Le Cameroun, pays aux multiples cultures et à l’histoire complexe, se trouve aujourd’hui face à un défi majeur : celui de son organisation territoriale. Depuis des décennies, la question du fédéralisme resurgit régulièrement dans le débat public, portée par des revendications portées par les régions anglophones. Mais ce système, qui a structuré le pays sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo, peut-il faire son retour ?
Un système fédéral déjà expérimenté au Cameroun
Dans les années 1960, le Cameroun a adopté une structure fédérale, combinant deux entités distinctes : la République du Cameroun (francophone) et le Cameroun méridional (anglophone). Cette organisation visait à préserver les spécificités culturelles et linguistiques de chaque région. Cependant, en 1972, le président Ahmadou Ahidjo a transformé le pays en un État unitaire, mettant fin à cette expérience.
Plus de quarante ans plus tard, les tensions persistent, notamment dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où des mouvements séparatistes réclament le rétablissement du fédéralisme. Ces revendications s’inscrivent dans un contexte de marginalisation perçue et de lutte pour l’autonomie.
Les défis d’un retour au fédéralisme
Le rétablissement d’un système fédéral au Cameroun soulève plusieurs questions. D’abord, celle de la répartition des pouvoirs entre l’État central et les régions. Comment garantir une équité dans la gestion des ressources et des compétences ? Ensuite, se pose la question de la viabilité économique d’un tel système. Les régions anglophones, souvent moins développées, pourraient-elles supporter une autonomie accrue ?
En 2019, le président Paul Biya a lancé un Dialogue national pour tenter de résoudre la crise anglophone. Cependant, les espoirs d’une avancée significative ont été rapidement douchés par le refus de participation de certains leaders séparatistes. Cette absence a révélé la profondeur des divisions et la difficulté à trouver un terrain d’entente.
Les positions des acteurs clés
Les partisans du fédéralisme, notamment au sein des communautés anglophones, estiment que ce système est la seule solution pour mettre fin aux conflits. Ils soulignent que le Cameroun, avec ses deux systèmes juridiques (common law et droit civil), pourrait tirer profit d’une organisation plus décentralisée. À l’inverse, les opposants au fédéralisme craignent une fragmentation du pays et une perte de cohésion nationale.
L’avenir politique du Cameroun en question
Le Cameroun, dirigé depuis des décennies par Paul Biya, reste un pays marqué par des tensions internes. La question du fédéralisme n’est pas seulement une affaire de gouvernance, mais aussi de survie nationale. Peut-on imaginer un Cameroun où chaque région dispose d’une autonomie réelle, tout en conservant son unité ?
Les prochaines années seront déterminantes. Les Camerounais devront se prononcer sur la meilleure voie à suivre : un État unitaire renforcé, une décentralisation poussée, ou un retour au fédéralisme. Une chose est sûre, le débat est loin d’être clos.
