Port de Kribi : comment l’infrastructure change concrètement la vie des Camerounais

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Un littoral métamorphosé par quinze années de travaux

Là où ne s’étendaient autrefois que des pistes sablonneuses et quelques habitations de pêcheurs, s’élève aujourd’hui l’un des ports en eau profonde les plus performants d’Afrique centrale. Pour les habitants de Mboro, en périphérie de Kribi, dans le sud du Cameroun, la mutation est tangible : routes bitumées, éclairage public, commerces florissants. Mais au-delà du décor, c’est le quotidien de milliers de personnes qui a basculé. Revenus, emploi, mobilité, accès aux services : l’impact du port de Kribi se mesure désormais à l’échelle des ménages.

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Le projet, envisagé dès les années 1970 pour pallier les limites du port de Douala — dont l’estuaire peu profond ne permet pas l’accostage des grands navires —, a franchi un cap décisif avec l’achèvement des deux premières phases. Une infrastructure qui, quinze ans après le début des travaux, redessine l’économie locale et régionale.

Des retombées directes sur le pouvoir d’achat et l’emploi

L’arrivée massive de travailleurs et d’entreprises a dopé l’activité économique. Les petits commerces de quartier, jadis en sommeil, tournent à plein régime. « Même les boutiques de proximité ont désormais des clients. Cela apporte vraiment des changements positifs », témoigne Jean-Kalvin Assembe, riverain de 50 ans, qui se dit « heureux et épanoui » dans sa ville.

Les chauffeurs de poids lourds figurent parmi les premiers bénéficiaires. Les files de camions s’allongent chaque jour aux abords de la zone portuaire. « Le port nous a donné l’occasion de découvrir la région. Kribi nous a facilité les choses, et le service est rapide », confie Yaya Aboubakar, 68 ans, routier chevronné qui a sillonné quatre pays d’Afrique centrale.

Pour Gu Gaobai, directeur général des projets de la China Harbour Engineering Company (CHEC) au Cameroun, le parallèle avec la Chine est frappant : « Beaucoup de clients et d’experts qui connaissent la Chine disent souvent que Kribi est le Shenzhen du Cameroun, une “ville du futur”. »

Un pôle industriel qui attire les investissements

La zone industrielle du port de Kribi, lancée en 2018, accélère la cadence. Patrick Mpila Ayissi, responsable des infrastructures, dresse un bilan chiffré : près de 400 milliards de francs CFA (environ 700 millions de dollars) investis par les opérateurs, 93 autorisations d’occupation délivrées et 18 entreprises déjà opérationnelles.

L’ambition a été revue à la hausse : d’une zone logistique de 455 hectares, le projet est passé à un pôle industriel intégré de 4 000 hectares. À terme, la zone devrait attirer près de 900 millions de dollars d’investissements et générer 50 000 emplois directs, avec jusqu’à 150 000 emplois directs et indirects d’ici quinze ans.

Le trafic, lui, suit une courbe ascendante. « Le trafic de conteneurs a quadruplé depuis 2018, dépassant 555 000 EVP en 2025, tandis que le volume global des marchandises a dépassé 12,7 millions de tonnes en 2024 », détaille M. Ayissi. Les échanges transitent déjà vers le Gabon, la République centrafricaine, le Tchad, le Congo et la Guinée équatoriale, renforcés par des liaisons maritimes telles que MSC.

Pour accompagner ce flux, la CHEC a construit la route Kribi-Lolabé. « Cette route relie le port en eau profonde de Kribi aux principales villes du pays, facilitant les déplacements des personnes et le transport des marchandises, et contribuant ainsi à l’industrialisation du Cameroun », souligne Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre camerounais des Travaux publics.

Des compétences qui transforment des trajectoires individuelles

L’impact social se lit aussi dans les parcours. En 2013, Ngatugirius Ndenya, soudeur à Yaoundé, rejoint le chantier de Kribi. « Les débuts ont été très difficiles », se souvient cet homme de 53 ans. La méthode de la CHEC — associer travailleurs camerounais et collègues chinois expérimentés — lui permet de monter en compétences. « Avant, j’étais simplement soudeur sur plateforme. Aujourd’hui, je peux tout faire dans le domaine de la soudure. Les jeunes qui sont arrivés ici n’étaient pas des techniciens, mais aujourd’hui, ils le sont. »

Armand Guehoada, chargé des affaires commerciales à la CHEC, incarne cette ascension sociale. « Lorsque je suis arrivé, je n’avais absolument rien. Je gagnais peut-être 100 000 francs CFA par mois. Au bout d’un certain temps, j’ai pu acheter un véhicule. Aujourd’hui, j’en suis à mon troisième. Je peux facilement subvenir aux besoins de ma famille. »

« Au cours des 15 dernières années, nous avons formé un grand nombre de professionnels locaux dans la construction portuaire et l’ingénierie des grands projets. Beaucoup de ceux qui ont travaillé sur le port contribuent aujourd’hui au développement de la zone industrielle voisine », insiste Gu Gaobai.

Un moteur pour l’intégration régionale et la croissance durable

Cette année marque le 55e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et le Cameroun, tandis que le port en eau profonde de Kribi célèbre les 15 ans du lancement de sa construction. « Kribi reste un symbole visible de la coopération entre le Cameroun et la Chine. Son développement repose depuis le départ sur des financements concessionnels accordés par des institutions chinoises, ce qui témoigne d’un partenariat véritablement inscrit dans la durée », analyse Patrick Mpila Ayissi.

Pour Patrice Melom, directeur général de l’Autorité portuaire de Kribi, l’horizon est prometteur : « L’avenir du port de Kribi est prometteur, avec des résultats concrets et des perspectives extrêmement positives. Il nous appartient désormais de mobiliser toutes nos énergies pour faire de cette infrastructure un véritable moteur d’une croissance durable, au service de la prospérité nationale et de l’intégration sous-régionale. »

Des emplois, des routes, des formations, des revenus : à Kribi, l’impact du port se mesure moins en tonnage qu’en vies transformées.

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