Deux agents des services de renseignement nigériens, officiellement en poste à l’ambassade du Niger à Paris, ont été expulsés de France. Cette décision confirme l’aggravation continue des relations entre Paris et Niamey, déjà profondément dégradées depuis le coup d’État de juillet 2023.
Deux agents de la DGDSE déclarés persona non grata
Les autorités françaises ont déclaré persona non grata deux agents de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), les services de renseignement du Niger. Ces agents exerçaient officiellement à l’ambassade nigérienne à Paris.
Selon des informations rendues publiques, les deux hommes ont été notifiés le 16 septembre et ont quitté le territoire français trois jours plus tard.
Une source diplomatique française justifie cette mesure par l’absence de coopération bilatérale entre les deux pays, rendant leur présence injustifiée. Une source nigérienne évoque, elle, des soupçons de surveillance visant des opposants nigériens installés en France.
Juillet 2023 : l’élément déclencheur de la crise
Pour saisir la portée de cette nouvelle affaire, il faut revenir au 26 juillet 2023. Ce jour-là, le président Mohamed Bazoum est renversé par des militaires du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), dirigé par le général Abdourahamane Tiani.
Paris, qui soutenait le président déchu et réclamait le retour à l’ordre constitutionnel, ne reconnaît pas la légitimité des nouvelles autorités. Niamey dénonce en retour l’attitude française et rejette ce qu’il qualifie d’ingérence dans ses affaires intérieures.
L’ultimatum à l’ambassadeur de France
Le 25 août 2023, les autorités nigériennes exigent le départ de l’ambassadeur de France, Sylvain Itté, sous 48 heures. Paris conteste cette décision, arguant que les nouvelles autorités n’ont pas la légitimité pour mettre fin à ses fonctions.
Après plusieurs semaines de tensions, Emmanuel Macron annonce le 24 septembre 2023 le rappel de l’ambassadeur et le retrait des troupes françaises stationnées au Niger. Ce retrait s’achève fin 2023, marquant un tournant décisif.
Une escalade de mesures de rétorsion
La crise ne s’est pas limitée au départ de l’ambassadeur. Elle s’est étendue aux ressortissants, aux visas et aux activités diplomatiques.
- En février 2024, plusieurs citoyens français auraient été refoulés à leur arrivée à Niamey malgré des documents en règle, les autorités nigériennes exigeant des autorisations spécifiques.
- Paris a révoqué plusieurs visas accordés à des ressortissants nigériens, dans un contexte de représailles croisées.
- L’ambassade de France à Niamey a fermé ses portes, invoquant de graves entraves à ses missions. En mai 2024, le ministère français des Affaires étrangères confirmait au Sénat le maintien de cette fermeture.
Réorientation politique et sécuritaire du Niger
Au-delà des expulsions, la crise traduit une réorientation stratégique du Niger. Les autorités militaires de Niamey ont renforcé leurs liens avec le Mali et le Burkina Faso, également dirigés par des régimes militaires. Ensemble, ils ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), affirmant une volonté de souveraineté accrue.
Parallèlement, la présence militaire française, longtemps présentée comme essentielle à la lutte contre les groupes armés, a pris fin au Niger. Niamey multiplie les critiques envers la politique française au Sahel, tandis que Paris défend son action et dénonce les obstacles imposés à ses représentants.
Les services de renseignement, un sujet sensible
L’expulsion des deux agents rappelle que les missions diplomatiques et les activités de renseignement restent des domaines sensibles, même lorsque les relations politiques sont très dégradées. La présence officielle de personnels liés aux services de renseignement dans une ambassade n’est pas inhabituelle. Toutefois, toute accusation d’activité clandestine doit être examinée à la lumière d’éléments vérifiables.
Quel avenir pour le dialogue entre Paris et Niamey ?
Cette nouvelle mesure française illustre la faiblesse des relations bilatérales. Elle ne signifie pas une rupture diplomatique totale, l’ambassade du Niger à Paris restant ouverte. Elle confirme cependant que la coopération entre les deux pays demeure fortement entravée.
Pour les populations nigériennes et françaises, les conséquences dépassent le cadre diplomatique. La réduction des échanges institutionnels peut compliquer les démarches consulaires, les relations économiques, les projets de coopération et les mécanismes de concertation sécuritaire régionale.
La question centrale reste celle des conditions d’une normalisation éventuelle. Celle-ci exigerait des canaux de communication fonctionnels, une clarification des différends et une volonté politique mutuelle de reprendre le dialogue, sans renier les positions jugées essentielles par chaque gouvernement.
En attendant, l’expulsion des deux agents nigériens s’ajoute à la longue liste des épisodes d’une crise ouverte en juillet 2023. Entre défiance, accusations et éloignement stratégique, Paris et Niamey doivent relever un défi majeur : préserver les moyens de communication diplomatique alors que la confiance qui les fondait s’est considérablement érodée.