Cotonou, novembre 2026 — Une rencontre historique se joue dans les couloirs de l’état-major général des Forces armées béninoises (FAB). Le lieutenant-général Derby Guerrier, chef d’état-major des Forces armées d’Haïti (FAd’H), franchit une étape décisive en se rendant au Bénin pour relancer une coopération militaire en pleine mutation. Accueilli par le général Fructueux Gbaguidi, cette visite marque un tournant stratégique dans les relations entre les deux nations, alors qu’Haïti fait face à une crise sécuritaire sans précédent.
Une visite chargée de symboles : entre héritage et renouveau stratégique
L’arrivée du général Guerrier à Cotonou n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans la continuité d’une proposition audacieuse formulée en 2024 par le président béninois Patrice Talon : l’engagement du Bénin à déployer un contingent de 1 500 militaires en Haïti, avec une capacité d’extension à 2 000 hommes. Une offre qui s’inscrivait alors dans le cadre de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), mais qui n’a jamais abouti en raison de désaccords persistants sur le commandement, le financement et l’organisation opérationnelle.
Cette rencontre entre les deux chefs d’état-major ravive donc une question majeure : comment concrétiser cette ambition solennelle ? Autrement dit, cette visite pourrait-elle enfin débloquer les verrous qui ont empêché jusqu’alors une participation effective du Bénin aux efforts internationaux de stabilisation haïtienne ?
Coopération militaire : quand les défis sécuritaires créent des ponts entre deux nations
Les enjeux sécuritaires d’Haïti et du Bénin, bien que différents dans leur manifestation, partagent des points communs troublants. À Port-au-Prince, la montée en puissance des groupes armés et l’affaiblissement des institutions publiques menacent la stabilité du pays. À Cotonou, le terrorisme progresse dans le nord, tandis que les risques transfrontaliers imposent une adaptation constante des dispositifs de défense.
Cette convergence de défis offre une opportunité unique : échanger des savoir-faire et renforcer les capacités opérationnelles.
Des échanges stratégiques aux retombées concrètes
Les discussions entre les deux généraux pourraient se concentrer sur plusieurs axes prioritaires :
- La formation des militaires : mutualiser les bonnes pratiques pour améliorer l’efficacité des troupes ;
- Le renseignement et la planification : développer des outils adaptés aux nouvelles menaces asymétriques ;
- L’innovation opérationnelle : renforcer les dispositifs logistiques et technologiques ;
- L’adaptation aux menaces émergentes : anticiper les risques de propagation régionale.
Pour le général Gbaguidi, cette visite est l’occasion de rappeler que le Bénin, bien qu’éloigné géographiquement d’Haïti, partage une vision commune de la sécurité régionale. « Les défis de nos deux armées ne sont pas identiques, mais nos solutions peuvent l’être », souligne-t-il.
Solidarité sud-sud : haïti et Bénin redéfinissent leur partenariat
Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large : le renforcement des liens entre Haïti et le continent africain. Historiquement liées par des échanges humains et culturels, les deux nations explorent désormais des formes de coopération institutionnelle innovantes. Une solidarité Sud-Sud qui pourrait, à terme, s’étendre à d’autres domaines : économique, humanitaire, ou même technologique.
Cependant, le succès de cette collaboration dépend d’un élément clé : la capacité à surmonter les obstacles bureaucratiques et politiques. Les désaccords de 2024 sur le commandement de la MMAS ont montré que les bonnes intentions ne suffisent pas. Les deux parties devront désormais traduire leurs ambitions en engagements concrets.
Un tournant à confirmer : vers une nouvelle ère de coopération ?
Rien n’est encore joué. Aucun communiqué officiel n’a annoncé un déploiement imminent des troupes béninoises en Haïti. Mais cette visite envoie un signal fort : le dialogue militaire entre les deux pays entre dans une phase décisive. Si les discussions aboutissent à des mécanismes de coopération durables, elles pourraient marquer l’émergence d’un nouveau modèle de partenariat africain face aux crises sécuritaires.
Pour le général Derby Guerrier, cette rencontre est bien plus qu’une simple étape protocolaires. C’est l’occasion de relancer une dynamique bilatérale qui pourrait, à long terme, s’étendre à d’autres acteurs régionaux. « Nous ne cherchons pas seulement un soutien logistique, mais une véritable alliance stratégique », confie-t-il.
Reste à savoir si cette offensive diplomatique portera ses fruits. Une chose est sûre : les enjeux sont trop importants pour rester lettre morte. La stabilité d’Haïti et la sécurité du golfe de Guinée en dépendent.