Dialogue compétitif au Niger : trois ans après, le bilan mitigé d’une réforme qui peine à convaincre

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Adopté en grande pompe pour moderniser la passation des marchés publics, le décret n°2022-743/PRN/PM du 29 septembre 2022 devait incarner une rupture. En instaurant le « dialogue compétitif », les autorités promettaient de rationaliser la dépense publique, de renforcer la transparence et d’attirer l’expertise technique indispensable aux grands projets de développement. Trois ans plus tard, le constat est sans appel : cette réforme n’a été qu’un vaste exercice de communication, une illusion de modernisation sans résultat tangible pour l’économie nigérienne.

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Une procédure sophistiquée restée lettre morte

Le principe du dialogue compétitif semblait séduisant : permettre aux acheteurs publics de dialoguer avec plusieurs candidats présélectionnés afin de co-construire les solutions techniques, juridiques ou financières les plus adaptées. Mais dans le quotidien des administrations nigériennes, cette disposition est demeurée un vœu pieux.

  • Absence d’appropriation technique : Faute de formation adéquate et de guides méthodologiques clairs pour les agents de la commande publique, le mécanisme est jugé trop complexe et lourd à mettre en œuvre.
  • Refuge dans l’habitude : Les autorités contractantes continuent de privilégier les méthodes traditionnelles ou, plus grave, d’abuser de procédures dérogatoires sans apporter la valeur ajoutée promise par le texte de 2022.
  • Aucun grand projet concrétisé : En trois ans, les grands contrats d’infrastructures qui devaient bénéficier de cette souplesse concurrentielle n’ont pas connu de retombées visibles ni de gain d’efficacité mesurable pour le Trésor public.

De la théorie de la refondation aux réalités du gré à gré

Alors que l’argument de la « refondation » et de la rigueur de gestion est sur toutes les lèvres, la persistance des pratiques d’attribution directe et du gré à gré vient contredire les intentions affichées dans le décret de 2022.

Plutôt que d’instaurer un climat de saine concurrence et de transparence, le cadre juridique rénové sert souvent de vitrine administrative pour rassurer les observateurs, tandis que les réalités du terrain restent marquées par l’opacité et l’absence de redevabilité. Les entreprises locales, qui devaient être les premières bénéficiaires d’un dialogue plus ouvert avec l’État, continuent de dénoncer l’accès restreint aux opportunités majeures et la lenteur des procédures.

Le bilan d’un cadre juridique inopérant

Après trois années d’application théorique, le bilan du décret du 29 septembre 2022 met en lumière le fossé séparant l’inflation législative et la réalité opérationnelle :

  • Aucun impact sur la réduction des coûts : L’optimisation financière attendue de la mise en concurrence renforcée ne s’est pas traduite dans les comptes publics.
  • Une transparence en trompe-l’œil : Les audits et rapports d’évaluation sur l’utilisation effective du dialogue compétitif demeurent quasi inexistants.
  • Un frein à l’investissement : L’écart entre les textes affichés et leur application réelle entretient un climat d’incertitude pour les partenaires économiques sérieux.

Le décret n°2022-743 n’a été qu’un habillage juridique sans effet d’entraînement. À l’épreuve du temps, l’introduction du dialogue compétitif s’apparente davantage à une manœuvre de communication qu’à un véritable levier de transformation de la commande publique au Niger.

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