Le décès de Clément Atangana à Paris précipite un tournant inédit au sommet du Conseil constitutionnel camerounais

Le décès de Clément Atangana à Paris, survenu au matin du 4 octobre 2026, marque une rupture brutale dans l’histoire institutionnelle du Cameroun. Évacués vers la France pour des soins intensifs, le président du Conseil constitutionnel n’a pas survécu à la maladie. À 85 ans, il laisse derrière lui une institution profondément marquée par son passage et une carrière qui s’achève dans la controverse.

Lire à voix haute4 min

Une fin de parcours sous tension

Né à Ngomedzap, dans le département du Nyong-et-So’o, Clément Atangana était un magistrat hors hiérarchie dont la longévité au sommet de l’État a fait de lui une figure à la fois respectée et contestée. Sa nomination à la tête du Conseil constitutionnel l’a propulsé au cœur d’un appareil judiciaire dont l’indépendance a souvent été mise en doute.

Le tournant de la présidentielle 2018

C’est lors du contentieux électoral de l’élection présidentielle de 2018 que le tournant décisif s’est joué. Sous sa présidence, le Conseil constitutionnel a rejeté d’un même élan tous les recours déposés par l’opposition, les qualifiant systématiquement d’« irrecevables ». Cette décision a scellé sa réputation dans l’opinion publique, qui l’a affublé du surnom révélateur d’« Irrecevable ». Dès cet instant, l’institution a été perçue comme inféodée au pouvoir et au RDPC, le parti au pouvoir.

Des images qui ont nourri la controverse

La partialité prêtée à Clément Atangana n’a cessé de s’alimenter de séquences devenues virales. Au soir de la proclamation des résultats de la présidentielle, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le montrait en pleine effusion familiale, se réjouissant de la victoire de Paul Biya et désignant le candidat sortant comme « votre candidat ». Ces images ont renforcé les soupçons de parti-pris au plus haut niveau de l’État.

L’épisode du Comité de développement du Nyong-et-So’o

En 2025, sa participation à une réunion du Comité de développement du Nyong-et-So’o a ravivé les critiques. Cette rencontre avait débouché sur une motion de soutien à Paul Biya, assortie d’un appel à se présenter à la prochaine élection présidentielle. Présent pour les besoins de la couverture médiatique, un reporter du journal gouvernemental avait relayé l’information, déclenchant une vague de débats et de critiques. Clément Atangana s’était défendu en affirmant avoir pris part à une réunion d’une association apolitique et n’avoir pas participé à la prolongation ayant abouti à la motion. Malgré ses démentis, l’image d’un soutien à Paul Biya était déjà ancrée dans les esprits.

Une carrière marquée par la jubilation

Dès sa nomination, Clément Atangana s’était laissé filmer dans un élan de jubilation, une séquence qui avait déjà semé le doute sur sa capacité à incarner l’impartialité requise par sa fonction. Cette image, conjuguée à celle d’un arbitre contesté sur le terrain électoral, a fini par définir son héritage à la tête du Conseil constitutionnel.

Un avenir institutionnel incertain

La disparition de Clément Atangana ouvre une période d’incertitude pour le Conseil constitutionnel camerounais. Sa présidence restera associée à une époque où l’institution a été perçue comme un instrument au service du pouvoir, et son décès à Paris signe la fin d’un chapitre controversé. Reste à savoir quelle direction prendra l’institution après ce tournant majeur.

Abonnez-vous au fluxAjoutez nos flux à votre lecteur RSS préféré