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  • Burkina Faso : une stratégie innovante contre le cancer du col de l’utérus

    Burkina Faso : une stratégie innovante contre le cancer du col de l’utérus

    Ouagadougou – Pour Awa, 48 ans et mère de six enfants vivant à Ipendo (Centre-Ouest du Burkina Faso), la peur du diagnostic a longtemps freiné sa décision de se faire dépister. « Quand j’ai entendu le crieur public annoncer un dépistage gratuit, j’ai craint le pire. Mais en pensant à mes enfants, j’ai osé franchir le pas », confie-t-elle. Son parcours illustre les défis persistants en matière de santé féminine dans le pays, où le cancer du col de l’utérus reste une menace majeure.

    Avant l’adoption de la stratégie mondiale de l’OMS pour éradiquer cette maladie, le dépistage concernait moins de 8 % des femmes burkinabè, avec des disparités criantes entre zones urbaines et rurales. Les obstacles étaient multiples : distances interminables jusqu’aux centres de santé, coûts prohibitifs des transports et des soins, pénurie de professionnels formés et manque cruel de sensibilisation. Les femmes des campagnes, souvent occupées par les travaux agricoles ou les tâches domestiques, devaient abandonner leurs activités pour accéder à un dépistage, une réalité difficile à concilier avec leur quotidien.

    Une approche globale pour briser les barrières

    Face à cette situation, les autorités burkinabè ont lancé une offensive sans précédent, comme l’explique le Pr Nayi Zongo, cancérologue et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC). « Le gouvernement a instauré la gratuité du dépistage et des traitements des lésions précancéreuses, tout en équipant des centres périphériques et en déployant des cliniques mobiles », précise-t-il. Ces unités itinérantes sillonnent désormais les villages, les marchés et les exploitations agricoles, permettant aux femmes de se faire dépister sans interrompre leurs activités.

    Cette initiative repose sur trois piliers :

    • L’accessibilité financière : la suppression des coûts grâce à la gratuité des soins ;
    • La proximité géographique : les cliniques mobiles éliminent les distances ;
    • La mobilisation communautaire : une campagne de sensibilisation massive via les médias et des événements comme Octobre Rose.

    Une coalition nationale, associant société civile, leaders locaux et médias, a été créée pour renforcer la demande et briser les tabous autour de la maladie. « Cette synergie a transformé la lutte contre le cancer du col en une cause collective, accessible à toutes », souligne le Pr Zongo.

    Un partenariat décisif avec l’OMS

    L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a joué un rôle clé dans la concrétisation de ce projet. Elle a apporté un soutien technique pour l’élaboration des directives nationales, formé des professionnels à la détection précoce et au traitement, et accompagné les campagnes de sensibilisation. « L’OMS nous a aidés à renforcer nos capacités pour garantir que chaque femme, où qu’elle soit, puisse bénéficier de ce service vital », ajoute le coordinateur du PNLC.

    Des résultats qui sauvent des vies

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre octobre 2024 et septembre 2025, 468 cliniques mobiles ont sillonné le pays, sensibilisant près de 2 millions de femmes. Au total, 106 446 dépistages ont été réalisés, 715 lésions précancéreuses traitées et 113 diagnostics approfondis confirmés. Ces données ne sont pas de simples statistiques : elles représentent des vies sauvées et des familles préservées.

    Le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso, salue cette avancée : « Ce succès démontre qu’avec une volonté politique forte et des solutions adaptées, il est possible de surmonter des obstacles apparemment insurmontables. » Il insiste sur le caractère inspirant de cette initiative pour le continent africain : « La combinaison de la gratuité et des cliniques mobiles crée un modèle reproductible ailleurs. »

    Un impact concret au quotidien

    À Ipendo, comme dans de nombreux villages, les cliniques mobiles ont changé la donne. Awa raconte son expérience : « On nous a expliqué chaque étape du dépistage. Quand le résultat est revenu négatif, j’ai ressenti un immense soulagement. Aujourd’hui, je recommande à toutes les femmes de se faire dépister. Une détection précoce facilite grandement le traitement. »

    Pour beaucoup de femmes, ces unités mobiles offrent bien plus qu’un service médical : elles représentent souvent leur première exposition au cancer du col de l’utérus. Cette prise de conscience est cruciale, car elle ouvre la voie à la prévention et à une prise en charge précoce.

    Au-delà de la santé, cette initiative incarne une avancée en matière de justice sociale et de dignité humaine. Chaque clinique mobile qui arrive dans un village envoie un message clair : la santé est un droit fondamental, et non un privilège réservé à quelques-uns. Au Burkina Faso, ce droit devient peu à peu une réalité.

  • Crise des droits humains au Niger en 2025 : bilan alarmant

    Crise des droits humains au Niger en 2025 : bilan alarmant

    crise des droits humains au Niger en 2025 : bilan alarmant

    Depuis le coup d’État militaire de juillet 2023, la situation des droits humains au Niger s’est profondément dégradée. En 2025, la junte au pouvoir a intensifié la répression contre les opposants politiques, les syndicalistes, les journalistes et les défenseurs des droits humains. Parmi les victimes figurent l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, toujours détenus arbitrairement au palais présidentiel de Niamey, ainsi que de nombreux responsables gouvernementaux et activistes.

    Parallèlement, le Niger fait face à une menace terroriste croissante de la part de plusieurs groupes armés islamistes, dont l’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda), Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Ces groupes opèrent principalement dans les régions de Tillabéri, frontalière du Mali et du Burkina Faso, où les combats s’intensifient, exposant les populations civiles à des risques accrus de violences.

    En août 2025, la junte a lancé l’initiative « Garkuwar Kassa » (« Boucliers de la Patrie »), un programme visant à recruter et former des civils pour soutenir les forces armées. Cependant, cette initiative suscite des craintes de dérives, notamment la création de milices locales pouvant commettre des exactions contre les populations.

    politique de transition controversée et restrictions démocratiques

    En mars 2025, le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a prêté serment comme président de transition sans organiser d’élections, consolidant ainsi son emprise sur le pouvoir. Cette décision a retardé le retour à la démocratie et s’est accompagnée de mesures restrictives, comme l’abolition du multipartisme en avril 2025. Par ailleurs, le Niger a quitté la CEDEAO en janvier 2025, suivi par le Mali et le Burkina Faso, limitant l’accès des citoyens à la justice via la Cour de justice de la CEDEAO. En septembre 2025, les trois pays ont également annoncé leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI), compromettant l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.

    violences extrêmes et exactions des groupes armés dans le Sahel

    L’insurrection islamiste au Mali en 2012, puis son extension au Niger et au Burkina Faso en 2015, a plongé la région dans une décennie de violences. En 2025, l’EIS a multiplié les attaques contre les civils dans la région de Tillabéri, frontalière du Mali et du Burkina Faso. Ces attaques, caractérisées par des exécutions sommaires, des incendies de villages et des pillages, ont fait des centaines de morts parmi les villageois et les fidèles musulmans.

    Parmi les attaques les plus meurtrières :

    • 21 mars 2025 : une attaque contre une mosquée à Fambita a coûté la vie à au moins 46 fidèles, dont trois enfants. Les assaillants ont également incendié des maisons et pillé le bétail.
    • 13 mai 2025 : cinq hommes et deux garçons ont été tués à Dani Fari. Douze maisons ont été incendiées et des dizaines d’autres pillées.
    • 21 juin 2025 : plus de 70 fidèles, dont cinq enfants, ont été tués dans une mosquée à Manda. Dix maisons ont été incendiées et des biens pillés.
    • 20 juin 2025 : le chef d’un hameau âgé de 67 ans a été exécuté, suivi de l’enlèvement et du meurtre de cinq hommes trois jours plus tard.
    • 23 juin 2025 : six hommes civils ont été tués à Ezzak, et des maisons ont été pillées.

    Avant chaque attaque, les groupes armés ont menacé les habitants, les accusant de collaborer avec l’armée nigérienne ou de ne pas payer la zakat (impôt islamique). Les survivants ont indiqué que les forces armées n’avaient pas réagi aux alertes, laissant les villages sans protection.

    répression politique et détention arbitraire des opposants

    Depuis le coup d’État de 2023, la junte a arrêté arbitrairement des dizaines de responsables politiques, dont d’anciens ministres et membres du gouvernement de Mohamed Bazoum. Beaucoup sont toujours détenus sans procès équitable. En avril 2025, une libération partielle a été observée, mais plusieurs personnalités politiques et activistes restent emprisonnées, comme Moussa Tiangari, un éminent défenseur des droits humains.

    Moussa Tiangari a été arrêté le 3 décembre 2024 et inculpé pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et « complot contre l’autorité de l’État ». Si ces charges étaient confirmées, il risquerait la peine de mort. Depuis son arrestation, il est maintenu en détention provisoire sans comparution devant un juge. Un tribunal a rejeté en juillet 2025 l’appel de ses avocats, prolongeant ainsi cette situation inique.

    atteinte à la liberté d’expression et de la presse

    La liberté de la presse au Niger est sévèrement restreinte depuis 2023. Les journalistes sont harcelés, menacés et arrêtés arbitrairement. Beaucoup pratiquent l’autocensure par crainte de représailles. En janvier 2025, la chaîne Canal 3 TV a été suspendue pendant 30 jours pour une émission critiquant des ministres, et son rédacteur en chef, Seyni Amadou, a vu sa carte de presse révoquée. La suspension a finalement été levée après trois jours.

    En février 2025, les autorités militaires ont ordonné au Comité international de la Croix-Rouge de quitter le pays sans explication. En mai 2025, trois journalistes de la radio Sahara FM à Agadez ont été arrêtés pour avoir relayé un article sur la fin présumée de la coopération sécuritaire entre le Niger, la Russie et la Turquie. Après une libération ordonnée par un juge, ils ont été réarrêtés et restent en détention.

    dissolution des syndicats et restriction des droits des travailleurs

    En août 2025, le ministre de l’Intérieur a dissous quatre syndicats du secteur judiciaire, remettant en cause la liberté d’association et l’indépendance de la justice. Le ministre de la Justice a justifié cette mesure en accusant les syndicats de « dévier de leur rôle » et de privilégier des « intérêts personnels ». Cette décision a suscité une vague de protestations, notamment de l’Union des Syndicats des Travailleurs du Niger et du barreau du Niger, qui ont dénoncé une atteinte grave aux droits fondamentaux. Les avocats ont organisé une grève générale de deux jours en signe de protestation.

  • Situation des droits humains au Tchad en 2026 : restrictions et tensions

    Situation des droits humains au Tchad en 2026 : restrictions et tensions

    Évolution politique et restrictions démocratiques

    En 2025, le président Mahamat Idriss Déby a renforcé son emprise sur le pouvoir après sa réélection controversée en 2024, marquée par des accusations d’irrégularités électorales de la part de l’opposition. Les réformes constitutionnelles adoptées cette même année ont supprimé les limites des mandats présidentiels et prolongé la durée des mandats de cinq à sept ans, offrant à Mahamat Idriss Déby la possibilité de rester au pouvoir indéfiniment, à condition d’organiser un scrutin tous les sept ans.

    L’opposition politique a subi une répression accrue. Succès Masra, figure majeure de l’opposition après avoir contesté les résultats de 2024, a été arrêté puis condamné à vingt ans de prison pour des accusations liées à des violences intercommunautaires. Des militants, des membres de son parti et des journalistes ont également été victimes d’intimidations et d’arrestations arbitraires.

    Une loi d’amnistie, adoptée en 2025, protège les responsables des violences commises lors des manifestations d’octobre 2022, empêchant toute avancée sur le front de la justice et de la vérité.

    Violences intercommunautaires et crises humanitaires

    Les tensions entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires se sont intensifiées en 2025, notamment dans le sud et l’est du Tchad. Ces conflits, exacerbés par la pression démographique, la raréfaction des terres arables et les aléas climatiques, ont causé des dizaines de morts et aggravé la crise humanitaire. De plus, l’afflux de réfugiés en provenance du Soudan voisin a mis à rude épreuve les capacités d’accueil du pays, déjà fragilisées par les inondations dévastatrices de fin 2024 et début 2025.

    Parmi les incidents les plus graves :

    • À Mandakao (Logone-Occidental), des affrontements liés à des litiges fonciers ont fait 41 morts et six blessés en mai 2025.
    • À Orégomel (Mayo-Kebbi Ouest), des violences interethniques ont coûté la vie à 17 personnes, dont des femmes et des enfants, en juin 2025.
    • Dans la province du Ouaddaï, des affrontements tribaux ont fait près de vingt morts et seize blessés en juin 2025.

    Ces événements illustrent une tendance alarmante, avec une augmentation des violences entre communautés, malgré les promesses des autorités de résoudre les causes profondes de ces conflits.

    Répression de l’opposition et instrumentalisation de la justice

    L’arrestation de Succès Masra en mai 2025, accusé d’incitation à la haine et de complicité de meurtre via les réseaux sociaux, a marqué un tournant dans la répression de l’opposition. Condamné à vingt ans de prison en août 2025, son procès expéditif a été largement critiqué pour son manque de transparence et son non-respect de l’accord de Kinshasa (octobre 2023), qui garantissait sa protection et celle de son parti.

    Par ailleurs, les autorités tchadiennes ont maintenu une politique de répression envers les opposants politiques, comme en témoignent :

    • L’absence d’enquête sur la mort de Yaya Dillo, leader de l’opposition tué lors d’un assaut des forces de sécurité avant l’élection de 2024.
    • La détention prolongée de Robert Gam, dirigeant du Parti socialiste sans frontières, libéré en juin 2025 après huit mois d’emprisonnement sans inculpation.
    • Le retrait de la nationalité tchadienne à Makaila Nguebla, blogueur et ancien conseiller en droits humains, et à Charfadine Galmaye Saleh, activiste et journaliste, tous deux en exil.
    • L’arrestation en mars 2025 de deux journalistes, Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein, accusés d’espionnage et de liens présumés avec le groupe Wagner. Ils ont été libérés en juillet 2025.

    Amendements constitutionnels : un pouvoir sans limites

    En septembre 2025, l’Assemblée nationale du Tchad a adopté des amendements constitutionnels prolongeant la durée des mandats présidentiels et supprimant toute limite de nombre de mandats. Ces réformes, approuvées par les deux chambres du Parlement et promulguées en octobre 2025, ont concentré davantage de pouvoir entre les mains de Mahamat Idriss Déby, réduisant drastiquement les contre-pouvoirs et l’espace pour l’opposition.

    Le vote, boycotté par la majorité de l’opposition, a été adopté à la quasi-unanimité (171 voix pour, une abstention, aucune contre), illustrant l’absence de débat démocratique.

    Droits humains et discriminations

    Le Code pénal tchadien, notamment l’article 354, criminalise les relations homosexuelles, avec des peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et des amendes. Cette législation renforce la discrimination envers les personnes LGBTQ+, malgré les appels internationaux à sa révision.

  • Attaque terroriste à Niamey : l’État islamique au Sahel frappe au cœur de la capitale

    Attaque terroriste à Niamey : l’État islamique au Sahel frappe au cœur de la capitale

    Attaque terroriste à Niamey : l’État islamique au Sahel frappe au cœur de la capitale

    Dans la nuit du 28 au 29 janvier, la capitale nigérienne a été le théâtre d’une attaque d’une rare intensité. Peu après minuit, des tirs nourris et des explosions ont retenti autour de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, cible directe des assaillants. Deux jours plus tard, l’État islamique au Sahel (EIS) a revendiqué l’assaut via son agence de propagande AMAQ, confirmant une escalade des violences dans la région.

    Une riposte militaire efficace et des pertes lourdes pour les assaillants

    Selon les autorités nigériennes, l’assaut a duré environ une heure avant d’être maîtrisé grâce à une réponse aéroterrestre. Le bilan officiel, non vérifiable de manière indépendante, fait état de vingt terroristes neutralisés, onze capturés et quatre soldats nigériens blessés. Le ministère russe des Affaires étrangères a confirmé l’implication d’éléments de l’Africa Corps, une unité dépendant du ministère russe de la Défense, dans la sécurisation du site aux côtés des forces locales.

    Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir, a salué le professionnalisme des partenaires russes, soulignant leur rôle clé dans la protection du périmètre aéroportuaire. Ce site abrite notamment la base aérienne 101, un point stratégique pour l’armée nigérienne.

    Une vidéo de propagande choquante diffusée par l’EIS

    Le 2 février, l’État islamique au Sahel a diffusé une vidéo choc, présentée comme filmée lors de l’attaque. Les images, estampillées du logo AMAQ, montrent des dizaines de combattants armés, certains à moto, progressant dans la zone militaire de l’aéroport. Les assaillants sont filmés en train de s’attaquer aux hangars, d’ouvrir le feu et de provoquer des incendies.

    Les clichés révèlent également des avions et un hélicoptère endommagés, matériels utilisés par l’armée nigérienne dans sa lutte contre les groupes djihadistes. Des images satellites post-attaque confirment la présence de zones partiellement brûlées près de la piste. La séquence se poursuit dans la zone civile de l’aéroport, où des avions commerciaux des compagnies Asky et Air Côte d’Ivoire sont visibles sur le tarmac. Les autorités nigériennes ont confirmé des dégâts sur trois appareils civils.

    Niamey, nouvelle cible des groupes armés

    Si le Niger subit depuis dix ans les violences du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et de l’EIS dans l’ouest et le sud-est du pays, les attaques visant directement la capitale restent rares. Quelques jours avant l’assaut, le JNIM avait revendiqué la destruction d’un véhicule militaire à l’est de Niamey, signe d’une pression accrue aux portes du pouvoir central.

    Cette montée en puissance des groupes djihadistes coïncide avec une recomposition des alliances sécuritaires du régime militaire nigérien. Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, Niamey a opéré un virage stratégique, se rapprochant de Moscou tout en prenant ses distances avec une partie de ses partenaires occidentaux. Après le départ des forces françaises fin 2023, les États-Unis ont retiré l’essentiel de leur dispositif militaire en 2024, tout en maintenant des liens diplomatiques.

    Des accusations controversées et des tensions diplomatiques

    Dans un discours accusateur, le général Tiani a pointé du doigt la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire, les accusant d’avoir « sponsorisé » l’attaque. Ces propos ont immédiatement suscité une condamnation ferme d’Abidjan et de Cotonou. La Côte d’Ivoire a convoqué l’ambassadrice du Niger, dénonçant des déclarations « graves » pouvant compromettre les relations bilatérales.

    Près de 300 militaires italiens sont présents sur le site dans le cadre de la Mission italienne de soutien au Niger (MISIN). Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a affirmé que ses troupes n’étaient « impliquées d’aucune manière » dans les combats, insistant sur la priorité absolue à la sécurité.

    Un site stratégique sous haute tension

    L’aéroport de Niamey ne représente pas seulement une cible symbolique : il concentre plusieurs enjeux stratégiques majeurs. Outre son rôle de base aérienne, il abrite le quartier général de la force conjointe du Niger, du Mali et du Burkina Faso. De plus, il stocke une importante cargaison de concentré d’uranium, au cœur d’un bras de fer avec le groupe français Orano.

    La possible cession de ce stock à la Russie est évoquée, alors que Niamey n’a pas encore défini de solution logistique pour son transfert. Malgré l’attaque, le trafic aérien a repris dès le lendemain. Dans les quartiers voisins, la vie a rapidement retrouvé une apparence de normalité. Pourtant, cet événement marque un tournant : en frappant le cœur logistique et militaire de la capitale, l’EIS a démontré sa capacité de nuisance, tandis que l’implication russe confirme le basculement sécuritaire du Niger, risquant d’attiser de nouvelles tensions régionales.

  • Les États-Unis renforcent leur présence au Sahel face à la menace djihadiste

    Les États-Unis renforcent leur présence au Sahel face à la menace djihadiste

    les États-Unis renforcent leur présence au Sahel face à la menace djihadiste

    manifestation pro-russe à Niamey contre les bases françaises et nigériennes

    Les États-Unis marquent un tournant dans leur politique africaine en s’engageant davantage au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Cette décision intervient alors que ces trois pays, dirigés par des juntes militaires, ont rompu leurs alliances traditionnelles avec la France pour se rapprocher de la Russie.

    une stratégie axée sur la sécurité et les ressources stratégiques

    Washington a annoncé l’envoi de Nick Checker, responsable du Bureau des affaires africaines, à Bamako pour officialiser ce changement. L’objectif ? Affirmer le respect des États-Unis pour la souveraineté de ces nations et proposer une coopération renforcée en matière de sécurité et d’économie, notamment avec les voisins du Burkina Faso et du Niger.

    Cette initiative marque une rupture avec l’administration précédente, qui avait suspendu toute collaboration militaire après les coups d’État ayant renversé les gouvernements élus entre 2020 et 2023. Le président du Niger, Mohamed Bazoum, reste aujourd’hui séquestré dans sa résidence.

    le Sahel, nouvel épicentre du terrorisme mondial

    Les États-Unis justifient ce revirement par la menace croissante des groupes djihadistes dans la région. Le Sahel, cette bande semi-aride au sud du Sahara, concentre désormais près de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde. Les craintes sont doubles :

    • L’émergence de refuges pour les groupes terroristes, capables de s’étendre bien au-delà des frontières locales.
    • La perte de contrôle territorial par les gouvernements, favorisant l’instabilité régionale.

    Parmi les zones les plus critiques, la région des trois frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger est particulièrement touchée. L’État islamique au Grand Sahara (EIGS), actif dans cette zone, a récemment mené une attaque majeure contre l’aéroport de Niamey, illustrant l’ampleur de la menace.

    minerais stratégiques et enjeux géopolitiques

    Au-delà de la sécurité, les États-Unis s’intéressent aux ressources naturelles de la région :

    • Or : principale production minière du Sahel.
    • Lithium : extrait au Mali, essentiel pour les batteries rechargeables et certains médicaments.
    • Uranium : abondant au Niger, où la junte a repris le contrôle de la principale mine, autrefois exploitée par l’entreprise française Orano.

    Ces ressources attirent l’attention de plusieurs puissances, dont la Russie, qui renforce son influence dans la région via des partenariats militaires et économiques. Washington cherche désormais à contrebalancer cette présence.

    une approche pragmatique sans ingérence politique

    Contrairement à l’administration Biden, qui conditionnait son aide à des réformes démocratiques, l’équipe de Donald Trump adopte une position plus souple. Massad Boulos, conseiller principal pour l’Afrique au département d’État, a déclaré :

    « La démocratie est toujours appréciée, mais notre politique est de ne pas nous ingérer dans les affaires intérieures des autres pays. Les peuples sont libres de choisir leur système. »

    Cette flexibilité s’accompagne d’un recentrage sur la lutte antiterroriste. Le général Michael Langley, ancien chef de l’Africom, avait souligné l’importance de la bonne gouvernance sous l’administration précédente, mais la priorité est désormais clairement donnée à la sécurité.

    Washington fournit désormais un soutien en renseignement et envisage de livrer des armes aux juntes. Cependant, aucune troupe au sol ni réouverture de bases ne sont prévues. La grande base de drones d’Agadez, au Niger, reste fermée depuis son expulsion par la junte sous pression de l’administration Biden.

    coopération régionale et défis persistants

    Le retrait des trois pays de la CEDEAO en 2023 a laissé place à une nouvelle alliance, l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette organisation, axée sur la sécurité et l’autonomie, exclut tout retour à la démocratie pour l’instant.

    Les pays voisins, comme le Bénin, le Nigeria, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire, restent vulnérables aux infiltrations djihadistes. Une coopération renforcée avec les juntes pourrait permettre de mieux cibler les groupes terroristes, mais les défis socio-économiques persistent.

    Comme l’a montré l’expérience française, les solutions purement militaires ne suffisent pas sans une approche globale incluant le développement économique et la stabilisation politique.

    paysage de Tombouctou au Mali
  • Crise au Nigéria : l’urgence humanitaire et sécuritaire d’un pays fracturé

    Crise au Nigéria : l’urgence humanitaire et sécuritaire d’un pays fracturé

    crise au Nigéria : l’urgence humanitaire et sécuritaire d’un pays fracturé

    Les enlèvements massifs d’écoliers, les attaques meurtrières contre des villages entiers et les agressions ciblant les lieux de culte, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, ont replacé le Nigéria sous les projecteurs internationaux. Ces violences, dont l’intensité n’a cessé de croître, ont pris une dimension géopolitique inédite lorsque les États-Unis ont mené, à Noël, des frappes aériennes contre des positions jihadistes dans le nord du pays. Washington justifiait ces actions par la nécessité de protéger les communautés chrétiennes menacées.

    une insécurité généralisée, bien au-delà des clivages religieux

    Dans un contexte marqué par des violences endémiques, certains responsables américains évoquent désormais l’existence d’un « génocide chrétien » au Nigéria. Pourtant, pour les Nations Unies, ces événements spectaculaires ne reflètent qu’une partie infime de la réalité : celle d’un pays englué dans une insécurité chronique, alimentant l’une des pires crises humanitaires du continent africain.

    « La sécurité constitue l’un des défis majeurs du Nigéria », souligne Mohamed Malik Fall, coordinateur des agences onusiennes dans le pays. « Elle ne se limite plus à une seule région : elle s’étend désormais à presque tout le territoire. »

    des origines multiples à la crise sécuritaire

    Le conflit plonge ses racines dans le nord-est du Nigéria, dévasté depuis 2009 par une insurrection jihadiste initiée par Boko Haram, puis relayée par d’autres groupes, dont l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Près de deux décennies plus tard, cette guerre a profondément ébranlé la cohésion nationale.

    « Plus de deux millions de personnes vivent encore en situation de déplacement forcé, et ce, de manière durable. Une génération entière a grandi dans des camps, sans jamais connaître autre chose que cette précarité », explique Mohamed Malik Fall.

    Les bilans officiels recensent plus de 40 000 morts depuis le début de l’insurrection, des milliers d’écoles et de centres de santé détruits, ainsi que des terres agricoles rendues stériles. « Les populations sont privées de toute activité économique, condamnées à une survie sans dignité », ajoute-t-il.

    banditisme, conflits fonciers et tensions communautaires

    À cette crise prolongée s’ajoutent des violences diffuses. Dans le nord-ouest, des États comme Zamfara, Katsina ou Sokoto subissent des attaques de groupes criminels qualifiés de « bandits » par les autorités locales. Ces derniers multiplient les exactions : pillages, enlèvements et rançonnements. « Des villages entiers ont été abandonnés. Aujourd’hui, près d’un million de personnes sont déplacées dans le nord-ouest seulement », précise Mohamed Malik Fall.

    Dans la ceinture centrale du pays, les tensions entre agriculteurs et éleveurs, exacerbées par la rareté des terres et les aléas climatiques, ont provoqué d’importants mouvements de population. Plus au sud, d’autres foyers de violence persistent, liés à des revendications séparatistes ou à des sabotages dans le secteur pétrolier.

    Résultat : avec environ 3,5 millions de déplacés, le Nigéria abrite à lui seul près de 10 % des personnes déplacées en Afrique.

    violences ciblées ou insécurité généralisée ?

    Les récentes attaques contre des églises et des écoles chrétiennes ont ravivé un débat international. En janvier, plus de 160 fidèles ont été enlevés lors de messes dominicales dans l’État de Kaduna. Quelques jours plus tôt, des villages du nord-ouest étaient la cible d’attaques meurtrières, tandis que des élèves étaient à nouveau pris pour cibles près de l’école catholique de Papiri.

    Ces violences rappellent tragiquement l’enlèvement de 276 lycéennes chrétiennes à Chibok, dans l’État de Borno, en 2014, un événement qui avait marqué les esprits. Face à ces attaques, les États-Unis ont justifié leurs frappes du jour de Noël par la nécessité de protéger les chrétiens des milices islamistes. Certains responsables américains évoquent désormais un « génocide chrétien », une qualification que les Nations Unies refusent d’endosser, faute de preuves tangibles d’une persécution systématique.

    « Je ne qualifierais pas cette violence de persécution ciblée d’un groupe religieux », déclare Mohamed Malik Fall. « La majorité des plus de 40 000 morts de l’insurrection sont des musulmans, tués dans des mosquées. » Il rappelle qu’à Maiduguri, cœur historique de l’insurrection, une attaque survenue la veille de Noël a frappé une zone située « entre une mosquée et un marché », faisant des victimes parmi les fidèles musulmans. « L’insécurité touche tout le monde, sans distinction de religion ou d’ethnie », insiste-t-il, mettant en garde contre des récits « qui risquent d’aggraver les divisions au lieu de favoriser la cohésion sociale ».

    Enfants déplacés au Nigéria en 2022 Crise humanitaire au Nigéria en 2022

    une crise humanitaire sous-financée et aux conséquences dramatiques

    Derrière la crise sécuritaire se cache une urgence humanitaire d’une ampleur alarmante. Dans les seuls États du nord-est, 7,2 millions de personnes ont besoin d’assistance, dont près de 6 millions en situation critique, selon l’ONU.

    L’insécurité alimentaire est devenue un fléau majeur. Les projections estiment que 36 millions de personnes pourraient basculer dans une phase d’insécurité alimentaire dans les mois à venir. Parmi les enfants de moins de cinq ans, plus de 3,5 millions risquent de souffrir de malnutrition aiguë. « Les conséquences vont bien au-delà de l’immédiat », alerte Mohamed Malik Fall. « La malnutrition affecte le développement cognitif, l’éducation, et ses effets se répercutent jusqu’à l’âge adulte. »

    Ces vulnérabilités s’aggravent avec les chocs climatiques – sécheresses, inondations –, les épidémies récurrentes de choléra ou de méningite, et un système de santé déjà fragilisé.

    Le financement de l’aide humanitaire s’effondre. « Il y a quelques années, le plan de réponse humanitaire atteignait près d’un milliard de dollars par an », rappelle le coordonnateur onusien. « En 2024, il était de 585 millions. L’an dernier, seulement 262 millions. Et cette année, nous ne sommes même pas sûrs d’atteindre 200 millions. »

    le Nigéria, géant économique face à ses responsabilités

    Le paradoxe nigérian réside dans l’écart entre sa puissance économique et l’ampleur de la crise humanitaire. « Le Nigéria n’est ni le Soudan, ni la Somalie, ni le Soudan du Sud », rappelle Mohamed Malik Fall. « C’est un pays doté de ressources. La responsabilité première de la réponse humanitaire incombe au gouvernement. »

    Pour l’ONU, l’enjeu est désormais de transférer progressivement la gestion de l’aide aux autorités fédérales et aux États, tout en appelant la communauté internationale à ne pas détourner le regard. « Aucune population ne souhaite dépendre de l’assistance », conclut-il. « Les gens préfèrent qu’on les aide à accéder à des opportunités économiques plutôt que de recevoir une aide ponctuelle. Donner du poisson, c’est bien. Apprendre à pêcher, c’est mieux. »

  • Nuit de tensions à l’aéroport de Niamey : ce que l’on sait des détonations

    Nuit de tensions à l’aéroport de Niamey : ce que l’on sait des détonations

    Le climat sécuritaire reste instable au Niger. Durant la nuit de mercredi à jeudi, des échanges de tirs nourris et des explosions impressionnantes ont perturbé le secteur de l’aéroport international de Niamey. Selon des témoignages de riverains, la situation semble s’être stabilisée après plusieurs heures d’incertitude.

    Une nuit d’angoisse dans la capitale nigérienne

    L’actu Niger a été marquée par un début de nuit agité. Les premières détonations ont retenti peu après minuit, provoquant l’inquiétude des habitants des quartiers limitrophes de la zone aéroportuaire. Le calme n’aurait été rétabli que vers 2 heures du matin, mettant fin à une séquence de tirs intenses.

    Pour rappel, la politique nigérienne est actuellement sous le contrôle du général Abdourahamane Tiani. Ce dernier dirige le pays depuis le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023. Ce nouvel incident s’inscrit dans un contexte de lutte persistante contre les violences djihadistes dans la région.

    Un site stratégique sous haute surveillance

    L’aéroport Diori Hamani, situé à une dizaine de kilomètres du palais présidentiel, n’est pas seulement un hub civil. C’est un point névralgique de la Niamey actualité car il abrite :

    • Une base de l’armée de l’air du Niger ;
    • Une infrastructure dédiée aux drones récemment mise en service ;
    • Le quartier général de la Force unifiée, regroupant le Niger, le Burkina Faso et le Mali.

    Défense anti-aérienne et conséquences sur le trafic

    Bien que l’origine exacte des affrontements demeure floue, des images circulant sur les réseaux sociaux suggèrent l’activation d’une défense anti-aérienne. Des traînées lumineuses ont été aperçues dans le ciel, évoquant une possible riposte contre des drones. Des dégâts matériels, notamment des véhicules incendiés, ont également été signalés sur place.

    Face à ces événements, des partisans du pouvoir militaire ont lancé des appels à la mobilisation pour protéger la nation. Parallèlement, le trafic aérien a été impacté : un vol en provenance d’Alger a dû être dérouté vers le Burkina Faso. Enfin, concernant le volet Niger économie, il est à noter qu’un stock important d’uranium destiné à l’exportation se trouve actuellement entreposé dans l’enceinte de l’aéroport.

  • AES : les défis de la libre circulation après le départ de la cédéao

    AES : les défis de la libre circulation après le départ de la cédéao

    Pourquoi l’Alliance des États du Sahel peine à garantir la libre circulation des biens et des personnes

    Le retrait des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a immédiatement suspendu les avantages liés à la libre circulation des personnes et des marchandises au sein de cette zone. Désormais, les ressortissants du Mali, du Burkina Faso et du Niger doivent faire face à de nouvelles contraintes administratives lorsqu’ils souhaitent traverser les frontières des pays restés dans la Cédéao.

    Les documents comme les passeports, les cartes d’identité ou encore les permis de conduire sont désormais soumis à des vérifications plus strictes. Un changement qui complique considérablement la mobilité des citoyens de l’AES, comme en témoigne Almou Yacouba, secrétaire général du Syndicat démocratique routier du Niger :

    « Aujourd’hui, les difficultés se concentrent sur la carte grise internationale et le permis international. L’assurance Cédéao, autrefois obligatoire, pose désormais problème. Par exemple, une carte d’identité du Niger n’est plus acceptée en Côte d’Ivoire si elle ne mentionne pas de date d’expiration, seulement sa date de fabrication. Avant, les cartes d’identité de la Cédéao facilitaient les déplacements, mais ce document n’existe plus. Résultat : les voyageurs doivent s’attendre à des refus aux frontières. »

    Des contrôles abusifs et des frais illégaux persistent même au sein de l’AES

    Malgré les annonces des gouvernements des trois pays membres de l’AES, les transporteurs et les voyageurs continuent de subir des contrôles excessifs et des demandes de pots-de-vin aux frontières. Chaibou Tchiombiano, secrétaire général des commerçants importateurs et exportateurs du Niger, confirme ces difficultés :

    « La libre circulation des personnes et des biens est un principe essentiel, mais elle est rarement respectée. Les contrôles abusifs et les exigences injustifiées restent monnaie courante. »

    Face à ces obstacles, les acteurs économiques des trois pays appellent à la création d’un passeport unique de l’AES, afin de faciliter les déplacements entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Une solution qui permettrait de contourner les restrictions imposées par la sortie de la Cédéao.

    L’AES cherche des solutions pour relancer la mobilité régionale

    Conscient des enjeux, le Niger a accueilli en décembre 2025 une réunion des ministres des Transports de l’AES. L’objectif ? Discuter des moyens pour rétablir la libre circulation des personnes et des marchandises au sein de l’Alliance, après le retrait de la Cédéao. Une initiative qui pourrait, à terme, aboutir à la mise en place d’un cadre juridique commun pour les trois pays.

    En attendant, les citoyens et les entreprises des pays de l’AES doivent composer avec des règles floues et des pratiques administratives contraignantes, qui freinent l’intégration économique et sociale de la région.

    Les dirigeants du Mali, Assimi Goita, du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, et du Niger, Abdourahamane Tiani, lors d’un sommet de l’Alliance des États du Sahel à Niamey
    • Problème de documents administratifs : les passeports, cartes d’identité et permis de conduire des ressortissants de l’AES ne sont plus automatiquement reconnus dans l’espace Cédéao.
    • Contrôles abusifs et pots-de-vin : malgré le retrait de la Cédéao, les voyageurs et transporteurs subissent encore des tracasseries aux frontières, même entre pays membres de l’AES.
    • Appel à un passeport unique : les acteurs économiques réclament un document commun pour faciliter la mobilité au sein de l’Alliance.
    • Réunion des ministres des Transports : le Niger a organisé en décembre 2025 une rencontre pour trouver des solutions à la libre circulation dans l’AES.
  • Coopération sécuritaire Washington AES : une alliance stratégique malgré les tensions

    Coopération sécuritaire Washington AES : une alliance stratégique malgré les tensions

    coopération sécuritaire Washington AES : une alliance stratégique malgré les tensions

    Niger | formation de l’us air force sur une base de drones

    Les États-Unis ont choisi de maintenir une coopération sécuritaire avec les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — le Burkina Faso, le Mali et le Niger — malgré les tensions récentes qui ont marqué leurs relations. Cette décision, officiellement confirmée par le général John Brennan, commandant adjoint de l’Africom, s’inscrit dans une stratégie globale de lutte contre le terrorisme dans la région.

    Selon ses déclarations, les échanges entre Washington et les autorités militaires de l’AES se poursuivent, bien que « la situation ait profondément évolué ces dernières années ». Il a notamment évoqué des « échanges d’informations ciblés pour neutraliser des cellules terroristes majeures », tout en reconnaissant l’existence de désinformations visant à discréditer la présence américaine.

    John Brennan a précisé : « Nous œuvrons à rétablir la confiance en clarifiant nos objectifs, mais d’autres acteurs extérieurs diffusent des messages contradictoires pour semer le doute sur nos intentions. Notre priorité reste d’affaiblir ces narratives hostiles. »

    Cette approche, qualifiée de « pragmatique » par les observateurs, soulève des questions sur la cohérence de la politique étrangère américaine face aux régimes issus de coups d’État.

    Mali, Bamako 2025 | bustes des dirigeants de l’AES

    pourquoi les États-Unis maintiennent-ils cette coopération malgré les tensions ?

    Abdoulmoumouni Abbas, spécialiste de la radicalisation et de l’extrémisme violent au Sahel et autour du Lac Tchad, met en lumière les multiples intérêts stratégiques des États-Unis dans la région. Selon lui, leur engagement va bien au-delà de la lutte antiterroriste : « Les Américains ont des enjeux majeurs dans cette zone, incluant la lutte contre le trafic de stupéfiants, la criminalité transfrontalière, le terrorisme, mais aussi les flux migratoires irréguliers. »

    Il ajoute : « Ces problématiques, notamment la criminalité organisée, prennent de l’ampleur et nécessitent une réponse coordonnée. »

    Récemment, l’armée américaine a intensifié ses livraisons de matériel et le partage de renseignements avec le Nigeria, dans le cadre d’une mission visant à affaiblir les groupes djihadistes de l’État islamique en Afrique. Parallèlement, John Brennan a tenu à rassurer les populations locales en affirmant que Washington ne cherchait pas à remplacer ses bases au Niger, suite à l’expulsion forcée des troupes américaines par les autorités militaires nigériennes.

    Un message clair destiné à apaiser les tensions et à préserver les relations avec les pays de l’AES, malgré les divergences politiques persistantes.

    une stratégie sous surveillance

    Cette politique américaine, bien que justifiée par des impératifs sécuritaires, suscite des débats parmi les experts. Si elle permet de maintenir une présence stratégique au Sahel, elle interroge sur la fiabilité des partenariats avec des régimes issus de coups d’État. Les observateurs soulignent que Washington doit désormais naviguer entre pragmatisme et cohérence diplomatique pour éviter de perdre en crédibilité sur la scène internationale.

    En définitive, la coopération sécuritaire entre les États-Unis et l’AES semble s’inscrire dans une logique de realpolitik, où les impératifs antiterroristes priment sur les considérations politiques.

  • Amélioration des soins de santé dans les zones fragiles du Sahel : bilans encourageants

    Amélioration des soins de santé dans les zones fragiles du Sahel : bilans encourageants

    bilan prometteur des initiatives sanitaires au Sahel

    Entre 2018 et 2024, des avancées significatives ont été enregistrées dans l’amélioration des systèmes de santé pour les populations vulnérables du Mali et de la Mauritanie. Voici les principaux résultats obtenus grâce à ces efforts collectifs :

    des services de santé élargis et optimisés

    Plus de 5 millions de personnes, dont une grande partie étaient des femmes, ont pu bénéficier de services de santé de base dans ces deux pays d’Afrique de l’Ouest. Cet impact dépasse largement l’objectif initial fixé à 3,65 millions de bénéficiaires. Les centres de santé des zones concernées ont vu leur qualité de soins s’améliorer notablement, grâce à l’acquisition d’équipements performants, à la formation continue des professionnels de santé et à une meilleure prise en charge des patients.

    suivi médical renforcé pour les femmes enceintes

    Dans les régions du Mali touchées par des conflits, le suivi prénatal a connu une progression remarquable. Le pourcentage de femmes enceintes effectuant au moins une visite prénatale est passé de 13 % à 38 %. En Mauritanie, près de 160 000 accouchements ont été assistés par du personnel qualifié, soit une augmentation de 20 % par rapport aux prévisions.

    vaccination et soins pédiatriques en hausse

    Au Mali, plus d’1,17 million de consultations pédiatriques ont été réalisées pour des enfants de moins de cinq ans, traitant des affections courantes comme le paludisme, les infections respiratoires aiguës et les diarrhées. En Mauritanie, la vaccination des enfants a été multipliée par trois par rapport aux objectifs, avec plus de 200 000 enfants immunisés. Près de 5 millions de consultations médicales ont également été dispensées aux jeunes enfants.

    lutte active contre la malnutrition

    Un appui nutritionnel a été apporté à 750 000 femmes et enfants en Mauritanie, contribuant significativement à la réduction de la malnutrition dans les communautés concernées.

    accès gratuit aux soins pour les plus vulnérables

    Au Mali, 460 000 personnes issues de milieux défavorisés ont pu accéder gratuitement à des soins essentiels. En Mauritanie, plus d’un million de services médicaux gratuits ont été délivrés aux populations vulnérables, avec une attention particulière portée aux réfugiés. Par ailleurs, 81 % des ménages défavorisés ciblés ont reçu une aide financière pour faciliter leur accès aux soins.

    progrès en matière de planification familiale

    L’utilisation de contraceptifs chez les adolescentes au Mali a presque triplé, passant de 5,8 % à 15,3 %. En Mauritanie, le nombre de femmes recourant à des méthodes contraceptives modernes a été multiplié par plus de 26, passant de 9 000 à plus de 240 000 utilisatrices, dépassant largement les attentes initiales.

  • Tragédie à Bosiye : trente et un civils perdent la vie dans l’ouest du Niger

    Tragédie à Bosiye : trente et un civils perdent la vie dans l’ouest du Niger

    Un nouveau drame vient de frapper l’ouest du Niger. Le village de Bosiye a été la cible d’une incursion armée d’une violence extrême, laissant derrière elle un bilan humain particulièrement lourd au sein de la population civile.

    Un bilan humain tragique dans la région de Tillabéri

    Selon les rapports locaux, cet assaut meurtrier perpétré dimanche a coûté la vie à 31 personnes. Outre ces décès, quatre individus ont été transportés d’urgence vers des structures de santé et demeurent dans un état critique. Ce massacre s’est déroulé dans la commune de Gorouol, située dans la zone instable de Tillabéri.

    Le défi sécuritaire dans la zone des trois frontières

    Le village de Bosiye se trouve au cœur de la région dite des « trois frontières », un espace frontalier avec le Burkina Faso et le Mali. Cette zone est devenue, depuis près de dix ans, le foyer d’activités intenses pour des groupes armés radicaux liés à Al-Qaïda (JNIM) et à l’État islamique (EI). Cette attaque sanglante s’inscrit dans un contexte de violences persistantes qui marque l’actu Niger et pèse lourdement sur la politique nigérienne de défense dans le Sahel.

  • Crise alimentaire en Afrique de l’Ouest et du Centre : l’urgence humanitaire s’aggrave

    Crise alimentaire en Afrique de l’Ouest et du Centre : l’urgence humanitaire s’aggrave

    Une urgence humanitaire sans précédent en Afrique de l’Ouest et du Centre

    En Afrique de l’Ouest et du Centre, des millions de personnes sont aujourd’hui confrontées à une crise alimentaire aiguë, aggravée par la hausse des violences et les coupes budgétaires. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 55 millions d’habitants pourraient être touchés par une famine critique dès cet été, dont plus de 13 millions d’enfants en situation de vulnérabilité extrême.

    Les prévisions sont alarmantes : plus de trois millions de personnes devraient connaître une insécurité alimentaire de niveau d’urgence (phase 4 de l’IPC) en 2026, ce qui représente un doublement par rapport aux 1,5 million de personnes concernées en 2020. Quatre pays concentrent à eux seuls 77 % des besoins : le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger.

    Parmi les zones les plus critiques, l’État de Borno au Nigeria inquiète particulièrement : 15 000 personnes pourraient basculer dans une famine catastrophique (IPC-5), un niveau inédit depuis près de dix ans.

    Des pays en première ligne face à la faim

    Plusieurs pays de la région subissent les conséquences d’un cercle vicieux : conflits, déplacements massifs et effondrement économique. Au Mali, la réduction des aides alimentaires a entraîné une augmentation de 64 % des cas de famine aiguë dans certaines zones, tandis que les rations complètes ont permis une baisse de 34 %. Avec 1,5 million de Maliens vulnérables, le risque de crise alimentaire reste très élevé.

    Au Nigeria, le manque de financements en 2025 a forcé le PAM à réduire ses programmes nutritionnels, affectant plus de 300 000 enfants. La situation s’est dégradée, passant de grave à critique dans plusieurs États du nord. En février 2026, seulement 72 000 personnes pourraient être secourues, contre 1,3 million l’année précédente.

    Au Cameroun, plus d’un demi-million de personnes risquent de ne plus recevoir d’aide vitale si les fonds d’urgence ne sont pas mobilisés rapidement.

    13 millions d’enfants menacés par la malnutrition

    Selon Jean Martin Bauer, directeur de l’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition au PAM, environ 13 millions d’enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre seront exposés à la faim chronique en 2026. Ces enfants, parmi les plus vulnérables, ont besoin de programmes nutritionnels prioritaires pour éviter des conséquences irréversibles.

    Le PAM alerte sur l’impact de l’IPC-5, qui concerne 15 000 personnes dans le nord-est du Nigeria et certaines zones de l’État de Borno. Ce classement signifie un risque immédiat de mortalité accru. « Les gens meurent de faim », a souligné Jean Martin Bauer, insistant sur l’urgence d’agir pour sauver les populations les plus exposées.

    Un appel à l’action urgent : 453 millions de dollars nécessaires

    Pour éviter une catastrophe humanitaire, le PAM lance un appel à l’aide : plus de 453 millions de dollars doivent être mobilisés dans les six prochains mois afin de maintenir les opérations d’urgence dans la région. Sans ces fonds, des millions de vies seront en danger.

    Sarah Longford, directrice régionale adjointe du PAM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, met en garde : « Il est essentiel de soutenir les communautés en crise pour éviter que la faim ne s’aggrave et ne provoque davantage de troubles, de déplacements et de conflits dans toute la région. »

    Des solutions existent, mais elles manquent de financements

    Le PAM déploie depuis plusieurs années des programmes de résilience, des initiatives d’alimentation scolaire et des infrastructures communautaires pour lutter contre les causes profondes de l’insécurité alimentaire. Ces efforts ont déjà porté leurs fruits : plus de 300 000 hectares de terres dégradées ont été réhabilités depuis 2018, protégeant environ quatre millions de personnes contre les chocs climatiques.

    Malgré ces avancées, les solutions restent sous-financées. « Les réponses existent, mais elles ne sont pas assez soutenues financièrement », a souligné Jean Martin Bauer. Pour briser le cycle de la faim et offrir un avenir aux générations futures, les gouvernements locaux et leurs partenaires doivent investir davantage dans la préparation, les mesures anticipatives et le renforcement de la résilience des communautés.

    Des femmes et des enfants camerounais participent à une séance de sensibilisation dans le cadre du projet PULCCA, visant à renforcer la résilience face à l'insécurité alimentaire.
    Enfant dans un camp de déplacés à Maiduguri, État de Borno, Nigeria : une illustration de la crise humanitaire dans la région.

    Agir maintenant pour éviter une catastrophe

    Face à l’urgence, le PAM appelle à une mobilisation immédiate des fonds pour éviter que la situation ne dégénère davantage. Les solutions existent : renforcement des programmes de résilience, soutien aux gouvernements locaux et protection des populations les plus vulnérables. Mais sans une réponse financière rapide, des millions de personnes continueront de souffrir de la faim et de ses conséquences dévastatrices.

    La communauté internationale doit agir dès maintenant pour sauver des vies et préserver l’avenir de millions d’enfants et d’adultes en Afrique de l’Ouest et du Centre.