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  • Crise au Burkina Faso Mali et Niger : des juntes militaires en difficulté

    Crise au Burkina Faso Mali et Niger : des juntes militaires en difficulté

    Des régimes militaires en quête de légitimité face à l’échec sécuritaire et politique

    Dans les pays de l’Afrique de l’Ouest comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les juntes militaires au pouvoir font face à une crise profonde de légitimité. Entre répression, restrictions des libertés et détentions arbitraires, ces régimes multiplient les mesures autoritaires pour tenter de masquer leurs échecs, notamment sur le plan sécuritaire et socioéconomique. Les défenseurs des droits humains et les médias deviennent les premières cibles de cette stratégie de contrôle.

    Des promesses non tenues et une situation sécuritaire toujours plus critique

    Le président de l’Afrikajom Center, Alioune Tine, alerte sur la dégradation de la situation dans ces trois pays. Selon lui, les juntes, qui justifiaient leur prise de pouvoir par une situation sécuritaire dégradée, n’ont pas réussi à améliorer la donne. Pire encore, la crise s’aggrave : « Depuis leur arrivée au pouvoir, la situation sécuritaire est devenue extrêmement préoccupante, parfois même pire qu’avant ». Une réalité qui contraste fortement avec les engagements initiaux des militaires, comme celui d’Ibrahim Traoré de rendre rapidement le pouvoir aux civils.

    « Quand on prend le pouvoir par la force, on a toujours cette peur de le perdre de la même manière », souligne Alioune Tine. Il rappelle que les promesses de transition démocratique ont été abandonnées : « Le capitaine Traoré avait promis des élections rapides pour rendre le pouvoir aux civils. Aujourd’hui, ces engagements sont restés lettre morte ». La situation des droits humains se dégrade, avec des massacres ciblant certaines communautés, notamment les Peuls.

    Une répression tous azimuts pour se maintenir au pouvoir

    Face à la contestation croissante, les régimes militaires durcissent leur politique répressive. Les détentions arbitraires, les enlèvements de défenseurs des droits humains et la fermeture de médias se multiplient. Amnesty International et la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains dénoncent ces pratiques et préparent un rassemblement pacifique pour protester contre la répression de la liberté de la presse et la liberté d’expression. Elles exigent notamment la libération de l’avocat Guy Hervé Ham, détenu depuis janvier.

    Dans ce contexte tendu, un incident a marqué un tournant : le 12 juin, un obus a atterri dans la cour de la chaîne publique RTB à Ouagadougou, faisant plusieurs blessés. Bien que Ibrahim Traoré ait tenté de minimiser l’événement en le qualifiant de « fake news », la confusion persiste. Des rumeurs évoquent même une mutinerie dans les casernes ou une tentative de coup d’État.

    Le Mali et le Niger : des situations similaires d’impasse politique

    Au Mali, malgré quelques avancées dans le contrôle de certaines régions, la situation reste critique, tant sur le plan sécuritaire que socioéconomique. Alioune Tine souligne l’échec des juntes à répondre aux attentes des populations : « Nous sommes dans une impasse. Les gens souffrent d’un manque de légitimité, et les juntes ne parviennent pas à améliorer leur quotidien ». Certains opposants en exil ont même formé un gouvernement, illustrant la crise de confiance envers les militaires.

    Au Niger, la junte fait également face à une opposition croissante. Les détracteurs des régimes militaires dénoncent une dérive autoritaire, avec des enlèvements ciblant des personnalités de la société civile, y compris des personnes âgées. Pour Alioune Tine, ces pratiques révèlent une véritable dictature : « On ose aller enlever des figures de la société civile et les emmener au front. C’est inacceptable ».

    Une CEDEAO divisée et une coopération régionale menacée

    Les régimes militaires se tournent vers des alliés comme la Russie pour contourner les critiques internationales, notamment celles de la CEDEAO. Alioune Tine regrette cette division : « La CEDEAO est aujourd’hui scindée entre pro-occidentaux et pro-russes. Cela nuit gravement à la coopération interafricaine et à la prise en charge des préoccupations des peuples, en particulier des jeunes ». Il appelle à une remise en question de l’organisation pour mieux répondre aux défis régionaux.

    Parmi ces défis figurent la question du franc CFA et la présence des bases militaires étrangères. Alioune Tine souligne l’absence d’alternative viable après le départ des bases françaises : « Le problème n’est pas le départ des bases, mais le manque de solutions pour les remplacer ».

    Conclusion : des juntes en quête d’un second souffle

    Les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger sont aujourd’hui confrontés à une crise multidimensionnelle. Leur incapacité à résoudre les problèmes sécuritaires et socioéconomiques, couplée à une répression accrue, ne fait qu’aggraver leur isolement. Face à cette situation, les défenseurs des droits humains et les organisations régionales appellent à une mobilisation pour défendre les libertés fondamentales et exiger un retour à l’État de droit.

  • Crise humanitaire au Sahel : le hcr alerte sur l’urgence d’une réponse globale

    Crise humanitaire au Sahel : le hcr alerte sur l’urgence d’une réponse globale

    Crise humanitaire au Sahel : le HCR lance un appel urgent à une action collective

    Face à une crise humanitaire en pleine aggravation dans la région du Sahel, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) tire la sonnette d’alarme. Selon les dernières estimations, plus de 3,3 millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers en raison de violences persistantes et des conséquences dramatiques de la crise climatique.

    « Ce chiffre, en constante augmentation, reflète une situation qui se détériore rapidement et exige une réponse internationale immédiate », a souligné Alpha Seydi Ba, porte-parole du Bureau régional du HCR pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, lors d’une conférence de presse à Genève.

    Une région en proie à l’insécurité et aux déplacements massifs

    Les pays du Sahel central — Burkina Faso, Mali et Niger — sont particulièrement touchés par cette crise. Les données recueillies en avril 2024 révèlent que 2,8 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur de ces trois pays au cours des quatre dernières années. Parallèlement, le nombre de réfugiés originaires de ces nations a atteint 550 000 individus.

    Les principaux facteurs de ces déplacements incluent les vols, les attaques contre les civils et les violences basées sur le genre. Les populations les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, sont particulièrement exposées aux risques d’exploitation, d’abus et de traite.

    Au Burkina Faso, la combinaison de l’insécurité et des conditions de vie précaires aggrave la fragilité de la situation. En un an seulement, plus de 117 000 réfugiés burkinabés ont trouvé refuge dans les pays côtiers voisins, selon les dernières estimations.

    Un exode massif vers les pays voisins

    Les flux migratoires ne se limitent pas aux frontières internes. Le Mali accueille actuellement près de 94 000 réfugiés, principalement en provenance du Burkina Faso, du Niger et de la Mauritanie. Dans le même temps, plus de 354 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays.

    Quant au Niger, il compte plus de 130 000 réfugiés maliens sur son territoire, tandis que la Mauritanie en abrite plus de 200 000. Près de 40 000 Maliens se sont également réfugiés au Burkina Faso, et quelque 50 000 ont tenté de rejoindre l’Algérie sans obtenir de statut de réfugié.

    Pour une réponse intégrée et durable

    Le HCR insiste sur la nécessité d’une approche globale, combinant l’action humanitaire, le développement et la consolidation de la paix. L’organisation souligne que les besoins du Sahel ne peuvent être comblés sans un investissement massif dans la protection des populations, l’assistance d’urgence et des solutions durables.

    « La communauté internationale doit maintenir son soutien malgré l’instabilité politique persistante dans la région », a déclaré le HCR. L’objectif ? Éviter d’aggraver les crises actuelles et prévenir l’émergence de nouveaux conflits.

    Parmi les priorités identifiées, le HCR plaide pour :

    • Le renforcement des systèmes de protection et d’assistance sociale ;
    • Le soutien aux communautés avant qu’elles ne soient contraintes de fuir ;
    • Une collaboration accrue entre les acteurs humanitaires, de développement et de paix ;
    • Le redéploiement des fonds vers les organisations locales engagées sur le terrain pour une réponse plus efficace.

    Pour financer ces actions urgentes au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en Mauritanie et dans les pays du Golfe de Guinée, le HCR sollicite 443 millions de dollars.

    Une image de la crise : le témoignage de Dicko

    Dicko, mère déplacée sur le site de Sokoura au Mali

    Dicko, une mère de famille déplacée, incarne le drame humain derrière ces chiffres. Son témoignage, recueilli sur le site de Sokoura au Mali, illustre l’urgence d’agir pour protéger les populations les plus vulnérables.

    Une mobilisation internationale indispensable

    La crise au Sahel ne peut être résolue sans une mobilisation concertée des États, des organisations internationales et de la société civile. Le HCR appelle à une action immédiate pour éviter que la situation ne dégénère davantage et ne menace la stabilité de toute une région.

    En combinant efforts humanitaires, développement et diplomatie, la communauté internationale peut contribuer à briser le cycle de la violence et à offrir un avenir plus sûr aux populations du Sahel.

  • Gazoduc Nigeria-Maroc : les premières études topographiques lancées sur l’axe ouest-africain

    Gazoduc Nigeria-Maroc : les premières études topographiques lancées sur l’axe ouest-africain

    Gazoduc Nigeria-Maroc : les premières études topographiques lancées sur l’axe ouest-africain

    Le projet d’envergure du gazoduc Nigeria-Maroc entre dans une phase décisive avec le lancement des premières études topographiques sur son segment nord. Ces investigations, menées par le cabinet marocain Etafat, couvrent trois pays majeurs : le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal.

    La mise en route de ces travaux a été officialisée après une réunion technique entre les experts d’Etafat — filiale du groupe français Parera — et les représentants de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) ainsi que de la Nigerian Petroleum Company (NNPC). Le cabinet a partagé des images aériennes des premières opérations, soulignant son engagement dans ce projet stratégique et sa détermination à le mener à bien.

    Premières études topographiques du gazoduc Nigeria-Maroc

    Ces études, qui s’étendront jusqu’au printemps 2025, porteront non seulement sur les aspects topographiques, mais aussi géophysiques et géotechniques du tracé. Elles sont réalisées en partenariat avec le groupe français Fondasol, représenté par Stéphane Ciesielski, directeur des activités internationales.

    Des défis techniques et logistiques majeurs

    L’expert en énergie Amin Bennouna a souligné la complexité de ces opérations par rapport aux études offshore. Contrairement à ces dernières qui se limitent à des aspects purement techniques, les investigations terrestres doivent intégrer de nombreux paramètres :

    • Les contraintes d’accès via les routes ou autres infrastructures ;
    • Les enjeux fonciers, notamment dans les zones urbaines en expansion ;
    • La recherche du tracé optimal pour le gazoduc sur cet axe ouest-africain.

    Ces éléments sont cruciaux pour garantir la faisabilité et la durabilité du projet sur le long terme.

    Un projet pharaonique aux ambitions continentales

    Ce gazoduc, d’une longueur impressionnante de 5 600 km, représente un investissement estimé à 25 milliards de dollars. Il reliera le Nigeria à l’Europe en traversant 13 pays de la côte ouest-africaine. Une fois achevé, il sera connecté au Gazoduc Maghreb-Europe au Maroc, puis intégré au réseau gazier européen.

    Ce projet ambitieux vise à renforcer la sécurité énergétique de l’Afrique de l’Ouest tout en ouvrant de nouvelles perspectives économiques pour les pays traversés.

  • Répression au Mali : le gouvernement musèle la société civile sans relâche

    Répression au Mali : le gouvernement musèle la société civile sans relâche

    Le Mali intensifie sa pression sur la société civile : une analyse des mesures récentes

    Depuis le début de l’année 2024, le Mali a franchi une étape supplémentaire dans sa politique de restriction des libertés associatives. Récemment, le ministre malien de l’Administration territoriale a annoncé la dissolution de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM), une décision qui s’inscrit dans une série de mesures visant à étouffer toute forme de contestation.

    Les autorités accusent l’AEEM d’être à l’origine de violences et d’affrontements dans les milieux scolaires et universitaires. Parmi les griefs avancés, on note des arrestations en 2017 et 2018 de certains de ses membres, découverts en possession d’armes, de stupéfiants et de sommes d’argent non justifiées. Cette dissolution marque la quatrième opération de ce type en moins de quatre mois.

    Une série de dissolutions ciblant les opposants

    Le 6 mars 2024, les autorités ont également dissous la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS). Cette organisation, qui réclamait un retour à un régime démocratique civil via des élections présidentielles, a été qualifiée de menace pour la sécurité publique et de facteur de déstabilisation.

    Quelques semaines auparavant, le 28 février, c’est le parti politique Kaoural Renouveau qui a subi le même sort, sous prétexte de propos diffamatoires et subversifs à l’encontre de la junte militaire. Enfin, le 20 décembre 2023, l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance, une organisation de la société civile spécialisée dans l’évaluation des processus électoraux, a été dissoute. Son président a été accusé d’avoir tenu des déclarations de nature à troubler l’ordre public.

    Une répression systémique depuis le coup d’État de 2021

    Depuis le coup d’État militaire de 2021, les autorités maliennes ont considérablement réduit l’espace civique et politique. La junte, dirigée par le colonel Assimi Goïta, a multiplié les restrictions contre la dissidence pacifique, l’opposition politique et les médias. En mars 2024, le colonel de gendarmerie Alpha Yaya Sangaré, auteur d’un livre dénonçant les exactions des forces armées maliennes, a été arrêté et a disparu, illustrant cette politique de musèlement.

    Réactions nationales et internationales

    La Commission nationale des droits de l’homme du Mali (CNDH) a récemment tiré la sonnette d’alarme. Dans un communiqué, elle dénonce les menaces sérieuses pesant sur les droits civiques et politiques, en particulier la liberté d’association. Elle critique ouvertement la tendance systémique de dissolution ou suspension d’associations et de partis politiques.

    De son côté, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé ses inquiétudes. Son porte-parole, Seif Magango, a alerté sur les conséquences de ces mesures pour les libertés fondamentales. Alors que le Mali approche de la troisième année sous un gouvernement non élu, l’espace nécessaire à l’expression démocratique s’amenuise chaque jour.

    Les organisations de la société civile et les défenseurs des droits humains appellent les autorités maliennes à révoquer immédiatement ces dissolutions et à garantir le respect des libertés fondamentales. Sans une société civile libre et un débat politique ouvert, le pays risque de s’enfermer dans un cycle de répression et d’isolement.

  • Trois pays d’Afrique de l’ouest quittent la Cédéao : impact sur les droits humains

    Trois pays d’Afrique de l’ouest quittent la Cédéao : impact sur les droits humains

    Les récentes annonces des gouvernements du Mali, du Niger et du Burkina Faso concernant leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) suscitent de vives inquiétudes quant à la protection des droits fondamentaux des populations de ces nations.

    Départ annoncé du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Cédéao : les droits humains fragilisés?

    L’éloignement de ces trois États de l’institution régionale pourrait en effet restreindre l’accès à la Cour de justice de la Cédéao, un mécanisme clé pour les citoyens confrontés à des violations des droits humains. Ilaria Allegrozzi, experte en droits humains et chercheuse senior pour une ONG internationale, alerte sur les conséquences de cette décision :

    Un tribunal essentiel pour les victimes de violations

    Selon elle, cette Cour constituait une voie de recours cruciale, notamment pour les populations des trois pays concernés, où l’impunité des abus commis par les forces de sécurité et les autorités locales est souvent constatée. « Le manque d’accès à la justice au niveau national rend ce tribunal indépendant encore plus vital », souligne-t-elle.

    Elle évoque également l’importance historique de cette Cour, qui a rendu des décisions majeures dans le passé. Parmi elles, un arrêt condamnant le Niger pour ne pas avoir protégé un de ses citoyens de l’esclavage, ou encore une décision en 2012 pointant la responsabilité du Nigeria face aux violations commises par des entreprises pétrolières.

    Une procédure accessible malgré tout

    Un autre avantage de cette Cour résidait dans sa flexibilité procédurale : contrairement à d’autres instances, il n’était pas nécessaire d’épuiser toutes les voies de recours locales avant de saisir la Cour de justice de la Cédéao. « Cela offrait un accès plus direct à la justice pour les citoyens du Mali, du Niger et du Burkina Faso », ajoute l’experte.

    Avec le départ de ces trois pays, la question de la protection des droits humains dans la région se pose avec une acuité particulière. Les populations pourraient se retrouver privées d’un outil essentiel pour faire valoir leurs droits face aux abus et aux manquements des autorités.

  • Niger : urgence pour la libération de la journaliste samira sabou

    Niger : urgence pour la libération de la journaliste samira sabou

    La disparition forcée de Samira Sabou, journaliste et blogueuse Nigerienne, suscite une vive émotion et des appels pressants à sa libération immédiate. Enlevée le 30 septembre à son domicile par des individus masqués se présentant comme des agents des services de sécurité, sa situation reste totalement inconnue à ce jour. Ousmane Diallo, chercheur spécialisé sur la région du Sahel au sein du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, alerte sur les risques encourus par la militante.

    Nous sommes profondément préoccupés par l’enlèvement de Samira Sabou. Le Conseil national pour le salut de la patrie (CNSP) doit impérativement révéler sans délai sa localisation et garantir sa libération immédiate et sans condition. Si les autorités affirment ne pas détenir cette information, elles ont l’obligation légale d’enquêter sans attendre. Chaque heure qui passe aggrave les violations des droits fondamentaux de Samira Sabou, notamment son droit à un procès équitable et l’interdiction absolue de la torture ou des traitements inhumains.

    Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel à Amnesty International

    Pourquoi la disparition de Samira Sabou fait-elle polémique ?

    Samira Sabou est une figure engagée dans la lutte contre la corruption et la défense des droits humains au Niger. Son militantisme actif et ses récentes dénonciations d’arrestations arbitraires par le CNSP pourraient expliquer son enlèvement. Son rôle de présidente des blogueurs du Niger et son travail de journaliste en font une cible potentielle pour les autorités en place.

    Amnesty International rappelle que le Niger a ratifié la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Le pays est donc tenu de respecter ses engagements internationaux et nationaux en matière de droits humains. L’organisation exhorte le CNSP à appliquer scrupuleusement ces obligations, notamment :

    • L’interdiction formelle des disparitions forcées ;
    • La garantie de la liberté d’expression et de la liberté de la presse ;
    • La protection des défenseurs des droits de l’homme, conformément aux articles 4, 6 et 7 de la loi de 2022 sur leurs droits et devoirs.

    Une arrestation aux circonstances troubles

    Le 30 septembre 2023, Samira Sabou a été arrachée à son domicile maternel à Niamey par plusieurs hommes masqués s’identifiant comme des forces de l’ordre. Malgré la présentation de cartes professionnelles, son enlèvement s’est déroulé dans des conditions opaques : elle a été cagoulée, transportée dans un véhicule inconnu, et sa famille ainsi que son avocat n’ont plus eu aucun contact avec elle depuis. À ce jour, les autorités nigériennes, y compris le service des enquêtes criminelles de la police de Niamey, n’ont fourni aucune information sur son sort.

    D’autres cas de répression de la liberté d’expression au Niger

    Le climat de répression s’étend au-delà de Samira Sabou. Le 3 octobre, Samira Ibrahim, connue sous le pseudonyme « Precious Mimi » sur les réseaux sociaux, a été condamnée à six mois de prison avec sursis et à une amende de 300 000 francs CFA pour une publication jugée subversive. Son message sur Facebook, évoquant le refus de l’Algérie de reconnaître le nouveau gouvernement du Niger, lui a valu cette sanction disproportionnée. Ces affaires illustrent une tendance inquiétante à museler les voix critiques au Niger.

  • La crise humanitaire au Mali : un million d’enfants menacés de malnutrition aiguë

    La crise humanitaire au Mali : un million d’enfants menacés de malnutrition aiguë

    Une fillette déplacée joue dans l'espace ami des enfants de l'UNICEF dans le camp de déplacés de BAWA. ©UNICEF/UNI430551/N'Daou

    La crise humanitaire au Mali : un million d’enfants menacés de malnutrition aiguë

    Le Mali est confronté à une situation d’urgence où les conflits incessants et les entraves à l’accès humanitaire exacerbent la vulnérabilité des populations.

    Dans l’actualité Mali, le conflit armé prolongé, conjugué aux déplacements massifs de populations et aux restrictions d’accès pour l’aide humanitaire, menace de plonger près d’un million d’enfants maliens de moins de 5 ans dans une situation de malnutrition aiguë d’ici à la fin de l’année 2023. Parmi eux, on estime que pas moins de 200 000 pourraient succomber à la faim si l’assistance vitale ne leur est pas fournie de toute urgence.

    L’insécurité alimentaire impacte déjà gravement près d’un quart de la population malienne. Pour la première fois dans l’histoire du pays, plus de 2 500 personnes, dont de nombreux enfants, sont confrontées à un risque imminent de famine dans la région de Ménaka, sévèrement touchée par cette crise.

    Cette alerte a été lancée à la suite d’une mission de hauts responsables humanitaires de l’UNICEF et du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) au Mali cette semaine. Leur objectif était de réaffirmer l’engagement des deux agences à soutenir les populations maliennes, en collaboration étroite avec les autorités locales et les partenaires humanitaires.

    « Le Mali traverse une crise humanitaire d’une complexité sans précédent et nécessite un soutien immédiat pour prévenir une catastrophe pour les enfants, qui, une fois de plus, paient le prix le plus élevé d’une crise dont ils ne sont pas responsables », a déclaré un représentant de l’UNICEF, soulignant que l’organisation et ses partenaires ont toujours été présents sur le terrain, même pendant les années les plus difficiles, et continueront d’intervenir tant que leurs services seront nécessaires.

    Au total, près de cinq millions d’enfants au Mali ont un besoin impérieux d’aide humanitaire, couvrant la santé, la nutrition, l’éducation, la protection et l’accès à l’eau potable. Ce chiffre représente une augmentation alarmante d’au moins 1,5 million d’enfants en détresse depuis 2020.

    « Il est primordial de veiller à ce que la crise humanitaire au Mali reçoive l’attention qu’elle mérite. Dans un monde où les crises se multiplient, nous ne pouvons pas choisir qui sauver. Nous avons le devoir collectif de travailler pour sauver et transformer des vies », a affirmé un dirigeant du PAM. Il a insisté sur l’importance d’aider les familles vulnérables, en particulier les enfants et les femmes, pour prévenir la famine, s’attaquer de front à l’insécurité alimentaire aiguë et à la malnutrition, et renforcer la résilience des communautés.

    En plus des violences et des conflits, les chocs climatiques ont entraîné des déplacements massifs de populations au cours des derniers mois. Au 30 juin 2023, plus de 377 000 personnes, dont plus de la moitié sont des enfants, ont été contraintes de fuir leur domicile. Les dernières estimations indiquent qu’au moins 1,6 million d’enfants au Mali ont un besoin urgent de protection.

    En 2022, les Nations Unies ont recensé 1 024 violations graves à l’encontre des enfants au Mali, incluant le recrutement et l’utilisation par des forces et groupes armés, ainsi que des meurtres et des mutilations. Le conflit et le manque de moyens ont également provoqué la fermeture de plus de 1 700 écoles, privant au moins un demi-million d’enfants de leur droit à l’éducation.

    Malgré l’urgence de la situation, les appels humanitaires pour le Mali demeurent sévèrement sous-financés. À ce jour, en 2023, seulement 21 % des 751,4 millions de dollars requis par les Nations Unies ont été mobilisés. L’appel humanitaire 2023 de l’UNICEF pour les enfants du Mali n’a reçu qu’un tiers de son financement, soit 8,5 millions de dollars au cours du premier semestre de l’année.

    L’UNICEF et le PAM sollicitent de toute urgence 184,4 millions de dollars pour assister 8,8 millions de personnes en 2023, dont 4,7 millions d’enfants. Ce financement est crucial pour fournir une aide alimentaire d’urgence aux personnes vulnérables, soutenir les services médicaux, assurer l’approvisionnement en carburant pour la chaîne du froid des vaccins et acquérir des traitements vitaux pour les enfants souffrant de malnutrition.

    La situation critique des enfants et des familles au Mali s’inscrit dans le cadre d’une urgence régionale plus vaste au Sahel central, qui inclut également le Burkina Faso et le Niger. L’actu Niger, tout comme celle du Mali, met en lumière des défis humanitaires importants dans la région. Malgré ces crises persistantes, il est impératif que les travailleurs humanitaires et les fournitures puissent atteindre en toute sécurité les enfants et les familles les plus vulnérables. Toute interruption ou tout délai dans l’acheminement de l’aide aurait des conséquences dévastatrices sur la survie de ces populations.

  • Crise politique au Niger : le parti les démocrates prône le dialogue face à la menace de la CEDEAO

    Crise politique au Niger : le parti les démocrates prône le dialogue face à la menace de la CEDEAO

    Crise au Niger : une situation explosive qui interroge l’Afrique de l’Ouest

    L’instabilité politique qui secoue actuellement le Niger, couplée à la menace d’une intervention militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), suscite de vives inquiétudes au sein du parti ‘Les Démocrates’ au Bénin. Dans un communiqué publié récemment, le président de ce parti d’opposition béninois, Eric Houndété, a souligné que le coup d’État militaire nigérien plonge ce pays voisin dans une « situation des plus critiques », tout en attirant les profiteurs de crises comme des vautours en quête de gains faciles.

    Les Démocrates rejettent fermement les prises de pouvoir par la force

    Le parti ‘Les Démocrates’ a fermement condamné toute accession au pouvoir par des moyens illégitimes, quelle qu’en soit la forme. Eric Houndété a pointé du doigt les causes profondes de cette instabilité récurrente en Afrique de l’Ouest : « l’injustice sociale, les privations de libertés fondamentales, l’exploitation éhontée des populations, la mainmise d’une minorité sur les ressources nationales, la confiscation des institutions démocratiques, la répression systématique des citoyen·ne·s et les manipulations constitutionnelles à répétition ». Autant de facteurs qui alimentent un terreau propice aux dérives autoritaires.

    Privilégier le dialogue : une solution pragmatique et africaine

    Face à cette crise, Les Démocrates appellent les pays membres de la CEDEAO à adopter une approche diplomatique plutôt qu’une escalade militaire. Le parti béninois insiste sur l’importance du dialogue comme « voie privilégiée de résolution des conflits », en phase avec les valeurs et traditions culturelles partagées par les nations de la région. Il recommande également de renforcer les mécanismes de prévention pour éradiquer les coups d’État constitutionnels, la mauvaise gouvernance et les politiques d’exclusion.

    Le parti, dirigé par le député Eric Houndété, s’interroge sur la légitimité juridique d’une déclaration de guerre contre un État membre de la CEDEAO. Il questionne également les modalités selon lesquelles le gouvernement pourrait obtenir l’approbation du Parlement pour engager des forces militaires contre un pays voisin, mettant en lumière les risques humains et financiers d’une telle entreprise.

    Une alternative à la guerre : la voix de la raison

    Pour Eric Houndété, la solution réside dans le dialogue et la négociation plutôt que dans le recours à la force. « Plutôt que d’emprunter une voie hasardeuse et dangereuse, nos dirigeants doivent incarner l’esprit de dialogue, de réconciliation et de coopération », affirme-t-il. Selon lui, cette approche est le seul gage de paix pour le Niger et de préservation des intérêts communs entre les deux nations. C’est pourquoi Les Démocrates réitèrent leur appel à un dialogue politique national au Niger, considéré comme un levier essentiel pour promouvoir la stabilité et le développement durable.

  • Renforcer la protection des droits humains au Sahel : une conférence régionale cruciale face à l’insécurité

    Renforcer la protection des droits humains au Sahel : une conférence régionale cruciale face à l’insécurité

    Une initiative régionale majeure s’est tenue à Niamey le mardi 23 mai 2023 : l’ouverture d’une conférence dédiée aux mécanismes de protection des droits humains au Sahel. Présidée par M. Maty El Hadj Moussa, président de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH), cet événement rassemble des acteurs clés pour aborder les défis posés par l’insécurité grandissante dans la zone des trois frontières, englobant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Parmi les personnalités présentes figuraient le Secrétaire général adjoint du Ministère de la Justice, la directrice Afrique du DCAF et l’ambassadeur d’Allemagne au Niger, aux côtés de nombreux experts.

    Organisée sur deux jours, cette rencontre stratégique vise plusieurs objectifs fondamentaux. Elle cherche notamment à sensibiliser les parties prenantes aux bonnes pratiques en matière de défense des droits fondamentaux et à consolider leurs compétences concernant les outils et dispositifs de prévention des violations. De plus, la conférence aspire à contribuer activement à l’amélioration de la gouvernance et de l’état de droit en renforçant les capacités des institutions de contrôle, tant internes qu’externes, afin qu’elles puissent pleinement exercer leurs prérogatives et missions.

    Lors de la séance inaugurale, M. Maty El Hadj Moussa, président de la CNDH, a alerté sur l’ampleur de l’insécurité qui frappe les régions frontalières du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Cette situation se traduit par des violations massives des droits humains, perpétrées non seulement par des groupes armés non identifiés, semant terreur et désolation parmi les populations civiles, mais aussi, parfois, par certains éléments des forces de défense et de sécurité engagés dans la lutte contre cette instabilité. Il a souligné que ces populations sont confrontées aux horreurs d’une guerre asymétrique, d’une violence inouïe, où l’ennemi se fond dans les communautés, faisant de toute suspicion de dénonciation une sentence de mort certaine.

    Face à la persistance de cette crise, le président de la CNDH a exhorté tous les défenseurs des droits de l’homme à s’engager, comme lors de cette conférence, dans des réflexions constructives pour élaborer des solutions répondant aux aspirations légitimes des citoyens à la paix, à la sécurité et à la stabilité.

    De son côté, M. Moussa Sahirou Tchida, Secrétaire général adjoint du ministère de la Justice, a insisté sur la nécessité d’une synergie d’actions entre tous les acteurs pour la mise en œuvre des initiatives vitales pour les pays du Sahel. Il a salué le soutien des partenaires, notamment celui des pays membres de l’Union Européenne, dont l’appui à l’organisation de cette conférence est une illustration parfaite, renforçant leur détermination. Il a réaffirmé l’entière disponibilité de son ministère à collaborer pour concrétiser toutes les initiatives visant à stabiliser la zone des trois frontières.

    Mme Anne Benette, Directrice Afrique du DCAF, a mis en lumière la complexité de la gouvernance au Sahel, exacerbée par une série de crises politiques, sociales, humanitaires, sanitaires et environnementales. L’escalade de l’insécurité, les conflits, les assauts des groupes armés, les activités criminelles transnationales et les tensions communautaires sont autant de facteurs qui génèrent des violations des droits humains et dégradent progressivement le tissu social. Elle a ainsi souligné l’importance capitale de cette conférence régionale, qui offre un cadre d’échanges sur les bonnes pratiques, met en lumière les défis actuels et permet un apprentissage mutuel pour optimiser la réponse collective aux menaces sécuritaires pesant sur l’état de droit et le respect des droits humains.

    Enfin, M. Herman Nicolai, Ambassadeur d’Allemagne au Niger, a déploré l’intensification tragique des violences dans l’espace sahélien, un phénomène plus rapide que dans toute autre région d’Afrique. Il a évoqué la propagation ininterrompue d’événements violents liés aux activités des groupes extrémistes et des acteurs de la criminalité transnationale organisée, qui ont, depuis plus d’une décennie, causé des milliers de morts civils et militaires, ainsi que des déplacements massifs de populations.

  • Urgence humanitaire : l’insécurité alimentaire s’aggrave au Sahel et dans la Corne de l’Afrique

    Urgence humanitaire : l’insécurité alimentaire s’aggrave au Sahel et dans la Corne de l’Afrique

    Le Sahel et la Corne de l’Afrique face à une détresse alimentaire sans précédent

    Les régions du Sahel et de la Corne de l’Afrique traversent actuellement une période critique où s’entremêlent pauvreté extrême, conflits armés et inégalités sociales. Cette situation est exacerbée par les dérèglements climatiques, les séquelles économiques de la pandémie de Covid-19 et l’explosion des coûts des produits de base, tels que les céréales, le carburant et les engrais.

    En 2024, le bilan est alarmant : au Sahel central, englobant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, environ 7,2 millions de personnes sont frappées par une crise alimentaire sévère. Parallèlement, dans la Corne de l’Afrique, la sécheresse persistante prive de nourriture 31,5 millions d’habitants en Éthiopie, au Kenya, en Somalie et au Soudan du Sud. Dans ces deux derniers pays, les statistiques révèlent qu’une personne sur deux souffre de la faim.

    Les chiffres clés de la crise

    • 1 individu sur 2 est victime de la faim en Somalie et au Soudan du Sud.
    • 45,74 millions de personnes nécessitent une intervention humanitaire d’urgence dans la Corne de l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Somalie, Soudan du Sud).
    • 24 millions de personnes sont privées d’un accès sécurisé à l’eau potable, favorisant la propagation d’épidémies comme la rougeole ou le choléra.

    Une dégradation rapide de la sécurité alimentaire

    L’actu Niger et celle des pays limitrophes soulignent une détérioration fulgurante. Au Sahel central, si l’on inclut le Tchad, ce sont 24 millions de personnes qui ont un besoin vital d’assistance pour se loger, se nourrir, se soigner et accéder à l’éducation. Cette zone représente aujourd’hui l’une des crises humanitaires les plus évolutives à l’échelle mondiale.

    En Somalie, l’insécurité alimentaire aiguë touche 40 % de la population, soit 6,5 millions de personnes. Au Soudan du Sud, le constat est tout aussi sombre avec 7,7 millions d’habitants en situation de précarité alimentaire extrême. Pour rappel, l’insécurité alimentaire aiguë signifie qu’une personne ne peut plus subvenir à ses besoins nutritionnels de base, mettant sa vie en péril immédiat. La famine, stade ultime de cette crise, se définit par une mortalité accrue et une malnutrition critique.

    Le poids du changement climatique sur les récoltes

    Le Mali subit sa pire crise nutritionnelle en une décennie. Au Niger, les chocs climatiques et l’insécurité ont entraîné une baisse de près de 40 % de la production de céréales. Si le réchauffement global franchit le seuil des 2 °C, les récoltes de millet et de sorgho, piliers de la Niger économie rurale, pourraient encore chuter de 25 %. Au Burkina Faso, les prévisions de baisse oscillent entre 15 % et 25 %.

    Dans la Corne de l’Afrique, les années de sécheresse consécutives ont laissé place à des pluies torrentielles début 2024. Loin de résoudre le problème, ces inondations ont dévasté des milliers d’hectares de cultures et déplacé des centaines de milliers de personnes en Éthiopie, au Kenya et en Somalie, compliquant davantage la politique nigérienne et régionale de gestion des risques.

    Inégalités de genre et résilience locale

    La crise frappe de manière disproportionnée les femmes et les jeunes filles. Au Mali, bien qu’elles constituent plus de la moitié de la main-d’œuvre agricole, seules 5 % des femmes possèdent leurs propres terres. Pour contrer ces discriminations, des initiatives de fermes collectives voient le jour.

    Alizeta Sawadogo, agricultrice de 55 ans au Burkina Faso, témoigne de ce combat. Face à la raréfaction des pluies, elle a intégré une ferme collective avec l’appui de partenaires locaux pour apprendre des techniques horticoles bio et diversifier ses revenus malgré les aléas climatiques.

    Quelles solutions pour endiguer la famine ?

    Le financement international reste largement insuffisant. Entre 2000 et 2021, les fonds alloués aux pays les plus exposés aux risques climatiques n’ont couvert que 40 % des besoins. Pourtant, les pays du G7 et la Russie sont responsables de l’immense majorité des émissions mondiales de CO2, loin devant le Kenya, l’Éthiopie ou la Somalie.

    Actions concrètes et plaidoyer politique

    Sur le terrain, les interventions se concentrent sur trois axes :

    • Soutien alimentaire : distribution de cash ou de bons d’achat, fourniture de semences résistantes et vaccination du bétail.
    • Accès à l’eau : réhabilitation de points d’eau et promotion de l’hygiène pour freiner les maladies.
    • Protection et autonomisation : formations techniques et fourniture de matériel pour renforcer la résilience des communautés.

    Au niveau politique, des mesures radicales sont nécessaires. La mise en place d’un impôt de 1 % sur les bénéfices des entreprises d’énergies fossiles permettrait de récolter 10 milliards de dollars, comblant ainsi la majeure partie du déficit humanitaire de l’ONU. De plus, l’annulation de la dette des pays vulnérables et un engagement accru de pays comme la France sont indispensables pour protéger les populations face à l’urgence climatique et alimentaire.

  • Influenceurs pro-Moscou en afrique, les alliés de poutine

    Influenceurs pro-Moscou en afrique, les alliés de poutine

    deux hommes discutant près d'une table en bois

    Dernière mise à jour : octobre 2024. Temps de lecture : 8 minutes.

    En Afrique, l’influence du Kremlin s’appuie sur un réseau d’activistes, de médias et de partis locaux qui diffusent ses thèses. Parmi eux, Evgueni Prigojine – proche de Vladimir Poutine et financier du groupe Wagner – joue un rôle clé en finançant des associations relais comme l’Afric (Association pour la recherche libre et la coopération internationale).

    L’Afric est dirigée depuis Maputo par José Matemulane, un universitaire mozambicain formé en psychologie. Ioulia Afanasieva, une associée de Prigojine, préside cette structure liée au réseau de l’oligarque russe. Grâce à elle, Moscou mène des opérations d’influence sur le continent africain.

    L’Afric collabore avec plusieurs sites panafricanistes, dont Radio Révolution panafricaine et Afrique Média TV, pour diffuser des messages pro-russes et anti-français. Basée au Cameroun, cette chaîne appartient au groupe Afrique Média, dirigé par Justin B. Tagouh. Ce dernier s’est rendu à deux reprises à Sotchi, affirmant avoir rencontré Poutine.

    • Le Camerounais Banda Kani, président du parti Nouveau mouvement populaire, y défend des positions pro-Kremlin virulentes dans le conflit ukrainien. Selon lui, Kiev est une « oligarchie criminelle », et Volodymyr Zelensky, son président, un « voyou ».
    • Cette chaîne invite régulièrement Kemi Seba, un militant Franco-Béninois connu pour ses prises de position radicales contre la présence occidentale en Afrique.

    Evgueni Prigojine, expert en désinformation et membre du premier cercle de Poutine, finance la nébuleuse Wagner. Il s’appuie sur des relais locaux comme l’Afric pour étendre son influence en Afrique.

    Kemi Seba : de l’activisme anticolonial au rapprochement pro-Kremlin

    Le fondateur de l’ONG Urgence panafricaniste s’est rapproché ces dernières années de Aleksandr Douguine, un nationaliste russe chantre d’un monde multipolaire et d’une idéologie anti-occidentale. Très influent dans l’entourage de Poutine, Douguine a reçu Kemi Seba en Russie dès 2017. L’activiste Franco-Béninois a de nouveau été reçu par le Kremlin début mars 2024.

    • Lors de ce voyage à Moscou, il s’est entretenu avec Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, chargé de l’Afrique et du Moyen-Orient.
    • Il a également prononcé une conférence à l’Institut d’État des relations internationales.

    En octobre 2020, sur la chaîne Vox Africa, Kemi Seba a expliqué avoir été invité par Evgueni Prigojine en Russie, au Soudan et en Libye. Cependant, il affirme avoir pris ses distances avec l’oligarque russe lorsque ce dernier lui a suggéré de passer à des actions violentes contre des symboles occidentaux, même si cela devait causer des dommages collatéraux en Afrique.

    Malgré cette rupture apparente, Kemi Seba continue de multiplier les déclarations favorables aux thèses du Kremlin sur les réseaux sociaux et les médias africains.

    Nathalie Yamb : la « dame de Sotchi » et son combat contre l’influence française

    Proche de Kemi Seba, qui la qualifie de « grande sœur de lutte et de cœur », la Suissesse d’origine camerounaise Nathalie Yamb gravite dans le réseau de l’Afric. Elle s’est auto-proclamée la « dame de Sotchi » après sa participation remarquée au sommet Russie-Afrique de 2019.

    Selon un rapport de l’ONG Free Russia Foundation, Nathalie Yamb a participé à une conférence organisée par l’Afric à Berlin en janvier 2020. Cet événement a été co-organisé avec la Fondation pour la protection des valeurs nationales, une structure également liée à Prigojine. Elle est dirigée par Alexander Malkevitch, un « journaliste » proche des services de renseignement russes.

    • Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, elle affiche clairement son soutien à l’armée russe.
    • Elle a été expulsée de Côte d’Ivoire en décembre 2019 pour ses prises de position virulentes contre la France.

    Nathalie Yamb est également membre du parti ivoirien Lider, dont le compte Twitter relaie régulièrement la propagande pro-russe depuis le début de la guerre en Ukraine.

    Bien qu’il ait officiellement pris sa retraite politique et ne soit plus actif sur les réseaux sociaux, le fondateur du Lider, Mamadou Koulibaly, s’est rendu à Bamako en mars 2024 pour soutenir la junte malienne, elle-même pro-russe. Dans une interview à Vox Africa, il explique avoir répondu à l’invitation d’un mouvement de jeunes panafricanistes et avoir souhaité « violer l’embargo et soutenir les populations qui se battent pour affirmer leur souveraineté ».

    Le rôle clé de Adama Diarra, alias « Ben le cerveau » au Mali

    Au Mali, Adama Diarra dit « Ben le cerveau » est une figure centrale de la présence russe. Il est le porte-parole du mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts, une association malienne pro-russe.

    • En septembre 2021, alors que des rumeurs circulaient à Bamako concernant la signature d’un contrat entre Wagner et l’État malien, il a été le premier à confirmer qu’un tel accord était en négociation entre le palais présidentiel de Koulouba et le réseau de Prigojine.
    • Depuis l’automne 2021, il est à l’origine de presque toutes les manifestations pro-russes organisées à Bamako.

    « Cinquante experts militaires russes sont présents au Mali depuis plus d’un mois », avait précisé Adama Diarra, un fervent défenseur de la junte malienne et membre du Conseil national de transition (CNT). Ces spécialistes ont rendu une expertise militaire détaillée au gouvernement malien.

    Les relais médiatiques de Wagner à Bangui

    La galaxie de Prigojine s’étendu jusqu’à Bangui, en République centrafricaine. Là-bas, l’un des principaux relais médiatiques du Kremlin est Fred Krock, directeur de la radio Lengo Songo. Cette dernière serait entièrement financée par Lobaye Invest, une société minière liée à la nébuleuse Wagner en Centrafrique. Elle est initialement dirigée par Evgueni Khodotov, un fidèle de Prigojine.

    Les articles de cette radio sont régulièrement mis en avant par l’agence de presse russe Ria Fan, un pilier de l’écosystème médiatique de l’oligarque proche de Poutine. Sur les ondes de Lengo Songo, les propos des principales figures de la présence russe à Bangui sont largement diffusés et repris, qu’il s’agisse de :

    • L’ancien ambassadeur russe Vladimir Titorenko.
    • L’ex-conseiller à la présidence centrafricaine Valeri Zakharov.
    • Le sociologue russe Maksim Shugaley.
    • Le patron de la Communauté des officiers pour la sécurité internationale (Cosi), Aleksandr Ivanov.

    Cette radio est également utilisée par une partie de la société civile centrafricaine, notamment :

    • Blaise Didacien Kossimatchi, membre de la plateforme « Galaxie nationale », très pro-Touadéra.
    • Harouna Douamba, président de l’association « Aimons notre Afrique », financée par Lobaye Invest.
    • Les deux hommes comptent parmi les organisateurs des manifestations pro-russes à Bangui.

    L’Afrique du Sud n’échappe pas à cette dynamique. Les réseaux sociaux locaux relayent largement les positions pro-russes. Ainsi, le compte Twitter (plus de 200 000 abonnés) attribué à Duduzile Zuma-Sambudla, la fille de l’ex-président Jacob Zuma, a été le premier à populariser dans le pays le hashtag #istandwithrussia, partagé plusieurs centaines de milliers de fois depuis le début de la guerre en Ukraine.

    La majorité des contenus associés à ce hashtag dénoncent l’influence de l’OTAN et l’impérialisme occidental en Afrique.

  • Situation alarmante des droits humains au Mali en 2025

    situation des droits humains au Mali : une crise persistante en 2025

    En 2025, le Mali fait face à une dégradation marquée des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. Des opposants politiques, des membres de la société civile et des militants sont régulièrement arrêtés de manière arbitraire ou soumis à des disparitions forcées. Les forces gouvernementales, leurs alliés ainsi que des groupes armés multiplient les violences illégales contre les civil·e·s, incluant des meurtres ciblés, des blocus imposés dans plusieurs villes et la fermeture de plus de 2 000 écoles en raison de l’insécurité.

    contexte politique et sécuritaire au Mali

    La situation au Mali s’est complexifiée après l’échec d’un processus de paix boycotté par les partis politiques, la société civile et certains groupes armés. En février 2025, les autorités ont adopté la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, un texte visant à restaurer la stabilité. Cependant, la transition politique, instaurée après le coup d’État de 2020, a été prolongée de cinq ans en avril, suscitant des tensions.

    En juin, le groupe Wagner a été remplacé par l’Africa Corps, une structure placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense, dans le cadre d’un partenariat sécuritaire avec le Mali. Parallèlement, en août, les autorités ont annoncé avoir déjoué un coup d’État, entraînant l’arrestation de plusieurs militaires et d’un diplomate français, également membre des services de renseignement. Enfin, en septembre, le Mali a annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI).

    répression des libertés fondamentales

    Les autorités maliennes ont dissous tous les partis politiques, une décision symbolisant une répression systématique des droits démocratiques. En avril et mai, des manifestations organisées à Bamako pour dénoncer cette mesure ont été violemment réprimées par les forces de sécurité.

    disparitions forcées et arrestations arbitraires

    Plusieurs personnalités ont été victimes de disparitions forcées ou d’arrestations arbitraires. Parmi elles :

    • Alou Badra Sacko, coordonnateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, enlevé le 14 mars à Bamako après avoir critiqué les taxes sur les transactions mobiles. Il a été libéré le 24 mai.
    • El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, enlevé le 8 mai à son domicile. Il a été libéré le 26 septembre après une mobilisation internationale, notamment de l’ONU.
    • Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, enlevé le même jour à Bamako et libéré le 5 juin sans avoir été jugé.

    Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a également appelé à la libération de Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, détenus depuis 2023 et torturés en prison. Moussa Mara, ancien Premier ministre, a été condamné en octobre à un an de prison pour avoir critiqué la détention de militants. Enfin, Clément Dembele, militant anticorruption, reste détenu malgré un jugement en sa faveur.

    violences perpétrées par les groupes armés

    Les groupes armés, notamment l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), continuent de cibler les civil·e·s. Voici quelques exemples marquants :

    • En février, 34 civil·e·s ont été tués dans une attaque de l’EIS près de Gao.
    • En mai, Sidi Barka, dirigeant de la société civile, a été enlevé à Ménaka et retrouvé mort en août.
    • Ousmane Kampo, maire de Konna, a été enlevé par le GSIM en mai et libéré en octobre.
    • En août, des membres de la katiba du Macina ont tué des civil·e·s et provoqué un exode à Farabougou. Le maire de Dogofry, Modibo Kimbiri, et son chauffeur ont également été tués.
    • Le 6 novembre, Mariam Cissé, influenceuse, a été enlevée à Echell, emmenée à Tonka et exécutée publiquement le lendemain.

    exactions des forces gouvernementales et de leurs alliés

    L’armée malienne et ses partenaires, dont l’Africa Corps, ont commis de graves violations du droit international humanitaire, incluant des tortures et des exécutions extrajudiciaires :

    • Le 16 mars, une frappe de drone des FAMa a tué au moins 10 civil·e·s à Ejdeïr (Tombouctou).
    • Le 12 avril, une centaine d’hommes, principalement de la communauté peule, ont été arrêtés à Sebabougou. Une soixantaine d’entre eux ont été torturés au camp de Kwala avant d’être exécutés. Des corps en décomposition ont été retrouvés près du camp.
    • Le 12 mai, entre 23 et 27 hommes ont été exécutés sommairement par des militaires et des miliciens dozos à Diafarabé, leurs corps jetés dans des fosses communes.

    droits économiques et sociaux : une population en souffrance

    Les groupes armés, comme le GSIM, ont imposé des blocus autour de plusieurs villes, privant la population de ses droits fondamentaux, notamment la sécurité alimentaire et la liberté de circulation. En juillet, le GSIM a restreint l’accès au carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, ciblant les camions-citernes sur les routes.

    droit à l’éducation : des milliers d’enfants privés d’école

    La crise éducative s’aggrave : en juin 2025, plus de 2 000 écoles étaient fermées, privant 618 000 enfants de leur droit à l’éducation. La région de Kidal est la plus touchée, avec 63 % d’enfants déscolarisés.