Un partenariat suspendu, une ressource à valoriser
Libreville ferme l’accès historique aux eaux gabonaises aux navires européens depuis l’expiration du protocole d’accord de pêche en juin 2026. Ce vide juridique ne laisse d’autre choix que la renégociation, sous forme d’un nouvel Accord de partenariat de pêche durable. L’enjeu dépasse désormais la simple autorisation de pêche : Libreville exige une coopération redessinée pour capter davantage la valeur générée par ses ressources halieutiques.
Des chiffres qui interrogent : pourquoi l’ancien accord a échoué
Le Gabon dénonçait un système où l’exploitation de ses zones de pêche profitait davantage à ses voisins qu’à son économie locale. Entre 2022 et 2024, la pêche annuelle effective des navires européens s’élevait à seulement 10 604 tonnes, loin des 32 000 tonnes théoriques prévues. Pire : les six licences attribuées aux thoniers canneurs restaient inutilisées, et seulement 54 % des autorisations pour les senneurs étaient exploitées.
Les retombées financières reflétaient ce déséquilibre. L’Union européenne versait 1,6 million d’euros par an pour l’accès aux ressources, plus un million annuel pour le développement du secteur. Pourtant, le Gabon ne captait que 23 % de la valeur ajoutée, le reste bénéficiant principalement à des ports étrangers comme ceux de Côte d’Ivoire ou du Sénégal.
Des infrastructures et emplois locaux négligés
Le précédent protocole imposait un transbordement minimal de 30 % des captures dans les ports gabonais, avec obligation de débarquer les prises accessoires. Cette règle était rarement appliquée : les navires européens privilégiaient les infrastructures étrangères, privant le Gabon d’emplois, de revenus liés aux activités portuaires et à la transformation locale. Sur les 5 millions d’euros d’appui sectoriel sur cinq ans, seuls 2 millions furent effectivement transférés, et les infrastructures financées restaient inachevées.
Failles techniques et opacité des contrôles
Les lacunes du système étaient multiples. Aucun quota précis de marins gabonais qualifiés n’avait été communiqué pour embarquement, et les compensations prévues en cas de non-respect n’ont jamais été versées. De plus, les écarts de données entre Libreville et Bruxelles compliquaient l’évaluation exacte des volumes pêchés, rendant opaque la valorisation réelle de l’accord.
L’ambition gabonaise : transformer la ressource en richesse locale
La prochaine négociation doit impérativement rompre avec les erreurs passées. Libreville exige désormais que chaque tonne pêchée génère des retombées tangibles : emplois locaux, débarquements dans les ports gabonais, transformation sur place, et développement d’infrastructures dédiées. Les discussions porteront également sur l’ajustement des licences attribuées et la refonte des modalités financières pour aligner les versements sur les volumes réels capturés.
Vers une souveraineté économique halieutique
Le Gabon ne cherche plus à simplement monétiser l’accès à ses eaux. L’objectif est clair : faire des ressources halieutiques un levier de développement national. Cela implique de réévaluer le rôle des acteurs locaux dans la chaîne de valeur, de renforcer les contrôles pour garantir la transparence, et de conditionner tout accord à des résultats mesurables en termes de création d’emplois, de captation de valeur et d’investissements structurants.
Pour l’Union européenne comme pour Libreville, le futur partenariat sera évalué non pas sur ses promesses, mais sur ses réalités. Le Gabon mise sur cette renégociation pour en faire un modèle de coopération où la pêche rime avec prospérité locale.
