RDC : le tournant citoyen qui exige justice après trois décennies de conflits

En République démocratique du Congo, un mouvement d’ampleur inédite est en train de s’enclencher. Portée par Amnesty International, la campagne « 6 millions de voix pour la justice au Congo » marque un tournant décisif dans la lutte contre l’impunité. Son objectif : recueillir six millions de signatures pour exiger que les auteurs présumés de crimes répondent enfin de leurs actes, alors que des millions de victimes attendent toujours réparation.

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Une mobilisation historique pour briser le cycle de l’impunité

L’initiative vise à réunir six millions de signatures à travers une pétition, afin de réclamer justice pour les victimes du conflit qui ravage l’est de la RDC depuis plus de trente ans. Un chiffre symbolique, qui renvoie à l’estimation des personnes tuées dans ces violences, mais qui met aussi en lumière des millions d’autres victimes, souvent invisibles, toujours en vie et en attente de reconnaissance.

« Nous sommes nés en guerre » : la voix de la génération sacrifiée

À Goma, dans le quartier de Kasika, Noël Chiza, 37 ans, incarne cette lassitude. Père de cinq enfants, il affirme n’avoir jamais connu la paix. Victime de nombreuses violences, il s’indigne de voir ceux qu’il considère comme ses bourreaux occuper aujourd’hui des postes de responsabilité dans les institutions publiques, plutôt que de répondre de leurs actes devant la justice.

« Nous sommes nés en guerre, nous grandissons en guerre, nous avons vécu des atrocités de tout genre et nous risquons même de mourir en guerre. C’est pourquoi nous ne pouvons pas continuer à récompenser ceux qui ont commis des crimes en les intégrant dans les institutions, que ce soit au niveau local ou national », témoigne-t-il.

Des millions de déplacés, un exil forcé qui pèse sur les vies

Derrière les chiffres, il y a aussi des destins brisés. Josué Wallay fait partie de ces millions de personnes contraintes de fuir leur région d’origine. Aujourd’hui déplacé à Kinshasa, loin des siens, il décrit une rupture douloureuse.

« Ce déplacement n’est pas un choix de confort ; c’est une rupture avec mon environnement, mes habitudes, mes activités et une partie de ce qui donnait un sens à mon quotidien. Les conflits m’ont affecté à plusieurs niveaux », confie-t-il.

La justice, condition sine qua non d’une paix durable

Pour Raphaël Wakenge, défenseur des droits humains engagé dans la campagne, la lutte contre l’impunité est indispensable pour parvenir à une paix durable en RDC.

« La justice congolaise souffre non seulement d’un manque de capacités, mais aussi d’un manque de volonté politique. Nous avons besoin d’une justice capable d’apporter des réponses aux victimes, notamment à travers des réparations. Nous appelons toutes les personnes solidaires des victimes congolaises à se joindre à cette campagne. »

À travers cette mobilisation, Amnesty International demande également que le 1er octobre soit décrété « Journée nationale de réflexion et d’action sur les crimes de droit international commis en République démocratique du Congo ».

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