Mali : à Molodo, le départ précipité des hommes d’Africa Corps laisse trois véhicules aux insurgés

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Un accrochage bref. Une fuite immédiate. Trois pick-up estampillés du triangle d’Africa Corps, abandonnés le long d’une piste poussiéreuse. À Molodo, localité de la région de Ségou, la patrouille mixte composée de soldats des Forces armées maliennes (FAMa) et de paramilitaires russes a cédé en quelques minutes face à une embuscade du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda). Le 20 septembre 2026, sur l’axe Diabali-Niono, l’échange de tirs a tourné court : les recrues russes ont reculé, laissant derrière elles leurs véhicules et leurs équipements.

Une zone réputée sous contrôle, un revers cinglant

Molodo se situe dans une portion du territoire que Bamako présente comme sécurisée. L’attaque souligne l’écart entre la communication officielle et la situation réelle. Les véhicules abandonnés portent l’emblème stylisé d’Africa Corps, structure mise sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense, qui a pris la suite du groupe Wagner au Mali.

Quatre ans après, le constat d’un enlisement

Depuis l’expulsion des forces françaises de l’opération Barkhane, le départ contraint de la MINUSMA et la rupture des accords de paix, la junte du colonel Assimi Goïta a fait de la rupture géopolitique le socle de sa légitimité. La diplomatie russe devait garantir la souveraineté retrouvée et la sécurisation du territoire. Quatre ans après les premiers déploiements de mercenaires, le bilan est tout autre : loin d’éradiquer la menace djihadiste, l’arrivée de ces combattants a alimenté le recrutement des groupes armés.

Une insécurité qui gagne du terrain

L’insécurité, longtemps circonscrite aux confins désertiques du Nord, s’est étendue au centre du pays. Elle enserre désormais la capitale par des blocus routiers et des attaques de garnisons. L’embuscade de Molodo met en lumière une réalité militaire : les hommes d’Africa Corps ne sont ni invincibles ni engagés pour la population malienne. Payés sur des ressources publiques déjà exsangues, ils agissent surtout comme une garde rapprochée du régime.

Une population rurale de plus en plus distante

Sur le terrain, la brutalité aveugle a pris le pas sur la tactique face à un adversaire mobile et acclimaté. Les opérations conjointes FAMa-Russes, entachées d’accusations de bavures et d’exactions contre des civils, ont creusé le fossé entre l’armée et les populations rurales.

Un pouvoir retranché à Bamako

En confiant la défense de leur territoire à des mercenaires qui se retirent dès que le piège se referme, les officiers de la junte dévoilent la nature de leur pouvoir : un régime de survie, retranché dans la capitale, plus attentif à sa conservation qu’à la protection de la Nation.

Pour contenir les critiques liées à la dégradation sécuritaire et économique, la junte a renforcé la répression. Les voix de la société civile sont réduites au silence, la presse indépendante censurée ou traquée, et le moindre doute sur l’efficacité du partenaire russe qualifié de haute trahison.

Des images qui circulent sous le manteau

La propagande ne protège pas des faits. Les photos des trois véhicules floqués du logo d’Africa Corps, délaissés par leurs équipages russes sur la route de Molodo, circulent déjà sur les réseaux sociaux. Elles illustrent ce que beaucoup de Maliens murmurent : sous couvert de lutter contre le néocolonialisme, la junte a troqué une dépendance imparfaite contre un assujettissement ruineux à une milice privée incapable de garantir la paix.

En persistant dans cette fuite en avant, les dirigeants de Bamako enferment le Mali dans une impasse. Sans stratégie politique globale, sans réconciliation nationale et avec des troupes étrangères qui fuient au premier coup de feu, l’État continue de se déliter, abandonnant un peuple meurtri aux mains des extrémistes et des profiteurs de guerre.