Auteur/autrice : nigeractu

  • Massacres de civils au Burkina Faso : des groupes armés sèment la terreur

    Massacres de civils au Burkina Faso : des groupes armés sèment la terreur

    • Depuis le mois de mai, deux organisations armées islamistes ont perpétré trois attaques distinctes dans le nord du Burkina Faso, causant la mort de plusieurs dizaines de civils.
    • L’insurrection menée par ces groupes depuis 2016 a entraîné des attaques répétées et le déplacement forcé de milliers de civils, tandis que le gouvernement est également accusé de viser des civils dans ses opérations de contre-terrorisme.
    • Il est impératif que les autorités garantissent une meilleure protection des civils, mènent des enquêtes sur toutes les exactions, y compris celles commises par l’armée et ses milices alliées, et traduisent les responsables en justice dans le cadre de procès équitables.

    Deux groupes armés islamistes ont ôté la vie à des dizaines de civils lors de trois offensives distinctes menées dans le nord du Burkina Faso depuis mai 2025. Ces attaques constituent des violations flagrantes du droit international humanitaire et pourraient être qualifiées de crimes de guerre.

    Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, a frappé la ville de Djibo dans la région du Sahel le 11 mai, puis le village de Youba dans la région du Nord le 3 août, tuant au moins 40 civils au total. De son côté, l’État islamique au Sahel (EIS) a pris pour cible un convoi civil acheminant de l’aide humanitaire vers la ville assiégée de Gorom Gorom, également dans le Sahel, le 28 juillet, entraînant la mort d’au moins 9 civils.

    Les groupes armés islamistes au Burkina Faso sont à l’origine d’atrocités récurrentes contre les populations civiles depuis le début du conflit en 2016. Il est crucial que les autorités actuelles améliorent la protection de tous les civils menacés, investiguent les abus, y compris ceux perpétrés par l’armée et les milices supplétives, et jugent les responsables lors de procès équitables.

    Depuis leur soulèvement en 2016, ces groupes ont maintes fois attaqué et provoqué le déplacement forcé de dizaines de milliers de civils. Le gouvernement burkinabè, issu d’un coup d’État en 2022, a lui aussi été impliqué dans des opérations de contre-insurrection qui ont de plus en plus visé des civils.

    Attaque du GSIM à Djibo, région du Sahel, 11 mai

    Le 11 mai, le GSIM a lancé une offensive d’envergure à Djibo, visant à la fois les forces de sécurité et les civils. Des centaines de combattants ont envahi la base militaire de la ville, s’emparant d’armes avant de se répandre dans plusieurs quartiers où ils ont exécuté sommairement au moins 26 civils et incendié des commerces et des structures médicales.

    La ville de Djibo subit un siège du GSIM depuis plus de trois ans, privant ses habitants de nourriture, de biens essentiels et d’assistance humanitaire, ce qui a engendré une situation de famine et la propagation de maladies.

    Des témoins rapportent que l’attaque a débuté vers 5 heures du matin. « J’ai entendu une forte détonation provenant du Secteur 4, où se situe la base militaire, suivie de tirs qui fusaient au-dessus de nos têtes », a confié une femme de 35 ans. « Les tirs ont duré presque toute la journée. »

    Un forgeron de 46 ans a raconté comment quatre combattants du GSIM ont fait irruption chez lui pour exécuter son frère, l’accusant d’avoir dénoncé leur père à l’armée. « Il a tiré [trois fois] sur mon frère, une balle dans la tête et deux dans la poitrine. »

    Les habitants sont restés terrés chez eux pendant trois jours. « Quand nous sommes sortis, nous avons découvert que de nombreuses personnes avaient été tuées, principalement dans le Secteur 2 », a témoigné un homme de 50 ans. Un autre a décrit avoir trouvé le corps d’un homme de 93 ans « criblé de balles » sur son lit. Une liste de 26 victimes, dont 3 femmes et 23 hommes âgés de 27 à 93 ans, a été établie par les résidents.

    Les combattants ont également incendié des dizaines de boutiques et pillé un centre médical. Selon des témoins, les assaillants ont spécifiquement visé des civils de sous-groupes de l’ethnie peule, comme la famille Tamboura, accusés de soutenir les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des auxiliaires de l’armée.

    Dans une réponse écrite, le Comité chariatique du GSIM au Burkina Faso a nié viser intentionnellement les civils, qualifiant les morts de « projectiles perdus » ou d’« allégations dénuées de fondement ».

    Les habitants de Djibo ont exprimé leur inquiétude face à la stratégie de l’armée qui, pour sécuriser la ville, s’appuie sur les VDP, créant un « climat de terreur » et divisant la communauté peule. Le gouvernement n’a fait aucune déclaration officielle sur l’attaque, mais la télévision nationale a confirmé qu’une riposte aérienne avait eu lieu.

    Attaque du GSIM à Youba, région du Nord, 3 août

    Le 3 août, le GSIM a assassiné au moins 14 civils, dont une femme et quatre enfants, dans le village de Youba. L’attaque était une punition contre la communauté qui n’avait pas respecté l’interdiction de cultiver des plantes hautes comme le maïs et le millet, jugées gênantes pour les opérations du groupe. « Ne vous avions-nous pas ordonné de ne pas cultiver cette année ? », auraient lancé les combattants.

    Deux des enfants, âgés de 12 et 14 ans, sont morts dans l’incendie d’une boutique où ils s’étaient réfugiés. Les assaillants ont également tué au moins 10 VDP. Des témoins ont raconté que des centaines de combattants ont pris d’assaut le village, pourchassant et abattant les hommes qu’ils croisaient. Les VDP locaux, dépassés, ont fui sans pouvoir protéger la population.

    Les forces armées, basées à 12 kilomètres, ne sont intervenues qu’après l’attaque. Le 11 août, le GSIM a de nouveau attaqué Youba, tuant cette fois des dizaines de soldats et de VDP qui construisaient une tranchée défensive autour du village.

    Attaque de l’EIS près de Gorom Gorom, région du Sahel, 28 juillet

    Le 28 juillet, l’EIS a pris pour cible un convoi humanitaire civil escorté par l’armée près de Gorom Gorom. Au moins neuf civils ont été tués. Le convoi, composé d’une centaine de camions, transportait de la nourriture et des fournitures essentielles vers la ville, assiégée par l’EIS depuis plus de trois ans.

    « Les camions transportaient de la nourriture […]. Aucune arme ou munition n’était à bord, c’était un convoi civil », a précisé un témoin. L’attaque s’est produite près du village de Balliata. « J’ai entendu de nombreux coups de feu et des cris. J’ai sauté du camion, je me suis accroupi les mains sur la tête et j’ai attendu mon sort », a raconté un survivant de 52 ans.

    Les assaillants ont incendié plusieurs camions. Les témoins ont identifié neuf victimes, dont deux femmes et sept hommes. Ni l’EIS ni le gouvernement n’ont communiqué sur cette attaque.

    Obligations légales et quête de justice

    Toutes les parties au conflit armé au Burkina Faso sont tenues de respecter le droit international humanitaire, qui interdit les exécutions sommaires et les attaques contre les civils. Le gouvernement a l’obligation d’enquêter et de poursuivre les responsables de crimes de guerre.

    Bien qu’un Pôle judiciaire spécialisé dans la répression des actes de terrorisme ait été créé en 2017 à Ouagadougou, ses enquêtes progressent lentement en raison d’un manque de moyens. Parallèlement, peu de progrès ont été réalisés pour poursuivre les membres des forces de sécurité gouvernementales impliqués dans de graves violations des droits humains.

    La nomination récente par l’Union africaine d’Évariste Ndayishimiye, président du Burundi, comme envoyé spécial pour le Sahel, représente une opportunité de renforcer la réponse de l’UA aux défis des droits humains au Burkina Faso. L’envoyé spécial devrait exhorter le gouvernement burkinabè à garantir que justice soit rendue pour les crimes commis par toutes les parties au conflit et à soutenir le Pôle judiciaire spécialisé.

  • Intervention humanitaire au Burkina Faso : action contre la faim en action

    Intervention humanitaire au Burkina Faso : action contre la faim en action

    Action contre la Faim au Burkina Faso : lutte contre la crise humanitaire

    Nos missions Burkina Faso

    Depuis 2008

    Burkina

    Nos missions Burkina Faso

    Données clés

    • Population : 23 548 781
    • PIB par habitant : 987,3
    • Indice de développement humain : 186 / 193
    • Volume opérationnel : 23 165 251
    • Personnes soutenues : 1 238 398
    • Espérance de vie : 61 ans
    • Équipe : 367
    • Burkina Faso

    Zones d’intervention

    1. Bobo-Dioulasso
    2. Dori
    3. Fada N’gourma
    4. Ouagadougou
    5. Ouahigouya
    6. Tenkodogo
    Carte Burkina Faso Ronde - BF02

    Depuis 2019, le Burkina Faso traverse une crise humanitaire majeure marquée par l’instabilité politique, des tensions sécuritaires persistantes et des aléas climatiques récurrents. En 2024, plus de 6,3 millions de personnes – dont 2,4 millions de déplacés internes – nécessitaient une assistance vitale. Parmi elles, 2,7 millions se trouvent en insécurité alimentaire aiguë, tandis que 611 500 individus (480 000 enfants et 131 500 femmes) souffrent de malnutrition aiguë sévère. Par ailleurs, 1,7 million de personnes requièrent un accès urgent à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement (EHA).

    Face à cette situation, Action contre la Faim (ACF) déploie une stratégie globale combinant aide d’urgence et développement durable. Le mécanisme RRM-Frontline permet une intervention rapide dans les zones les plus touchées, avec des distributions de nourriture, des kits d’abris, un soutien EHA et l’accès à l’eau potable. En partenariat avec l’Agence suédoise de coopération internationale et le BHA, ACF mène des programmes multisectoriels dans sept régions du pays. Ces interventions incluent des cliniques mobiles, le renforcement des centres de santé locaux, des initiatives de relance économique et l’amélioration des infrastructures hydrauliques et sanitaires. La dimension santé mentale et soutien psychosocial est également intégrée pour atténuer l’impact psychologique de la crise sur les populations vulnérables.

    L’organisation mise aussi sur l’approche Nexus, axée sur la résilience et la réduction des risques de catastrophe. En 2024, grâce à l’initiative PREPARE de l’USAID, ACF a renforcé les services de santé reproductive, maternelle, néonatale et nutritionnelle dans les zones les plus reculées. À l’ouest du pays, le projet BEOOLGO vise à consolider les services de santé décentralisés via la formation des professionnels locaux. Le programme YERETALI (Burkina Faso/Côte d’Ivoire) soutient la reconstruction du sud-ouest en améliorant les conditions de vie et en promouvant des moyens de subsistance durables.

    Ces initiatives, menées en collaboration avec des partenaires internationaux, offrent une réponse complète et coordonnée aux besoins des populations les plus affectées.

  • L’ONU s’alarme de la situation des droits humains et des élections au Mali

    L’ONU s’alarme de la situation des droits humains et des élections au Mali

    L’ONU s’alarme de la situation des droits humains et des élections au Mali

    Les Nations Unies expriment une vive préoccupation concernant la situation actuelle au Mali. Par l’intermédiaire de son Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, l’organisation dénonce fermement la suspension prolongée des processus électoraux et la recrudescence de la répression ciblant la société civile. M. Türk alerte sur les conséquences des récentes législations, estimant qu’elles pourraient durablement entraver le respect des droits fondamentaux au Mali. Il appelle instamment les autorités de transition à agir sans délai pour annuler ces textes juridiques controversés.

    Elections suspendues et répression : l'ONU tire la sonnette d'alarme sur la situation au Mali

    L’ONU tire la sonnette d’alarme. Par la voix de son Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk, les Nations Unies dénoncent la suspension indéfinie des élections au Mali et « l’intensification de la répression » contre la société civile. « Les lois adoptées ces derniers mois risquent de compromettre le respect des droits humains au Mali pendant longtemps », s’inquiète le Haut-Commissaire, qui « exhorte les autorités de transition à prendre des mesures concrètes et immédiates pour abroger ces lois problématiques »

    Consolidations de pouvoir et absence d’élections démocratiques

    En juillet, le général Assimi Goïta, dirigeant de la junte malienne depuis 2021, a promulgué une législation qui lui confère un mandat présidentiel prolongé, le positionnant de fait comme chef d’État à durée indéterminée. Selon Volker Türk, ces modifications légales ont « rendu impossible toute perspective d’élections démocratiques au Mali dans un futur proche », ce qui constitue une violation flagrante du droit fondamental des citoyens à s’engager dans la vie publique, à voter et à être élus lors de scrutins réguliers et authentiques. Il insiste sur la nécessité d’une abrogation rapide de ces dispositions.

    Cette situation fait suite à la dissolution des partis politiques, intervenue en mai, dont le sort est actuellement entre les mains de la Cour Constitutionnelle du Mali.

    Vague d’arrestations et urgence de la désescalade

    Parallèlement à ces évolutions législatives, le Mali est le théâtre d’une série d’arrestations visant des figures éminentes de la société civile et d’anciens dirigeants politiques. Parmi eux, on compte Clément Dembélé, connu pour son engagement anticorruption, et l’ex-Premier ministre Choguel Maïga.

    Le Haut-Commissaire Volker Türk exprime sa « profonde inquiétude face à la hausse significative des détentions de citoyens maliens de divers horizons, souvent sous des chefs d’accusation vagues d’atteinte à la réputation de l’État, simplement pour avoir exprimé leurs points de vue ». Il lance un appel pressant pour la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes arbitrairement emprisonnées, insistant sur la nécessité d’« arrêter sans tarder l’utilisation abusive de la loi pour étouffer toute forme de dissidence ».

  • Mali : la junte face à la dénonciation de Volker Türk sur la dérive autoritaire

    Mali : la junte face à la dénonciation de Volker Türk sur la dérive autoritaire

    Une situation politique alarmante au Mali

    Le Haut-Commissaire aux droits humains de l’ONU, Volker Türk, a récemment alerté sur la dégradation accélérée de la situation politique au Mali. Selon lui, le pays s’enfonce dans une logique de plus en plus autoritaire, où les libertés fondamentales des citoyens sont menacées. Cette évolution inquiétante s’accompagne d’une concentration des pouvoirs entre les mains du général Assimi Goïta, chef de l’État depuis 2020.

    Des réformes constitutionnelles controversées

    Depuis le coup d’État qui a renversé l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, plusieurs mesures ont été adoptées pour renforcer l’emprise du pouvoir en place. Volker Türk souligne que ces changements juridiques rendent toute élection démocratique improbable à court ou moyen terme. Notamment, une loi adoptée le 8 juillet dernier permet au général Goïta de prolonger son mandat indéfiniment, « jusqu’à la pacification du pays ». Par ailleurs, un décret présidentiel a dissous l’ensemble des partis politiques et organisations à caractère politique, une décision qualifiée de « violation flagrante du droit des Maliens à participer aux affaires publiques ».

    Répression et arbitraire : les opposants dans le viseur

    La répression s’intensifie contre toute forme de dissidence. L’ancien Premier ministre Moussa Mara, figure de l’opposition, en a fait les frais : arrêté le 1er août pour « atteinte à la crédibilité de l’État », il est accusé d’avoir exprimé son soutien à des détenus d’opinion sur le réseau social X. Volker Türk dénonce une « instrumentalisation de la justice pour museler les voix critiques » et s’inquiète de l’augmentation des arrestations arbitraires touchant tous les milieux sociaux.

    Violences et insécurité : un climat explosif

    Le Mali reste également en proie à des attaques djihadistes menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et par Daech. Ces groupes terroristes, actifs aux frontières du Burkina Faso et du Niger, justifient les opérations militaires de l’armée malienne, soutenue par les mercenaires de l’Africa Corps (ex-Groupe Wagner). Cependant, ces interventions ciblent aussi les populations civiles, avec des centaines d’exécutions extrajudiciaires, de détentions arbitraires et de disparitions forcées signalées depuis avril.

    Pour les Nations Unies, la combinaison d’une transition politique bloquée et d’une répression généralisée risque d’aggraver l’instabilité et de plonger le Mali dans un cycle de violences prolongées. Volker Türk appelle à une restauration urgente des libertés fondamentales et du processus électoral pour éviter une crise durable.

  • Burkina Faso : la criminalisation des relations homosexuelles marque un tournant

    Burkina Faso : la criminalisation des relations homosexuelles marque un tournant

    Le 1er septembre, l’Assemblée législative de transition du Burkina Faso a promulgué une législation classifiant les relations homosexuelles consenties comme une infraction pénale. Cette décision représente une régression significative pour les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT). Dorénavant, les individus reconnus coupables d’homosexualité s’exposent à des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement, assorties d’amendes.

    Cette nouvelle disposition légale compromet gravement les droits fondamentaux des personnes LGBT à la non-discrimination et au respect de la vie privée. Son adoption s’inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés civiques et politiques, caractérisé par une forte répression exercée par la junte militaire à l’encontre de l’opposition politique, des médias et de toute forme de contestation pacifique.

    Jusqu’à présent, le Burkina Faso se distinguait par l’absence de législation criminalisant les relations consensuelles entre adultes de même sexe. Contrairement à de nombreux pays africains, le Code pénal burkinabè n’était pas un héritage colonial interdisant spécifiquement la sodomie.

    La clause de criminalisation, intégrée au sein du Code des personnes et de la famille, a été adoptée à l’unanimité par les 71 membres de l’Assemblée. Elle prévoit des sanctions, incluant des peines de prison et des amendes, pour les « comportements […] de nature à promouvoir les pratiques homosexuelles et pratiques assimilées ».

    Le ministre de la Justice et des Droits humains du Burkina Faso, Edasso Rodrigue Bayala, a justifié cette législation en affirmant qu’elle répond aux « aspirations profondes de notre société » et qu’elle témoigne d’un « respect des valeurs culturelles » nationales.

    Cette décision de la junte burkinabè, qui criminalise les relations consensuelles entre personnes de même sexe, est en contradiction directe avec ses engagements internationaux, notamment ceux découlant de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

    Il est à noter que des décisions judiciaires récentes dans d’autres nations africaines, telles que le Botswana, Maurice et la Namibie, ont statué que les lois pénalisant les comportements homosexuels violaient les droits à la vie privée et à la non-discrimination des individus LGBT.

    Au-delà de la violation des droits humains essentiels, de telles lois tendent à exacerber la violence et les abus à l’encontre des personnes LGBT. En 2014, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) avait déjà exhorté les États membres de l’Union africaine à « mettre un terme aux actes de violation et d’abus » visant des personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

    En conséquence, il est impératif que le président de la junte du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, s’abstienne de ratifier le Code des personnes et de la famille dans sa forme actuelle. Il devrait plutôt le soumettre à une révision parlementaire afin d’assurer qu’il respecte pleinement les droits à la non-discrimination et à la vie privée de tous les citoyens burkinabè, sans distinction d’orientation sexuelle ou d’identité de genre.

  • Liberté syndicale au Niger : dissolution illégale et répression des syndicats judiciaires

    Liberté syndicale au Niger : dissolution illégale et répression des syndicats judiciaires

    Dissolution et répression des syndicats du secteur judiciaire au Niger : une violation des libertés fondamentales

    Tingey Injury Law Firm / Unsplash

    L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dénonce avec fermeté la dissolution de cinq syndicats du secteur judiciaire nigérien. Ces décisions, prises par le ministre de l’Intérieur le 7 août 2025, s’accompagnent de la radiation de deux magistrats leaders du Syndicat autonome des magistrats du Niger (Saman), pour avoir critiqué ces mesures. L’Observatoire exige l’annulation immédiate de ces décisions et le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté syndicale et d’association, conformément aux engagements internationaux du Niger.

    Le 7 août 2025, le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur du Niger, a signé cinq arrêtés dissolvant les principaux syndicats du secteur judiciaire : le Saman, l’Union des magistrats du Niger (Uman), le Syndicat national des agents de justice (Snaj), le Syndicat des cadres et agents techniques du ministère de la Justice (Syncat) et le Syndicat indépendant des magistrats du Niger (Siman). Ces arrêtés, dépourvus de toute justification écrite, ont été pris sans base légale solide.

    Le lendemain, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a justifié ces mesures lors d’un point de presse, évoquant des « dérives répétées nuisant au bon fonctionnement du service public » et accusant les syndicats de privilégier des « intérêts personnels ». En réaction, le Saman et l’Ordre des avocats du Niger ont organisé une grève les 14 et 15 août 2025 pour protester contre ces dissolutions.

    Selon l’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), ces dissolutions violent le Code du travail nigérien et les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), ratifiées par le Niger. L’ordonnance N°84-06 de 1984, invoquée par le gouvernement, ne s’applique qu’aux associations à but non lucratif et non aux syndicats, qui relèvent d’un cadre juridique distinct. Ces décisions sont donc juridiquement nulles et inopposables.

    Face à cette répression, les autorités nigériennes ont sanctionné deux figures majeures du Saman. Le 14 août, le président Abdourahamane Tiani a radié Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane, secrétaire général du syndicat, pour avoir critiqué les dissolutions et réclamé un droit de réponse. Le 15 août, Moussa Mahamadou, secrétaire général adjoint, a subi le même sort, après avoir dénoncé la radiation de son supérieur et appelé à une grève générale. Ces sanctions, prises en moins de 24 heures, illustrent une volonté d’intimidation du pouvoir judiciaire.

    Ces mesures portent atteinte à la séparation des pouvoirs et à l’indépendance de la justice, piliers de la démocratie. Elles violent la liberté syndicale, garantie par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) (article 22), la Charte de la refondation du Niger (article 36) et les conventions de l’OIT (Conventions n°87 et n°98). L’Ordre des avocats du Niger a également alerté sur le risque de compromission de la liberté d’expression et du droit à la défense.

    L’Observatoire souligne que ces dissolutions s’inscrivent dans un contexte plus large de restriction des libertés au Niger. Depuis des mois, les défenseurs des droits humains, comme Moussa Tchangari, sont victimes d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées. Ces agissements menacent gravement l’état de droit et la démocratie.

    L’Observatoire appelle les autorités nigériennes à révoquer immédiatement les arrêtés de dissolution et à réintégrer Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane et Moussa Mahamadou dans leurs fonctions. Il exige également la fin de toute forme de harcèlement envers les syndicats et les défenseurs des droits humains, et le plein respect des libertés syndicales et d’association, conformément aux engagements nationaux et internationaux du Niger.

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  • Burkina Faso : expulsion d’une responsable onusienne après un rapport accablant

    Burkina Faso : expulsion d’une responsable onusienne après un rapport accablant

    Burkina Faso : expulsion d’une responsable onusienne après un rapport accablant

    La junte militaire au Burkina Faso a pris une décision radicale en début de semaine en déclarant persona non grata Carol Flore-Smereczniak, principale représentante des Nations Unies dans le pays. Cette mesure intervient après la publication d’un rapport critique de l’ONU dénonçant les violations des droits des enfants dans un contexte de conflit armé persistant.

    une expulsion qui s’inscrit dans une série de tensions avec l’ONU

    Carol Flore-Smereczniak devient la deuxième haute responsable onusienne expulsée par les autorités burkinabè en trois ans. En 2022, Barbara Manzi, alors coordinatrice résidente, avait subi le même sort, illustrant une intolérance croissante envers toute forme de surveillance extérieure. Le porte-parole de la junte accuse la responsable d’avoir contribué à la rédaction du dernier rapport onusien, qui met en lumière des violences graves commises à l’encontre de mineurs.

    un rapport accablant sur les atteintes aux droits des enfants

    Le document de l’ONU révèle des chiffres alarmants : entre juillet 2022 et juin 2024, 2 483 violations graves ont été recensées, touchant 2 255 enfants. Parmi ces actes, on compte des meurtres, des enlèvements, mais aussi le recrutement forcé d’enfants par des groupes armés et des forces de sécurité. 65 % des abus seraient imputables à des groupes islamistes, tandis que les forces burkinabè et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) seraient responsables du reste.

    Le rapport souligne également une hausse inquiétante des attaques contre les écoles et s’alarme de la détention arbitraire d’enfants, souvent accusés à tort de liens avec des groupes armés. Ces pratiques ont été largement documentées par des organisations comme Human Rights Watch depuis 2016, mettant en évidence un climat de violence généralisé affectant les jeunes générations.

    une junte en désaccord avec les conclusions de l’ONU

    Les autorités burkinabè rejettent catégoriquement les conclusions du rapport, qu’elles qualifient de partiales et inappropriées. En mars 2025, le ministre des Affaires étrangères a vivement critiqué l’utilisation par l’ONU de termes comme « groupes armés non étatiques » pour désigner les groupes terroristes, ou encore la qualification des VDP de « milices ». En juillet, il a exigé un recentrage des interventions onusiennes au Burkina Faso, afin d’aligner leur action sur la vision politique du pays.

    une répression systématique des voix critiques

    Depuis le coup d’État de 2022, les militaires au pouvoir mènent une politique de répression contre les médias, l’opposition et les dissidents. Plutôt que de nier les abus, la junte devrait, selon les observateurs, collaborer avec l’ONU pour mettre un terme à ces violences. Un plan d’action conjoint pourrait ainsi être élaboré pour protéger les populations, en particulier les enfants, victimes collatérales d’un conflit qui s’éternise.

  • Libération de journalistes et d’un militant au Burkina Faso après des mois de détention illégale

    Libération de journalistes et d’un militant au Burkina Faso après des mois de détention illégale

    Libération après des mois de privation de liberté illégale

    Cinq journalistes et un militant des droits humains ont été libérés au Burkina Faso début juillet 2025, après avoir été illégalement enrôlés de force dans l’armée par la junte militaire. Ces libérations, bien que positives, soulèvent des questions sur le sort de plusieurs autres personnes portées disparues depuis 2024 sans aucune information sur leur localisation.

    Des arrestations liées à la critique du régime

    Le 24 mars 2024 à Ouagadougou, Guezouma Sanogo, Boukari Ouoba et Phil Roland Zongo, membres de l’Association des journalistes du Burkina (AJB), ainsi que Luc Pagbelguem, journaliste à la chaîne privée BF1, ont été arrêtés pour avoir dénoncé les restrictions imposées à la liberté d’expression par la junte au pouvoir. Leur conscription forcée a été confirmée par une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 2 avril 2024, montrant trois d’entre eux en uniforme militaire.

    Quant à Phil Roland Zongo, sa conscription illégale n’a été rendue publique qu’au moment de sa libération. Son cas illustre l’opacité entourant ces pratiques répressives.

    Des disparitions forcées toujours non élucidées

    Le 18 juin 2024, Kalifara Séré, commentateur sur BF1 TV, a disparu après une réunion avec le Conseil supérieur de la communication (CSC), l’autorité de régulation des médias au Burkina Faso. Ce dernier avait exprimé des doutes sur l’authenticité de photographies du chef de l’État. En octobre 2024, les autorités ont confirmé son enrôlement forcé, tout comme celui de deux autres journalistes, Serge Oulon et Adama Bayala, dont le sort reste inconnu.

    Un autre cas inquiétant concerne Lamine Ouattara, membre du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), enlevé à son domicile par des hommes en civil se prétendant membres des services de renseignement. Des proches ont confirmé son enrôlement illégal.

    Une stratégie de répression systématique

    Human Rights Watch a documenté l’utilisation par la junte d’une loi d’urgence pour réprimer les voix critiques. Cette loi permet d’enrôler de force des journalistes, des militants des droits humains et même des magistrats, afin de les faire taire. Pourtant, la conscription légale doit respecter des règles strictes : informer les conscrits de la durée de leur service et leur offrir la possibilité de contester cette obligation.

    Les autorités burkinabè doivent mettre fin immédiatement à ces pratiques illégales et libérer toutes les personnes encore détenues arbitrairement. La conscription ne doit plus servir d’outil de répression contre les médias et les opposants.

  • Mauritanie : les véritables défis du dialogue national selon la société civile

    Mauritanie : les véritables défis du dialogue national selon la société civile

    Un dialogue national centré sur l’inclusion et la refondation de l’État

    Le dialogue national en Mauritanie, piloté par Moussa Fall, mise sur une participation élargie de la société civile. L’objectif ? Garantir une gouvernance inclusive et renforcer la légitimité des décisions prises. Ce processus s’annonce crucial pour façonner l’avenir du pays.

    Les propositions du think tank Mauritanie Perspectives

    Amadou Doudou Diallo, ancien responsable du Bureau Organisation et Méthode (BOM) à la présidence, souligne le rôle clé du document produit par Mauritanie Perspectives. Ce texte plaide pour un dialogue de rupture avec les anciennes méthodes. Il insiste sur l’importance d’un moment de partage entre toutes les forces vives de la société mauritanienne. L’enjeu ? Une refondation de l’État face aux défis majeurs du pays. Pour y parvenir, il est essentiel de mettre en place un mécanisme de suivi pour appliquer les recommandations et décisions. La société civile, en tant qu’intermédiaire entre les dirigeants et les citoyens, joue un rôle central dans ce processus.

    L’engagement du CERIM dans le dialogue

    Houssein Dieng, administrateur du Cadre d’Échanges en République Islamique de Mauritanie (CERIM), un espace de débats, salue l’initiative du président. Pour lui, le dialogue est une arme pacifique pour résoudre les contradictions et les antagonismes. Le CERIM y contribue activement, en abordant des sujets sensibles comme le passif humanitaire et l’esclavage, deux enjeux majeurs pour l’avenir de la Mauritanie.

  • La drépanocytose au Niger : initiatives et espoirs pour une meilleure prise en charge

    La drépanocytose au Niger : initiatives et espoirs pour une meilleure prise en charge

    La drépanocytose au Niger : initiatives et espoirs pour une meilleure prise en charge

    Imaginez l’impact qu’une simple analyse sanguine pré-mariage pourrait avoir sur des vies. Au Niger, la drépanocytose, une maladie génétique héréditaire et souvent méconnue, continue d’affecter des milliers d’enfants chaque année, engendrant une souffrance silencieuse pour de nombreuses familles.

    Le médecin-colonel Mariam Boureima Djibo, directrice du Centre National de Référence de la Drépanocytose (CNRD), témoigne de la détresse vécue par certains parents, contraints d’abandonner leur enfant faute de moyens pour les médicaments essentiels. Cette réalité souligne l’urgence d’un soutien médical et social renforcé pour les patients atteints de drépanocytose au Niger.

    La drépanocytose au Niger : une prévalence préoccupante

    Bien que des données nationales exhaustives manquent, les signaux d’alerte dans diverses régions du Niger sont clairs. La drépanocytose survient lorsque l’enfant hérite du gène défectueux de ses deux parents (forme homozygote SS). La haute prévalence de porteurs sains, souvent inconscients de leur statut, contribue à la persistance de cette maladie génétique. Pour cette raison, le dépistage prénuptial et le conseil génétique sont des outils essentiels pour la prévention de la drépanocytose, permettant aux couples à risque de prendre des décisions éclairées. Le CNRD joue un rôle pivot dans la promotion de ces pratiques à l’échelle nationale.

    La Dre Mariam Boureima Djibo insiste sur l’importance de garantir l’accès aux soins pour tous, indépendamment de la situation économique. Cette conviction a guidé le CNRD vers des actions concrètes : plaidoyer pour la gratuité de certains médicaments, renforcement de l’assistance sociale et mise en place de dispositifs d’accompagnement pour les familles vulnérables.

    Des avancées significatives dans la prise en charge

    Parmi les initiatives phares du CNRD, un programme pilote de dépistage néonatal de la drépanocytose a été lancé à la Maternité Issaka Gazobi. Ce programme a permis d’identifier précocement des nouveau-nés affectés, ouvrant la voie à une prise en charge rapide et adaptée. Comme le souligne la Dre Marie Ousseini, pédiatre impliquée dans le projet : « Détecter la drépanocytose dès les premiers jours de vie, c’est offrir à ces enfants une chance réelle de vivre mieux, plus longtemps, et avec moins de souffrance ».

    Ce dépistage s’intègre dans une stratégie de lutte contre la drépanocytose plus vaste, incluant la sensibilisation communautaire, la formation du personnel médical et l’accompagnement psychosocial des familles. D’autres actions essentielles sont mises en œuvre, telles que le suivi médical régulier, la subvention des médicaments, l’éducation thérapeutique, le soutien psychologique et une collaboration étroite avec les associations de patients.

    Réalisations et perspectives d’avenir du CNRD

    Sous la direction de la Dre Mariam, le CNRD a enregistré des progrès notables. Ces réalisations comprennent la création d’une salle de soins intensifs, le recrutement de spécialistes (psychologue, épidémiologiste, réanimatrice), l’acquisition d’équipements de pointe, une sensibilisation accrue et le dépistage gratuit de plus de 2 000 jeunes en 2024.

    Les projets à venir sont ambitieux et visent à renforcer davantage la prévention et les soins de la drépanocytose au Niger :

    • Extension du dépistage prénuptial à toutes les régions.
    • Amélioration du système d’information sanitaire.
    • Renforcement de l’accompagnement psychosocial.
    • Intégration de la drépanocytose dans les politiques nationales de santé.
    • Construction d’un nouveau centre de référence à Niamey.
    • Organisation tournante de la Journée mondiale de lutte contre la drépanocytose.

    La drépanocytose n’est pas une fatalité. Des solutions concrètes et accessibles existent, mais elles nécessitent un engagement actif de tous les acteurs sociaux. La lutte repose sur des leviers essentiels : le dépistage préventif de la drépanocytose avant le mariage, l’information des enfants par leurs parents, la sensibilisation des communautés par les leaders locaux, et l’engagement des décideurs en faveur de politiques de santé inclusives et durables.

    L’appui essentiel de l’OMS au Niger

    L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est un partenaire crucial du CNRD dans cette lutte. À l’occasion de la Journée mondiale de la drépanocytose, célébrée le 19 juin 2024, l’OMS a fait un don significatif de médicaments et de consommables médicaux au centre, renforçant ainsi la prise en charge des patients. Mme Asmaou Salifou, mère de trois enfants drépanocytaires sur huit, a exprimé sa profonde gratitude pour cette aide vitale.

    Au-delà de ce soutien matériel, l’OMS s’engage à renforcer les capacités du CNRD. Lors d’une visite le 28 janvier 2025, le Représentant intérimaire de l’OMS au Niger, Dr Casimir Manengu, a salué l’existence du centre et a suggéré sa décentralisation pour « pouvoir toucher tous ceux dans le besoin sur l’étendue du territoire national ».

    Selon le Dr Batouré Oumarou, l’OMS prévoit également d’appuyer la mobilisation de partenaires techniques et financiers, de mener des actions de plaidoyer en faveur du CNRD, et de soutenir la réalisation d’études scientifiques pour éclairer les prises de décision. Ces perspectives d’appui témoignent de la volonté de l’OMS Niger de renforcer durablement la lutte contre la drépanocytose au Niger.

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  • Disparition forcée de défenseurs des droits humains au Burkina Faso : Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo portés disparus

    Disparition forcée de défenseurs des droits humains au Burkina Faso : Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo portés disparus

    Disparition forcée de deux militants des droits humains au Burkina Faso : Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo toujours introuvables

    ©Balai citoyen

    Le Burkina Faso est aujourd’hui sous le feu des projecteurs en raison de la disparition forcée de deux éminents défenseurs des droits humains. Miphal Ousmane Lankoandé, sociologue et secrétaire exécutif du mouvement citoyen « Balai citoyen », ainsi qu’Amadou Sawadogo, cadre actif de ce même mouvement, ont été enlevés dans des circonstances troubles, laissant leurs proches et la communauté internationale sans nouvelles.

    Contexte des enlèvements : des militants ciblés pour leurs positions critiques

    Le Balai citoyen, créé en 2013, est une organisation qui milite pour une société plus juste et intègre au Burkina Faso. Ses membres, comme Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo, s’engagent activement pour les droits humains et la démocratie dans un contexte politique de plus en plus répressif.

    Amadou Sawadogo a été convoqué à deux reprises au service régional de la sûreté de l’État à Ouagadougou. Lors de son interrogatoire, il aurait été contraint de révéler les domiciles de deux autres militants, désormais en clandestinité. Il a disparu le 21 mars 2025, après sa dernière convocation, sans que les autorités ne fournissent d’explications sur sa localisation.

    Quant à Miphal Ousmane Lankoandé, il a été enlevé le 30 mars 2025 devant son domicile à Ouagadougou, à son retour d’une formation en Bénin. Des hommes se présentant comme des gendarmes l’ont intercepté devant son épouse. Malgré les démarches de ses avocats auprès des institutions, aucune information n’a été communiquée sur son sort.

    À ce jour, Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo restent portés disparus, et leurs familles, ainsi que leurs collègues, ignorent tout de leur localisation.

    Un climat répressif croissant au Burkina Faso

    Ces enlèvements s’inscrivent dans un contexte de répression accrue contre les défenseurs des droits humains, les journalistes et les militants politiques au Burkina Faso. Plusieurs cas similaires ont été recensés ces derniers mois :

    • Me Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du Balai citoyen, arrêté en janvier 2024 à l’aéroport de Ouagadougou, puis détenu arbitrairement pour « complot et association de malfaiteurs ».
    • Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo, enlevés de force et enrôlés dans l’armée burkinabè en février 2024, malgré une décision judiciaire les protégeant.
    • Plusieurs journalistes, dont Guezouma Sanogo, Boukary Ouoba et Luc Pagbeguem, enlevés en mars 2025 et toujours portés disparus.

    L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains souligne que ces pratiques s’inscrivent dans une stratégie plus large de musellement de la société civile. Les autorités militaires au pouvoir au Burkina Faso ont notamment instauré des décrets permettant la réquisition de toute personne âgée de plus de 18 ans, un outil utilisé pour cibler les opposants et les militants.

    Appel à l’action : exiger la libération immédiate des deux militants

    L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains exhorte les autorités burkinabè à :

    1. Garantir l’intégrité physique et psychologique de Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo, ainsi que de tous les défenseurs des droits humains au Burkina Faso ;
    2. Révéler sans délai le sort et la localisation des deux militants, leur permettre de contacter leurs familles et les libérer inconditionnellement ;
    3. Mettre fin à la pratique des disparitions forcées et à l’enrôlement forcé des défenseurs des droits humains et des journalistes ;
    4. Cesser tout harcèlement judiciaire à leur encontre et garantir leur sécurité pour qu’ils puissent poursuivre leurs activités légitimes ;
    5. Respecter les libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, conformément aux normes internationales.

    Voici les coordonnées des autorités à contacter pour exiger la libération des deux militants :

    Il est également recommandé de contacter les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans votre pays pour exiger la libération des deux militants.

    Un appel urgent à la solidarité internationale

    Les disparitions forcées de Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo rappellent la nécessité d’une mobilisation internationale pour défendre les droits humains au Burkina Faso. Chaque voix compte pour faire pression sur les autorités et exiger la fin de ces pratiques inacceptables.

    Pour soutenir la cause des défenseurs des droits humains, vous pouvez contacter l’Observatoire via :

    • Email : [email protected]
    • Téléphone (FIDH) : +33 1 43 55 25 18
    • Téléphone (OMCT) : + 41 22 809 49 39

    Ensemble, exigeons justice pour Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo, et protégeons ceux qui se battent pour un Burkina Faso plus libre et plus juste.

  • Niger : deux ans de détention arbitraire pour l’ex-président Mohamed Bazoum

    Niger : deux ans de détention arbitraire pour l’ex-président Mohamed Bazoum

    L’ancien président nigérien toujours privé de liberté sans jugement

    Depuis deux ans, l’ex-président nigérien Mohamed Bazoum est maintenu en détention sans fondement juridique valable. Son arrestation, survenue lors d’un coup d’État militaire le 26 juillet 2023, s’accompagne d’une privation systématique de ses droits fondamentaux. Toujours détenu au palais présidentiel de Niamey, il n’a aucun accès à sa famille ni à une assistance juridique, tandis que son immunité présidentielle a été levée en 2024 pour permettre des poursuites politiques.

    Une détention qualifiée d’arbitraire par plusieurs instances internationales

    Les autorités nigériennes, dirigées par le général Abdourahamane Tiani à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), font face à des condamnations unanimes. Human Rights Watch et l’ONU dénoncent une violation flagrante de l’État de droit, soulignant que la détention de Mohamed Bazoum et de son épouse Hadiza Bazoum constitue une atteinte directe aux droits humains.

    • En décembre 2023, la Cour de justice de la CEDEAO a ordonné la libération immédiate de l’ancien président après avoir reconnu sa détention comme arbitraire.
    • En février 2025, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a confirmé cette analyse, exigeant leur remise en liberté sans délai.
    • Malgré ces décisions, Mohamed Bazoum reste incarcéré, tandis que la junte a engagé une procédure pour le juger pour « haute trahison » et « atteinte à la sûreté nationale ».

    Des poursuites motivées par des raisons politiques

    Les allégations portées contre Mohamed Bazoum n’ont jamais été étayées par des preuves tangibles. Les experts en droits humains pointent une stratégie claire : discréditer l’ancien président et ses soutiens pour consolider le pouvoir de la junte. Reed Brody, membre de l’équipe de défense de Mohamed Bazoum, dénonce une « détention cruelle et illégale » qui prive l’ancien dirigeant de tout contact avec ses proches ou ses avocats.

    Les observateurs s’inquiètent des conséquences de cette situation sur la stabilité régionale. Le Niger, ancien bastion de la démocratie en Afrique de l’Ouest, s’éloigne chaque jour davantage des principes démocratiques, tandis que la junte multiplie les restrictions contre l’opposition, les médias et la société civile.

    Un processus judiciaire entaché d’irrégularités

    La levée de l’immunité présidentielle de Mohamed Bazoum en 2024 a ouvert la voie à un procès bâclé, marqué par des irrégularités procédurales. Sans audience préliminaire ni date fixée pour son jugement, l’ancien président est maintenu dans l’incertitude juridique la plus totale. Cette situation contraste avec les normes internationales exigeant un procès équitable et transparent.

    Le Niger s’isole sur la scène internationale

    La junte militaire a choisi de se retirer de la CEDEAO en janvier 2025, une décision qui affaiblit encore davantage sa légitimité. En maintenant Mohamed Bazoum en détention, elle envoie un signal alarmant : celui d’un pouvoir qui privilégie la force à la démocratie. Human Rights Watch alerte sur les risques de déstabilisation accrus dans une région déjà fragilisée par les coups d’État et l’instabilité politique.

    Pour Ilaria Allegrozzi, chercheuse spécialiste du Sahel, « chaque jour supplémentaire de détention éloigne le Niger de la démocratie et renforce l’image d’un régime autoritaire ». Les appels à la libération immédiate de Mohamed Bazoum, lancés par les Nations Unies et les organisations de défense des droits humains, restent pour l’instant ignorés par les autorités nigériennes.