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  • Sénégal : comment réinventer le pouvoir citoyen après l’élection de Diomaye ?

    Sénégal : comment réinventer le pouvoir citoyen après l’élection de Diomaye ?

    Cet article explore la notion de pouvoir citoyen dans le contexte sénégalais qui a suivi l’alternance de mars 2024. Il établit un pont entre la philosophie politique contemporaine (Pierre Rosanvallon, Cynthia Fleury, Achille Mbembe, Souleymane Bachir Diagne), le cadre juridique national (Constitution révisée, dialogues nationaux, décentralisation) et les traditions ouest-africaines. Celles-ci incluent les vertus civiques wolof comme le jom, la kersa, le ngor et la teranga, ainsi que les institutions délibératives telles que la penc et le palabre. La première section retrace une généalogie de la figure du citoyen, de la Grèce antique aux transformations actuelles de la « contre-démocratie » décrites par Rosanvallon, en la confrontant aux modèles politiques africains précoloniaux. La seconde partie se penche sur le cas sénégalais pour analyser les crises et les voies de refondation du pouvoir citoyen. Elle défend une synergie entre les outils juridiques modernes (saisine directe de la Cour constitutionnelle, contrôle de l’action publique, démocratie locale) et les grammaires éthiques traditionnelles (vertus civiques, délibération collective, économie morale du masla). L’idée centrale est que le pouvoir citoyen transcende le vote et la protestation : il requiert une individuation, au sens de Cynthia Fleury, soutenue par des institutions de vigilance et enrichie par une éthique de la responsabilité que les sociétés sahéliennes avaient codifiée bien avant la colonisation.

    Introduction

    Le 24 mars 2024, l’élection de Bassirou Diomaye Diakhar Faye à la présidence du Sénégal, avec plus de 54 % des voix au premier tour, a conclu une période politique mouvementée. Cette séquence a été marquée par une tentative de report du scrutin, une forte mobilisation citoyenne, une intervention décisive du Conseil constitutionnel et la libération du candidat victorieux juste avant le vote. Cet événement, largement analysé sur le continent, a été perçu comme le triomphe d’un « pouvoir citoyen » revitalisé. Deux ans plus tard, le débat s’oriente sur la concrétisation de cette refondation. Les projets de loi issus des dialogues nationaux sur la justice (2024) et le système politique (2025) sont en discussion, le chef de l’État ayant lui-même déclaré que « la Constitution ne nous appartient pas », marquant une volonté de réappropriation collective. Cependant, des critiques émergent déjà, pointant des reculs. La saisine citoyenne directe de la Cour constitutionnelle, promise dans le programme de la coalition Diomaye Président et préconisée par le Dialogue national, a été écartée des projets finaux. Ce choix maintient un verrou institutionnel qui empêche le citoyen lambda de contester directement la violation de ses droits fondamentaux.

    Ce décalage entre la promesse civique et sa mise en œuvre institutionnelle limitée est le point de départ de notre analyse. Il nous amène à nous interroger sur la nature du citoyen et de son pouvoir dans un contexte de défiance systémique (Pierre Rosanvallon), de ressentiment social (Cynthia Fleury) et dans un espace post-colonial où la modernité juridique côtoie des grammaires coutumières toujours vivaces. Notre thèse est que le pouvoir citoyen sénégalais ne peut être compris ni comme une simple importation de la démocratie représentative, ni comme un repli sur une identité fantasmée. Il nécessite une approche hybride, où les dispositifs légaux modernes sont irrigués par des ressources éthiques et délibératives locales, souvent sous-estimées par la sociologie politique.

    Notre réflexion se déploiera en deux temps. D’abord, une approche généalogique retracera l’évolution du concept de citoyenneté, de ses origines occidentales à ses expressions africaines. Ensuite, une analyse plus prospective examinera les défis actuels du pouvoir citoyen au Sénégal et esquissera des pistes de refondation qui allient droit, coutume et éthique.

    Première partie : Généalogie d’une figure politique

    I. Strates historiques de la citoyenneté occidentale

    La citoyenneté occidentale trouve ses racines dans la pensée grecque. Pour Aristote, dans La Politique, le citoyen (politès) se définit par sa participation active aux fonctions judiciaires et délibératives. Cette vision fonctionnelle lie intrinsèquement la citoyenneté à l’action politique partagée. La cité (polis) est un corps délibérant où les membres exercent la souveraineté à tour de rôle, fondée sur l’isègoria (égalité de parole) et l’isonomia (égalité devant la loi). Ce modèle, bien que puissant, était exclusif, laissant de côté femmes, étrangers et esclaves. Cette tension entre l’intensité de la participation et l’étendue de l’inclusion a marqué toute l’histoire de la citoyenneté.

    Rome a introduit un changement majeur. Le civis romanus est avant tout détenteur d’un statut juridique. Avec l’édit de Caracalla en 212, la citoyenneté romaine est étendue à tous les habitants libres de l’Empire, dissociant la citoyenneté de la participation directe au pouvoir central. Une citoyenneté abstraite, fondée sur des droits (le jus civile), voit le jour. Cette tradition a fortement influencé la conception libérale du citoyen comme sujet de droits.

    La Révolution française a refondé la figure du citoyen en le définissant comme membre du souverain collectif. La Déclaration de 1789 lie les droits naturels de l’homme à la participation du citoyen à la volonté générale. Cependant, cette universalité de principe s’est heurtée à des exclusions pratiques : distinction entre citoyens « actifs » et « passifs », exclusion des femmes et des esclaves. Ces contradictions ont alimenté deux siècles de luttes pour l’élargissement des droits civiques.

    Au XXᵉ siècle, le sociologue T.H. Marshall a décrit la citoyenneté moderne comme une succession de trois strates : civile (droits individuels), politique (droit de vote) et sociale (droit à l’éducation, à la santé). Ce modèle met en lumière la citoyenneté comme un processus historique d’inclusion progressive et en constante évolution.

    Pierre Rosanvallon enrichit cette analyse en observant l’érosion de la confiance envers les élus, qui a cédé la place à une défiance organisée. Il identifie trois figures du peuple : le peuple-vigilant, le peuple-veto et le peuple-juge. Ces formes de surveillance, d’empêchement et de jugement constituent ce qu’il appelle la « contre-démocratie ». Ce n’est pas l’opposé de la démocratie, mais son complément critique. Rosanvallon met en garde contre le risque que cette contre-démocratie ne se transforme en populisme, une pathologie où la défiance devient un rejet systématique des institutions.

    Cynthia Fleury, quant à elle, explore les dimensions subjectives de la citoyenneté. À travers des concepts comme l’individuation (la capacité à se constituer comme sujet singulier), le courage (la vertu de dire non et de persévérer) et le ressentiment (cette « peste émotionnelle » qui mine les sociétés), elle lie la philosophie politique à la psychanalyse. Pour elle, un État de droit robuste repose sur des citoyens individués, courageux et capables de surmonter le ressentiment. Le pouvoir politique doit donc aussi prendre soin des citoyens pour préserver les conditions de l’adhésion démocratique.

    II. L’expérience africaine : citoyenneté avant la citoyenneté

    Une généalogie limitée à l’Occident serait incomplète. Les sociétés africaines précoloniales ont développé leurs propres formes d’appartenance politique et d’éthique civique. L’Afrique précoloniale était politiquement diverse, abritant des empires, des royaumes et des sociétés sans État centralisé. Au Sénégal, les royaumes wolofs possédaient des institutions de contre-pouvoir, comme le jambur (assemblée de notables) qui pouvait déposer un roi. Le pouvoir n’était pas absolu, mais encadré par des conseils et une légitimité conditionnée au respect de normes éthiques.

    La penc wolof, assemblée villageoise tenue sous l’arbre à palabre, est une institution politique fondamentale. Elle est régie par des principes de délibération inclusive, de recherche du consensus et d’engagement par la parole. Ce modèle, qui privilégie la concorde et la cohésion sociale, offre une alternative conceptuelle précieuse à la démocratie délibérative occidentale.

    Les sociétés wolof ont également formalisé une éthique civique articulée autour de plusieurs vertus. Le jom incarne l’honneur, la dignité et le courage. La kersa représente la pudeur, le respect et la retenue, agissant comme un garde-fou contre l’arrogance. Le ngor symbolise la droiture, l’intégrité et le respect de la parole donnée.

    D’autres vertus complètent ce système : le muñ (patience), la teranga (hospitalité), le masla (sens de la conciliation), le sago (maîtrise de soi) ou encore le fit (bravoure). Cet ensemble de valeurs constitue une matrice éthique cohérente qui lie les dispositions individuelles aux exigences de la vie en communauté, offrant un socle pour toute refondation civique.

    Des penseurs africains contemporains comme Achille Mbembe, Souleymane Bachir Diagne et Felwine Sarr travaillent à actualiser cet héritage. Ils plaident pour une pensée de la citoyenneté qui puise dans les ressources africaines pour construire des futurs démocratiques originaux. Le pouvoir citoyen sénégalais a donc tout intérêt à s’inspirer de ce double héritage, occidental et africain.

    De cette analyse croisée, le citoyen apparaît comme une figure complexe : participant à la délibération (héritage grec et de la penc), titulaire de droits (héritage romain et des Lumières), agent de contrôle (analyse de Rosanvallon), sujet individué (perspective de Fleury) et porteur de vertus civiques locales. C’est cette combinaison que la seconde partie met à l’épreuve.

    Deuxième partie : Crises et refondations du pouvoir citoyen sénégalais

    1. Le diagnostic contemporain : un pouvoir citoyen entre exaltation et frustration

    La période 2021-2024 au Sénégal a été une illustration parfaite de la contre-démocratie de Rosanvallon. Les mobilisations massives, les manifestations contre le report de l’élection et la victoire finale de Bassirou Diomaye Faye ont montré la puissance de la surveillance et de l’empêchement citoyens. Cependant, cette séquence a eu un coût humain élevé et a exacerbé la polarisation. Le risque persiste que cette contre-démocratie, sans canaux institutionnels adéquats, se transforme en un cycle de protestation permanent, glissant vers le populisme.

    L’analyse de Cynthia Fleury est également pertinente. Le ressentiment, alimenté par le chômage des jeunes, la défiance envers les élites et le sentiment d’humiliation, a été un moteur du changement. Ce ressentiment continue de fragiliser la société et pourrait se retourner contre le nouveau pouvoir si les attentes ne sont pas comblées. La réponse n’est pas seulement institutionnelle, elle doit aussi être symbolique et affective, en restaurant la dignité des citoyens.

    De nombreux intellectuels sénégalais s’inquiètent de l’érosion des vertus traditionnelles comme le ngor, le jom et la kersa. La corruption, la violence verbale en politique et l’opportunisme sont perçus comme des symptômes de cette dégradation. Sans une éthique civique partagée, même les meilleures institutions démocratiques fonctionnent à vide. Le pouvoir citoyen repose aussi sur la disponibilité de ces dispositions éthiques.

    1. Les ressources juridiques disponibles

    La Constitution sénégalaise de 2001 garantit de nombreux droits, et le Conseil constitutionnel a prouvé son rôle de gardien de l’État de droit. Néanmoins, une lacune majeure demeure : l’absence de saisine citoyenne directe de cette institution. Le citoyen ne peut pas contester directement une loi qu’il juge inconstitutionnelle. Bien que promise par la coalition au pouvoir, cette réforme cruciale n’a pas été retenue dans les projets de loi, ce que de nombreux acteurs de la société civile considèrent comme une trahison.

    L’Acte III de la décentralisation, bien qu’ambitieux, n’a pas encore produit tous ses effets, faute de moyens et de culture participative. C’est pourtant au niveau local que la fusion entre les dispositifs modernes et l’héritage coutumier (comme la penc) pourrait être la plus fructueuse pour revitaliser la démocratie.

    Les dialogues nationaux de 2024 et 2025 sont une innovation intéressante, cherchant à fonder les réformes sur une large consultation. Cette démarche s’inspire de la tradition de la penc. Toutefois, leur crédibilité est mise à mal lorsque leurs recommandations les plus importantes, comme la saisine citoyenne, sont ignorées dans les textes finaux.

    Enfin, les organes de contrôle comme la Cour des comptes ou l’OFNAC sont essentiels pour la souveraineté de surveillance. Leur efficacité dépend de leur indépendance réelle et de leur capacité à être saisis par les citoyens, des aspects que les réformes en cours doivent absolument renforcer.

    1. Vers une refondation du pouvoir citoyen : sept propositions articulées

    Face à ce diagnostic, sept propositions interdépendantes peuvent être formulées pour une refondation cohérente.

    Premièrement, instaurer la saisine citoyenne directe de la Cour constitutionnelle. Cela donnerait aux citoyens les moyens d’agir en tant qu’acteurs juridiques permanents et de défendre leurs droits fondamentaux.

    Deuxièmement, reconnaître juridiquement les espaces délibératifs traditionnels comme la penc. Ils devraient devenir des instances de consultation obligatoire pour certaines décisions communales, afin de redynamiser la démocratie locale.

    Troisièmement, refonder l’éducation civique en y intégrant la grammaire des vertus wolof (jom, kersa, ngor), non comme des éléments folkloriques, mais comme des compétences essentielles à la vie démocratique.

    Quatrièmement, garantir l’indépendance constitutionnelle des organes de contrôle et permettre aux citoyens de les saisir directement pour signaler des dysfonctionnements, avec une protection efficace des lanceurs d’alerte.

    Cinquièmement, institutionnaliser les dialogues nationaux via une charte de procédure qui assure la transparence et oblige le pouvoir à justifier publiquement tout écart par rapport aux recommandations émises.

    Sixièmement, développer une politique du soin démocratique, inspirée par Cynthia Fleury. Cela implique de s’attaquer aux racines du ressentiment par des politiques sociales et un travail de reconnaissance des dignités blessées.

    Septièmement, relancer la décentralisation avec des outils concrets comme les budgets participatifs obligatoires et les audits citoyens annuels des comptes municipaux, transformant les administrés en co-gestionnaires.

    Le Sénégal peut s’inspirer d’expériences internationales comme la saisine citoyenne en Afrique du Sud, le processus constituant en Tunisie ou les budgets participatifs au Brésil, tout en construisant un modèle qui lui est propre.

    Ces propositions ne sont pas naïves. Elles font face à des objections légitimes sur l’idéalisation des traditions, la primauté du droit moderne ou le réalisme politique. Cependant, notre but n’est pas de canoniser le passé, mais d’identifier des ressources culturelles vivantes. Ignorer la dimension éthique et culturelle de la démocratie serait une erreur. Le rôle de la pensée critique est d’élargir le champ des possibles et de proposer des horizons pour guider l’action.

    Conclusion : Un citoyen sénégalais, pluriel et rigoureux

    Le pouvoir citoyen est une notion complexe, nourrie par des héritages multiples : grec, romain, révolutionnaire, mais aussi par la contre-démocratie de Rosanvallon, la clinique politique de Fleury, et surtout, par la richesse de l’éthique civique wolof et de la tradition délibérative de la penc.

    Le Sénégal est à un carrefour. L’alternance de 2024 a suscité un immense espoir civique. La volonté politique de refondation est palpable, mais elle est déjà mise à l’épreuve par des choix cruciaux : la saisine citoyenne sera-t-elle adoptée ? La décentralisation sera-t-elle effective ? Le ressentiment sera-t-il transformé en énergie constructive ?

    Les réponses ne viendront pas seulement des dirigeants, mais aussi des citoyens eux-mêmes. Le pouvoir citoyen n’est pas un acquis, mais une construction historique fragile. Le défi est de cultiver des citoyens courageux, vigilants et justes. C’est de l’articulation entre la rigueur des institutions, la vitalité de la délibération et la profondeur de l’éthique que pourra naître, au Sénégal, un pouvoir citoyen à la hauteur des enjeux de notre temps.

  • La junte au Niger durcit le ton et suspend plusieurs médias internationaux

    La junte au Niger durcit le ton et suspend plusieurs médias internationaux

    Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au Niger, le 6 août 2025. © CNSP

    Le commandement militaire au Niger a pris la décision, ce vendredi 8 mai, d’interdire la diffusion d’une dizaine d’organes de presse étrangers. Cette mesure radicale, qui s’inscrit dans une politique nigérienne de plus en plus restrictive, est justifiée par les autorités par la nécessité de prévenir toute atteinte à l’ordre public, alors que se profile le sommet Africa Forward en France.

    Selon un communiqué officiel de l’Observatoire national de la communication (ONC) diffusé sur les ondes nationales, plusieurs grands noms de l’information sont visés : France 24, RFI, France Afrique Media, LSI Africa, l’AFP, TV5 Monde, TF1 Info, ainsi que Jeune Afrique et Mediapart. Les autorités leur reprochent la diffusion de messages pouvant déstabiliser la cohésion sociale et les institutions de la République dans cette actu Niger brûlante.

    Cette interdiction, dont l’application est immédiate, englobe tous les canaux de diffusion : satellites, réseaux câblés, portails web et applications mobiles. Face à cette situation, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) a vivement réagi en exigeant l’annulation de cette procédure qu’elle qualifie d’abusive. Cette décision marque un nouveau tournant dans la Niamey actualité.

    Depuis le renversement du pouvoir en juillet 2023, le régime militaire a multiplié les suspensions de médias occidentaux. RFI et France 24 avaient déjà été ciblées peu après le putsch, suivies par la BBC fin 2024. Ce divorce diplomatique avec la France s’accompagne d’un rapprochement stratégique avec la Russie, la junte revendiquant fermement la souveraineté du pays face à ce qu’elle nomme l’impérialisme.

    Le contexte tendu du sommet Africa Forward

    Cette annonce survient peu après que le Burkina Faso, membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés du Niger et du Mali, a également banni TV5 Monde. Ces trois nations, qui ne participeront pas aux discussions d’Africa Forward au Kenya, semblent coordonner leur stratégie médiatique face aux critiques internationales.

    Le climat pour les professionnels de l’information travaillant sur le terrain reste précaire. Bien que deux journalistes, Gazali Abdou et Hassane Zada, aient été libérés récemment, les Niger nouvelles font état de plusieurs autres confrères toujours en détention. L’ONU a recensé treize arrestations de journalistes en 2025, dénonçant des accusations graves telles que le complot contre l’État.

    Le recul des libertés fondamentales est flagrant : en 2026, le Niger a chuté à la 120e place du classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. Parallèlement au durcissement législatif contre la diffusion de données numériques, le pays a également suspendu près de 3 000 organisations non gouvernementales, les accusant de liens troubles avec des groupes armés terroristes.

  • Sénégal 2026 : l’afrique sous les projecteurs des jeux olympiques de la jeunesse

    Sénégal 2026 : l’afrique sous les projecteurs des jeux olympiques de la jeunesse

    le sommet « africa forward », co-organisé par la France et le Kenya, se tient ce lundi à Nairobi pour discuter du développement par le sport. une thématique qui résonne particulièrement pour le Sénégal, qui accueillera les prochains jeux olympiques de la jeunesse à Dakar à l’automne 2026. cet événement historique marquera la première organisation d’un événement olympique sur le continent africain.

    Babacar Senghor, coordonnateur du projet des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), devant les plans de la piscine.

    un défi olympique inédit pour le Sénégal et l’afrique

    moins de six mois avant le coup d’envoi, le ton est donné : « le Sénégal sera prêt ». cette promesse, martelée par les autorités, s’accompagne d’une pression légitime. Dakar, capitale du pays, se transforme progressivement pour accueillir les 4es jeux olympiques de la jeunesse d’été, initialement prévus en 2022 mais reportés en raison de la pandémie de covid-19. cet événement s’étendra du 31 octobre au 13 novembre 2026.

    au-delà de l’organisation logistique, les jeux de Dakar 2026 représentent un jalon historique pour le continent africain. ils seront le premier événement olympique organisé en afrique, un continent souvent sous-représenté dans le paysage sportif mondial. cette édition comportera 25 sports de compétition, auxquels s’ajouteront dix disciplines en démonstration. au total, 153 épreuves sont programmées, avec une répartition équilibrée entre épreuves masculines (73), féminines (73) et mixtes (7).

    les athlètes participants seront des jeunes de moins de 17 ans, selon les critères définis par le comité international olympique (cio). une occasion unique pour le Sénégal de briller sur la scène internationale et de promouvoir les talents africains de demain.

    ahmadou al-aminou lo : le visage d’une organisation ambitieuse

    à la tête du comité de veille des jeux olympiques de la jeunesse, ahmadou al-aminou lo, ministre d’état chargé du suivi du pilotage et de l’évaluation de l’agenda national de transformation Sénégal 2050, incarne l’engagement du pays. ancien directeur national de la banque centrale des états de l’afrique de l’ouest (bceao), il supervise une structure qui se réunit deux fois par mois. ce comité rassemble l’ensemble des acteurs étatiques, locaux et institutionnels impliqués dans les préparatifs, avec des délais stricts et une responsabilité majeure : garantir que le Sénégal soit à la hauteur de l’événement.

    « notre rôle est d’aider à lever tous les risques liés à la livraison des jeux olympiques de la jeunesse », explique-t-il. « l’idée est de faire en sorte que les structures étatiques sénégalaises soient agiles et puissent être au rendez-vous à temps. je suis l’assurance qualité de ces préparatifs. avec ces jeux, il en va de l’image du Sénégal et de l’afrique. c’est une double pression et une responsabilité : nous avons l’obligation de démontrer que nous sommes capables d’organiser des événements sportifs d’envergure mondiale. »

    un héritage au-delà des compétitions

    l’organisation des jeux de Dakar 2026 ne se limite pas à la réussite des compétitions. le Sénégal mise sur un héritage durable, notamment à travers le développement des infrastructures sportives et la promotion du sport comme levier économique et social. « nous voulons que les jeux olympiques de la jeunesse soient un élément déclencheur en matière d’héritage pour notre jeunesse », souligne le ministre lo. « avec le développement de la formation, des centres d’excellence sport-études et la promotion de la haute compétition, nous visons à doubler la contribution du sport dans le pib du Sénégal, actuellement estimé à 15 millions d’euros. »

    l’objectif est clair : transformer ces jeux en catalyseur pour l’économie du sport, en s’appuyant notamment sur l’industrie mice (meetings, incentives, conferences, exhibitions), un secteur en pleine expansion sur le continent africain.

    un partenariat franco-sénégalais pour réussir

    la collaboration entre la France et le Sénégal joue un rôle clé dans la préparation des jeux. une convention signée en 2019 entre les deux pays, nommée « alliance dioko », a permis un partage d’expertises et de bonnes pratiques. christine fages, ambassadrice de France au Sénégal, met en avant l’importance de ce partenariat : « dans le cadre du partenariat avec le Sénégal, une trentaine d’experts de Paris 2024 a été intégrée dans l’équipe de Dakar 2026. »

    ce soutien se traduit par des actions concrètes :

    • formation de 419 jeunes dans la learning academy, un programme dédié à l’organisation d’événements sportifs ;
    • soutien financier à hauteur de 1 million d’euros pour la formation et l’acquisition de savoir-faire ;
    • prêt souverain de 80 millions d’euros de l’agence française de développement (afd) pour la rénovation du stade iba mar diop et du complexe tour de l’œuf, incluant la piscine olympique ;
    • création de douze infrastructures sportives de proximité.

    l’ambassade de France soutient également l’académie de judo du lycée lamine gueye à Dakar, en finançant la rénovation de l’internat et du dojo, et en accompagnant les jeunes judokas sénégalais dans leur préparation.

    des infrastructures en pleine transformation

    au cœur des préparatifs, le complexe tour de l’œuf, situé dans le quartier point e à Dakar, est en pleine rénovation. ce site accueillera les épreuves de basket 3×3, baseball, breaking et skateboard. plus de 450 ouvriers y sont mobilisés depuis le début des travaux, qui concernent notamment la piscine olympique et ses bassins d’entraînement. un premier remplissage-test des trois bassins est prévu pour le 15 mai, et le complexe doit être livré au comité d’organisation des jeux le 15 août, soit deux mois et demi avant le début des compétitions.

    la technologie utilisée pour ces bassins permet une « économie d’eau et d’énergie », un atout majeur pour le Sénégal, confronté à des défis environnementaux. après les jeux, le complexe sera reconverti en espaces multifonctionnels, avec des terrains de football, basket, handball et tennis.

    la propreté, une priorité pour Dakar

    en plus des infrastructures sportives, Dakar devra relever un autre défi : celui de la propreté urbaine. les autorités sénégalaises en ont conscience et ont mis en place un plan ambitieux. « notre première médaille sera celle de la propreté », annonce le ministre lo, en référence à la ville de kigali au Rwanda, classée première des villes africaines les plus propres en 2025 selon le magazine jeune afrique. Dakar, actuellement en 17e position, vise à améliorer significativement cette image avant l’événement.

    un événement au service de la jeunesse africaine

    pour le Sénégal, les jeux olympiques de la jeunesse ne sont pas seulement une vitrine internationale, mais une opportunité de faire progresser le sport africain. en mettant l’accent sur la formation, l’excellence et l’héritage, le pays espère inspirer une nouvelle génération d’athlètes et de professionnels du sport.

    les préparatifs sont en cours, les défis sont nombreux, mais la détermination est au rendez-vous. Dakar 2026 s’annonce comme un événement historique, non seulement pour le Sénégal, mais pour toute l’afrique.

  • Crise au Mali : populations affamées par le blocus jihadiste, gouvernement inflexible

    Crise au Mali : populations affamées par le blocus jihadiste, gouvernement inflexible

    crise au Mali : populations affamées par le blocus jihadiste, gouvernement inflexible

    ville du Mali sous tension

    La situation humanitaire au Mali se dégrade dramatiquement sous l’effet d’un blocus imposé par les groupes jihadistes. Face à cette crise, le gouvernement malien réaffirme son refus catégorique d’engager tout dialogue avec ces «groupes armés terroristes, sans foi ni loi», comme l’a déclaré Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères, devant le corps diplomatique accrédité dans le pays.

    Le refus de négocier s’accompagne d’une stratégie militaire renforcée. Selon nos informations, le Mali a récemment reçu de nouveaux équipements militaires en provenance de Russie, comme l’a rapporté notre correspondant régional Serge Daniel. L’objectif affiché est double : reprendre le contrôle de la ville de Kidal, actuellement sous domination jihadiste, et libérer les axes routiers bloqués au sud du pays.

    Kidal et Aguelok : points chauds d’une reconquête militaire

    Au nord, les autorités maliennes concentrent leurs efforts sur la reprise de Kidal, bastion des groupes armés. Après avoir abandonné deux localités dans la région, l’armée malienne, soutenue par des mercenaires russes, a consolidé sa présence à Aguelok, une autre ville stratégique de la zone. Cette avancée vise à affaiblir la mainmise des jihadistes sur cette région.

    Au sud, la priorité est de desserrer l’étau autour des routes commerciales. Ces derniers jours, des centaines de véhicules, de passagers et de marchandises restent bloqués à différents endroits du pays, paralysant encore davantage l’économie locale. Les populations subissent de plein fouet les conséquences de ce blocus prolongé.

    Diafarabé : une ville au bord de la famine

    À Diafarabé, dans la région de Mopti, la situation est particulièrement alarmante. La ville est soumise à un blocus strict depuis le 12 mai 2025, imposé par le groupe Jnim. Les habitants, isolés et privés de tout, lancent un appel à l’aide depuis des semaines, mais aucune solution concrète n’a été apportée par les autorités de transition.

    Les témoignages recueillis par nos équipes sont glaçants. Les réserves de nourriture et de médicaments sont épuisées. Les habitants, épuisés par des mois de privations, décrivent un quotidien marqué par la peur et le désespoir. Un habitant, joint par téléphone, partage son récit poignant :

    « Personne ne peut entrer, personne ne peut sortir. Le blocus est total. Tout ce qui nous restait comme vivres est fini. C’est la famine qui s’installe. Nous avons contacté les militaires. Ils nous ont promis un convoi, mais nous attendons toujours. Après la manifestation des jeunes et des femmes, ils ont enfin réagi… mais c’est trop tard. Il n’y a plus rien. Avant, pendant la crue, nous parvenions à faire passer des vivres par le fleuve, malgré les risques. Moi, j’ai été blessé par balle en tentant de le faire. Aujourd’hui, c’est la survie totale. Notre seul souhait ? Avoir de quoi manger. C’est tout ce que nous demandons.»

    Les promesses de livraison de vivres, évoquées après des pressions locales, n’ont pour l’instant pas abouti. Les habitants, réduits à la misère, réclament une action immédiate pour éviter une catastrophe humanitaire sans précédent.

    Blocus jihadiste : une stratégie de pression sur Bamako ?

    Les blocages imposés par les groupes armés, notamment dans le centre du pays, semblent s’inscrire dans une logique de pression maximale sur le régime en place. Les autorités maliennes, déterminées à ne pas céder, misent sur une solution militaire, malgré le coût humain et économique de cette stratégie.

    Alors que les négociations restent exclues, les populations continuent de payer le prix fort. Entre pénuries, isolement et peur, la crise s’aggrave chaque jour un peu plus. La communauté internationale, jusqu’ici en retrait, est-elle prête à intervenir pour briser ce cycle infernal ?

  • Mali : le rôle trouble de Faure Gnassingbé dans la crise sahélienne

    Mali : le rôle trouble de Faure Gnassingbé dans la crise sahélienne

    Mali : le rôle trouble de Faure Gnassingbé dans la crise sahélienne

    Alors que le Togo se présente comme un acteur clé de la médiation en Afrique de l’Ouest, des révélations accablantes émergent des coulisses diplomatiques. Selon des informations exclusives issues de rapports de renseignements américains et de sources diplomatiques, le régime de Faure Gnassingbé aurait secrètement orchestré des négociations entre le capitaine Ibrahim Traoré (IB) et des groupes djihadistes affiliés au JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). L’objectif avoué ? Faciliter une trêve précaire au Burkina Faso, mais au prix d’une trahison envers le Mali et son dirigeant, le colonel Assimi Goïta.

    En agissant ainsi, Lomé aurait sacrifié la stabilité du Mali pour renforcer son propre poids diplomatique dans la sous-région. Une stratégie risquée qui menace l’unité de l’Alliance des États du Sahel (AES), fondée pour lutter contre le terrorisme.

    Lomé, plaque tournante d’une diplomatie clandestine

    Depuis des années, le Togo mise sur son rôle de médiateur pour masquer ses propres dérives internes. Faure Gnassingbé, héritier d’un régime autoritaire vieillissant, a transformé Lomé en un carrefour d’influences troubles, où se croisent putschistes, groupes terroristes et intérêts géopolitiques. Les services de renseignements occidentaux, notamment la CIA et les agences militaires françaises, documentent depuis des mois des échanges clandestins bien loin des déclarations officielles.

    Le constat est accablant : le Togo ne se limite plus à dialoguer avec les juntes militaires. Il sert désormais de pont entre des États souverains et des organisations terroristes, pourtant classées sur les listes noires internationales.

    Un accord cynique entre djihadistes et putschistes

    Les enquêtes révèlent qu’Faure Gnassingbé aurait orchestré des rencontres secrètes entre des représentants du Burkina Faso et des cadres du JNIM. Le marché conclu est d’une brutalité calculée :

    • Le JNIM réduit ses attaques au Burkina Faso pour permettre au capitaine Ibrahim Traoré de consolider son pouvoir.
    • En échange, le groupe terroriste obtient une liberté de mouvement accrue vers une cible prioritaire : le Mali.

    Mais ce pacte ne s’arrête pas là. Les renseignements américains évoquent une alliance encore plus inquiétante entre le JNIM et le Front de Libération de l’Azawad (FLA), un mouvement rebelle malien. L’objectif ? Affaiblir le colonel Assimi Goïta, jugé trop intransigeant ou trop proche d’autres influences régionales qui gênent les calculs de Lomé.

    Le 25 avril : le jour où le masque est tombé

    Les événements du 25 avril ont révélé l’ampleur de cette trahison. Alors que les forces maliennes subissaient une attaque d’envergure menée par une coalition JNIM-FLA, un communiqué des assaillants a confirmé l’existence de ces accords secrets. Le message était sans ambiguïté :

    « Cette opération ne concerne que Bamako. Le Burkina Faso et le Niger doivent rester en dehors. »

    Plus surprenant encore, les troupes burkinabè et nigériennes sont restées passives ce jour-là, créant un choc parmi les observateurs militaires. Cette inaction n’était pas un hasard, mais le résultat d’un protocole de non-ingérence négocié sous l’égide de Faure Gnassingbé.

    L’Alliance des États du Sahel, censée être un rempart contre le terrorisme, s’est brisée sous la pression de ces manœuvres. La solidarité régionale a cédé la place à une stratégie de division, orchestrée depuis Lomé.

    Les motivations cachées derrière cette stratégie

    Pourquoi Faure Gnassingbé prend-il de tels risques ? Plusieurs facteurs expliquent cette politique dangereuse :

    • La survie politique : En déstabilisant ses voisins, Lomé s’assure qu’aucun modèle de transition démocratique ne réussisse trop bien, tout en se posant en unique sauveur auprès des partenaires internationaux.
    • Le chantage à la sécurité : En entretenant des liens avec le JNIM, le Togo cherche à protéger ses propres frontières nord, même si cela signifie sacrifier le Mali.
    • L’affaiblissement d’Assimi Goïta : Le leader malien, par son refus de compromis, menace la position de Lomé comme acteur régional dominant. Sa chute ou son affaiblissement redonnerait à Faure Gnassingbé un rôle central au détriment de la coopération sahélienne.

    Quand la diplomatie devient un poison

    Les manœuvres de Faure Gnassingbé ont des conséquences désastreuses pour toute la sous-région. En sapant la confiance entre Ibrahim Traoré et Assimi Goïta, Lomé a empoisonné les relations sahéliennes. Comment croire en la solidarité quand un État joue double jeu avec les ennemis de ses voisins ?

    Le JNIM sort renforcé de cette crise. Plus besoin de combattre tous ses adversaires simultanément : il suffit de signer des pactes locaux, validés par un pays complaisant comme le Togo, pour isoler et affaiblir ses cibles une par une.

    Le prix de l’autocratie : un Sahel en feu

    Le régime de Faure Gnassingbé s’enfonce dans une logique d’isolement croissant. En manipulant les groupes terroristes et les juntes militaires, Lomé a détruit toute chance d’une réponse coordonnée face à la menace djihadiste dans le Sahel.

    Les services de renseignements occidentaux ne voient plus en lui un médiateur, mais un acteur déstabilisateur. En cherchant à maintenir son pouvoir à tout prix, Faure Gnassingbé a allumé un incendie dont les flammes pourraient consumer toute la sous-région. Si le Mali devait tomber, la responsabilité en reviendrait en grande partie à Lomé. Et le chaos qui en découlerait n’épargnerait personne, pas même ceux qui croyaient avoir maîtrisé le jeu.

  • Voyage de Faure Gnassingbé au Kirghizistan : une escapade géopolitique déconnectée des besoins togolais ?

    Voyage de Faure Gnassingbé au Kirghizistan : une escapade géopolitique déconnectée des besoins togolais ?

    Alors que les familles togolaises peinent chaque jour face à la hausse des prix et aux coupures d’électricité répétées, le président Faure Essozimna Gnassingbé a préféré s’envoler vers Bichkek, la capitale du Kirghizistan. Ce déplacement, loin d’apporter des réponses concrètes aux problèmes économiques nationaux, interroge sur ses véritables motivations. Entre diplomatie floue et manœuvres géopolitiques, cette escapade en Asie centrale laisse un goût de désillusion parmi la population.

    Un voyage perçu comme une fuite en avant

    À Lomé, les attentes sont claires : électricité fiable, emplois durables et accès aux soins. Pourtant, le président a choisi de se rendre dans un pays enclavé de 7 millions d’habitants, bien moins développé que les économies africaines ou moyen-orientales souvent citées en exemple. Sans contrats commerciaux majeurs ni investissements structurants, ce voyage apparaît comme une opportunité manquée pour les citoyens togolais.

    Le Kirghizistan, un choix stratégique ou une diversion ?

    Pour les observateurs avertis, l’intérêt de ce déplacement ne réside pas dans le Kirghizistan lui-même, mais dans les liens avec la Russie. En participant à des rencontres avec l’Union Économique Eurasiatique (UEEA) et l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), le Togo semble chercher à élargir ses alliances dans un contexte de tensions mondiales. Une diversification géopolitique qui, cependant, pourrait s’avérer risquée pour les partenariats historiques du pays.

    Les promesses d’échanges techniques, comme la modernisation des douanes ou des modèles d’élevage adaptés, restent des mesures marginales face aux besoins urgents du pays. D’autres nations africaines, comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, misent sur des infrastructures ambitieuses et des partenariats industriels, là où le Togo semble se contenter de solutions à petite échelle.

    L’opacité qui nourrit les critiques

    Le manque de transparence autour de cette visite aggrave son rejet. Pourquoi ce déplacement ? Pourquoi à ce moment précis ? Sans feuille de route publique ni annonces concrètes, cette initiative renforce l’image d’une gouvernance déconnectée, plus préoccupée par les salons diplomatiques que par les réalités sociales du Togo.

    Les citoyens togolais, confrontés à des difficultés économiques croissantes, attendent des actions tangibles, pas des gestes symboliques sans lendemain. Si cette stratégie de diversification ne se traduit pas rapidement par une amélioration du pouvoir d’achat ou un accès stable à l’énergie, elle restera dans l’histoire comme une simple échappatoire.

    Un pari risqué pour l’économie togolaise

    La diplomatie de rupture engagée par Faure Gnassingbé est un pari audacieux, mais il repose sur un pays déjà fragilisé par des années de crise sociale et de développement inégal. Sans résultats immédiats, cette orientation pourrait isoler davantage le Togo de ses partenaires traditionnels, tout en ne garantissant aucune avancée tangible pour sa population.

    Le temps presse : les promesses géopolitiques ne remplacent pas les solutions économiques. Pour les Togolais, l’heure est à l’action, pas aux illusions diplomatiques.

  • Crise sécuritaire au Sahel : l’impact des attaques coordonnées au Mali

    Crise sécuritaire au Sahel : l’impact des attaques coordonnées au Mali

    Les attaques coordonnées d’avril au Mali ont marqué un tournant dangereux dans la crise sécuritaire qui secoue le Sahel. Ces événements révèlent une escalade significative des capacités des groupes armés et une adaptation stratégique de leurs méthodes opérationnelles. Cette situation souligne également la fragilité croissante des autorités maliennes, mettant en lumière les limites des alliances internationales et les défis géopolitiques émergents.

    une escalade sans précédent des violences au Mali

    Les attaques simultanées du 25 avril au Mali ont ciblé des infrastructures militaires et gouvernementales dans plusieurs villes stratégiques, dont la capitale Bamako, Kati, Gao, Kidal et Séveré. Cette coordination inédite démontre une sophistication opérationnelle accrue des groupes armés, ainsi qu’une volonté claire de saper l’autorité du régime en place.

    Parmi les acteurs impliqués, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement séparatiste touareg, ont formé une alliance stratégique. Bien que leurs objectifs à long terme divergent, cette collaboration tactique vise à affaiblir le pouvoir central malien. Le JNIM, par exemple, cherche à imposer la charia, tandis que le FLA aspire à l’autonomie ou à l’indépendance du Nord du pays. Cette alliance pragmatique illustre une convergence d’intérêts contre le régime actuel.

    l’échec des soutiens internationaux face à la menace

    Les forces russes, initialement engagées via le groupe Wagner puis l’Africa Corps, avaient pour mission d’appuyer l’armée malienne dans la lutte contre le terrorisme. Cependant, leur incapacité à prévenir les attaques ou à défendre des positions stratégiques comme Kidal, reprise par le FLA, a sérieusement remis en question l’efficacité de cette collaboration. Le retrait négocié de ces forces sous la pression des groupes armés a également affaibli la perception de leur puissance dans la région.

    La mort du ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, dans un attentat-suicide à son domicile, a encore aggravé la crise. Camara était un acteur clé de la stratégie de sécurité du pays et un intermédiaire essentiel entre Bamako et Moscou. Son assassinat révèle des failles majeures au sein du régime et crée un vide politique susceptible d’exacerber les tensions internes.

    une transformation des dynamiques géopolitiques

    Les récents événements pourraient inciter les juntes du Sahel à réévaluer leurs partenariats internationaux. Bien que le Mali ait longtemps privilégié l’alignement avec la Russie, les échecs militaires récents pourraient pousser à diversifier ses alliances. Des rapports indiquent déjà un renforcement des liens avec la Turquie et une réouverture progressive des relations avec les États-Unis. Cette évolution reflète une recherche accrue d’autonomie stratégique et de solutions adaptées à la réalité sécuritaire locale.

    une nouvelle stratégie des groupes armés : la guerre urbaine

    Historiquement concentrés dans les zones rurales et périphériques, les groupes armés comme le JNIM adoptent désormais une approche plus offensive, ciblant les centres urbains. Cette stratégie vise à maximiser l’impact psychologique, à déstabiliser les institutions et à miner la confiance de la population dans le gouvernement. Les attaques en milieu urbain, souvent plus médiatisées, permettent également aux groupes armés de contester la perception de contrôle de l’État et de semer le chaos dans la vie quotidienne.

    des conséquences régionales et internationales

    Les répercussions de la crise au Mali ne se limitent pas à ses frontières. Les pays voisins, notamment le Niger et le Burkina Faso, sont directement menacés par la propagation de l’instabilité. Les experts craignent également un débordement vers le sud de la Libye et jusqu’au golfe de Guinée, où les défis de gouvernance et l’activité des groupes armés sont déjà en hausse.

    Face à l’échec des solutions purement militaires, des discussions émergent au sein des élites sahéliennes pour explorer des stratégies alternatives. Des négociations locales, des initiatives de gouvernance décentralisée et des approches hybrides mêlant efforts diplomatiques et engagement communautaire pourraient offrir des pistes pour traiter les causes profondes des conflits. Une rencontre récente entre l’ambassadeur du Burkina Faso et le représentant taliban en Iran pourrait symboliser cette recherche de médiation et de diversification des partenariats.

    une menace pour la stabilité du Sahel

    Les attaques coordonnées au Mali ne sont pas seulement un défi pour ce pays, mais pour l’ensemble du Sahel. Les groupes armés, désormais mieux équipés et plus organisés, menacent de fragmenter davantage la région. Les analystes s’accordent à dire que la situation actuelle pourrait encore s’aggraver si aucune réponse régionale et internationale concertée n’est mise en place.

    En conclusion, la crise sécuritaire au Sahel, exacerbée par les attaques au Mali, redéfinit les équilibres géopolitiques et les stratégies de sécurité dans toute l’Afrique de l’Ouest et au-delà. Les solutions doivent désormais intégrer une approche multidimensionnelle, combinant renforcement des capacités locales, dialogue politique et coopération internationale adaptée.

  • Togo : la justice en otage de la politique ?

    Togo : la justice en otage de la politique ?

    Une crise sans précédent secoue les institutions togolaises

    Le Togo traverse une période trouble, marquée par une confrontation ouverte entre le pouvoir politique et le système judiciaire. Le déclencheur ? Le refus persistant de libérer treize détenus, malgré un arrêt de la Cour d’appel de Lomé leur ordonnant cette libération. Entre allégations d’ingérence et impératifs sécuritaires, le pays s’enlise dans une crise de confiance aux conséquences lourdes pour l’État de droit.

    Un arrêt de justice ignoré : l’affaire qui divise

    L’affaire a pris une dimension nationale lorsque des groupes de l’opposition, dont la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) et le mouvement Togo Debout (TPAMC), ont dénoncé publiquement l’emprisonnement prolongé de treize citoyens, alors que leur libération avait été décidée par la justice.

    Les faits et les acteurs clés

    Selon les avocats des détenus, la Cour d’appel de Lomé aurait rendu un verdict clair : leur mise en liberté. Pourtant, des semaines plus tard, ces personnes restent détenues sans explication officielle. Pour l’opposition, il s’agit ni plus ni moins que d’un « détournement de justice », où l’exécutif dicterait sa loi au judiciaire.

    Parmi les détenus emblématiques, on retrouve Jean-Paul Omolou, militant de la diaspora, ainsi que Marguerite Gnakadé et Honoré Sitsopé Sokpor. Leurs cas illustrent une lutte plus large pour l’indépendance de la magistrature togolaise.

    La CEDEAO, témoin d’un blocage institutionnel

    Le mépris affiché pour les décisions de la Cour de justice de la CEDEAO par les autorités togolaises aggrave la crise. Les organisations de la société civile dénoncent une « résistance systématique » aux verdicts supranationaux, remettant en cause la crédibilité du Togo sur la scène internationale.

    « Le non-respect des arrêts de la CEDEAO n’est pas un simple détail : c’est la preuve que la politique prime sur la loi », affirme un représentant du TPAMC. Cette situation interroge : à quoi servent les recours juridiques si leurs décisions ne sont pas appliquées ?

    Deux visions irréconciliables de l’État

    Le conflit actuel oppose deux conceptions radicalement différentes de la gestion du pays :

    Le point de vue du gouvernement (sécurité avant tout)

    • Priorité à la stabilité : Les autorités invoquent la nécessité de préserver l’ordre public pour justifier le maintien en détention de ces individus.
    • Procédures administratives : Le gouvernement affirme que des étapes administratives sont encore en cours, retardant ainsi l’exécution des décisions judiciaires.

    Le point de vue de l’opposition (droits fondamentaux)

    • Respect de la loi : Pour les opposants, aucun argument sécuritaire ne peut justifier le contournement d’un arrêt de libération définitif.
    • Lutte contre l’arbitraire : Ils dénoncent l’utilisation de la prison comme un outil de répression politique.

    Les pistes pour une résolution

    Pour sortir de cette impasse, les défenseurs des droits humains et les partis d’opposition réclament des mesures concrètes :

    • L’exécution immédiate de toutes les décisions de justice ordonnant des libérations ;
    • La fin des poursuites politiquement motivées ;
    • Un dialogue sincère sur la réforme du système judiciaire afin de garantir son impartialité.

    Un enjeu majeur pour la démocratie togolaise

    Au-delà des individus concernés, c’est la légitimité même de la justice togolaise qui est remise en question. Si la loi doit être la dernière barrière contre l’arbitraire, son incapacité à faire appliquer ses propres décisions affaiblit profondément le contrat social. Le gouvernement, qui mise sur l’émergence et la stabilité, doit désormais prouver que le Togo est un État de droit où la primauté du droit s’impose à la loi du plus fort.

    L’affaire reste ouverte, et la pression internationale, notamment celle de la CEDEAO, s’accentue sur Lomé. La balle est désormais dans le camp des autorités togolaises.

  • Togo : le désenchantement croissant de la population face à la crise socio-économique

    Togo : le désenchantement croissant de la population face à la crise socio-économique

    Un pays en crise : 62% des Togolais estiment que le Togo va dans le mauvais sens

    Malgré les discours officiels mettant en avant le Plan National de Développement et une croissance macroéconomique affichée, les résultats de l’enquête Afrobarometer révèlent une réalité bien différente pour les citoyens togolais. Selon cette étude, 62% des Togolais considèrent que le pays fonce droit dans le mur, exprimant ainsi un désaveu cinglant envers la gestion actuelle dirigée par Faure Gnassingbé.

    Cette défiance, loin d’être anodine, s’est amplifiée de manière spectaculaire : onze points de pourcentage supplémentaires en seulement deux ans par rapport à 2021. Le mécontentement n’est pas passager, mais s’enracine dans une détérioration visible du quotidien, marquée par une érosion du pouvoir d’achat et un manque criant d’opportunités pour la jeunesse togolaise.

    Illustration de la crise socio-économique au Togo

    Une pauvreté vécue qui s’aggrave chaque jour

    L’enquête d’Afrobarometer ne se contente pas d’analyser des indicateurs économiques abstraits comme le PIB. Elle plonge au cœur des conditions de vie réelles des ménages togolais, et les conclusions sont alarmantes. Plus de la moitié des répondants déclarent que leur situation financière s’est dégradée au cours de la dernière année, tandis que trois quarts des Togolais vivent aujourd’hui dans une pauvreté modérée ou extrême.

    Les difficultés sont multiples et concrètes : manque d’accès à l’eau potable, pénuries de soins médicaux, et insuffisance de revenus stables. Pour la majorité de la population, le quotidien est devenu une lutte permanente pour la survie, où les besoins les plus élémentaires ne sont pas comblés.

    Représentation des inégalités sociales au Togo

    Des fractures territoriales et sociales criantes

    La pauvreté ne touche pas uniformément l’ensemble du territoire togolais. Certaines régions, comme la Kara, subissent un taux de pauvreté record de 88%, un chiffre qui contredit ouvertement les discours sur un développement équilibré prôné par les autorités. Les femmes et les habitants des zones rurales sont les plus touchés par cette précarité, tandis que le système éducatif, bien qu’utile, ne parvient plus à offrir une protection suffisante face à un marché de l’emploi saturé et marqué par le clientélisme.

    Le contraste est saisissant entre l’opulence affichée par une minorité et la détresse grandissante des populations. Les grands projets d’infrastructure, souvent mis en avant, ne suffisent pas à masquer l’absence d’investissements dans le capital humain et la détérioration des droits fondamentaux.

    Une gouvernance remise en question : vers un changement nécessaire ?

    Les chiffres d’Afrobarometer ne laissent aucun doute : la confiance envers les institutions s’effrite, et les Togolais réclament une réorientation radicale de la politique économique. Le Togo ne peut plus se contenter de résultats macroéconomiques partiels pour justifier une gestion qui ne bénéficie pas à la majorité.

    Avec une jeunesse en quête de perspectives et une population épuisée par des années de précarité, le risque est grand de voir le pays s’enliser dans une crise sans précédent. Les Togolais ont exprimé leur lassitude, et il appartient désormais aux décideurs de prendre acte de ces signaux d’alerte avant qu’il ne soit trop tard.

  • Les évêques du Tchad prônent le dialogue face à la crise politique et sociale

    Les évêques du Tchad prônent le dialogue face à la crise politique et sociale

    Quelques éléments de l'armée tchadienne sur le bord du Lac Tchad - Photo d'illustration Quelques éléments de l’armée tchadienne sur le bord du Lac Tchad – Photo d’illustration (AFP or licensors)

    Les évêques du Tchad appellent au dialogue pour sortir de la crise actuelle

    Dans une déclaration publique, les membres de la conférence épiscopale tchadienne ont exprimé leur inquiétude face à l’escalade des tensions politiques et sociales dans le pays. Ils insistent sur la nécessité d’un dialogue sincère et inclusif pour rétablir la confiance et favoriser la réconciliation nationale.

    Des violences intercommunautaires qui menacent la stabilité du Tchad

    Les récents affrontements intercommunautaires, notamment dans les régions de Dar Tama (Wadi Fira) et du Guera, ainsi que l’attaque meurtrière de la base militaire de Barka Toulorom dans le Lac Tchad, ont coûté la vie à au moins 23 personnes selon les autorités. Quelques jours plus tôt, le 26 avril, un nouveau bilan de 42 morts était enregistré à l’est du pays. Face à ces tragédies, les évêques ont fermement condamné ces violences, rappelant que « la vie humaine est sacrée et ne doit jamais être bafouée ».

    Ils ont également souligné que « la violence ne saurait être une solution aux conflits, car elle ne fait qu’aggraver les divisions et nourrir un cycle de vengeance sans fin ».

    Un appel au respect de la diversité et des droits fondamentaux

    Les prélats se sont également inquiétés de la montée des arrestations d’opposants et de voix critiques, qualifiant ces mesures de « menaces pour les principes démocratiques et la liberté d’expression ». Pour eux, ces actions fragilisent davantage la cohésion sociale et compromettent le vivre-ensemble.

    Les évêques ont donc plaidé pour le respect du pluralisme culturel, politique et religieux, insistant sur le fait que la diversité doit être perçue comme une richesse et non comme un obstacle : « La force d’une nation réside dans son unité dans la diversité. Seules la justice, l’inclusion et le dialogue peuvent venir à bout des maux comme l’exclusion, la violence et l’injustice ».

    Le dialogue, seule voie vers une paix durable

    Les autorités religieuses tchadiennes ont réaffirmé leur conviction que le dialogue constructif est la seule issue viable pour sortir de l’impasse actuelle. « Tous les acteurs de la société doivent s’engager dans des discussions basées sur la vérité, le respect mutuel et la recherche de solutions pacifiques », ont-ils déclaré.

    Ils ont appelé les dirigeants du pays à faire preuve de sagesse et de retenue afin de créer un climat de confiance propice à la réconciliation. « La paix est un bien précieux que nous devons préserver collectivement », ont-ils conclu, avant de transmettre leurs condoléances aux familles des victimes et d’exhorter la population à faire preuve de solidarité.

  • Nigeria face à l’effondrement du Mali : une nouvelle carte sécuritaire en Afrique de l’Ouest

    Nigeria face à l’effondrement du Mali : une nouvelle carte sécuritaire en Afrique de l’Ouest

    Comment la crise malienne redessine la sécurité du Nigeria

    Le Nigeria ne subit pas passivement la crise malienne : il en est profondément impliqué. Avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ce pays concentre désormais la majorité des décès liés aux conflits en Afrique de l’Ouest. Les attaques coordonnées d’avril 2026, qui ont frappé des villes comme Kati, Gao et Mopti, illustrent l’affaiblissement des systèmes régionaux de sécurité. Pour Abuja, le risque n’est plus une simple contagion, mais un renforcement des menaces existantes par une instabilité sahélienne interconnectée.

    Le Sahel n’est plus un espace extérieur à la sécurité nigériane : il fait désormais partie intégrante de son environnement opérationnel, influençant directement ses vulnérabilités internes.

    Une crise régionale aux répercussions nationales

    Trois systèmes armés majeurs structurent le Sahel central :

    • JNIM (lié à al-Qaïda), présent dans toute la région ;
    • les groupes affiliés à l’État islamique, actifs autour du bassin du lac Tchad ;
    • les coalitions indépendantistes touarègues dans le nord du Mali.

    Malgré leurs divergences idéologiques, leurs méthodes convergent : exploitation des corridors poreux, taxation informelle des populations, et substitution des autorités étatiques par des structures coercitives dans les zones rurales. Leur influence ne nécessite pas une expansion physique au Nigeria : elle se propage via les flux d’armes, l’adaptation tactique, les réseaux économiques et les déplacements de population. La sécurité nigériane ne peut plus être analysée dans le cadre strict de ses frontières.

    Le bassin du lac Tchad : épicentre des tensions transfrontalières

    Le bassin du lac Tchad incarne la convergence entre l’insécurité nigériane et l’instabilité sahélienne. Des groupes comme l’ISWAP opèrent à cheval sur le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun, profitant d’un espace écologique et économique partagé. La faiblesse de la gouvernance rurale a permis l’émergence de zones où les acteurs armés régissent le commerce, prélèvent des taxes et contrôlent les mouvements.

    Ce système parallèle atteint des proportions alarmantes. Selon les données du International Crisis Group (2025), l’ISWAP génère environ 191 millions de dollars américains par an grâce à la taxation des agriculteurs et pêcheurs de la région, soit dix fois le budget officiel de l’État de Borno en 2024 (18,4 millions de dollars). Il ne s’agit pas d’une simple insurrection, mais d’une gouvernance concurrente. L’instabilité au Mali et au Niger aggrave cette situation en affaiblissant le contrôle frontalier, en facilitant la circulation des armes et en augmentant la pression migratoire sur des zones déjà fragilisées.

    Le nord-ouest du Nigeria : un Sahel intérieur

    Dans les États de Sokoto, Zamfara et Katsina, des groupes armés ont fusionné criminalité et gouvernance insurrectionnelle. À Zamfara, des enquêtes conjointes (journalisme d’investigation et EFCC) révèlent l’existence de paiements récurrents de plusieurs centaines de millions de nairas chaque année, dans plusieurs zones locales. Ces revenus structurés reflètent une taxation rurale ancrée dans les économies locales, bien loin de simples actes criminels ponctuels.

    À l’inverse, le financement de Boko Haram par des facilitateurs basés au Golfe, documenté par les désignations du Trésor américain et des procédures judiciaires aux Émirats arabes unis, reste limité et fragmenté. L’insécurité au Nigeria est désormais principalement alimentée par des économies coercitives locales, et non par des soutiens externes.

    Les données de SBM Intelligence et de SWISSAID montrent que les enlèvements contre rançon forment désormais une industrie de plusieurs milliards de nairas, tandis que l’exploitation illégale de l’or génère environ 200 à 300 millions de nairas par semaine à Zamfara. Ces centres de pouvoir basés sur les ressources imitent les modèles sahéliens du Mali et du Burkina Faso, où les insurgés financent leurs opérations via la taxation et l’extraction. Des rapports évoquent même une infiltration de groupes liés à l’État islamique dans les États de Kebbi et Sokoto, confirmant que cette convergence n’est plus théorique.

    La fragmentation de la CEDEAO et le déficit de coordination

    L’un des changements les plus critiques dans la région est la fragmentation de la sécurité collective. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, et la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont affaibli les cadres de partage du renseignement et les capacités opérationnelles communes.

    Le Nigeria reste l’acteur militaire et diplomatique central en Afrique de l’Ouest, mais il évolue désormais dans l’environnement régional le plus fragmenté depuis des décennies. Les tentatives d’Abuja pour réengager les États sahéliens soulignent la difficulté de maintenir une cohésion dans une architecture sécuritaire divisée. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les réseaux insurgés deviennent plus transnationaux au moment même où la coordination régionale décline.

    Un système sous pression : gouvernance, économie et survie

    Les conséquences de l’insécurité dépassent les simples indicateurs sécuritaires : elles transforment les moyens de subsistance. Dans le nord du Nigeria, l’insécurité perturbe les cycles agricoles, réduit la production alimentaire et aggrave le chômage. Selon les projections, plus de 20 millions de Nigérians pourraient avoir besoin d’une assistance alimentaire pendant la période de soudure 2026, en partie à cause des perturbations liées aux conflits.

    Ce phénomène n’est pas accidentel. Les groupes armés ciblent les économies rurales car ils en comprennent mieux la valeur stratégique que l’État. Le contrôle des systèmes alimentaires, des routes pastorales et des marchés locaux se traduit par des revenus et une influence. La crise a atteint un niveau tel que le président Bola Ahmed Tinubu a officiellement déclaré l’insécurité et la pauvreté comme des urgences nationales, reflétant non seulement son ampleur, mais aussi son caractère systémique.

    Soutiens externes et marges de manœuvre réduites

    Parallèlement, la réponse sécuritaire du Nigeria se heurte à des contraintes croissantes. Une éventuelle réduction ou réallocation de l’aide occidentale en matière de sécurité, de stabilisation ou d’humanitaire pourrait ne pas déterminer à elle seule les résultats, mais elle réduit les marges de manœuvre opérationnelles.

    Dans un contexte où les réseaux insurgés deviennent plus mobiles et adaptatifs, même des réductions marginales de la capacité de coordination ou du financement de la stabilisation peuvent avoir des effets cumulatifs. Le défi n’est pas la dépendance, mais l’élasticité : jusqu’où le système sécuritaire nigérian peut-il absorber la pression avant que sa cohérence ne commence à s’effriter ?

    Pourquoi une réponse purement militaire est insuffisante

    Le Nigeria a réalisé des progrès mesurables dans l’affaiblissement des capacités insurgées, notamment dans le nord-est. Pourtant, trois limites structurelles persistent :

    • Les territoires libérés ne sont pas systématiquement stabilisés. Sans gouvernance fonctionnelle, les gains sécuritaires sont réversibles ;
    • les réseaux insurgés s’adaptent plus vite que les réformes institutionnelles, en changeant de géographie, de tactiques et de modèles de financement ;
    • les systèmes économiques ruraux restent vulnérables à une capture coercitive, notamment dans les secteurs minier, agricole et pastoral.

    Le résultat est un cycle où l’insécurité se régénère plus vite qu’elle ne se résout.

    Les changements nécessaires pour inverser la tendance

    Une réponse plus efficace exige un passage de la containment réactive à la disruption systémique. Cinq axes prioritaires se dégagent :

    1. Sécurité frontalière intelligente : passer d’une défense statique à un contrôle des corridors basé sur le renseignement. L’enjeu n’est pas la ligne frontalière, mais les systèmes de mouvement qui la contournent ;
    2. Gouvernance rurale comme infrastructure sécuritaire : les systèmes judiciaires, les mécanismes de résolution des conflits et l’administration locale ne sont pas périphériques, mais centraux pour priver les groupes armés de légitimité ;
    3. Approche continuum entre insurrection et banditisme : une séparation artificielle entre ces phénomènes affaiblit la cohérence de la réponse ;
    4. Ciblage systématique des réseaux financiers : l’exploitation minière illégale, les économies de rançon et les systèmes de taxation informelle alimentent la viabilité des insurgés. Il faut les démanteler ;
    5. Stabilisation du bassin du lac Tchad comme système régional : aucun pays ne peut résoudre cette crise seul.

    Sortir le Nigeria de la crise sahélienne

    Le changement le plus important dans la sécurité ouest-africaine aujourd’hui n’est pas la montée d’un groupe en particulier, mais la convergence des systèmes d’insécurité transfrontaliers. La crise malienne n’est pas un avertissement lointain : c’est une démonstration concrète de ce qui se produit lorsque les lacunes de gouvernance, l’adaptation des insurgés et la fragmentation régionale s’entremêlent.

    Pour le Nigeria, cette intersection révèle où se situe le levier d’action. Si la boucle de rétroaction interne-externe est brisée grâce à une gouvernance renforcée, une pression financière ciblée et une coordination régionale, l’insécurité ne deviendra pas un système ancré, mais pourra être progressivement contenue et surpassée.

  • Géopolitique du Sahel : le Mali face à ses choix stratégiques après le retrait de la CEDEAO

    Géopolitique du Sahel : le Mali face à ses choix stratégiques après le retrait de la CEDEAO

    Le retrait de la CEDEAO par le Mali, le Burkina Faso et le Niger : un pari risqué pour la sécurité régionale

    Dans l’arène géopolitique, le timing est crucial. Une erreur d’appréciation peut s’avérer fatale. Le retrait de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) par l’Alliance des États du Sahel (AES) — composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, tous dirigés par des juntes militaires — ressemble de plus en plus à un pari à haut risque aux retombées incertaines. Ce choix, présenté comme une affirmation de souveraineté, pourrait bien se transformer en vulnérabilité stratégique, surtout dans un contexte où la menace terroriste s’intensifie.

    Alors que le Sahel fait face à une montée en puissance des groupes extrémistes comme Boko Haram et l’État Islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), l’unité régionale aurait dû primer. Pourtant, c’est la fragmentation qui domine aujourd’hui. Or, en matière de sécurité, cette fragmentation n’est pas seulement inefficace : elle est dangereuse. Les frontières poreuses entre les pays de la région permettent aux groupes armés de se déplacer librement, exploitant les failles entre les zones sous contrôle des différents États.

    Une critique du retrait de la CEDEAO : souveraineté vs. sécurité collective

    Les dirigeants de l’AES justifient leur départ de la CEDEAO en dénonçant une institution devenue un outil de néocolonialisme, notamment sous l’influence de la France. Cette critique n’est pas dénuée de fondement : l’histoire des relations entre l’Afrique et ses anciennes puissances coloniales est marquée par des déséquilibres persistants. Cependant, même une critique légitime ne doit pas occulter les réalités immédiates. Quitter une structure de sécurité régionale sans proposer une alternative solide et locale, c’est choisir l’isolement plutôt que l’indépendance.

    Le recentrage vers la Russie, présenté comme une stratégie de diversification, soulève des questions. Moscou agit avant tout dans son propre intérêt, comme en témoignent ses engagements fluctuants dans d’autres régions. Cette dépendance, sans garanties concrètes, pourrait s’avérer aussi préjudiciable que l’influence française. L’histoire montre que les alliances transactionnelles ne tiennent que si elles servent les objectifs du partenaire le plus puissant.

    Les attaques terroristes au Mali : un signal d’alerte ignoré

    Les récentes offensives coordonnées des insurgés dans plusieurs villes maliennes — Bamako, Ségou, Mopti, Tessalit, Gao, Kati et Kidal — ont révélé des failles majeures dans la défense du pays. L’espoir d’une protection via des alliances externes s’est avéré illusoire. Pire encore, la réaction des autres membres de l’AES, le Burkina Faso et le Niger, a été quasi inexistante. Une alliance incapable de mobiliser rapidement pour défendre l’un des siens pose un sérieux problème de crédibilité opérationnelle.

    À l’inverse, l’intervention de la CEDEAO dans des crises similaires a souvent démontré son utilité. Sous la direction du Nigeria, l’Ecomog est intervenu avec détermination au Liberia et en Sierra Leone, stabilisant des gouvernements en déliquescence. Cette action collective, bien que perfectible, reposait sur une vision partagée du destin régional. Un exemple frappant est celui de la Gambie en 2017 : face à la tentative de Yahya Jammeh de contester sa défaite électorale, les troupes nigérianes, mandatées par la CEDEAO, ont agi avec célérité, poussant l’ancien président à l’exil.

    La sécurité au Sahel : une équation indivisible

    La géographie ne négocie pas. Les États d’Afrique de l’Ouest sont liés par des frontières communes, des cultures partagées et les conséquences transfrontalières de l’instabilité. Quand le Mali s’embrase, le Bénin et le Togo subissent les retombées. Quand le Burkina Faso est en crise, la Côte d’Ivoire ressent le choc. La sécurité dans cette région est indivisible : un affaiblissement chez l’un affaiblit tous les autres.

    L’Iran, souvent cité comme modèle de résilience, illustre une autre voie. Contrairement à une approche basée sur la dépendance extérieure, Téhéran a investi dans des capacités militaires et de renseignement locales. Malgré son isolement et des décennies de sanctions, l’Iran a tenu tête à des puissances comme les États-Unis et Israël lors de confrontations aériennes intenses. La leçon pour le Sahel est claire : la souveraineté réelle passe par le renforcement des capacités internes, et non par le rejet pur et simple des alliances existantes.

    Pour les États de l’AES, une stratégie durable implique donc deux axes majeurs :

    • Investir massivement dans une architecture de sécurité locale : réseaux de renseignement nationaux, unités de réponse rapide et systèmes d’alerte précoce transfrontaliers, en collaboration avec les voisins africains.
    • Reprendre le dialogue avec la CEDEAO non par soumission, mais par nécessité stratégique. La collaboration n’exclut pas la souveraineté ; elle en garantit la survie.

    De son côté, la CEDEAO doit aussi revoir sa gouvernance interne pour réduire les perceptions d’ingérence extérieure et réaffirmer son rôle comme institution au service exclusif des intérêts africains.

    Vers un équilibre intelligent : souveraineté et solidarité

    L’objectif n’est pas de revenir à l’ancien statu quo, mais de trouver un équilibre plus intelligent. Une approche qui allie souveraineté et solidarité, indépendance et interdépendance. Le Sahel n’a pas besoin d’isolement. Il a besoin d’alignement — non pas avec des puissances lointaines, mais avec ses voisins immédiats, ceux qui partagent ses risques, ses défis et, ultimement, son destin.

    Le retour du fils prodigue, pour reprendre une métaphore biblique, pourrait bien être une solution. Admettre une erreur de calcul n’est pas une faiblesse, mais une preuve de sagesse. La CEDEAO, de son côté, doit montrer qu’elle est prête à accueillir les États de l’AES sans ego ni punitions, car une famille est plus forte ensemble. Le danger d’anéantissement n’est pas une exagération : c’est une menace actuelle et concrète pour toute la sous-région. Une Afrique de l’Ouest unie a déjà surmonté des guerres civiles et des coups d’État. Divisée, elle tombera face à un ennemi commun qui ne craint ni le drapeau français ni celui de la Russie.

    Les États de l’AES doivent donc faire marche arrière, placer leur confiance dans des solutions locales et reconstruire une architecture collaborative que seuls les voisins peuvent offrir. Il n’y a pas d’autre voie.