Violence au Nigeria : l’angoisse persiste après les massacres de pâques

Photo d'illustration.Photo d’illustration (AFP or licensors)

Violence au Nigeria : l’angoisse persiste après les massacres de Pâques

Un évêque nigérian témoigne de l’horreur des attaques et de l’impuissance face aux groupes criminels

La situation au Nigeria continue de s’aggraver, notamment dans les États de Niger et de Kebbi, où les violences perpétrées par des groupes criminels laissent derrière elles un sillage de désolation. Les attaques survenues fin mars, lors des célébrations de Pâques, illustrent tragiquement l’ampleur de cette crise sécuritaire qui paralyse le pays. Mgr Bulus Dauwa Yohanna, évêque du diocèse de Kontagora, partage son désarroi face à l’incapacité des forces de l’ordre à protéger les populations.

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Des attaques méthodiques et dévastatrices

Entre le 4 et le 6 avril, des assaillants ont parcouru plus de 100 kilomètres à moto, semant la terreur dans plusieurs localités du nord-ouest du Nigeria. Partis de la réserve de Borgu, dans l’État de Niger, ces groupes ont méthodiquement ciblé les villages de Debe, Kelkemi, Binua et Kaura, situés dans la zone administrative de Shanga (État de Kebbi).

Les conséquences sont dramatiques : l’église catholique et la maison du catéchiste à Debe ont été réduites en cendres. Le catéchiste et sa famille ont miraculeusement échappé à la mort, mais le pasteur pentecôtiste local n’a pas eu la même chance. Une mosquée a également été détruite lors de ces raids. Selon Mgr Dauwa Yohanna, le bilan humain reste difficile à établir avec précision car « les criminels ont maintenu leur emprise sur Debe pendant deux jours, empêchant les inhumations ». On dénombre au moins 24 morts, tandis que 500 personnes se terrent encore dans la paroisse de Yauri ou ailleurs dans le diocèse.

Des groupes criminels en expansion

Les autorités religieuses pointent du doigt des éleveurs peuls, accusés de vouloir s’approprier des terres par la force. Depuis juillet 2025, la situation s’est encore détériorée dans la région de Kontagora, notamment dans le doyenné de Borgu, à l’ouest du fleuve Niger et à la frontière du Bénin. « Sur plus de 10 000 km², ces bandits contrôlent désormais des zones entières », révèle l’évêque. Les rares villages encore sous contrôle gouvernemental, comme Babana, Papiri ou Agwara, ne bénéficient que d’une présence militaire ou policière symbolique.

Une population sous le joug de la peur

La terreur s’est installée durablement dans la région. Les fidèles hésitent désormais à se rendre à l’église, craignant pour leur vie lors des offices. Les célébrations pascales ont été fortement réduites, et de nombreux chrétiens n’ont pu participer aux cérémonies. Pire encore, quatre paroisses du diocèse se retrouvent sans prêtre, par crainte d’enlèvements ou d’assassinats. Mgr Dauwa Yohanna souligne l’impuissance de l’Église face à cette crise : « Nous ne pouvons pas rétablir la paix seuls. Les bandits agissent sous l’autorité de commanditaires invisibles, et il n’y a personne avec qui négocier ». Il critique vivement l’approche réactive du gouvernement, qui se contente de réagir aux événements plutôt que d’anticiper.

Un appel à la communauté internationale

Face à l’urgence humanitaire, Mgr Bulus Dauwa Yohanna lance un appel pressant à la communauté internationale. Il plaide pour l’organisation de missions diplomatiques dans les zones sinistrées, afin que les responsables étrangers puissent constater de visu l’ampleur des violences. « Les médias ont un rôle crucial à jouer pour révéler ces atrocités au monde », insiste-t-il. Le prélat met en garde : le Nigeria risque de s’effondrer si la situation perdure. « Ceux qui le peuvent fuient déjà le pays », alerte-t-il.

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