Moussa tiangari : l’ONU exige sa libération immédiate au Niger

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Une décision historique de l’ONU pour Moussa Tiangari

Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a rendu un avis sans équivoque : la détention de Moussa Tiangari, défenseur nigérien des droits humains, est qualifiée d’arbitraire. Cette décision, adoptée le 23 mars 2026 et rendue publique le 23 juin 2026, marque un tournant dans une affaire qui s’étire depuis plus d’un an et demi.

Les organisations de la société civile, dont l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, saluent cette initiative et appellent les autorités nigériennes à se conformer sans délai à cet avis. Elles exigent la libération immédiate et inconditionnelle de Moussa Tiangari, ainsi que l’abandon de toutes les charges retenues contre lui.

Un parcours semé d’embûches pour un défenseur engagé

Moussa Tiangari, secrétaire général de l’organisation Alternative espaces citoyens (AEC), est une figure connue pour son combat en faveur des droits humains et de la démocratie au Niger. Son arrestation, intervenue le 3 décembre 2024 à Niamey, a marqué le début d’une série d’événements troublants.

Après avoir été enlevé à son domicile et détenu au secret pendant 48 heures, il a été localisé au sein du Service central de lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière organisée (SCLCT/CTO) de Niamey. Inculpé le 3 janvier 2025 par le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance hors classe de Niamey, il fait face à des accusations graves, dont « apologie du terrorisme » et « atteinte à la sûreté de l’État ».

Ces chefs d’accusation, passibles de la peine de mort, s’inscrivent dans un contexte de répression accrue des voix critiques depuis le coup d’État du 27 juillet 2023. Moussa Tiangari n’est malheureusement pas un cas isolé : son parcours reflète une tendance inquiétante de harcèlement judiciaire contre les défenseurs des droits humains au Niger.

Des violations flagrantes du droit international

Dans son avis, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a identifié plusieurs violations des droits fondamentaux de Moussa Tiangari. Parmi elles :

  • L’absence de fondement juridique à sa détention ;
  • Des atteintes graves à son droit à un procès équitable ;
  • Une détention motivée par des considérations discriminatoires liées à l’exercice de sa liberté d’expression et de ses activités militantes ;
  • Des violations des articles clés de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

L’Observatoire dénonce également les conditions de sa détention à la prison de sécurité de Filingué, où il est incarcéré malgré l’avis clair de l’ONU. Pire encore, le 15 mai 2026, la chambre de contrôle du pôle spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme a rejeté sa demande de remise en liberté provisoire, alors que la loi nigérienne limite la détention provisoire à douze mois renouvelables une fois en matière criminelle.

Une instrumentalisation du système judiciaire ?

Une modification rétroactive de l’article 615 de l’ordonnance n°2026-10 du 16 février 2026, portant sur le code de procédure pénale, a porté la durée maximale de détention provisoire à quatre ans en matière criminelle, renouvelable une fois. Cette mesure, entrée en vigueur après la détention de Moussa Tiangari, soulève des questions sur une possible instrumentalisation du système judiciaire pour le maintenir derrière les barreaux.

Son avocat a saisi la Chambre de contrôle spécialisée de la Cour d’appel de Niamey le 19 juin 2026 pour demander sa libération. Pourtant, aucune réponse n’a été apportée à ce jour. Cette situation rappelle étrangement les précédents harcèlements judiciaires dont Moussa Tiangari a été victime par le passé :

  • En mai 2015, il a été détenu pendant dix jours pour des accusations d’« atteinte à la défense nationale » ;
  • En mars 2018, il a été arrêté puis détenu quatre mois pour son implication dans des manifestations pacifiques ;
  • En mars 2020, il a de nouveau été incarcéré pendant un mois et demi dans le cadre d’une mobilisation anti-corruption.

Ces épisodes illustrent une stratégie délibérée de musellement des défenseurs des droits humains au Niger, où l’espace civique se réduit comme peau de chagrin depuis le coup d’État de 2023.

Un appel urgent à l’action

Face à cette situation, l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains lance un appel solennel aux autorités nigériennes :

  • Libérer immédiatement Moussa Tiangari et abandonner toutes les charges retenues contre lui ;
  • Lui accorder une réparation pour les préjudices subis ;
  • Ouvrir une enquête indépendante sur les circonstances de sa détention arbitraire et sur les allégations de torture et de mauvais traitements ;
  • Mettre fin au harcèlement judiciaire dont il est victime, ainsi qu’à celui de tous les autres défenseurs des droits humains au Niger ;
  • Garantir le respect des droits à la liberté d’expression, conformément aux engagements internationaux du Niger, notamment l’Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et l’Article 9 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

La communauté internationale, les organisations de défense des droits humains et les citoyens nigériens doivent se mobiliser pour faire pression sur les autorités et exiger le respect des droits fondamentaux. La détention de Moussa Tiangari n’est pas seulement une violation du droit nigérien, mais aussi une atteinte aux valeurs universelles de justice et de liberté.