Blog

  • Kobe-Kobe : le nouveau port qui pourrait transformer l’économie gabonaise

    Kobe-Kobe : le nouveau port qui pourrait transformer l’économie gabonaise

    Libreville, lundi 8 juin 2026 – Le lancement officiel des travaux du port en eau profonde de Kobe-Kobe marque bien plus que le début d’un chantier. Il représente l’entrée du Gabon dans une nouvelle ère économique.

    Derrière les engins de chantier et les études techniques se dessine un projet de transformation nationale dont les retombées pourraient redéfinir durablement la place du pays dans les échanges régionaux et mondiaux.

    À Nyonié, sur la façade atlantique de la province de l’Estuaire, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a donné le coup d’envoi d’un programme qui concentre plusieurs ambitions stratégiques : industrialisation, souveraineté économique, diversification post-pétrole, développement territorial, création d’emplois et rayonnement régional. Rarement un projet n’aura mobilisé autant d’acteurs internationaux et suscité autant d’attentes parmi les Gabonais.

    Le cœur d’un nouveau modèle économique

    Réduire Kobe-Kobe à un simple port serait une erreur. Le complexe repose sur quatre piliers interconnectés : le gisement de fer de Belinga, l’une des plus grandes réserves de minerai à haute teneur encore inexploitées ; une nouvelle ligne ferroviaire de 535 kilomètres reliant les zones de production au littoral ; un port minéralier en eau profonde avec quatre postes à quai ; et un barrage hydroélectrique de 400 mégawatts à Booué pour alimenter l’ensemble.

    Cette architecture intégrée rompt avec les schémas historiques d’exploitation des ressources africaines, où les matières premières étaient exportées brutes. Le projet Kobe-Kobe vise à capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. L’objectif officiel est clair : faire des ressources naturelles gabonaises un levier de transformation industrielle plutôt qu’une simple source d’exportation.

    Le partenariat signé en avril 2026 entre l’État gabonais, Africa Global Logistics et Algest Investment Bank traduit cette volonté de construire une chaîne économique complète, de l’extraction à la commercialisation internationale.

    Une bataille logistique pour l’Afrique centrale

    L’enjeu dépasse le seul secteur minier. Avec un tirant d’eau de 14 à 16 mètres, Kobe-Kobe offrira un avantage naturel majeur dans une région où plusieurs ports atteignent leurs limites opérationnelles. Les navires de très grande capacité pourront y accoster directement, réduisant les coûts logistiques et renforçant l’attractivité du territoire pour les investisseurs. Dans un contexte où les États d’Afrique centrale cherchent à améliorer leur compétitivité commerciale, la maîtrise des infrastructures logistiques devient décisive.

    Le Gabon entend se positionner comme une plateforme régionale, desservant non seulement son marché intérieur mais aussi une partie importante des flux commerciaux sous-régionaux. Cette ambition s’inscrit dans la stratégie plus large de Brice Clotaire Oligui Nguema : préparer activement l’après-pétrole en s’appuyant sur les ressources minières, le potentiel énergétique et la position géographique privilégiée du pays. La présence de partenaires comme China Railway, EDF-Sinohydro, Trafigura, Fortescue et Africa Global Logistics témoigne de la crédibilité de cette vision.

    L’enjeu social derrière les infrastructures

    Au-delà des investissements, l’impact humain est sans doute la dimension la plus attendue. Les projections officielles évoquent plus de 9 000 emplois directs et jusqu’à 100 000 emplois indirects d’ici 2030. D’autres estimations avancent même un potentiel de 160 000 emplois directs et indirects à mesure du déploiement du corridor industriel.

    Pour les populations de Nyonié, du Komo-Océan et des territoires traversés par les futures infrastructures ferroviaires, le projet représente une perspective de transformation économique sans précédent. L’amélioration des transports, le développement des services, l’implantation de nouvelles activités industrielles et commerciales, ainsi que la montée en compétence de la main-d’œuvre nationale pourraient profondément modifier le paysage socio-économique de plusieurs régions.

    La réussite de Kobe-Kobe se mesurera à un défi essentiel : transformer cette infrastructure monumentale en moteur concret de prospérité pour les Gabonais. Car derrière les grues, les quais et les convois ferroviaires se joue une question fondamentale : la capacité du Gabon à convertir ses richesses naturelles en développement durable, en emplois qualifiés et en souveraineté économique. Si les objectifs annoncés sont atteints, Kobe-Kobe ne sera pas simplement un nouveau port. Il pourrait devenir le symbole de l’émergence d’un nouveau modèle gabonais fondé sur l’industrialisation, la création de valeur locale et l’intégration des chaînes économiques nationales. À l’échelle du continent, rares sont les projets qui incarnent avec autant de clarté cette ambition : celle d’une Afrique qui ne se contente plus d’exporter ses ressources, mais construit les infrastructures capables de transformer son avenir.

  • Autochtonie au Cameroun : un faux débat qui fragmente la nation

    Autochtonie au Cameroun : un faux débat qui fragmente la nation

    Selon Oscar Njiki, la Constitution camerounaise garantit l’égalité entre tous les citoyens. Les droits ne dépendent pas de l’origine, mais de la citoyenneté. L’autochtonie relève de l’identité culturelle, pas d’un privilège juridique.

    Voici son analyse en plusieurs points :

    1) Est-on autochtone partout au Cameroun en tant que citoyen ?

    Non. L’autochtonie n’est pas une qualité universelle liée à la citoyenneté. Elle repose sur une mémoire, une filiation et une histoire. Posséder une terre, s’y installer et y investir ne suffit pas à devenir autochtone. Les peuples autochtones entretiennent un lien ontologique avec leurs terres : elles sont le prolongement de leur identité. Les droits coutumiers ne se transmettent pas par simple transaction marchande ; ils s’éteignent lors de la cession.

    On ne peut pas être autochtone partout.

    2) Faut-il nécessairement être autochtone pour se sentir chez soi ?

    Non. La citoyenneté transcende l’autochtonie. Tout Camerounais est chez lui partout au Cameroun. La légitimité de son installation ne dépend pas de ses origines, mais de son appartenance à la communauté nationale. Être Camerounais, c’est avoir droit de cité à Yaoundé, Bangangté, Maroua… sans condition d’autochtonie.

    Chaque citoyen camerounais est chez lui partout au Cameroun.

    3) Un autochtone est-il partout chez lui dans son village ?

    Non. Même dans le village, l’espace est structuré par la propriété. Chacun possède ses terres, ses maisons, ses champs. L’autochtonie n’autorise pas la violation de domicile ni l’appropriation des biens d’autrui. L’allogène propriétaire est chez lui dans le village de l’autochtone, car la possession fonde un droit reconnu par la loi.

    L’autochtonie ne confère pas tous les droits aux autochtones, et l’allochtonie ne retire pas les droits des allogènes.

    4) Un autochtone a-t-il plus de droits dans son village qu’un allogène ?

    Non. La loi est une et indivisible. La Constitution garantit l’égalité des citoyens. Les droits ne varient pas selon l’origine, mais selon la citoyenneté. L’autochtonie est une identité culturelle, non un privilège juridique.

    Autochtones et allogènes sont égaux devant la loi.

    5) Exception : la loi prévoit que certaines fonctions – maire de la ville, président du Conseil régional – soient réservées aux autochtones. Mais pour les autres charges électives (députés, maires, conseillers), aucune condition d’autochtonie n’est exigée.

    La loi réserve deux fonctions aux autochtones, mais tous les autres postes électifs sont ouverts à tous les citoyens, autochtones comme allogènes.

    En définitive, le débat sur l’autochtonie et l’allochtonie est une impasse. Il enferme les citoyens dans des appartenances fragmentées et détourne l’attention de l’essentiel : notre avenir commun. Ce qui importe, ce n’est pas la concurrence des origines, mais la convergence des destins. L’autochtonie et l’allochtonie ne doivent pas être des armes de division, mais des réalités culturelles intégrées dans une République une et indivisible.

    Nous devons regarder ensemble dans la même direction, comme les enfants d’une seule nation, et non comme des micro-États rivaux à l’intérieur du pays. Car l’avenir du Cameroun ne se construira pas dans la fragmentation, mais dans l’unité, la solidarité et la conscience partagée d’un destin commun.

    OSCAR NJIKI

  • Rabat accueille Shelter Afrique pour le financement des villes africaines

    Rabat accueille Shelter Afrique pour le financement des villes africaines

    Ce 9 juin 2206, Rabat accueille la 45e Assemblée générale annuelle de Shelter Afrique (ShafDB), la banque de développement dédiée au logement et à l’habitat. L’événement met en lumière un défi crucial pour les économies africaines : financer l’urbanisation accélérée du continent. La cérémonie d’ouverture se déroule en présence de Nadia Fettah Alaoui.

    Cet article est réservé aux membres abonnés. Pour continuer la lecture, veuillez vous connecter ou souscrire un abonnement.

  • Médiateurs régionaux réunis à Lomé pour faire le point sur la crise dans l’est de la RDC

    Médiateurs régionaux réunis à Lomé pour faire le point sur la crise dans l’est de la RDC

    La capitale togolaise a servi de cadre, les 7 et 8 juin 2026, à une réunion stratégique centrée sur la situation dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Autour de la table se sont retrouvés les délégués des principales instances régionales impliquées dans la médiation : la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), auxquels se sont joints les envoyés de l’Union africaine (UA) et de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’objectif affiché était d’évaluer la cohérence des pistes diplomatiques et d’apprécier la distance qui sépare encore les belligérants d’une solution durable.

    Lomé, carrefour d’une médiation fragmentée

    Le choix du Togo comme lieu de rassemblement n’est pas anodin. Faure Gnassingbé, désigné facilitateur de l’Union africaine sur le dossier congolais, s’efforce depuis plusieurs mois de coordonner des initiatives parallèles qui se sont multipliées sans toujours converger. Le processus de Nairobi, piloté par l’EAC, et celui de Luanda, mené sous l’égide de l’UA et longtemps incarné par l’Angolais João Lourenço, ont progressé de manière désordonnée. La fusion progressive de ces voies, amorcée en 2024, n’a pas encore produit les résultats escomptés sur le terrain.

    Les diplomates présents à Lomé ont reconnu que la coordination reste le point faible de l’effort de paix. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de rationaliser les canaux de dialogue afin d’éviter que les protagonistes ne jouent d’une médiation contre l’autre. Cette dispersion a longtemps profité aux acteurs armés, en particulier le Mouvement du 23 mars (M23), dont l’avancée militaire au Nord-Kivu et au Sud-Kivu a redessiné la carte sécuritaire de la région.

    Un calendrier sous pression entre Kinshasa, Kigali et le M23

    Les progrès diplomatiques évoqués lors de la rencontre togolaise restent modestes par rapport aux attentes. Les discussions directes entre Kinshasa et le M23, longtemps refusées par les autorités congolaises, ont finalement été engagées sous la pression combinée des médiateurs régionaux et des partenaires internationaux. Parallèlement, le volet bilatéral entre la RDC et le Rwanda, accusé par l’ONU et plusieurs chancelleries occidentales de soutenir le mouvement rebelle, demeure le nœud politique le plus délicat à dénouer.

    Les médiateurs ont rappelé que la mise en œuvre des engagements antérieurs, notamment le retrait des forces étrangères du territoire congolais et le cantonnement des groupes armés, accuse un retard préoccupant. Le déploiement de la mission de la SADC en RDC (SAMIDRC), confrontée à de lourdes pertes humaines début 2025, a illustré les limites des réponses militaires régionales face à un conflit dont les ressorts économiques, fonciers et identitaires débordent largement le cadre sécuritaire.

    Une économie de guerre qui complique la sortie de crise

    Au-delà de la dimension politique, les participants ont souligné l’urgence de s’attaquer aux circuits d’exploitation illicite des ressources minières du Kivu. Coltan, étain, or et tungstène alimentent une économie de guerre dont les ramifications s’étendent jusqu’aux chaînes d’approvisionnement internationales. Plusieurs médiateurs plaident pour un mécanisme régional de traçabilité, condition jugée indispensable à toute désescalade durable.

    La réunion de Lomé n’a pas abouti à des annonces spectaculaires, mais elle a permis de réaffirmer le principe d’une approche intégrée. Les prochaines étapes devraient associer plus étroitement les acteurs civils congolais, longtemps tenus à l’écart de processus dominés par les chefs d’État et les chancelleries. La société civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que les autorités coutumières, sont désormais identifiées comme des relais incontournables pour ancrer un éventuel accord dans la réalité des territoires meurtris.

    Reste que les médiateurs ont quitté la capitale togolaise sans calendrier ferme pour la signature d’un accord global. Les semaines à venir diront si l’élan diplomatique amorcé à Lomé suffira à infléchir la trajectoire d’un conflit qui, depuis plus de trois décennies, défie toutes les architectures de paix bâties autour des Grands Lacs.

  • Réunion des médiateurs à Lomé pour faire le point sur la crise dans l’est de la RDC

    Réunion des médiateurs à Lomé pour faire le point sur la crise dans l’est de la RDC

    Les 7 et 8 juin 2026, Lomé a été le théâtre d’une rencontre stratégique dédiée à la crise sévissant dans l’est de la République démocratique du Congo. Des représentants des grandes organisations régionales de médiation, notamment la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), ainsi que des émissaires de l’Union africaine et des Nations unies, se sont réunis. L’objectif principal était d’examiner la cohérence des initiatives diplomatiques en cours et d’évaluer les progrès vers une résolution durable du conflit.

    Lomé au cœur de la coordination diplomatique

    Le choix du Togo comme lieu de rassemblement n’est pas anodin. Faure Gnassingbé, désigné facilitateur de l’Union africaine pour ce dossier, s’efforce de fédérer des processus parallèles qui ont souvent avancé sans convergence. Le processus de Nairobi, piloté par l’EAC, et celui de Luanda, mené sous l’égide de l’UA et longtemps conduit par l’Angolais João Lourenço, se sont développés de manière dispersée. Bien qu’une fusion progressive de ces voies ait été amorcée en 2024, les résultats escomptés sur le terrain ne sont pas encore visibles.

    Lors des discussions, les diplomates ont reconnu que la coordination reste la faiblesse majeure des efforts de paix. Plusieurs intervenants ont souligné l’urgence de rationaliser les canaux de dialogue pour éviter que les belligérants ne tirent profit des divisions entre médiateurs. Cette fragmentation a longtemps bénéficié aux groupes armés, notamment au Mouvement du 23 mars (M23), dont les offensives dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ont bouleversé la situation sécuritaire régionale.

    Tensions entre Kinshasa, Kigali et le M23

    Les progrès diplomatiques évoqués à Lomé restent modestes face aux attentes. Les pourparlers directs entre Kinshasa et le M23, initialement refusés par les autorités congolaises, ont fini par s’engager sous la pression combinée des médiateurs régionaux et des partenaires internationaux. Parallèlement, les relations bilatérales entre la RDC et le Rwanda, accusé par l’ONU de soutenir la rébellion, constituent le défi politique le plus complexe.

    Les médiateurs ont rappelé que la mise en œuvre des engagements antérieurs, notamment le retrait des forces étrangères du territoire congolais et le cantonnement des groupes armés, accuse un retard préoccupant. Le déploiement de la mission de la SADC en RDC (SAMIDRC), confrontée à de lourdes pertes début 2025, a mis en lumière les limites des réponses militaires régionales face à un conflit aux dimensions économiques, foncières et identitaires qui dépassent le simple cadre sécuritaire.

    Une économie de guerre à démanteler

    Au-delà de l’aspect politique, les participants ont insisté sur l’urgence de s’attaquer aux circuits d’exploitation illicite des ressources minières du Kivu. Coltan, étain, or et tungstène alimentent une économie de guerre dont les ramifications s’étendent jusqu’aux chaînes d’approvisionnement internationales. Plusieurs médiateurs plaident pour la mise en place d’un mécanisme régional de traçabilité, considéré comme une condition indispensable à toute désescalade durable.

    La réunion de Lomé n’a pas abouti à des annonces spectaculaires, mais elle a permis de réaffirmer le principe d’une approche intégrée. Les prochaines étapes devraient associer plus étroitement les acteurs civils congolais, longtemps laissés en marge de processus dominés par les chefs d’État et les diplomates. La société civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que les autorités coutumières, sont désormais perçues comme des relais essentiels pour ancrer tout accord futur dans la réalité des territoires affectés.

    Cependant, les médiateurs ont quitté la capitale togolaise sans calendrier précis pour la signature d’un accord global. Les semaines à venir détermineront si l’élan diplomatique amorcé à Lomé pourra infléchir la trajectoire d’un conflit qui, depuis plus de trente ans, défie toutes les architectures de paix dans la région des Grands Lacs.

  • Cameroun : Issa Tchiroma Bakary dénonce un pillage de 10 000 milliards de FCFA

    Cameroun : Issa Tchiroma Bakary dénonce un pillage de 10 000 milliards de FCFA

    Dans une déclaration choc rendue publique, Issa Tchiroma Bakary, figure de l’opposition camerounaise, épingle le régime de Paul Biya pour le braquage systématique des ressources naturelles. Il accuse le pouvoir d’avoir dilapidé l’or, le pétrole et le bois, pour un total dépassant les 10 000 milliards de francs CFA. Voici les principaux éléments de son réquisitoire.

    Les ressources du sous-sol sacrifiées

    Selon lui, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a géré le pétrole en toute opacité pendant quarante ans. Les recettes pétrolières sont restées hors budget et sans contrôle parlementaire. Le FMI, la Banque mondiale et l’ITIE avaient déjà alerté sur des flux financiers massifs sortis du pays sans trace dans les comptes officiels. Issa Tchiroma Bakary affirme que le pétrole était vendu à Glencore à moins de 30 % de sa valeur réelle, et que des cargaisons entières ont disparu. Au total, ces malversations pétrolières représentent plusieurs milliers de milliards de FCFA. Le bois n’a pas été épargné : 80 % de l’exploitation forestière serait illégale. En cumulant or, pétrole et bois, plus de 10 000 milliards de francs CFA se sont envolés.

    Détournements massifs sur les marchés publics

    Le deuxième volet concerne les marchés frauduleux. Les lignes budgétaires 65 et 94, pour la période 2012-2021, ont été purement effacées, représentant 5 400 milliards de dépenses injustifiées. Le Tribunal criminel spécial (TCS), pourtant créé par Paul Biya, a condamné ses propres agents pour près de 9 000 milliards de détournements entre 1997 et 2021. Issa Tchiroma Bakary évoque aussi des agents fictifs : plus de 20 000 fonctionnaires fantômes auraient été payés pendant des années, pour un préjudice annuel de 200 milliards de FCFA. Il cite les scandales de l’autoroute Yaoundé-Douala, de la CAN 2021 et des vaccins anti-Covid, avec des surfacturations dépassant 500 milliards de francs CFA.

    Fraude fiscale et douanière généralisée

    Le troisième volet porte sur la fraude fiscale et douanière. L’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) et la Commission nationale anticorruption (CONAC) ont documenté des mécanismes systémiques. En 2023, 1 665 milliards de francs CFA de flux suspects ont été identifiés. Sur six ans, la fraude douanière atteint 1 246 milliards, tandis que la fraude au scanning au port de Douala, imputée à SGS, s’élève à 1 745 milliards. Issa Tchiroma Bakary dénonce la lutte acharnée entre deux clans du régime pour le contrôle de cette fraude institutionnalisée.

    Enrichissement personnel du clan Biya

    Le quatrième volet concerne l’enrichissement illicite de la famille présidentielle et de ses proches. Le clan Biya aurait détourné des fonds publics pour acquérir des biens au Cameroun, en France et au Moyen-Orient. Les enquêtes néerlandaises ont identifié 744 millions d’euros de biens mal acquis en France. S’y ajoutent le domaine de Nyom (18 milliards de FCFA), des propriétés à Dubaï estimées à 44 milliards, et des séjours à l’hôtel Continental de Genève à 50 000 dollars la nuit pour toute la délégation. Aucune déclaration de patrimoine n’a été faite, en violation de l’article 66 de la Constitution.

    Issa Tchiroma Bakary conclut que le montant total de la prédation s’élève à 26 000 milliards de francs CFA en scénario conservateur, mais pourrait atteindre 80 000 milliards en incluant les dissimulations via prête-noms et paradis fiscaux. Avec 26 000 milliards, le Cameroun aurait pu payer 36 années de salaires de ses 380 000 enseignants, soignants et soldats, ou construire 2 600 hôpitaux de district. Il prévient : il n’y aura ni amnistie ni négociation secrète ; tout haut fonctionnaire coupable devra répondre de ses actes devant la justice nationale et internationale.

  • Satellite souverain pour la RDC : José Mpanda accélère le projet avec la Chine

    Satellite souverain pour la RDC : José Mpanda accélère le projet avec la Chine

    « Celui qui persévère obtient ce qu’il veut », dit un proverbe luba. Et Me José Mpanda Kabangu, ministre des Postes et Télécommunications, incarne cette philosophie. Il entend coûte que coûte concrétiser ce qu’il n’a pas pu accomplir lorsqu’il dirigeait le ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique en septembre 2019 : offrir à la République démocratique du Congo un satellite souverain.

    C’est dans cette optique déterminée que le ministre a reçu, vendredi 5 juin dernier, une délégation chinoise composée de représentants de China Unicom et de Genew Technologies. L’audience a porté sur la construction de ce satellite, ainsi que sur le déploiement de la fibre optique à travers tout le territoire. Cette réunion s’inscrit dans le prolongement de la mission que José Mpanda a effectuée en Chine au mois d’avril.

    Outre les partenaires chinois, des experts du Secrétariat général des PTNTIC, de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), de la Société congolaise de la fibre (SOCOF), du Réseau national de télécommunications par satellite (RENATELSAT), du Centre national de télédétection (CNT), ainsi que des conseillers principaux à la Présidence et à la Primature en charge des PTNTIC ont participé à ces échanges.

    José Mpanda a précisé que son déplacement en Chine était celui d’un homme politique en quête de solutions pour son pays, mais que les discussions techniques sur le projet devaient être menées par des experts. C’est pourquoi les responsables des deux firmes chinoises sont à Kinshasa jusqu’au 19 juin pour échanger avec les spécialistes congolais sur deux projets majeurs : le satellite souverain, dont le protocole d’accord a été signé en avril, et la dorsale nationale de fibre optique, dont la révision des accords a eu lieu en 2025.

    Les échanges, entamés lundi 8 juin, poursuivent trois objectifs :

    1. Structuration technique et financière : valider l’architecture technique des deux projets, estimer les coûts et arrêter les modalités de financement avec les ministères du Plan et des Finances.

    2. Concertation et alignement institutionnel : les deux firmes chinoises doivent notifier formellement et présenter aux parties prenantes (RENATELSAT, SCPT, SOCOF, CNC, CNT, SG PTNTIC, ARPTC, Présidence et Primature).

    3. Préparation de la due diligence en Chine : définir le périmètre et le calendrier, identifier les délégués congolais et les sites à visiter, produire les livrables avant le départ et identifier les étapes suivantes.

    Le ministre attend quatre résultats de ces discussions :

    • des solutions techniques validées ;
    • une approche de financement arrêtée ;
    • les parties prenantes alignées ;
    • une mission due diligence planifiée.

    Les institutions congolaises impliquées dans ce projet sont la Présidence de la République, la Primature, les ministères des Postes et Télécommunications, du Plan, des Finances, des Infrastructures, des Mines, et le Conseil national de cyberdéfense (CNC), avec comme entités techniques le Secrétariat général des PTNTIC, l’ARPTC, le FDSU, la SOCOF, la SCPT, le RENATELSAT et le CNT.

  • Mali : les motos de grosse cylindrée interdites en dehors des villes pour un an

    Mali : les motos de grosse cylindrée interdites en dehors des villes pour un an

    Les autorités de transition maliennes ont annoncé l’interdiction des motos de grosse cylindrée (125 cm³ et plus) en dehors des grands centres urbains pour une période d’un an, renouvelable. Cette mesure, prise par arrêté interministériel et diffusée à la télévision nationale, vise à réduire la mobilité des groupes armés terroristes. L’importation, le transit, la vente et la distribution de ces engins sont également suspendus sur tout le territoire.

    Le district de Bamako, les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement sont considérés comme de grandes agglomérations, où la circulation reste autorisée. Toutefois, les gouverneurs de région peuvent adapter ou interdire ces motos dans les chefs-lieux de cercle selon le contexte sécuritaire local.

    Une des principales artères de Bamako

    Difficultés d’application en zone rurale

    Dans le cercle de Bandiagara, au centre du pays, un habitant ayant requis l’anonymat estime qu’il sera complexe d’appliquer cette interdiction. « Ici, dans le pays dogon, ces motos sont adaptées à notre environnement montagneux avec des routes pentues. Tout le monde les utilise : les forces armées, les humanitaires, les paysans. Elles remplacent même les ambulances pour transporter les malades », explique-t-il.

    À Mopti, les propriétaires de motos de grosse cylindrée expriment leur inquiétude. Beaucoup se déplacent quotidiennement dans les villages voisins pour leurs activités agricoles, d’élevage ou de pêche. « Depuis l’annonce, la plupart d’entre nous ont déposé leurs motos. Moi, je livrais du pain dans plusieurs villages éloignés de Mopti », témoigne un habitant, saluant toutefois la mesure pour des raisons de sécurité.

    Un coût social élevé

    Les motos de grosse cylindrée sont un moyen de transport privilégié des groupes armés pour mener des attaques terroristes, mais elles sont aussi vitales pour les populations qui n’ont guère d’alternative pour subvenir à leurs besoins. Fin avril 2026, une attaque coordonnée d’envergure a été menée par les djihadistes du Jnim et leurs alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA). Cette mesure sécuritaire radicale illustre la gravité de la crise au Mali, mais avec un coût social élevé, selon de nombreux analystes.

  • Tchad : le retour discret de la coopération militaire française met le souverainisme de Déby à l’épreuve

    Tchad : le retour discret de la coopération militaire française met le souverainisme de Déby à l’épreuve

    Depuis la mi-avril 2026, la présence d’officiers français à N’Djamena relance les spéculations sur une reprise de la coopération militaire entre la France et le Tchad, moins de deux ans après la fin de la présence militaire française. Cette évolution soulève des interrogations profondes sur l’image et la crédibilité du président Mahamat Idriss Déby Itno.

    Si Paris affirme ne pas envisager un redéploiement permanent de forces au Tchad, la simple reprise des échanges en matière de renseignement et de coopération militaire suffit à questionner la cohérence du discours souverainiste porté par le chef de l’État tchadien depuis son accession au pouvoir.

    Un discours de souveraineté en porte-à-faux avec les faits

    Dans les mois qui ont suivi le départ des troupes françaises, Mahamat Idriss Déby a présenté cette décision comme une conquête de l’indépendance stratégique et une affirmation de la souveraineté nationale. Ce discours s’inscrivait dans une dynamique panafricaine prônant l’émancipation vis-à-vis des dépendances étrangères et la diversification des partenariats.

    Aujourd’hui, le retour d’une coopération militaire avec Paris, même sous une forme limitée, pourrait être perçu comme un recul par rapport à l’une des décisions les plus symboliques du régime. D’autant que les autorités tchadiennes avaient justifié la fin des accords militaires par l’absence de résultats concrets et la forte pression populaire réclamant le départ des soldats français.

    Un risque pour le leadership régional du Tchad

    Ces deux dernières années, le Tchad a renforcé son image de puissance sécuritaire régionale, capable de faire face aux menaces grâce à une coopération diversifiée avec ses voisins et à des partenariats internationaux équilibrés. Le président Déby s’est imposé comme un médiateur clé au Sahel et en Afrique centrale.

    Or, le retour sous l’aile du renseignement français risque d’affaiblir cette stature. Il donnerait l’impression que N’Djamena n’a pas su se départir de son partenaire traditionnel, malgré un discours promettant l’autonomie stratégique. L’opinion publique tchadienne, qui avait massivement salué le retrait français, pourrait voir ce rapprochement comme une trahison des acquis souverains.

    La France, un partenaire ambigu

    Le paradoxe est frappant : la France qui revient aujourd’hui comme allié sécuritaire est celle-là même qui, ces dernières années, a exercé des pressions politiques et judiciaires contre le régime de Déby. En juillet 2024, la justice française avait ouvert des enquêtes pour détournement de fonds publics visant le président et sa famille, portant sur des dépenses de luxe. Ces dossiers ont été réactivés en mars 2026, avec des rumeurs de gel d’avoirs.

    Par ailleurs, Paris a accueilli à Nantes, en octobre 2025, le plus grand rassemblement de l’opposition tchadienne, politique et militaro-politique. Une vingtaine de mouvements y ont coordonné leurs stratégies contre le pouvoir en place. De plus, la France a joué un rôle notable dans l’affaire Succès Masra, en facilitant sa défense, son transfert médical et la médiatisation du dossier au Parlement français et dans les institutions internationales.

    Comment justifier un retour vers un partenaire qui a hébergé l’opposition, critiqué le régime et tenté de le fragiliser ? Cette contradiction interroge la sincérité du virage sécuritaire proposé.

    Entre bénéfices sécuritaires et coût politique

    Personne ne nie que le Tchad fait face à des défis sécuritaires croissants dans la région du lac Tchad et à ses frontières. Mais la question centrale demeure : les gains éventuels d’un rapprochement avec Paris justifient-ils le prix politique et symbolique d’une telle démarche ?

    Le président Déby a construit une partie de sa légitimité sur un discours de souveraineté et d’indépendance. Tout retour en arrière pourrait affaiblir sa crédibilité et offrir à ses adversaires une occasion de remettre en cause son projet politique. L’avenir dira si le calcul du chef de l’État tchadien est le bon, mais le risque pour son capital souverainiste est bien réel.

  • Cameroun : la fonction publique recrute 2 305 agents en 2026

    Cameroun : la fonction publique recrute 2 305 agents en 2026

    Le gouvernement camerounais a officiellement lancé la campagne de recrutement pour l’année 2026. Au total, 2 305 postes sont ouverts dans plusieurs administrations publiques. Le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative a publié le 4 juin dernier les modalités de participation, à travers 36 arrêtés précisant la répartition des postes.

    Pour les recrutements classiques, 890 places sont proposées. Parmi elles, 470 sont réservées aux concours directs destinés aux fonctionnaires des régies financières, de l’agriculture, des mines et géologies, du génie civil, de l’élevage et des pêches maritimes, des télécommunications et de la santé publique. S’y ajoutent 100 places via des concours de formation à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) et aux Centres nationaux de la jeunesse et des sports (CENAJES), 220 places à l’École nationale d’administration et de la magistrature (ENAM), et 100 places par test de sélection.

    Concernant les recrutements spéciaux décidés par le président de la République dans les secteurs de la santé et de l’éducation, ce sont 1 200 postes qui sont à pourvoir. Ce chiffre inclut 1 000 places pour les auditeurs libres des écoles normales supérieures (ENS et ENSET) et 200 places pour des médecins spécialistes, en complément de 920 postes déjà ouverts dans le cadre des recrutements de personnels de santé des 7 et 10 avril 2026. Pour les auditeurs libres, chaque candidat doit choisir un établissement scolaire lors du dépôt du dossier et composer dans le centre régional qui abrite cet établissement.

    Enfin, 215 postes sont ouverts par voie de concours professionnels. Par rapport à 2025, le nombre total de postes est en baisse de 555, passant de 2 860 à 2 305.

  • Nigéria : des centaines d’otages libérés par Boko Haram

    Nigéria : des centaines d’otages libérés par Boko Haram

    Nigéria : des centaines d’otages libérés par Boko Haram

    euronews videos

    Plusieurs centaines de personnes enlevées par Boko Haram plus tôt cette année dans un village de l’État de Borno, dans le nord-est du pays, ont été libérées ce week-end, ont déclaré dimanche un sénateur et un responsable local de la jeunesse.

  • Un atelier régional à N’Djamena pour sécuriser les journalistes environnementaux

    Un atelier régional à N’Djamena pour sécuriser les journalistes environnementaux

    Un atelier régional visant à améliorer la protection juridique des journalistes spécialisés dans les questions environnementales a démarré ce lundi 8 juin 2026 à N’Djamena. Organisée conjointement par Reporters sans Frontières et les ministères de la Communication et de l’Environnement, cette rencontre de trois jours réunit une vingtaine de professionnels des médias en provenance du Tchad, du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

    Cette formation s’intègre dans le projet « Défendre et protéger le journalisme environnemental au Sahel », dont l’ambition est d’améliorer les conditions de travail des journalistes qui couvrent les thématiques environnementales. L’objectif central est de renforcer la compréhension des participants sur leurs droits, les dispositifs de protection existants, ainsi que les stratégies de prévention des risques professionnels. Une meilleure coopération entre journalistes, juristes et organisations de défense des droits humains est également encouragée.

    Ndeye Diary Ba, chargée de projet Afrique subsaharienne chez Reporters sans Frontières, a souligné que cette initiative vise à doter les journalistes des compétences nécessaires pour exercer leur métier dans des conditions optimales. « Les participants auront l’occasion d’échanger sur les sujets sensibles, d’examiner les différents cadres juridiques nationaux et régionaux, tout en renforçant leurs connaissances en matière de sécurité numérique et de gestion des risques », a-t-elle précisé.

    Présent à l’atelier, le ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, Gassim Cherif Mahamat, a salué le choix du Tchad pour accueillir cette rencontre régionale. Il a rappelé que les pays du Sahel font face à de nombreux défis en matière de protection des journalistes et de liberté de la presse. « Les professionnels des médias ont un rôle essentiel à jouer dans la sensibilisation des populations aux questions environnementales, mais ils doivent également bénéficier d’un cadre leur garantissant sécurité et protection. Cette formation permettra aux participants d’acquérir des outils pratiques sur l’analyse des risques, la compréhension des textes juridiques et la lutte contre la désinformation, des aspects devenus indispensables dans l’exercice du journalisme moderne », a-t-il indiqué.

    Pendant trois jours, les participants partageront leurs expériences et renforceront leurs capacités afin de mieux informer les populations sur les défis environnementaux tout en exerçant leur métier dans des conditions plus sécurisées.