Sonko lance une enquête parlementaire sur les irrégularités présumées du programme ordinateurs étudiants

Le président de l’Assemblée Nationale du Sénégal, Ousmane Sonko, engage une commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur les irrégularités présumées dans la gestion du programme « Un étudiant, un ordinateur ». Un dossier qui pourrait entraîner des sanctions majeures.
Depuis plusieurs années, les dysfonctionnements présumés dans l’exécution du programme « Un étudiant, un ordinateur » au Sénégal soulèvent de sérieuses interrogations. Le Groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes, dirigé par Ousmane Sonko, a décidé de lancer une commission d’enquête officielle pour examiner les irrégularités dans l’attribution et la gestion des marchés liés à ce programme lancé en 2017 par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri).
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où des manquements graves, susceptibles de porter atteinte à l’économie nationale et à la stabilité sociale du pays, ont été identifiés. Ousmane Sonko, aujourd’hui président de l’Assemblée Nationale, a fait de cette enquête une priorité. Son objectif ? Éclaircir les zones d’ombre et sanctionner les responsables présumés de ces dérives.
Une enquête parlementaire pour démêler les irrégularités
Le programme « Un étudiant, un ordinateur » représente un engagement financier annuel d’environ six milliards de francs Cfa, pour un total de quarante-huit milliards depuis son lancement. Pourtant, des investigations préliminaires révèlent des violations répétées du Code des marchés publics du Sénégal.
Parmi les manquements identifiés, l’absence systématique d’appels d’offres pour des montants dépassant les seuils légaux, la non-saisine de la Direction centrale des marchés publics (Dcmp) et l’absence d’inscription du programme au plan de passation des marchés du Mesri. Plus grave encore, certains contrats n’ont pas été approuvés par le ministre des Finances, alors que leur montant dépasse les trois cents millions de francs Cfa, en violation des articles 6, 29, 53 et 142 du Code des marchés publics.
Ces irrégularités ont conduit l’État du Sénégal à être condamné à payer une seconde fois près d’un milliard deux cent cinquante millions de francs Cfa. Par ailleurs, des allégations de détournement portant sur plus d’un milliard de francs Cfa ont été formulées, ce qui justifie amplement l’ouverture de cette enquête.
Un fonds de garantie de deux milliards de francs Cfa aux contours flous
Les investigations menées par le Groupe Pastef-Les Patriotes ont révélé l’existence d’un fonds de garantie de deux milliards de francs Cfa, versé auprès de la banque Ecobank. Or, aucune information n’est disponible quant à l’origine de ces fonds, leur gestion, leur gestionnaire ou leur utilisation finale. Cette opacité alimente les suspicions de détournement et de mauvaise gestion.
Les parlementaires ont également découvert l’existence de treize comptes bancaires liés au programme, alors que seuls trois étaient officiellement déclarés. Un solde non documenté de huit cent soixante-quatre millions huit cent cinquante-sept mille huit cents francs Cfa a été dispersé sur ces comptes. Par ailleurs, environ huit cents ordinateurs, acquis sur fonds publics et jamais distribués aux étudiants, présentent des dysfonctionnements et sont entreposés à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad).
Les têtes qui pourraient tomber : ministres, directeurs et collaborateurs visés
Ousmane Sonko et ses alliés entendent aller au bout de cette enquête. En 2023, un virement d’un milliard quatre cent quarante-six millions deux cent soixante-quinze mille francs Cfa a été réalisé au profit d’une société intermédiaire, non contractante de l’État, sans qu’aucun contrat ne soit retrouvé pour cet exercice. Pire encore, cette société n’était pas mandatée pour le recouvrement des fonds. Cette situation a conduit l’État à être condamné une seconde fois.
Parmi les personnes et entités visées par cette enquête, figurent les ministres, directeurs, chefs de service et collaborateurs ayant exercé des responsabilités au sein du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, du ministère des Finances et du Budget, ainsi que la Direction générale de l’Enseignement supérieur, la Direction du financement des établissements d’enseignement supérieur (Dfees) et la Direction centrale des marchés publics (Dcmp). L’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) et toutes les autres entités, parapubliques ou privées, impliquées dans ce programme depuis 2017 sont également concernées.
Face à l’ampleur des irrégularités présumées et leurs conséquences économiques et sociales, le Groupe Pastef-Les Patriotes estime indispensable de mener une enquête approfondie. Son objectif est de rétablir la transparence et de sanctionner les responsables présumés de ces manquements graves.
