conséquences pour la liberté d’expression et la presse

    La liberté d’expression au Burkina Faso se trouve gravement menacée. Les journalistes, contraints au silence ou à l’exil, voient leur travail entravé par des accusations infondées. Les médias locaux, déjà fragilisés par des restrictions croissantes, doivent désormais composer avec une peur généralisée de la répression.

    Les activistes, quant à eux, subissent une pression accrue : surveillances, intimidations, voire arrestations arbitraires. L’espace démocratique se réduit comme peau de chagrin, laissant place à un climat de méfiance et d’autocensure.

    Une situation alarmante pour les droits humains

    Cette répression s’inscrit dans un contexte plus large de violation des droits humains au Burkina Faso. Les organisations de défense des libertés fondamentales alertent sur la dérive autoritaire du régime, où la sécurité nationale sert souvent de prétexte pour étouffer toute contestation.

    Les citoyens burkinabè, pris en étau entre l’insécurité terroriste et la répression étatique, voient leurs droits bafoués. La justice, loin de protéger les plus vulnérables, devient un instrument au service d’une politique de contrôle.

    Que dit le droit international ?

    Le Burkina Faso, signataire de plusieurs conventions internationales, s’est engagé à garantir la liberté de la presse et la protection des défenseurs des droits humains. Pourtant, les mesures actuelles contredisent ces engagements. Les experts internationaux rappellent que toute restriction doit être proportionnée, nécessaire et encadrée par la loi – ce qui, dans ce cas, semble loin d’être le cas.

    La communauté internationale, jusqu’ici timide, commence à s’inquiéter. Les appels au respect des droits fondamentaux se multiplient, mais les autorités burkinabè semblent déterminées à poursuivre leur politique répressive.

    Comment réagir face à cette situation ?

    Face à l’ampleur de la crise, plusieurs pistes s’offrent à la société civile et aux partenaires internationaux :

    • Soutenir les médias indépendants : financements, formations et protections pour permettre aux journalistes de travailler en sécurité.
    • Exercer une pression diplomatique : les États et organisations régionales doivent condamner fermement ces atteintes aux droits humains et exiger leur cessation.
    • Documenter les violations : recueillir des témoignages et preuves pour alimenter les rapports internationaux et renforcer les actions en justice.
    • Sensibiliser l’opinion publique : informer sur la réalité de la situation au Burkina Faso pour mobiliser une réponse collective.

    Chaque action compte pour faire entendre la voix des burkinabè opprimés et restaurer un climat de confiance et de liberté.

  • Au Niger l’espace civique en danger après le coup d’état

    Au Niger l’espace civique en danger après le coup d’état

    Dix-huit mois après le bouleversement politique du 26 juillet 2023 ayant conduit à la destitution du président Mohamed Bazoum, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) renforce son contrôle sur le Niger. Dans son dernier rapport, Amnesty International révèle un bilan alarmant en matière de droits humains : arrestations arbitraires, pressions sur les médias, interdiction des formations politiques et non-respect des décisions judiciaires. Intitulé « Menacés et muselés : l’espace civique et politique en péril au Niger depuis juillet 2023 », ce document couvre la période entre juillet 2023 et janvier 2025. Les opposants au régime et les anciens responsables gouvernementaux subissent une répression systématique, fragilisant davantage la cohésion sociale. Pourtant, le CNSP avait promis le respect de l’État de droit lors de sa prise de pouvoir, une promesse aujourd’hui largement oubliée.

    Un contexte régional marqué par l’instabilité

    Le Sahel, zone déjà fragilisée par des crises multiples, a été le théâtre de plusieurs coups d’État militaires ces dernières années. Le Mali (2020 et 2021), le Burkina Faso (janvier et septembre 2022) puis le Niger (juillet 2023) ont connu des bouleversements similaires. Face aux sanctions économiques et à la menace d’une intervention armée de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ces trois juntes ont scellé une alliance en septembre 2023 en créant l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette entente s’est accompagnée d’une rupture diplomatique avec la France et l’Union européenne. Dans cette dynamique de distanciation, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont annoncé, le 17 mars 2025, leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui exigeait, comme la CEDEAO, la libération de Mohamed Bazoum.

    Un État de droit en voie de disparition

    Dès leur arrivée au pouvoir, les militaires ont suspendu la Constitution de 2010 et neutralisé des institutions clés, comme la Commission nationale des droits de l’homme. Les structures de remplacement tardent à voir le jour, centralisant l’ensemble des pouvoirs entre les mains du CNSP. Le pays est désormais dirigé par des ordonnances, souvent restrictives et contestées. Amnesty International dénonce un recul flagrant des droits humains, malgré les promesses initiales des autorités nigériennes. « Les garanties données par le nouveau régime n’ont pas été tenues. Les droits fondamentaux ont été bafoués dans les textes comme dans les faits », déclare Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    Parmi les mesures les plus controversées figure le rétablissement, en juillet 2024, de la loi sur la cybercriminalité de 2019. Son application permet désormais de condamner des citoyens pour diffamation, injure ou diffusion de contenus jugés subversifs. Une formulation suffisamment floue pour cibler indistinctement des opposants. Pire encore, une ordonnance d’août 2024 élargit la notion d’infractions terroristes et autorise le fichage de personnes ou de groupes suspectés. Les conséquences sont dramatiques : gel des avoirs, déchéance de la nationalité, voire risque d’apatridie. Depuis octobre 2024, 21 personnes, dont d’anciens ministres du gouvernement Bazoum, ont été frappées par ces mesures. « Je n’ai que la nationalité nigérienne. Cette déchéance provisoire pourrait me rendre apatride. Je ne la contesterai pas, car il n’y a plus d’État de droit ici », témoignait Hamid Ngadé, ancien conseiller en communication de la présidence. Amnesty International et Ousmane Diallo, chercheur spécialiste du Sahel, dénoncent une instrumentalisation de la loi pour museler toute opposition.

    Le pluralisme politique a également été réduit à néant. Depuis le coup d’État, tous les partis sont suspendus, éliminant toute possibilité de contre-pouvoir institutionnel.

    Société civile et médias sous contrôle

    Depuis son accession au pouvoir, la junte nigérienne durcit son emprise sur la société civile et les médias, sous couvert de souveraineté et d’ordre public. Les services de renseignement, notamment la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), sont accusés de disparitions forcées, d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées. Moussa Tchangari, figure emblématique de la société civile, en a fait les frais. Arrêté de manière violente à son domicile le 3 décembre 2024, il a été détenu au secret pendant plusieurs jours avant d’être inculpé pour apologie du terrorisme, atteinte à la sûreté de l’État et association de malfaiteurs. Il encourt jusqu’à dix ans de prison. Les arrestations surviennent aussi sur le lieu de travail ou au domicile, accompagnées de harcèlements et de menaces. Toute critique envers le régime est systématiquement réprimée.

    Le pouvoir entretient une division au sein de la société, opposant les « patriotes » soutenant la junte aux « apatrides », un terme péjoratif désignant ceux qui osent remettre en question sa légitimité. « Nous vivons sous l’état d’exception. Les organisations de la société civile sont en première ligne et subissent une pression constante. Les gens ont peur de s’exprimer ou d’organiser des activités perçues comme critiques », confie un responsable associatif à Niamey. Autrefois espace de dialogue et de mobilisation, la société civile est aujourd’hui fragmentée et affaiblie.

    La presse, nouvelle cible de la répression

    Après avoir restreint la liberté d’expression, le CNSP s’attaque frontalement à la liberté de la presse. En janvier 2024, la Maison de la presse a été suspendue et remplacée par un comité intérimaire inféodé au pouvoir. La surveillance des médias s’est intensifiée. RFI et France 24 ont été suspendus dès août 2023, suivis par BBC en décembre 2024 pour une durée de trois mois.

    Les journalistes ne sont pas épargnés. Ousmane Toudou, ancien conseiller de Mohamed Bazoum, et Soumana Maïga, directeur de publication d’un quotidien, ont été arrêtés en avril 2024 pour des publications sur les réseaux sociaux. Jugés devant un tribunal militaire alors qu’ils sont civils, Maïga a obtenu une liberté provisoire, tandis que Toudou reste détenu. La blogueuse et militante Samira Sabou a quant à elle été victime d’une disparition forcée avant d’être poursuivie en vertu de la loi de cybercriminalité de 2019.

    Face à cette répression grandissante, l’autocensure s’impose. Les journalistes pèsent chaque mot et osent rarement s’exprimer ouvertement. « Aujourd’hui, quand tu écris, tu réfléchis à deux fois avant de publier. Plus personne ne défend la presse », confie l’un d’eux à Amnesty International.

    « La liberté d’expression, la dissidence et la liberté de la presse sont des piliers essentiels pour garantir d’autres droits et assurer la responsabilité des gouvernants. Le Niger se trouve à un tournant critique », alerte Ousmane Diallo. Fin février 2025, les assises nationales ont recommandé une transition de cinq ans, renouvelable, ouvrant la possibilité aux dirigeants actuels de se représenter aux prochaines élections. Une proposition qui confirme l’ancrage du pouvoir militaire et éloigne davantage le Niger d’un retour à l’État de droit.

  • Répression des militants des droits humains au Sahel : une menace grandissante

    Répression des militants des droits humains au Sahel : une menace grandissante

    répression des militants des droits humains au Sahel : une menace grandissante

    © AFP
    • Au Sahel, les défenseur·es des droits humains subissent une pression accrue de la part des gouvernements, dans un contexte où l’espace civique se réduit et où les libertés fondamentales sont de plus en plus restreintes.
    • L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, fruit d’un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), publie un rapport détaillé révélant des pratiques répressives communes au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad. Ce document s’appuie sur l’analyse de 61 situations concrètes de violations des droits fondamentaux.
    • Le rapport formule des recommandations à destination des quatre États concernés ainsi que des institutions régionales et internationales, soulignant l’urgence de protéger les défenseur·es des droits humains pour préserver un environnement propice à la démocratie.

    Ces dernières années, le Sahel a connu des bouleversements majeurs, marqués par l’arrivée de juntes militaires au pouvoir et des périodes de « transition » dans plusieurs pays. Ces changements politiques se sont accompagnés d’une intensification des mesures répressives envers les défenseur·es des droits humains, ainsi que d’un serrage de vis sur l’espace civique.

    Le rapport intitulé « Espace civique et défenseur·es des droits humains au Sahel : convergence des pratiques répressives » met en lumière une stratégie coordonnée de répression mise en place par les régimes du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad. Parmi les méthodes employées : arrestations arbitraires, détentions prolongées, harcèlement judiciaire, enlèvements, disparitions forcées et recours systématique à la torture. Les intimidations, y compris en ligne, font désormais partie des outils de répression privilégiés.

    « L’analyse approfondie de 61 cas de violations des droits des défenseur·es et de l’espace civique au Sahel sur les cinq dernières années révèle une réalité alarmante : les autorités du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad semblent s’enfoncer dans une logique répressive sans fin. Pourtant, cette spirale doit cesser. Ces pays doivent rétablir l’état de droit et la démocratie, valeurs chères aux peuples du Sahel. C’est la mission des défenseur·es, et nous devons leur accorder un soutien sans faille », déclare Drissa Traore, Secrétaire général de la FIDH.

    Outre les attaques directes contre les militant·es, les gouvernements de ces quatre pays multiplient les restrictions des libertés fondamentales : interdiction des rassemblements, répression violente des manifestations, dissolution d’associations ou encore contrôle, voire suspension, des médias. Ces mesures coercitives vont à l’encontre des engagements internationaux et régionaux pris par ces États, compromettant toute perspective de sortie de crise respectueuse des droits humains.

    « Il est impératif que les autorités du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad se conforment enfin à leurs obligations internationales et mettent fin à la répression de la société civile. Nous exigeons également de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, des Nations unies et des partenaires internationaux de ces pays qu’ils interviennent sans délai pour mettre un terme aux violations des droits et libertés fondamentales », alerte Gerald Staberock, Secrétaire général de l’OMCT.

    Consultez le rapport complet en français et en anglais sur le site de la FIDH, ou en français et en anglais sur celui de l’OMCT.

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  • Crise judiciaire au Sahel après les départs de la ceadeao

    Crise judiciaire au Sahel après les départs de la ceadeao

    crise judiciaire au Sahel : quand les juntes militaires échappent à la justice

    Le Burkina Faso, le Mali et le Niger partagent trois traits communs indissociables : leurs gouvernements actuels sont issus de coups d’État militaires, leurs forces de sécurité sont régulièrement accusées de violations graves des droits humains, et chacun a quitté officiellement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

    Ces trois réalités ne sont pas indépendantes les unes des autres. En effet, le départ de la CEDEAO prive les populations de la région d’un recours juridique essentiel face aux exactions commises.

    une cour régionale qui garantissait un accès à la justice

    La CEDEAO abrite depuis 2005 la Cour de justice de la Communauté, une instance capable de trancher des litiges relatifs aux droits humains. Contrairement aux systèmes judiciaires nationaux souvent sous influence politique, cette Cour permet aux citoyens de saisir directement une juridiction régionale. Elle a déjà rendu des verdicts historiques, y compris à l’encontre des trois pays concernés.

    Pour les juntes militaires au pouvoir, cette Cour représente une menace. En se retirant de la CEDEAO, elles privent les victimes de toute possibilité de recours international contre les exactions commises par leurs forces. Une stratégie délibérée pour échapper à toute forme de responsabilité.

    l’impunité s’installe au Sahel

    Les juntes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger sont déjà peu enclines à enquêter sur les violations des droits humains commises par leurs propres troupes ou par des groupes armés. Les rares poursuites engagées sont souvent biaisées, voire inexistantes. Avec la fermeture de la Cour de justice de la CEDEAO, les victimes perdent même leur dernier espoir de justice internationale.

    Un militant malien en exil en France a résumé la situation avec justesse :

    « Depuis leur accession au pouvoir par la force, ces régimes militaires ont systématiquement échoué à sanctionner les auteurs de violations flagrantes des droits humains. Cette décision de quitter la CEDEAO n’est que la confirmation de leur mépris total pour l’État de droit et la justice. »

    des conséquences dramatiques pour les victimes

    Pour les populations du Sahel, le retrait de ces trois États de la CEDEAO équivaut à une double peine. Non seulement elles subissent les exactions des juntes et des groupes armés, mais elles perdent également l’un des rares recours juridiques disponibles. Sans accès à une justice indépendante, l’impunité devient la norme, et les victimes n’ont plus aucun moyen de faire valoir leurs droits.

    La récente alliance formée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger laisse présager une aggravation de cette crise. La priorité affichée ne semble pas être la protection des citoyens, mais bien la consolidation du pouvoir par des régimes autoritaires.

    Dans ce contexte, la situation des droits humains dans la région du Sahel risque de se dégrader encore davantage, avec des conséquences humanitaires et sociales désastreuses.

  • Burkina Faso : un soutien financier majeur pour un système de santé plus performant et résilient

    Burkina Faso : un soutien financier majeur pour un système de santé plus performant et résilient

    WASHINGTON, 24 janvier 2025 – Un financement significatif a été octroyé par la Banque mondiale, via un crédit de 142 millions d’euros (soit 150 millions de dollars américains) de l’Association internationale de développement (IDA)*, complété par un don de 17 millions de dollars du Mécanisme de Financement Mondial (GFF). Ces fonds sont destinés au Projet de renforcement de la performance et de la résilience du système de santé (PRPRSS) au Burkina Faso.

    Cette initiative d’envergure nationale cible spécifiquement les adolescents, les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Ses objectifs majeurs incluent l’optimisation de la surveillance épidémiologique des maladies, ainsi que l’amélioration de l’accès et de l’utilisation des services de santé et de nutrition essentiels. Une attention particulière sera portée aux populations déplacées internes et aux communautés géographiquement isolées ou ayant un accès restreint aux soins.

    Hamoud Abdel Wedoud Kamil, représentant résident de la Banque mondiale au Burkina Faso, a souligné l’importance cruciale du développement humain pour l’inclusion sociale, le qualifiant de priorité absolue pour l’institution. Il a précisé que ce projet vise à appuyer les efforts gouvernementaux pour renforcer la résilience du secteur de la santé et gérer les défis actuels, s’inscrivant dans la continuité du Projet de protection du capital humain, doté de 100,4 millions de dollars, qui œuvre à l’amélioration des services sociaux de base.

    Ce nouveau projet s’aligne parfaitement avec la stratégie de la Banque mondiale pour la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, qui vise à consolider le contrat social en renforçant les institutions clés chargées de la prestation des services sociaux fondamentaux.

    Luc Laviolette, chef du Secrétariat du GFF, a affirmé que l’investissement dans l’accès aux soins de santé pour les femmes, les adolescents et les enfants est l’un des leviers les plus puissants pour propulser les pays vers le développement et la prospérité. Le GFF se dit fier de soutenir le gouvernement du Burkina Faso dans l’édification d’un système de santé performant et résilient, garantissant des soins adaptés à ces populations, y compris dans les zones les plus vulnérables.

    De son côté, Moussa Dieng, responsable du portefeuille santé à la Banque mondiale, a insisté sur la pertinence de ce projet. Il contribuera significativement au renforcement des capacités nationales en matière de préparation et de réponse aux urgences sanitaires, tout en améliorant la qualité et l’adoption des services de santé et de nutrition. Ce soutien de la Banque mondiale accompagnera également les réformes engagées par le Ministère de la Santé pour consolider la gouvernance, l’équité et la pérennité financière du secteur de la santé.

  • Cadhp : le Burkina Faso face à l’urgence des droits humains

    Cadhp : le Burkina Faso face à l’urgence des droits humains

    La cadhp appelle le Burkina Faso à agir face aux violations des droits humains

    La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) doit impérativement mettre en lumière les défis critiques auxquels le Burkina Faso est confronté lors de l’examen de son rapport, prévu le 23 octobre 2024. Selon Human Rights Watch, les autorités burkinabè doivent prioritairement sécuriser les populations civiles prises dans le conflit armé, préserver l’espace civique pour les militants, les journalistes et l’opposition, et sanctionner les auteurs d’abus graves.

    Un rapport national incomplet face à des enjeux majeurs

    Le mécanisme d’examen périodique de la CADHP, encadré par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, impose aux États membres de soumettre des rapports détaillant leurs actions pour appliquer cette Charte. Cependant, le document burkinabè de mai 2023, couvrant la période 2015-2021, néglige des problèmes majeurs actuels. Parmi eux : les violations massives commises par les forces de sécurité et les groupes armés islamistes, la restriction des libertés fondamentales, ainsi que l’impunité quasi généralisée.

    « L’examen du Burkina Faso par la CADHP représente une opportunité idéale pour engager un dialogue constructif avec les autorités sur leurs pratiques en matière de droits humains », affirme Allan Ngari, directeur du plaidoyer pour l’Afrique chez Human Rights Watch. « La CADHP doit exiger des autorités qu’elles garantissent la protection des civils pendant les opérations militaires et respectent le droit international humanitaire. »

    Contexte : un pays sous pression depuis 2016

    Le Burkina Faso subit une insurrection violente depuis 2016, menée par des groupes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Ces attaques, venues du Mali, ont provoqué deux coups d’État militaires en 2022.

    Le rapport burkinabè évoque des mesures comme la création d’une unité spécialisée dans la lutte antiterroriste, le déploiement de prévôts pour encadrer les militaires, et des formations en droits humains pour les forces de sécurité. Pourtant, Human Rights Watch a documenté des crimes contre l’humanité commis par l’armée, notamment des meurtres illégaux, des disparitions forcées et des massacres de civils accusés de collaboration avec les groupes armés.

    L’action des groupes armés et l’inertie des autorités

    Les groupes islamistes multiplient aussi les exactions : exécutions sommaires, violences sexuelles, enlèvements et pillages. Ils maintiennent sous blocus de nombreuses localités, aggravant la crise humanitaire. Malgré les appels de la CADHP après des massacres comme celui de Karma en avril 2023 ou l’attaque de Zaongo en novembre 2023, les enquêtes restent rares et les responsables impunis.

    Le rapport national ne mentionne aucune procédure judiciaire contre les abus présumés des forces de sécurité, pourtant documentés depuis des années. Par ailleurs, les droits civils et politiques se dégradent : depuis 2022, la junte militaire réprime systématiquement les militants, opposants politiques, journalistes et défenseurs des droits humains. Human Rights Watch a recensé des cas de conscription forcée pour museler les dissidents, ainsi que des enlèvements et disparitions forcées.

    Appels à l’action de la CADHP

    En décembre 2023, la CADHP a exprimé son inquiétude face à l’enlèvement de Daouda Diallo, figure majeure des droits humains, et aux pressions judiciaires subies par les défenseurs. En juillet 2024, elle a dénoncé la disparition de trois journalistes, sans réponse des autorités malgré les demandes des familles et avocats.

    La CADHP, qui n’a pas effectué de mission officielle au Burkina Faso depuis plusieurs années, devrait solliciter une visite pour évaluer la situation sur le terrain et publier un rapport complet. « La CADHP doit aborder sans détour les violations commises par les forces de sécurité et les groupes armés, tout en exigeant des mesures concrètes pour protéger les militants, journalistes et opposants », conclut Allan Ngari.

  • Burkina Faso : deux ans après le putsch, la répression s’aggrave

    Burkina Faso : deux ans après le putsch, la répression s’aggrave

    Burkina Faso : deux ans après le coup d’État, les violations des droits et libertés ont atteint un niveau très inquiétant

    30/09/2024
    Communiqué
      OLYMPIA DE MAISMONT / AFP

      Deux ans après le coup d’État du 30 septembre 2022, le Burkina Faso s’enfonce dans une crise institutionnelle sans précédent. Malgré les promesses initiales de rétablissement de l’ordre constitutionnel, les autorités actuelles ont instauré un régime de restrictions massives, étouffant toute contestation et portant atteinte aux libertés fondamentales. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dénonce ces dérives et exige le retour à un État de droit.

      Nairobi, Dakar, Paris, 30 septembre 2024 — Depuis deux ans, les nouvelles autorités burkinabè, issues du putsch militaire, ont érigé un système de répression systématique à l’encontre de toute voix dissidente. Journalistes, défenseur·es des droits humains et opposant·es politiques subissent quotidiennement des exactions : agressions, arrestations arbitraires, enlèvements, séquestrations, disparitions forcées, incorporations militaires forcées ou menaces envers leurs proches. Cette atmosphère de terreur est alimentée par des discours de haine et de violence propagés sur les réseaux sociaux par des soutiens du régime.

      La FIDH exige des autorités burkinabè qu’elles mettent fin sans délai à ces attaques et libèrent immédiatement toutes les personnes détenues illégalement. Elle les appelle également à honorer leurs engagements en matière de droits humains, tant au niveau national qu’international.

      « Réprimer la société civile et museler les défenseur·es des droits humains, les journalistes et les opposant·es est inacceptable, surtout dans un contexte de transition censé garantir une refonte de l’État et une meilleure gouvernance », déclare Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « La société civile doit être protégée ; il est crucial de préserver les libertés d’expression, d’opinion, d’association, de réunion et de presse ».

      Alors que la lutte contre le terrorisme était présentée comme une priorité par le régime, la FIDH constate une aggravation des violences et des violations des droits humains perpétrées contre les civils par toutes les parties prenantes du conflit. Le 24 août 2024, une attaque attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a visé des civils, des forces de défense et de sécurité ainsi que des Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP), faisant de nombreuses victimes. Ces crimes ont été condamnés par la FIDH et la coalition citoyenne pour le Sahel.

      Incorporation forcée de défenseur·es et journalistes

      Depuis fin novembre 2023, les autorités ont institutionnalisé l’incorporation forcée de défenseur·es des droits humains, de journalistes et d’opposant·es politiques comme renforts militaires. En représailles à leurs critiques ou dénonciations des violations des droits humains, une dizaine de personnes ont été enlevées et envoyées au front, conformément au « Décret portant mobilisation générale et mise en garde », adopté en avril 2023. Parmi elles figurent le Dr Daouda Diallo, défenseur des droits humains et figure de la société civile, ainsi qu’Ablassé Ouédraogo, personnalité politique.

      Les magistrat·es ne sont pas épargné·es par cette pratique, en violation du principe de séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice. En août 2024, au moins cinq magistrat·es, dont des procureur·es, ont été réquisitionné·es et incorporé·es de force. Ces professionnel·les avaient engagé des procédures judiciaires ou pris des décisions défavorables à des proches du régime. Ont notamment été concerné·es les procureur·es des tribunaux de Grande instance de Ouagadougou 1, de Boromo, de Bobo-Dioulasso, de Gaoua, ainsi que le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Ziniaré et un substitut du procureur de Bobo-Dioulasso, pour la période du 14 août au 13 novembre 2024.

      « Envoyer des magistrat·es, chargé·es de faire respecter la loi, au front en représailles à des décisions de justice défavorables à des partisans du régime est inadmissible. Les autorités burkinabè confirment une tendance alarmante : l’entrave aux libertés fondamentales, maintes fois condamnée par les Nations unies, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et nos organisations de défense des droits humains », déclare Alice Mogwe, présidente de la FIDH. « L’État burkinabè viole sa propre Constitution ainsi que ses obligations découlant de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et des conventions internationales, notamment celles protégeant les défenseur·es des droits humains ».

      Fin de la liberté de la presse au Burkina Faso

      Les autorités ont progressivement restreint le droit à l’information et la liberté de la presse. Les médias locaux sont sous contrôle et certains médias internationaux interdits. Les journalistes sont contraints d’adopter un « traitement patriotique » de l’information, c’est-à-dire favorable au pouvoir. Ils et elles subissent des attaques et des menaces constantes, poussant à l’autocensure généralisée. M. Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel L’Événement, a été enlevé à son domicile par l’Agence nationale du renseignement (ANR) le 24 juin 2024. Sa famille est sans nouvelles depuis. Son journal avait été suspendu le 20 juin pour un mois. Les 19 et 28 juin 2024, Kalifara Séré et Adama Bayala, chroniqueurs sur BF1, ont été enlevés après la suspension de l’émission « 7 Infos ». La CADHP avait exprimé « sa vive préoccupation face à cette situation constitutive d’une menace grave contre l’intégrité physique et morale des journalistes, risquant de les soustraire à la protection de la loi et d’entraver leur liberté d’expression et d’opinion ».

      Ciblage des proches d’opposant·es en exil

      Ces dernières semaines, les familles d’anciens dignitaires sont victimes de harcèlement, de violences et d’enlèvements. Entre le 11 et le 16 septembre 2024, au moins deux membres de la famille de Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères sous Blaise Compaoré, ont été violentés et enlevés à Ouagadougou. Ces exactions sont directement liées à des incitations à la violence émanant d’activistes proches du pouvoir.

      « Nous appelons l’Union africaine et les Nations unies à unir leurs efforts pour exiger des autorités burkinabè qu’elles mettent fin à cette spirale de violence, libèrent les personnes enlevées et respectent leur intégrité physique et morale », déclare le Professeur Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine.

    • Au Bénin, la tentative de coup d’état échoue et relance la question de la succession de talon

      Au Bénin, la tentative de coup d’état échoue et relance la question de la succession de talon

      au Bénin, la tentative de coup d’état échoue et relance la question de la succession de talon

      Vue générale de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), à Porto-Novo, le 10 décembre 2021.

      L’arrestation récente au Bénin de trois personnalités influentes du pouvoir, soupçonnées d’avoir ourdi un coup d’État, a propulsé la question de la succession du président Patrice Talon sous les projecteurs. Ce dernier achèvera son second mandat en 2026, conformément à la Constitution.

      Parmi les personnes interpellées figurent le commandant de la Garde républicaine, Djimon Dieudonné Tévoédjrè, l’ancien ministre Oswald Homéky ainsi que l’homme d’affaires Olivier Boko, connu pour être un proche de Talon depuis plusieurs décennies. Selon le procureur de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), ces derniers auraient planifié un changement de pouvoir par la force le 27 septembre 2024. Cependant, le commandant de la Garde républicaine aurait depuis été libéré. La banque NSIA Côte d’Ivoire a également démenti l’ouverture d’un compte bancaire au nom de ces personnes, comme l’affirmait la justice béninoise.

      Olivier Boko, parfois décrit comme le bras droit du président, bien qu’il n’ait jamais occupé de fonction officielle, aurait exprimé ses ambitions politiques ces derniers mois, suscitant des tensions avec Patrice Talon. Ces tensions pourraient s’expliquer par son intention de briguer la présidence en 2026, une perspective qui ne semble pas plaire au chef de l’État.

      une nouvelle phase politique au Bénin

      Pour l’analyste politique Tiburce Adagbè, l’arrestation de ces personnalités marque le début d’une nouvelle phase en vue des élections de 2026. Si la justice suit son cours, l’un des favoris pour succéder à Talon, Olivier Boko, se retrouverait en difficulté. Euloge Francis Atadé, expert en gouvernance, souligne que l’instabilité politique actuelle en Afrique de l’Ouest, marquée par des coups d’État au Burkina Faso, au Mali et au Niger, ajoute une dimension géopolitique à la situation au Bénin.

      Gilles Gohy, membre du bureau politique du parti Union progressiste le Renouveau et soutien de Patrice Talon, a appelé à la confiance dans la justice et à la sérénité. Il a affirmé que « laissons-la faire son travail », minimisant les inquiétudes. En revanche, Valentin Djenontin, un opposant en exil, a prévenu que si Olivier Boko était placé en détention, des manifestations de soutien à Talon pourraient voir le jour, ce dernier restant « le seul maître à bord ».

      réactions de l’opposition et de la mouvance présidentielle

      Le parti FCBE, principal parti d’opposition, a condamné cette tentative de coup d’État et réaffirmé son opposition à toute accession au pouvoir par des moyens non démocratiques. Le Bloc Républicain, l’un des partis de la majorité présidentielle, a également dénoncé « l’extrême gravité des faits » et condamné toute tentative de déstabilisation de l’ordre démocratique.

      Dès l’arrestation d’Olivier Boko, le groupe de soutien à sa candidature, Objectif Bénin 2026, a dénoncé une « atteinte grave aux droits fondamentaux », un « acharnement politique » et des « méthodes répressives inacceptables ». Patrice Talon est régulièrement critiqué par ses opposants pour son virage autoritaire, alors que le Bénin était autrefois salué pour la solidité de sa démocratie.

      un contexte régional sous haute tension

      Les récents événements au Bénin surviennent dans un contexte où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont connu des coups d’État militaires. Cette instabilité régionale pourrait influencer les dynamiques politiques internes au Bénin et accentuer les tensions autour de la succession de Patrice Talon.

    • Kémi Séba, l’influenceur africain sous les projecteurs pour son rôle présumé dans la propagande russe

      Kémi Séba, l’influenceur africain sous les projecteurs pour son rôle présumé dans la propagande russe

      Qui est Kémi Séba, cette figure controversée de l’Afrique francophone ?

      En Afrique francophone, Kémi Séba incarne une figure médiatique incontournable. Ce militant panafricaniste béninois, âgé de 42 ans, se distingue par ses prises de position radicales contre l’Occident et ses discours enflammés sur les réseaux sociaux. Récemment, il a été privé de sa nationalité française par un décret publié au Journal officiel français, une décision qui a marqué un tournant dans sa trajectoire déjà mouvementée.

      Avec plus d’un million d’abonnés sur Facebook et des vidéos visionnées par des centaines de milliers d’internautes sur YouTube, il jouit d’une audience massive. Dans un tweet récent, il s’est exclamé : « Plus de nationalité française, gloire à Dieu. Libéré je suis de ce fardeau ». Pourtant, son parcours est loin d’être sans tache : condamné en France pour incitation à la haine raciale, il a également dirigé la Tribu Ka, un mouvement suprématiste noir et antisémite dissous par la justice française en 2006.

      Se présentant comme un révolutionnaire africain du XXIe siècle, Kémi Séba se présente comme un opposant farouche à la Françafrique et au franc CFA, qu’il qualifie de « monnaie coloniale ».

      Un relais présumé de l’influence russe en Afrique

      Les liens entre Kémi Séba et la Russie, notamment avec le Kremlin, suscitent de vives interrogations. Selon des sources journalistiques, dont Jeune Afrique, Evgueni Prigojine, l’ancien chef du groupe Wagner décédé en août 2023, aurait financé et soutenu ses actions. Ce dernier, chargé par Vladimir Poutine de renforcer l’influence russe en Afrique, a utilisé des moyens variés : mercenariat, exploitation minière et réseaux d’influence prorusses.

      Kémi Séba, quant à lui, multiplie les conférences à l’étranger, notamment au Brésil, en Russie, en Iran et au Venezuela. Ses interventions attirent des foules, et il a même été invité au Sommet Russie-Afrique organisé à Saint-Pétersbourg par Vladimir Poutine.

      En France, il a été pointé du doigt par le président de la Commission Défense de l’Assemblée nationale en 2023, qui l’a accusé d’être un « relais de la propagande russe » et de servir les intérêts d’une « puissance étrangère alimentant le sentiment anti-français ».

      Ses positions politiques et leur impact en Afrique

      Kémi Séba soutient systématiquement les régimes africains qui se tournent vers Moscou après avoir rompu avec Paris. Ses réactions aux coups d’État au Niger, au Mali et au Burkina Faso illustrent cette ligne politique. Il a d’ailleurs déclaré, il y a quelques mois : « D’autres pays vont rejoindre cette dynamique-là, on y travaille fortement ».

      Ses principales cibles ? La Françafrique, symbole de l’influence française jugée néfaste sur le continent, et le franc CFA, qu’il considère comme un outil de domination économique. En s’opposant frontalement à ces institutions, il s’inscrit dans une logique de défiance envers l’ancienne puissance coloniale.

      Alors que la Russie étend son emprise en Afrique, des personnalités comme Kémi Séba jouent un rôle clé dans cette guerre d’influence, mêlant rhétorique révolutionnaire et soutien aux régimes pro-russes.