l’histoire solide entre les États-Unis et le Maroc, clé de la crise de ceuta

L’alliance entre les États-Unis et le Maroc s’étend sur plus de deux siècles, marquée par un traité d’amitié signé en 1786. Cette relation, renforcée par des intérêts géopolitiques et économiques communs, a joué un rôle central lors de la récente crise migratoire à Ceuta, où plus de 70 000 personnes ont franchi la frontière en provenance du territoire marocain.
Le roi Mohammed VI a récemment honoré cette alliance en rebaptisant une autoroute de 1 000 kilomètres dans le Sahara occidental en l’honneur de Donald Trump, en remerciement du soutien américain à la souveraineté marocaine sur ce territoire disputé. Cette décision intervient dans un contexte où les tensions autour de Ceuta ont révélé les divergences entre les positions des États-Unis, du Maroc et de l’Espagne.
Un partenariat né il y a plus de deux siècles
Les relations entre les deux nations remontent à l’époque où les États-Unis ont proclamé leur indépendance en 1776. Dès 1777, le sultan Mohammed III du Maroc a autorisé les navires américains à accoster librement dans ses ports, un geste interprété comme la première reconnaissance internationale des États-Unis.
En 1786, les deux pays ont officialisé leur alliance par la signature du Traité de paix et d’amitié à Marrakech, un accord toujours en vigueur aujourd’hui. Ce traité a permis aux États-Unis de sécuriser leurs échanges commerciaux en Méditerranée et d’éviter les captures de navires par les corsaires d’Afrique du Nord.
Comme l’explique Timothy W. Kneeland, professeur d’histoire à l’université de Nazareth (New York) : « La position stratégique du Maroc, à la croisée des mondes européen, africain et islamique, a fait de ce pays un partenaire clé pour les États-Unis dans leur quête d’influence mondiale. »

Selon Sarah Yerkes, chercheuse à la Fondation Carnegie, « ce traité reste le plus ancien accord encore en vigueur dans l’histoire diplomatique américaine. »
Après l’indépendance du Maroc en 1956, les États-Unis ont rapidement reconnu le nouveau régime et ouvert leur ambassade à Rabat, consolidant ainsi leur coopération.
Sécurité, commerce et Sahara occidental : les piliers de l’alliance
La coopération militaire entre les deux pays a débuté bien avant l’indépendance marocaine. Dès 1950, les États-Unis ont collaboré avec la France, alors puissance coloniale au Maroc, pour développer des bases aériennes stratégiques.
Dans les années 1970, les États-Unis ont soutenu discrètement le Maroc dans son conflit avec l’Espagne pour le contrôle du Sahara occidental. Henry Kissinger, alors secrétaire d’État américain, a même encouragé le roi Hassan II à agir pour sécuriser ce territoire.
Après les attentats du 11 septembre 2001, la coopération sécuritaire s’est intensifiée. En 2004, le Maroc a été désigné comme « allié majeur non membre de l’OTAN », lui offrant un accès privilégié à l’armement américain. Le pays accueille également African Lion, le plus grand exercice militaire américain en Afrique, et participe activement à la lutte contre le terrorisme aux côtés de Washington.
Sur le plan économique, l’accord de libre-échange de 2006 a dynamisé les échanges commerciaux, atteignant 7,4 milliards de dollars en 2025, contre 927 millions en 2005. Les États-Unis y voient un marché modeste mais stratégique en Afrique.
Le soutien américain au Maroc s’est encore renforcé en 2020, lorsque Donald Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en échange de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Cette décision a été saluée comme un succès par les experts, qui soulignent la résilience de l’alliance malgré les tensions régionales.

Ceuta : un révélateur des tensions entre Washington, Rabat et Madrid
La crise migratoire à Ceuta, où plus de 70 000 personnes ont franchi la frontière en quelques jours, a mis en lumière les divergences entre les alliés. Alors que l’Espagne, membre de l’OTAN, accuse des réseaux de trafic d’êtres humains et des médias sociaux, des voix espagnoles soupçonnent le Maroc d’avoir orchestré ou facilité cette vague migratoire.
Les États-Unis, eux, ont choisi leur camp. Donald Trump a qualifié la situation de « catastrophe » et critiqué ouvertement la gestion espagnole de la frontière. « L’Espagne doit assumer ses responsabilités dans cette crise, » a-t-il déclaré, sans jamais remettre en cause le rôle du Maroc.
Cette prise de position a surpris peu de monde, mais elle a créé un malaise à Madrid, qui dépend à la fois de l’aide américaine pour sa défense et de la coopération marocaine pour contrôler ses frontières en Afrique du Nord.
Sarah Yerkes analyse : « Washington ne considère pas cette crise comme une initiative du Maroc. En revanche, la Maison Blanche a clairement pointé du doigt les politiques migratoires espagnoles, révélant des tensions au sein de l’OTAN. »
Le Maroc, partenaire incontournable des États-Unis en Afrique du Nord, pourrait devenir un acteur encore plus important pour Washington, notamment après le veto espagnol à l’utilisation des bases de Rota et Morón pour des opérations en Iran.
Dans un message adressé au roi Mohammed VI à l’occasion de la Fête du Trône, Donald Trump a souligné : « Nous célébrons 250 ans d’amitié indéfectible avec le Maroc, un partenariat fondé sur la confiance et le respect mutuel. »
Il a réaffirmé le soutien américain au Sahara occidental et exprimé l’espoir que cette coopération se poursuive pour les « 250 prochaines années. »

