Cotonou, capitale stratégique de l’énergie en Afrique
Pour la première fois, Cotonou se positionne comme l’épicentre d’une réflexion continentale majeure : comment l’énergie peut devenir le moteur d’une croissance économique durable en Afrique. Du 28 au 30 octobre, la capitale économique du Bénin accueille le 12ᵉ Sommet des think tanks africains, une rencontre inédite où décideurs politiques, experts et partenaires internationaux redéfinissent les contours de la transition énergétique du continent.
Organisé sous l’égide de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF), en partenariat avec le gouvernement béninois et la Commission de l’Union africaine, cet événement marque un tournant décisif dans l’approche africaine de l’accès à l’électricité. Plus qu’une simple question d’infrastructures, les discussions portent sur l’intégration de l’énergie comme levier de transformation industrielle, de compétitivité des entreprises et d’amélioration des conditions de vie.
L’enjeu ? Passer d’une logique de raccordement à une stratégie globale où chaque watt compte pour l’économie réelle.
De l’accès à l’électricité à la puissance économique : la nouvelle donne africaine
Le thème central du sommet – « De l’accès à l’énergie à la transformation économique : voies politiques pratiques pour la viabilité, la croissance et la réforme du secteur électrique en Afrique » – résume à lui seul l’ambition portée par les participants. Au-delà de l’objectif classique de généralisation de l’électricité, l’accent est mis sur trois piliers indissociables :
- L’efficacité productive : comment l’énergie alimente-t-elle les usines, les exploitations agricoles et les commerces ?
- La compétitivité : un réseau électrique fiable et abordable peut-il attirer les investissements étrangers ?
- L’impact social : l’électricité améliore-t-elle concrètement le quotidien des citoyens ?
Les organisateurs rappellent un constat brutal : un approvisionnement électrique erratique ou trop coûteux freine les initiatives privées, décourage l’industrialisation et limite le potentiel des pays africains. À l’inverse, un système optimisé devient un accélérateur de développement, capable de créer des emplois, de réduire la pauvreté et de stimuler l’innovation.
Quand les villes deviennent le terrain d’expérimentation
L’énergie ne se décrète pas seulement au niveau national. Son impact se mesure d’abord dans les villes, les quartiers et les campagnes, là où les retombées économiques et sociales sont les plus visibles. Luc Gnacadja, maire de Cotonou, a rappelé lors de l’ouverture que l’électricité conditionne le dynamisme des services publics, la vitalité des marchés locaux et même la sécurité des citoyens.
Pour les collectivités locales, les défis sont multiples :
- Garantir un approvisionnement continu pour les hôpitaux et les écoles.
- Soutenir les PME via des tarifs accessibles et une distribution stable.
- Intégrer les énergies renouvelables dans les stratégies urbaines.
Le sommet de Cotonou devient ainsi un laboratoire où se croisent les ambitions nationales et les réalités territoriales.
Financement, institutions et réformes : les clés d’une transition réussie
Si les infrastructures électriques nécessitent des milliards d’investissements, leur financement ne suffit pas. La modernisation du secteur exige également :
- Des institutions solides : capaces de concevoir des politiques cohérentes et de les adapter aux spécificités locales.
- Une régulation efficace : pour équilibrer les intérêts des opérateurs, des consommateurs et des investisseurs.
- Des modèles innovants : combinant partenariats publics-privés, fonds souverains africains et aides internationales.
Mamadou Biteye, secrétaire exécutif de l’ACBF, a insisté sur la nécessité de « transformer les watts en emplois », en liant chaque euro investi à un impact mesurable sur la croissance. Cette approche implique de repenser les critères d’évaluation : au-delà des kilomètres de câbles posés, ce sont les retombées économiques qui doivent primer.
Le Bénin, acteur clé d’une dynamique continentale
En accueillant cette édition, le Bénin confirme son rôle de pionnier dans la refonte du secteur énergétique africain. Lors de la cérémonie d’ouverture, Aristide Médenou, ministre béninois de l’Économie et des Finances, a appelé à une « évaluation sans concession » des politiques publiques :
- Combien d’entreprises locales ont pu se développer grâce à un meilleur accès à l’électricité ?
- Quel est le taux de retour sur investissement des projets énergétiques ?
- Dans quelle mesure l’énergie améliore-t-elle la productivité agricole et industrielle ?
Ces questions, au cœur des débats, reflètent une volonté de passer de la théorie à l’action.
Vers un nouveau modèle énergétique pour l’Afrique
Les trois jours de travaux à Cotonou ont révélé une prise de conscience collective : l’Afrique ne peut plus se contenter d’être un consommateur passif d’énergie. Le continent doit désormais inventer son propre modèle, où l’électricité devient un levier de souveraineté économique.
Les pistes explorées incluent :
- Le développement des énergies renouvelables (solaire, éolien) pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles.
- La digitalisation des réseaux pour améliorer la gestion et réduire les pertes.
- L’harmonisation des politiques énergétiques entre pays africains pour créer un marché intégré.
Le sommet s’achève sur une note optimiste : si les défis restent immenses, les outils pour les relever sont désormais identifiés. Reste à les déployer. Cotonou a posé les jalons d’une révolution énergétique en marche – celle qui pourrait enfin faire de l’électricité le moteur d’une croissance partagée.